Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ?
A vous qui me faîtes l'honneur de lire mes critiques, je dois la vérité. Et la vérité, c'est que ce deuxième épisode de Batwoman m'a laissé sans voix. Il y a un mois, je partais plutôt confiant sur cette relance de la série par le créateur du personnage, Greg Rucka, même si c'est un scénariste dont je me méfie car je le trouve très inégal.
Mais j'étais quand même prêt à lui accorder une chance. Peut-être parce que la série s'inscrivait dans la collection DC Next Level et que je l'interprétai comme une opportunité de tenter de nouvelles choses, audacieuses, avec des héros de second plan (voir de troisième), et que, dans ce cadre, Batwoman avait la possibilité de trouver le second souffle qu'il lui a toujours manquée.
Qu'il s'agisse de Lobo ou de The Fury of the Firestorm, en attendant Zatanna dans quinze jours (et d'autres ensuite), la volonté manifeste de DC était de lâcher la bride aux auteurs chargés de ramener ces personnages sur le devant de la scène, et Skottie Young ou Jeff Lemire m'ont convaincu que c'était un pari gagnant.
Mais je dois avouer qu'après avoir lu ce deuxième épisode de Batwoman, je suis vraiment abasourdi. Pas par la qualité de l'ouvrage, mais, disons-le tout net, par sa nullité. Reprenons point par point - ou au moins sur l'essentiel de ce que nous avons entre les mains.
Rucka, depuis la première apparition de Kate Kane dans la série hebdomadaire 52, a fait de Batwoman une héroïne qui veut absolument se distinguer de Batman. Elle est lesbienne, fille de militaire, déchue de l'armée à cause de son orientation sexuelle, et ses aventures l'ont conduit à affronter des cultes ou sa soeur qui fut enlevée enfant avec elle et qui en est devenue folle, sous le pseudonyme d'Alice (référence limpide à Alice au pays des merveilles).
Par la suite, quand J.H. Williams III et Haden Blackman ont pris les commandes de la série Batwoman, ils ont conservé cette orientation tout en développant d'autres aspects. Aujourd'hui, en 2026, Greg Rucka fait comme s'il reprenait la série là où il l'avait laissée et ranime ses vieilles marottes, avec Kate Kane qui croit avoir tué sa soeur et qui est convoitée par une société secrète versée dans l'occulte.
Dans cet épisode, on voit resurgir Jacob Kane, qui est à la fois la père de Kate et fut son mentor, son entraîneur. Lui aussi a une formation militaire et durant le run de James Tynion IV sur Detective Comics dans lequel Batwoman tenait un des rôles principaux, il avait même bâti une organisation paramilitaire, la Colonie, pour prendre le contrôle de Gotham et lutter contre la Ligue des Assassins.
Toutefois, ici, ça ne fonctionne pas. D'abord parce que Rucka ne prend pas la peine de nous présenter les méchants : on est encore dans l'archétype de la société secrète, qui veut Batwoman pour accomplir une espèce de prophétie, mais les membres de cette société sont à peine nommés et leur objectif est plus que nébuleux.
Cela trahit en tout cas un manque d'inspiration et de renouvellement de la part de Rucka qui paraît vouloir à tout prix relancer ses intrigues initiales en changeant quelques éléments, mais pas le fond. Le reste est déjà connu : Alice, le rôle d'élue de Batwoman, Jacob Kane. C'est du vu et revu, du réchauffé. Mais ce n'est pas tout ce qui fait défaut au projet.
Cet épisode a un script qui tient sur un post-it : beaucoup d'action, quelques ponctuations cryptiques, et une héroïne en roue libre qui abat ses adversaires de sang froid - adversaires au look improbables (déguisés en soldats de la Grèce antique à la solde d'un homme, Mr. Gores, et d'une femme, Despina, mère supérieure du couvent des filles de Lilith). Et c'est tout.
On referme ce fascicule très frustré, avec un fort sentiment d'avoir été roulé dans la farine, avec une histoire rabâchant ad nauseam les mêmes motifs mais en les survolant, sur une script alignant des scènes d'action affreusement mal fichues. Il est clair que, malgré un vrai talent graphique, DaNi n'est clairement pas à la hauteur.
L'artiste grecque fait ce qu'elle peut pour emballer ce qu'on lui donne à raconter, mais son style ne convient tout simplement à une série super héroïque avec autant d'action. Parfois, on pense au Frank Miller de Sin City, mais on reste très loin, en termes de dynamisme et d'aisance dans la composition, en termes de maîtrise tout simplement, de cette écrasante comparaison.
Matt Hollingsworth ne peut rien pour combler les manques de DaNi, dont les images ne forment pas une narration digne de ce nom. Elle est excellente quand il s'agit de signer des pin up où sa façon de jouer avec l'espace négatif fait merveille, mais ce n'est définitivement pas une bonne dessinatrice de comics, où faire joli ne suffit pas.
Il subsiste de tout ça une impression de vide : Rucka n'a rien à dire, en tout cas rien de neuf, et DaNi n'a rien à dessiner - pour ne pas dire qu'elle ne dessine rien. On tombe de très haut, à l'image de Batwoman qui saute d'un toit pour atterrir dans la rue mal en point. J'ignore si j'ai envie de continuer, mais j'en doute. Contrairement à une super héroïne, le lecteur ne se relève pas facilement d'une telle chute.





Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire