jeudi 26 février 2026

ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER #9 (of 12) (Deniz Camp / Javier Rodriguez)


John Jones est sans nouvelles du martien depuis une semaine - ce dernier est aux mains de l'Agence, qui procède à sa vivisection. A sa place, l'agent du FBI est accompagné par une nouvelle entité extraterrestre, Désespoir-le-zéro, qui lui donne accès aux pensées les plus déprimantes. C'est dans cet état qu'il se rend chez une psychiatre auprès de laquelle Bridget, sa femme, espère ressouder leur couple...


Le break opéré par la série l'a révélée sous un jour un peu différent de ses six premiers épisodes : jusqu'à ce stade, on évoluait dans un récit très étrange mais qui culminait avec la fin d'un acte 1 spectaculaire, et malgré la bizarrerie de l'ensemble, on suivait les aventures de John Jones et du martien assez facilement, à la manière d'un buddy comic book, parfois drôle, parfois flippant.
 

Mais depuis le retour de la série et le n°7 donc, Deniz Camp a plongé son héros et son histoire dans quelque chose de beaucoup plus noir, oppressant, inquiétant. L'humour a disparu. J'ai comme l'impression qu'il a écrit (ou réécrit ?) à la lumière (noire) de l'actualité aux Etats-Unis pour transformer Absolute Martian Manhunter en une fiction plus politique, paranoïaque.


Et le scénariste a enfoncé le clou le mois dernier en séparant complètement John Jones et le martien. Ce dernier a été capturé par la mystérieuse Agence qui procède maintenant à sa vivisection tandis que l'agent du F.B.I. a un nouveau compagnon, Désespoir-le-zéro (Despair-the-zero en vo), qui lui permet de ressentir uniquement les émotions les plus négatives.


Pire : Désespoir-le-zéro avoue à John qu'il est également là pour le détruire, moralement, psychologiquement, physiquement. John résiste mais il est submergé par les situations qu'il affronte, enquêtant sur les traces qu'aurait pu laisser le martien dans les rêves des gens - sans succès. Et bientôt, effectivement, le pessimisme l'envahit, l'écrase, le fait réagir violemment.

Car si le martien se fait disséquer, c'est aussi le cas de John qui se rend à une consultation chez un psychiatre avec Bridget qui espère en vérité moins sauver son couple que forcer son mari à reconnaître qu'il devient fou et même dangereux. La réaction de ce dernier confirme d'ailleurs cela : il comprend qu'on l'a piégé, se met en colère, voit la possession dont Tyler, son fils, est l'objet, et hallucine (ou pas) en résistant à des infirmiers qui veulent l'embarquer.

Question intensité, c'est un épisode extrêmement impressionnant, qui communique un malaise puissant, et confirme surtout le génie de Deniz Camp. Ce dernier a expliqué que DC aurait volontiers aimé qu'il prolonge la série au-delà des douze épisodes, mais en même temps l'éditeur leur ont fait une offre, à lui et à Javier Rodriguez, "impossible à refuser" - diable ! voilà qui est bigrement alléchant !

Cela signifie surtout que le duo Camp-Rodriguez, qui ressemble à une véritable entité bicéphale, chacun challengeant l'autre, va continuer à travailler ensemble et, même si, moi aussi, je n'aurai pas dit non à un rab de martien, je suis quand même très content qu'ils aient gardé le contrôle de leur projet, et rebondissent sur autre chose qui ne manquera pas d'être passionnant.

Javier Rodriguez, il faut le rappeler, quand il a quitté l'Espagne pour exercer aux Etats-Unis sur le conseil de son ami Marcos Martin, a redémarré en bas de l'échelle. Déjà dessinateur, il est devenu coloriste (notamment sur Daredevil époque Mark Waid), puis progressivement, Marvel l'a laissé reprendre la planche (toujours sur DD, puis Spider-Woman notamment).

Là où il a prouvé qu'il n'était pas un bleu, c'est avec L'histoire de l'Univers Marvel, écrit par Waid : une lecture assez chiante mais transcendée par des pages complétement dingues. Al Ewing a remarqué la virtuosité de l'espagnol et avec lui a composé les deux volumes de ses Defenders, où le doute n'était plus permis pour estimer l'inventivité ébouriffante de son graphisme. 

Il y eut aussi Doctor Strange et les Sorciers Suprêmes (qui vient de ressortir en un seul volume chez Panini) mais là, les limites éditoriales de Marvel ont empêché Rodriguez de tout faire et Nathan Stockman l'a supplée pour compléter cette mini, directement inspiré du run de Jason Aaron sur Dr. Strange.

DC est, à cet égard (mais pas seulement) autrement plus intelligent : en accordant quelques mois de suspension à la série, Rodriguez a pu avancer tranquillement dans son travail et il signera donc les 12 épisodes d'Absolute Martian Manhunter - Deniz Camp refusait d'ailleurs tout fill-in : c'était avec Rodriguez ou rien.

Et quand on voit encore une fois ce que ce dessinateur sort, c'est juste insensé : chaque nouvel épisode est aussi ahurissant que le précédent, c'est tellement atypique, brillant, novateur, ludique, angoissant - et Rodriguez fait tout : dessin, encrage, couleurs, une partie du lettrage ! Impressionnant, magistral, merci de nous donner ça à lire !

C'est encore et toujours la meilleure série Absolute - et sans doute la meilleure série tout court dans les bacs actuellement.

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