vendredi 27 février 2026

ABSOLUTE WONDER WOMAN, TOME 2 : LE LABYRINTHE (Kelly Thompson / Mattia de Iulis, Hayden Sherman, Matias Bergara)


ABSOLUTE WONDER WOMAN, T. 1 : LE LABYRINTHE
(Absolute Wonder Woman #6-14)


- #6-7 : THE LADY OR THE TIGER (Kelly Thompson / Mattia de Iulis) - Aujourd'hui : Wonder Woman se rend en enfer pour qu'il libère Circé. Intrigué par ses armes, Hadès lui demande comment elle a pu les rendre si puissantes. Puis il la met au défi de battre son champion dans son arène et Perséphone assiste au combat...
 

C'est un copieux deuxième tome que publie Urban Comics puisqu'il compte pas moins de neuf épisodes. Sachant qu'en vo, le premier recueil comportait les 7 premiers épisodes contre cinq pour l'édition vf, il fallait bien rattraper le retard. Kelly Thompson ouvre donc le bal avec un diptyque où elle retrouve l'artiste Mattia de Iulis avec lequel elle avait collaboré sur un projet en creator-owned (The Cull) et sur sa reprise de Jessica Jones chez Marvel.

Le résultat est en demi-teinte : l'histoire est composée comme une fable qui donne son titre à cet arc et qu'on peut résumer par le choix que doit faire un combattant dans une arène entre le femme qu'il aime (mais qui est la rivale d'une reine) et l'affrontement avec un tigre. Wonder Woman, elle, doit faire face à Hadès, le maître des enfers, agacé par l'insolence de l'amazone.

Mais Diana peut compter sur un joker auquel Hadès ne s'attend pas... Kelly Thompson développe cette brève intrigue avec malice mais le dénouement laisse sur le lecteur sur sa faim. On a trop le sentiment que tout ça a surtout été écrit pour remplir avant le plat de résistance. Et puis il faut aimer le style photoréaliste de Mattia de Iulis au dessin. C'est parfois très beau, mais narrativement c'est trop statique.


- #8-12 : AS MY MOTHERS MADE ME (Kelly Thompson / Hayden Sherman) - Wonder Woman cherche où sont les amazones et est aidée par Etta et Gia Candy, Steve Trevor et surtout Barbara Minerva. Mais une alerte l'oblige à se rendre à Gateway City où le Dr. Poison l'attire dans un piège après lui avoir dit d'où il venait.


Détenu dans un complexe de la zone 41, il explique à Diana que s'y trouve un labyrinthe souterrain où sont retenus captifs d'autres individus comme elle, et notamment une amazone. Elle se rend sur place et croise la route de Ferdinand, un minotaure protégeant une sirène, Petra, convoitée par Dame Cléa. Ferdinand confie Petra à Diana et couvre leur fuite.


Après avoir transféré Petra à l'abri, Wonder Woman part recherche Ferdinand mais Dame Cléa utilsie un puissant hallucinogène pour pousser l'amazone dans un puits. Elle y est repêchée par Io, une autre amazone qui cherche avec d'autres détenus à s'évader depuis des décennies. Diana met au point un plan pour les libérer mais aussi raisonner Cléa.


L'histoire principale de ce deuxième tome d'Absolute Wonder Woman entraîne l'héroïne dans une zone qui fait explicitement référence à la légende de la zone 51, cette base militaire située dans les environs de Roswell au Nouveau-Mexique et dont on a dit qu'elle abritait des vaisseaux et des créatures extraterrestres.

Sur ce terreau fertile, Kelly Thompson brode une intrigue qui reprend allègrement la figure de Thésée dans le labyrinthe de Dédale où il s'aventure pour sauver les victimes promises au Minotaure dans la mythologie grecque. Sauf que la scénariste s'amuse à détourner les clichés : ici, le minotaure qui répond au nom de Ferdinand n'est pas un méchant mais un des malheureux captifs de l'endroit.


Diana, qui cherche d'autres amazones, va en rencontrer une et affronter une atlante, Cléa. On ne s'ennuie pas en lisant ces péripéties que Hayden Sherman, de retour au dessin, se charge de mettre en images avec sa virtuosité habituelle, composant des planches folles, avec des cases de toutes formes et une tonicité jamais prise en défaut.

Ce qui surtout fait la réussite de l'entreprise, c'est ce que Thompson sème tout au long de ces épisodes. La zone 41, la labyrinthe, tout ça n'est que le sommet de l'iceberg et toute la série développe une mythologie propre amenée à être exploitée sur le long terme, avec de nouveaux futurs adversaires prompts à mettre Diana en difficulté.

La fin de cet arc, sans rien spoiler, nous projette encore plus loin et prouve que la scénariste a un plan précis pour la série. Thompson ne commet plus les erreurs qui ont souvent plombé ses productions, comme par exemple cette manie d'écrire une héroïne puis de transformer le titre en team book qui ne disait pas son nom (ici, les seconds rôles le restent, Wonder Woman est vraiment au premier plan).

Loin de la surenchère de Scott Snyder avec Absolute Batman et du manque d'inspiration de Jason Aaron avec Absolute Superman, Thompson réussit la meilleure série de la gamme - je ne mets pas au même niveau Absolute Martian Manhunter dont l'originalité dépasse de loin tout le reste, et j'ai zappé Absolute Flash et Green Lantern, que la majorité des avis rangent franchement en dessous.
 

- #13-14 : THE PRICE (Kelly Thompson / Matias Bergara) - Reprenant ses recherches sur Themyscera avec Barbara Minerva, Wonder Woman doit affronter un nouvel adversaire qui s'avère être son double maléfique. Pour s'en débarrasser, elle implore la déesse Gaïa... Mais rencontre une autre future ennemie en provenance elle aussi de la zone 41...


Enfin, l'album se termine à nouveau avec un diptyque, mais s'il est plus abouti que le premier concernant le scénario, il divisera par son aspect visuel. En effet il a été fait appel à Matias Bergara pour permettre à Sherman de souffler et... Comment dire?... Je n'ai pas senti son suppléant très soigneux dans sa contribution.

Bergara est pourtant un artiste au style recommandable, ses collaborations avec Si Spurrier (Coda et Saison de Sang) sont de vrais poèmes narratifs et esthétiques, mais là, clairement, je ne le trouve pas à sa place. Il a du mal à s'intégrer aux codes super héroïques, son trait très nerveux semble brouillon, on ne retrouve pas du tout ses qualités habituelles.

Thompson, elle, réfléchit à un thème éculé : le prix à payer pour avoir utiliser la magie dans le monde réel. Cela aboutit à une étrange confrontation parfois naïve, parfois troublante, mais qui vaut surtout comme teaser pour la future ennemie de Wonder Woman, également magicienne, ici complètement réinterprétée.

L'un dans l'autre donc, avec un sommaire aussi fourni, l'ensemble est par définition très inégale. Pourtant Absolute Wonder Woman est une lecture facile et agréable, une revisite du personnage très habile, nuancée, avec un background déjà très riche et accrocheur. Lorsque Hayden Sherman est de la partie, c'est en plus visuellement éblouissant.

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