Parce que Max lui a donné le pouvoir d'immobiliser les habitants de la maison de la plage venus tuer ceux de la maison du lac, Norah Jacobs a donné à ces derniers la possibilité de survivre et faire des prisonniers. David Daye découvre comment ceux-ci ont dépassé leurs capacités. Norah suggère d'interroger un des prisonniers...
Dîtes donc, j'étais très énervé quand j'ai écrit la critique du précédent épisode. J'ai relu ce que j'avais rédigé avant de me mettre à cet article et je ne pensais pas avoir été aussi furax. Bon, fallait sûrement que ça sorte. Mais je ne suis pas très fier pour le coup. Je pense suffisamment souvent que quand on aime pas/plus, autant s'arrêter pour ne pas m'appliquer cette règle à moi-même...
Je me suis quand même sérieusement posé la question de continuer ou non The Nice by the Sea. Puis j'ai fait le calcul : il me restait quatre épisodes pour arriver à la fin de ce volume et ça aurait été ballot de stopper si près de la ligne d'arrivée. Toutefois, ça n'enlève rien au fait que je n'irai certainement pas plus loin, et donc que je ne ferai pas le troisième volume (même si ça doit être aussi le dernier).
Ce qui m'a mis en rogne en vérité, c'est que j'ai éprouvé le sentiment que James Tynion IV ne faisait qu'appliquer une recette. Je l'ai d'ailleurs développé le mois dernier : comme son genre de prédilection est l'horreur (ou en tout cas une forme d'épouvante), il y a un systématisme certain dans tout ce qu'il fait. Et on peut, à mon avis, légitimement ne pas apprécier cette constance dans la formule.
Il y a aussi le fait que, avec la série des Nice House..., Tynion IV jongle avec un casting très fourni qu'il faut donc mémoriser. Et ce serait sûrement plus facile à faire avec un graphisme différent de celui qu'a choisi Alvaro Martinez Bueno (avec Jordie Bellaire) où les effets formels, le style très spécial, créent, en tout cas pour moi, une confusion (on ne sait parfois plus très bien qui est qui).
Une chose à laquelle je suis attaché dans la bande dessinée en général, même si ça peut paraître une évidence, c'est la lisibilité. J'aime lire une histoire dont je peux identifier facilement les protagonistes, les décors, les situations. Et la série des Nice House... met à mal cela. Trop de personnages, pas toujours faciles à reconnaître, trop de situations imbriquées, etc. C'est la seule série pour laquelle j'ai une fiche avec le casting pour me rappeler à chaque fois les persos !
Maintenant, une fois qu'on a dit ça, est-ce que ça signifie que The Nice House... est mauvais ? Sûrement pas. Mais est-ce que ça pourrait être meilleur ? Sûrement. Et il faut admettre que cet épisode prend, habilement, le contrepied des précédents depuis la reprise de la série, en clarifiant, en épurant. Parce qu'il faut bien préparer le dénouement de ce volume (et la suite).
Depuis l'épisode 6, on a assisté à quelque chose d'un peu grossier, disons : les habitants de la maison de la plage partaient buter ceux de la maison du lac. Cela mettait en évidence la différence de recrutement de Walter et Max : le premier avait choisi des humains avec qui il avait noué des amitiés, la seconde des humains qui n'étaient pas des amis mais des champions, des "êtres d'exception".
Pour ces derniers, la découverte des habitants de la maison du lac passait mal : ils ne pouvaient pas être des voisins, des amis, ils étaient des concurrents, des menaces potentielles. Et il fallait donc les éliminer. Sauf que Tynion IV posait ça comme une évidence et rendait la situation manichéenne : les recrues de Max étaient des salauds, ceux de Walter des victimes.
Surtout il y avait un sous-texte très simpliste : les recrues de Max étaient toutes des personnalités upper class (acteur, historien, mathématicien, chanteuse, écrivain, artiste, chirurgien, sénateur, généticien, prêtre), des membres d'une élite. Alors que Walter s'était lié avec des gens plus éclectiques, généralement moins "prestigieux" (acupuncteur, journaliste, comptable...).
En gros les enfoirés étaient des bourges, et les gentils des gens du peuple. C'est tout de même limite. Quand on a une vingtaine de personnages à sa disposition, un peu d'ambiguïté ne fait pas de mal. On voit d'ailleurs à la fin de cet épisode que tous les habitants de la maison de la plage n'ont pas suivi le mouvement en partant zigouiller ceux de la maison du lac...
Au fond, c'est ça qui est le plus gênant dans toute cette affaire : Tynion IV semble vouloir faire passer un message mais ce message manque singulièrement de finesse, de subtilité. Et surtout, là encore, je ne suis pas sûr que son histoire soit le meilleur véhicule pour ce genre de message. Le fantastique fonctionne mieux quand il utilise l'allusion, pas quand il martèle ce que tout le monde comprend immédiatement.
Ecrire une histoire de survivalisme teinté de science-fiction et donc aborder des thèmes comme la domination, la manipulation, la lutte de classes, etc., oui, c'est très bien. Mais il faut vraiment le faire avec doigté. Lisez Robert Silverberg par exemple et son magnifique Les déportés du Cambrien, et là, vous verrez comment un grand auteur s'empare de ces thèmes et remue le lecteur. Mais Tynion IV, sans être sévère, est quand même loin d'avoir le talent de Silverberg.
Les planches de Martinez Bueno et Bellaire sont égales à elles-mêmes. C'est superbe et en même temps parfois pénible à lire. Ce délire coloré nuit à la lisibilité, à l'identification. On ne sait pas toujours où on est, qui est qui. C'est à la fois très beau et un peu moche quand même, parce que, malgré le talent de ces artistes, hé bien, il faut faire un effort à chaque fois pour entrer dans l'action, dans le récit.
J'imagine bien que ces séries n'auraient pas ni la même force ni le même succès dessinées et colorisées autrement, ça fait partie du package en quelque sorte. Et le fait que The Nice House... ait autant de succès en France s'explique en tenant compte de ça, c'est-à-dire que ça ne ressemble pas à des comics traditionnels, c'est plus exigeant visuellement, plus audacieux, plus arty.
Mais, encore une fois, et ce n'est que mon humble avis, ma sensibilité, si j'ai été charmé au début, maintenant, je m'en suis lassé. C'est fatigant à lire, je trouve. Je reconnais le talent, la technique, le brio. Mais ce n'est pas ce que je préfère, surtout sur la durée. Et puis je pense que si Martinez Bueno et Bellaire avaient un peu modifié leur palette d'un volume à l'autre, ça aurait permis de donner une personnalité graphique propre à chaque arc, de souligner les différences d'ambiance, de personnages, de textures..
Evidemment, je dis ça, ça donne l'impression que c'est facile. Je sais bien que ce n'est pas facile. Mais quand on a le talent de Martinez Bueno et Bellaire, disons que c'est quand même plus facile parce que justement ils ont un bagage technique, de l'expérience. Et le lecteur peut attendre davantage, espérer davantage d'une telle équipe.
Cet épisode, pour conclure, est meilleur. Il repose la série sur des bases plus solides et donne envie de voir comment cet arc va se dénouer. La meilleure comparaison qui me vient à l'esprit est celle de la série télé Lost quand j'avais découvert la saison 2 : la fin de la saison 1 avait été extraordinaire et faisait fantasmer pour la suite. Et en fait la suite (la saison 2 et les suivantes) a toujours pâti de la qualité de la saison 1. The Nice House..., c'est pareil : je me doutais que ce serait forcément moins bien.





Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire