ONE WORLD UNDER DOOM #1-9
Devenu le nouveau sorcier suprême, Dr. Fatalis s'autoproclame empereur du monde. Mais, devant l'assemblée des Nations Unies, il déclare laisser à leurs postes les dirigeants de chaque pays à condition que ceux-ci obéissent à ses préceptes. Contre toute attente, à part quelques territoires, il obtient ce qu'il réclame. La situation alerte évidemment les super héros au premier rang desquels les Avengers et les Fantastic Four qui sont convaincus que Fatalis contrôle mentalement les chefs d'Etats et que ses projets ne sont pas dignes de confiance.
Après avoir obtenu de l'Hydra qu'elles déminent toute la Terre et bâtissent des écoles, Fatalis élimine le Baron Zemo et son organisation est démantelée par les héros. Toutefois quand ces derniers veulent franchir la frontière de la Latvérie, un écran magique les en empêche. Les Fantastic Four tentent alors de pousser Fatalis au combat à l'O.NU. mais celui-ci refuse de les affronter - mieux : il guérit la Chose à qui il rend son apparence humaine !
Les Avengers continuent de ne pas croire aux bonnes actions de l'empereur et s'allient avec ses rivaux, les Maîtres du Mal (Arcade, Mysterio, Goblin Queen, M.O.D.O.K., le Baron Mordo, Dr. Octopus). Un groupe (Scarlet Witch, Mordo, Goblin Queen) va sonder les esprits des chefs d'Etat pour savoir s'ils sont contrôlés mentalement par Fatalis, un autre retourne à la frontière avec la Latvérie. Surprise : les dirigeants ont accepté de leur plein gré de soutenir Fatalis !
Mais, trop occupé à son règne, Fatalis a omis une menace : celle de Dormammu qui exile tous les héros dans une dimension de poche pour défier en combat singulier l'empereur. Le maître de la dimension obscure domine son adversaire qui envoie ses Fatalibots délivrer les super héros pour qu'ils viennent l'aider. Dormammu vaincu, les justiciers s'interrogent : et si Fatalis était une bonne chose pour la Terre ? Avant qu'une autre question n'apparaisse : comment Fatalis a-t-il pu rendre sa magie si puissante ?
Je le dis assez souvent ici : j'ai trop souvent été déçu par les events (Marvel comme DC) pour m'en méfier quand l'un paraît, même s'il reçoit un accueil critique favorable. La fréquence avec la laquelle Marvel en particulier en publie a fini par avoir raison de mon envie de les lire, au moins au moment où ils sortent.
Parfois, néanmoins, j'avoue que je rattrape le coup avec quelques mois, voire années, de retard, pour vérifier si j'ai loupé quelque chose de valable. Mais je dois dire aussi que, jusqu'à présent, je n'ai jamais regretté ma décision. Certes, il y a quelques events corrects (je pense à A.X.E. : Judgment Day), mais ce n'est pas suffisant pour que je revienne sur mon choix.
Je pense quand même le laisser prendre au jeu de Armageddon cet été car Chip Zdarsky promet quelque chose qui m'excite assez, mais j'espère vraiment qu'il aura les coudées franches car je sais que les editors de Marvel sont très interventionnistes et tiennent souvent la main des scénaristes au moment de rendre leur copie - ce qui me rend optimiste, c'est que Zdarsky a récemment expliqué avoir terminé tous ses scripts à paraître pour l'année à venir (!)), donc celui d'Armageddon aussi.
Si j'ai lu One World Under Doom ce week-end, c'est aussi parce que : 1/ j'avais lu Blood Hunt au terme duquel le Dr. Fatalis devenait le nouveau sorcier suprême (en abusant le Dr. Strange) et il était donc clair que l'event suivant allait explorer cette situation, et 2/ je sais que Armageddon va également être en partie basé sur les conséquences de One World Under Doom.
Je ne spoilerai pas la fin puisque je ne crois pas qu'elle soit encore publiée en vf (c'est en cours dans la revue "Marvel World", qui ce mois-ci contient l'épisode 5). Par contre, sûrement demain, j'écrirai une critique de Will of Doom, le one-shot écrit par Chip Zdarsky qui conclut vraiment l'event et annonce Armageddon, et là, forcément, je serai obligé d'en dévoiler davantage (donc à vous de voir si vous voudrez lire cet article).
Ryan North est donc le scénariste de One World Under Doom : il est logique que ce soit le cas puisqu'il est également le scénariste de la série Fantastic Four depuis Septembre 2023. Son travail sur le titre est quasi unanimement salué (même si, moi, je n'ai pas accroché). Mais dans la mesure où les FF sont en bonne place dans cet event et que Fatalis est la némésis des FF, North est légitime à signer cette saga.
En 1987, David Michelinie avait déjà abordé la question de savoir comment se comporterait le personnage dans un récit complet paru en France (chez Lug) sous le titre Fatalis Imperator. Il s'alliait avec l'Homme Pourpre et Namor pour asseoir son règne et asservir les super héros à l'exception de Wonder Man, placé dans un caisson par Iron Man (pour analyser les pouvoirs de Simon Williams) avant les faits.
Wonder Man devenant le grain de sable dans les rouages de la machine ramenait ses amis à la raison et Fatalis était vaincu. Avec neuf épisodes, Ryan North a davantage d'espace pour creuser la question et il s'en sort assez remarquablement, parvenant tout du long à rendre le règne de Fatalis plus ambigu que jamais et poussant les super héros dans leurs retranchements, à la fois physiques et moraux.
Le récit trouve une sorte de bascule passionnante lorsqu'après une bataille homérique contre Dormammu, Thor, protecteur de Midgard (la Terre) et Père-de-tout (à la suite de son père Odin), s'interroge sur le fait que Fatalis pourrait être en fin de compte une bonne chose pour le monde. Mais dans le même temps Maria Hill, chef du S.H.I.E.L.D, appelle à un sursaut de conscience.
