mardi 3 mars 2026

ALL-NEW VENOM : WHO IS ALL-NEW VENOM ? (Al Ewing / Carlos Gomez)


ALL-NEW VENOM : WHO IS ALL-NEW VENOM ?
(All-New Venom #1-10)


Madame Masque comparaît devant la justice pour répondre de ses actes terroristes. Luke Cage, le maire de New York ; Joe Robertson, le rédacteur en chef du "Daily Bugle" ; et Rick Jones, reporter pour le même journal, assistent à l'audience lorsque celle-ci est interrompue par l'apparition de deux membres de l'A.I.M. venus eux aussi réclamer des comptes à la prévenue. La salle est évacuée et Venom apparaît.


Dans la bataille qui s'ensuit, Madame Masque en profite pour s'évader. Mary Jane Watson, sous son alias de Jackpot, rentre chez elle où l'attendent son compagnon Paul Rabin et Dylan Brock, le fils d'Eddie, ancien hôte de Venom. L'adolescent veut savoir qui est le nouveau Venom et parie qu'il s'agit de Cage, Robertson, Jones ou Masque. Il se lance dans une enquête qui le mène à un entrepôt où Masque avait établi une de ses planques.


Venom y débarque à son tour et affronte les agents de l'A.I.M. puis Madame Masque elle-même, puis gronde Dylan pour son imprudence. Le S.C.A.R. (Symbiote Containment and Relocation) traque aussi le nouveau Venom dont tout le monde s'aperçoit qu'il n'a pas le même comportement et agit héroïquement. Flash Thompson, qui en a été un des hôtes et officie désormais comme l'agent Anti-Venom, tente de calmer le SCAR en veillant sur les symbiotes déjà capturés.


Progressivement, Dylan comprend que ses suspects sont innocents mais cela ne freine ni le SCAR et le Dr. Octopus qui travaille pour eux, ni MODOK et Madame Masque qui s'allient pour l'occasion. Mais qui est ce nouveau Venom ?


Depuis 2021, Al Ewing pilote la série Venom, d'abord aux côtés de Ram V, puis seul depuis 2023. Sous sa direction, les aventures du symbiote sont restées aussi populaires que durant le run de Donny Cates, ayant culminé avec l'event King in Black. Et comme il l'a fait avec Immortal Hulk puis Immortal/Mortal Thor, Ewing s'est employé à bousculer le héros et ses fans.


En 2024, il lance l'event en cinq parties Venom War à l'issue duquel Eddie Brock et son fils Dylan (né en vérité de la relation entre Eddie, Anne Weying et le symbiote) se disputent le contrôle de Venom sans qu'aucun d'eux ne parviennent à l'empêcher de fuir dans New York traumatisé par tout qui est relatif aux symbiotes.


Marvel décide alors de suspendre la parution de la série Venom pour que Al Ewing développe une histoire qui va révéler qui est le nouvel hôte de l'alien sous le titre All-New Venom. Le procédé est très artificiel mais a pour but de créer un suspense et aussi, accessoirement, de reprendre le fil de la série régulière pile-poil pour son 250ème épisode.

C'est ainsi qu'on a droit à ce trade paperback (que Panini, jamais en retard pour vous soutirer quelques Euros, a préféré traduire en deux tomes) qui rassemble les dix épisodes de cet arc narratif. Pour ne spoiler personne (même si l'info a depuis fait le tour des médias spécialisés), j'ai fait attention à ne rien montrer qui révèle qui est le nouveau Venom.

Je dois dire que je ne me suis jamais vraiment intéressé au personnage, même si j'avais lu quelques arcs du run de Rick Remender (dessinés par Tony Moore et Tom Fowler en autres) puis de Cullen Bunn (les épisodes dessinés par Declan Shalvey). Mais j'ai zappé le run de Donny Cates, et je n'ai vu aucun des films avec Tom Hardy (et tout indique que j'ai bien fait).

Alors pourquoi acquérir cet album ? Hé bien, parce que, moi, je me suis fait spoiler et quand j'ai su qui était le nouveau Venom, passé un moment de stupéfaction, j'ai été curieux de savoir comment Ewing justifiait ça. L'autre raison tient dans l'identité de l'artiste : Carlos Gomez, dont j'aime beaucoup le travail et qui tenait là l'occasion de briller sur la longueur (après avoir été abonné aux mini-séries).

Ewing écrit un récit rempli d'action et qui file à toute allure. On ne s'ennuie pas une seconde et le scénariste s'amuse à imaginer de nouvelles fonctions pour le symbiote, inspirées par la personnalité de son nouvel hôte. L'histoire débute comme un jeu de pistes avec quatre suspects désignés, qui ne sont jamais dans la même pièce que Venom quand celui-ci s'y trouve.

Ainsi subodore-t-on qu'il s'agit de Madame Masque, s'échappant fort à propos juste quand le symbiote surgit dans la salle du tribunal où elle comparaît ; à moins qu'il ne s'agisse de Luke Cage devenu maire de New York, ou Joe Robertson le rédac'chef du "Daily Bugle", à moins que ce soit Rick Jones, l'éternel sidekick qui fut aux côtés de Hulk ou Captain Mar-Vell.

Dylan Brock mène l'enquête, moins pour démasquer le nouvel hôte que pour récupérer le symbiote. Les vilains défilent (Madame Masque, l'AIM, MODOK, Dr. Octopus). Il y a aussi les agents du SCAR aux méthodes expéditives. Et au coeur de tout cela, ce Venom relooké, avec son logo doré, ses nouvelles manières, son identité insoupçonnable.

Ewing lève le voile seulement à la dernière page du cinquième épisode et, même en sachant de qui il s'agit, cela reste surprenant. Mais le scénariste a le mérite d'expliquer pourquoi il a choisi cet hôte, dans quelles circonstances Venom s'y est attaché, pourquoi il ne le quitte plus. Bien entendu, on peut trouver ça dommage de super héroïser un personnage qui n'en avait pas besoin, mais l'idée de Ewing ne manque ni de culot ni d'arguments.

D'abord, et en premier lieu, il suppose des développements ultérieurs qui mettent l'eau à la bouche. Ensuite ce nouvel hôte est excitant parce qu'il n'est pas roué au combat comme le furent Peter Parker, Eddie Brock ou Flash Thompson. Enfin, parce qu'il n'y a rien de plus amusant que de lire les réactions horrifiés des fans devant cette hérésie.

Ewing prend le parti d'en rire, même si la série n'est pas devenue comique. Simplement il se sert de l'ingénuité de l'hôte pour redynamiser sa relation avec le symbiote mais aussi épicer les épreuves auxquelles il est confronté. La manière dont les pouvoirs de Venom sont exploités désormais sont parfois désopilantes, toujours imprévisibles, souvent épatantes.

Je ne sais pas combien de temps ce statu quo va durer - déjà Ewing et Gomez ont annoncé des changements cosmétiques en vue d'un prochain event, Queen in Black (pour Juillet de cette année). Mais la série entre ainsi dans une zone incertaine, improbable, qui lui donne un coup de pep's bienvenu. Ce n'est pas une question de génie, mais au moins ça bouge.

Carlos Gomez assure le dessin sur les dix épisodes, sans faiblir. Soutenu aux couleurs par Frank d'Armata, il produit des planches très travaillées, avec une lisibilité et une énergie imparables. Ses personnages ont tous de l'allure, ses scènes d'action fonctionnent pleinement, et les moments plus calmes ne déparent pas.

Il utilise l'infographie à bon escient pour les décors mais sa narration est si efficace que cela ne choque jamais le regard. Gomez s'attache aussi visiblement à prouver qu'il n'est pas qu'un artiste aimant dessiner des femmes superbes (même s'il en a encore l'occasion), et on sent qu'il s'éclate quand il s'agit de représenter les métamorphoses de Venom, la manière dont il emploie ses pouvoirs de façon inédite.

Les seconds rôles sont également très bien traités, en particulier le chat symbiote Sleeper. Madame Masque est sexy et dangereuse, MODOK grotesque et menaçant, Octopus terrifiant, les agents du SCAR flippants. Avec un peu de chance, Ewing et Gomez trouveront un moyen de se débarrasser de Paul Rabin, le compagnon embarrassant de MJ Watson créé dans un moment d'égarement par Zeb Wells...

Le propre des idées atypiques est qu'elles ne plaisent pas aux puristes. Pour ma part, je les conçois surtout comme la volonté d'un auteur de bousculer les conventions et rafraîchir des concepts usés. Ce nouveau Venom a tout pour diviser, mais aussi tout pour ravigoter un personnage confortablement installé. Rien que pour ça, ça mérite qu'on s'y arrête et qu'on juge sur pièces.

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