C'est l'heure de vérité pour Spider-Man contre le Caïd... Et la fin des aventures pour le tisseur de l'univers Ultimate.
Moi qui n'aime pas rédiger la critique du dernier numéro d'une série, Marvel et Jonathan Hickman me facilitent la tâche pour une fois puisque c'est non seulement la conclusion d'Ultimate Spider-Man mais aussi, en ce qui me concerne, le terminus de l'expérience Ultimate initiée en 2024 par Hickman et Marvel.
Malgré de bonnes ventes, l'éditeur a décidé, contre toute attente, d'arrêter ce revival de l'univers Ultimate, bien qu'il n'avait aucun rapport avec celui lancé au début des années 2000 par Brian Michael Bendis et Mark Millar. On s'en souvient, c'était Donny Cates qui devait animer cette relance avant qu'un grave accident l'en empêche et que Marvel demande à Hickman de s'en occuper.
L'ex grand architecte de Marvel, désormais cantonné à un rôle plutôt nébuleux de concept maker pour l'éditeur, n'a rien conservé des idées de Cates - y a-t-il eu seulement accès d'ailleurs ? Il a développé Ultimate Invasion, la mini-série qui a amorcé la machine, puis s'est, tout aussi étonnamment, contenté d'écrire Ultimate Spider-Man, là où on pouvait imaginer qu'il se consacrerait à une série plus centrale.
De fait, Ultimate Spider-Man est toujours restée à la marge des grands événements qui agitaient ce nouvel Ultimate universe, et c'est Deniz Camp avec la série Ultimates qui a été le chef d'orchestre, avec une équipe d'Avengers aux prises avec les maîtres de ce monde parallèle, pendant que le Créateur était emprisonné dans sa cité.
Cela résume en vérité bien ce que Hickman fait depuis son départ de la franchise X-Men : il ne s'engage plus dans de gros projets à long terme pour Marvel, favorisant les coups d'éclat, plus ou moins aboutis d'ailleurs, comme s'il ne se remettait pas de ce que Jordan White avait fait de l'univers mutant en ne respectant pas son plan initial.
L'énergie de bâtisseur de Hickman est plutôt dédiée à présent à son projet sur Substack (3Wolrds.3Moons), autour duquel il a attiré de nombreux auteurs et artistes. Mais pour lire cela, il faut accepter de payer un abonnement et les quelques éditions reliées disponibles en format physique ne se trouvent que via cette newsletter, à des prix peu abordables.
Cela dit, 24 épisodes d'Ultimate Spider-Man, ce n'est pas rien non plus. Mais qu'en restera-t-il ? Deniz Camp doit encore boucler toute l'opération avec la mini Ultimate Endgame (qui connaît de gros retards). Mais en fait qui s'en soucie encore ? Marvel en abrégeant l'expérience donne l'impression de se débarrasser d'un projet qui aurait pu (dû ?) durer davantage.
Et donc la postérité de ce revival Ultimate laisse à désirer. C'est, toutes proportions gardées, comme si DC choisissait d'interrompre la ligne Absolute aujourd'hui, alors que le succès est énorme. Mais c'est aussi là que le bât blesse car Ultimate, si cela n'a pas démérité au niveau commercial, est resté très loin derrière les scores phénoménaux d'Absolute.
Même si sur ce que j'ai d'Absolute ne me ravit pas complètement (hormis le sans-faute de Martian Manhunter), il faut concéder à DC d'avoir osé plus franchement, plus radicalement que Marvel. DC a laissé ses auteurs et artistes complètement réinventer ses héros (et méchants) iconiques, là où Marvel n'a laissé ses équipes créatives qu'opérer de menus changements cosmétiques la plupart du temps.
Le cas d'Ultimate Spider-Man est symptomatique à cet égard : Peter Parker est adulte, barbu, marié, père de deux enfants, ami avec le Bouffon Vert. Gwen Stacy était Mysterio (en partie). Et puis... Hé bien, c'est un peu tout. Pas de changement de costume, pas d'origine réellement revisitée, pas de vilains augmentés, pas d'intrigues échevelées. C'est plutôt tiède là où Absolute est chaud bouillant.