La maîtresse-espionne est sûre que Fatalis cache quelque chose et cela concerne sa magie. Certes il est le sorcier suprême, ce qui fait de lui un être très puissant, mais il a montré que sa force dépassait celle de son prédécesseur, Dr. Strange. Comment est-ce possible ? Ryan North fait rebondir son intrigue à partir de cette double interrogation (Fatalis est-il la solution ? Quel est le secret de sa puissance magique ?).
On assiste alors au deuxième acte de l'event avec une séquence totalement inattendue et audacieuse qui voit débattre Reed Richards et Victor von Fatalis, le premier tentant de convaincre le public que l'empereur ment sur ses intentions. Et, là, North se pose, et nous oblige à se poser, chose rare dans une saga de ce genre. Pendant un épisode, on assiste à un échange d'arguments et pas à une baston.
Evidemment, c'est aussi une ruse de la part de Mr. Fantastic pour occuper Fatalis pendant qu'une équipe réduite réussit (un peu facilement) à enfin rentrer en Latvérie et découvrir ce que l'empereur dissimule à tous. La suite est plus convenue, mais dans sa toute dernière ligne droite, ménage encore quelques rebondissements épatants, jusqu'à la conclusion.
Et cette conclusion, sans rien "divulgâcher", est l'autre bonne surprise de l'event. North réussit à achever son affaire sur une note tout aussi ambigüe qu'elle avait démarrée. On saisit alors parfaitement pourquoi il faut lire One World Under Doom avant Armageddon pour deviner sur quelles bases Zdarsky et Marvel comptent bâtir leur prochaine saga (même si Captain America et Wolverine : Weapons of Armageddon restent essentielles).
Est-ce que tout est parfait toutefois ? Non, bien entendu. L'acharnement des Avengers à démolir Fatalis et leurs échecs répétés, leur alliance avec les Maîtres du Mal, la mission d'infiltration en Latvérie, tout cela est moins abouti. Comme dans Avengers vs X-Men, les Avengers apparaissent comme une équipe qui refuse toute autre autorité que la leur, quitte à aggraver la situation.
Comme Fatalis l'explique lors du débat avec Reed Richards, les héros autoproclamés ne sont pas meilleurs que lui en vérité, certainement pas plus légitimes, ils se pensent au-dessus des lois, agissent sans jamais répondre de leurs actes, infligent des dommages qu'ils ignorent ou bien sont en mesure de sauver de façon très concrète, matérielle, le monde sans rien en faire.
Les génies de Richards, Stark, Pym, T'Challa, de certains mutants pourraient mettre fin aux guerres, à la famine, aux crises énergétiques, et pourtant soit les héros exploitent leurs inventions juste pour eux-mêmes et les leurs semblables, soit les gaspillent pour autre chose. Ils protègent la Terre, mais ne sauvent pas les terriens de leurs maux ordinaires.
L'alliance avec les Maîtres du mal apparaît, au final, comme une péripétie sans grande valeur et d'ailleurs certains de ces vilains sont surprenants pour espérer terrasser Fatalis (je pense à Arcade ou Mysterio). Enfin, alors que personne n'a réussi à franchir le bouclier magique autour de la Latvérie, Maria Hill trouve comme par miracle le moyen d'y parvenir et permet, providentiellement, à la Sue Richards, Scarlet Witch et Black Widow de dévoiler le secret de Fatalis.
Ces faiblesses sont compensées par des moments épiques, comme le duel Fatalis-Dormammu et surtout le dernier épisode, à la fois poignant et malin. Sans doute que 9 épisodes, c'est un peu trop, à mon avis un ou deux de moins auraient suffi (d'ailleurs la tendance maintenant est à des events moins longs, comme DC K.O. ou Armageddon, avec cinq chapitres max.).
Visuellement, R.B. Silva est à un niveau insoupçonné. Cet artiste, qui a longtemps copié Immonen, et qui a acquis la reconnaissance en signant les épisodes de Powers of X, a enchaîné les 9 épisodes sans faillir (même s'il a bénéficié d'un break d'un mois entre le #5 et le #6). On sait à quel point l'exercice est exigeant, avec une foule de personnages à animer, des décors variés, la représentation des pouvoirs divers.
Avec l'aide du coloriste David Curiel, Silva tient remarquablement bien le coup. Certes, il zappe les décors quand il ne peut pas faire autrement pour assurer les délais (et aussi parce que, dans les scènes de bataille les plus spectaculaires, on peut les sacrifier sans que ce soit scandaleux). Mais, autrement, il ne s'économise pas, avec des éléments très détaillés (comme les armures de Iron Man et Fatalis, le combat contre Dormammu, la révélation de ce que cache le Doom Castle, etc).
C'est assurément, au point de vue graphique, un des events les plus aboutis, les plus soignés, que j'ai lus depuis belle lurette (Fear Itself ?), au moins chez Marvel. Et Silva donne le sentiment qu'il a atteint une vraie maturité. Il faudra observer sur quoi il rebondira et s'il s'agit d'une série régulière, s'il saura faire preuve de la même constance.
Tout cela est quand même très positif, il faut le reconnaître. Ryan North a conduit son récit avec une grande maîtrise et une belle intelligence, on ne sent pas la main d'un editor sur ce qu'il a produit et c'est énorme en soi. RB Silva impressionne. C'est la suite, bien plus ambitieuse et réussie, de Blood Hunt, et une rampe de lancement prometteuse pour Armageddon. One World Under Doom sera difficile à challenger, mais mieux vaut ça qu'un énième event vite lu et vite oublié.










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