Alors, oui, c'était agréable à lire dans l'ensemble, en tout cas Ultimate Spider-Man. Bien qu'avec de gros passages à vide, du ventre mou, des arcs narratifs pour certains personnages inaboutis ou des transformations surgies de nulle part (Otto Octavius/Superior Spider-Man par exemple), et pas mal d'occasions ratées (l'Homme Sable, L'Homme-Taupe, Black Cat/Felicia Hardy).
C'est comme si la série avançait toujours avec le frein à main, au ralenti, avec la peur de choquer - moins le lecteur que l'éditeur d'ailleurs puisque, dans l'univers classique, on se refuse toujours à réconcilier Peter Parker et MJ Watson, sans parler de les marier. Donc, non, ce n'est pas exactement la même chose, mais ce n'est pas assez différent en somme.
Le sentiment qui domine et qui perdurera tant qu'on s'en souviendra, c'est quand même "tout ça pour ça". Quel impact ? Je n'ai pas lu Ultimates, Ultimate Black Panther, Ultimate X-Men, Ultimate Wolverine, et je n'ai aucune envie de lire Ultimate Endgame. J'ignore si Marvel a vraiment l'intention de matérialiser des conséquences pour cet univers qui se ressentiraient dans l'univers de la Terre-616 (même si, pour le futur event Armageddon, il semblerait que Miles Morales soit un élément de liaison).
Ce qui est certain, c'est qu'on n'aura pas droit à quelque chose d'équivalent à Secret Wars d'Hickman qui signa la fin du premier Ultimate et acta, notamment, l'arrivée sur la Terre-616 de Miles Morales. Marvel est déjà passé à autre chose et les retards d'Ultimate Endgame amenuisent la puissance de cette fin.
Sans rien dévoiler du finish d'Ultimate Spider-Man, c'est au diapason de ce sentiment d'inachevé. Hickman échoue assez tristement à terminer sa série d'une façon qui aurait rendu le lecteur nostalgique. C'est devenu la norme pour le scénariste qui, en s'investissant de moins en moins, semble avoir abandonné toute ambition de clore ses projets de manière plus intense. (C'était un peu moins le cas pour Imperial toutefois, qui laissait à de futurs auteurs un vaste terrain de jeu et des cartes rebattues.)
Ce que fait encore Hickman chez Marvel reste un mystère pour moi : il a fait le tour des grandes séries (Fantastic Four, Avengers, X-Men, Wolverine : Revenge, ce Spider-Man alternatif) et des univers délaissés (Imperial avec la partie cosmique). Il a ce rôle de lanceur de concepts, très vague et certainement très rémunérateur. Mais c'est assez frustrant quand on sait de quoi il est capable.
Si DC lui tendait la main, je suis sûr que ça l'intéresserait (il a plusieurs fois exprimé son rêve d'écrire La Légion des Super Héros), et c'est certain qu'il rebondirait, motivé par le challenge, le fait de jouer avec de nouveaux personnages. Mais DC a assez d'auteurs actuellement, et Hickman ne bouge pas pour offrir ses services. Etrange léthargie d'un scénariste qui a fait sa réputation sur son talent d'architecte et qui aujourd'hui ne dessine plus rien de substantiel ni de personnel.
Visuellement, Ultimate Spider-Man aura bénéficié d'un Marco Checchetto, certes moins régulier, mais très efficace quand il était présent. Ce dernier épisode en témoigne une nouvelle fois. Il produit de superbes planches, où l'action est omniprésente. Il paraît qu'il a des problèmes de santé actuellement et j'espère que ce n'est pas trop sérieux, qu'on le reverra vite et en forme.
David Messina a joué les doublures avec application. C'est évidemment moins bon, moins complet que Checchetto, mais il a profité de l'exposition d'un tel titre et nul doute qu'il peut envisager l'avenir sereinement.
Voilà ce que je pouvais dire : c'était bien, ça aurait pu être mieux, tellement mieux. Mais entre un scénariste qui ne fait plus autant d'effort, un éditeur qui coupe tout le monde dans son élan, et surtout une refonte qui a manqué d'audace (en comparaison avec l'univers Absolute chez la concurrence), l'aventure se termine petitement. Peut-être qu'un jour Donny Cates aura la possibilité de proposer ce qu'il avait en tête et que lui et Marvel oseront vraiment...





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