mercredi 25 février 2026

DETECTIVE COMICS #1106 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Le Lion a mis ses menaces à exécution en privant de peur tous les habitants de Gotham. Pour l'affronter en restant lucide, Batman s'injecte la toxine de l'Epouvantail puis part récupérer Robin alors que Mister Terrific pulvérise la même toxine sur toute la ville...


Avec cet épisode se termine cet arc narratif et le moins qu'on puisse dire est que Tom Taylor a réussi son coup. Ce n'était pas, à mes yeux, gagné car le début de cette histoire m'avait laissé perplexe. Mais le scénariste a su monter en puissance, créant un vilain redoutable, adressant un clin d'oeil à Watchmen avec le plan de cet adversaire, et conclure en beauté.


Bien entendu, je ne veux rien spoiler mais Taylor a su inventer une menace peu commune contre Batman et aussi contre Gotham toute entière. Le Lion en ôtant la peur chez les autres pense les libérer, les désinhiber, mais aussi rendre fou Batman qui a fait justement de la peur qu'il inspire à ses ennemis sa principale arme.


En renversant cet état de fait, le Lion devient un opposant plus coriace que prévu, obligeant Batman à s'enfermer dans une armure après avoir été exposé au virus créé par son adversaire afin de ne pas perdre complètement les pédales. Puis l'intrigue a vraiment pris une autre dimension quand le Lion a pris pour cible toute la ville de Gotham.


Contrairement à la majorité des vilains, son objectif n'était pas de défier Batman en blessant ou tuant des innocents mais en faisant en sorte qu'ils ne craignent plus le héros. Bien entendu, la méthode présentait des risques énormes car quand on ne redoute plus rien ni personne, on risque de commettre l'irréparable.

C'est ce qu'on observe dans les premières pages de cet excellent épisode où une jeune femme accepte la proposition de mariage de son compagnon, un autre démissionner de son boulot, une autre femme quitter son mari, un jeune homme avouer qui il est à ses parents... Puis ensuite viennent des images plus inquiétantes comme celle de deux gamins qui grimpent sur le toit d'un train en marche...

Taylor livre donc une réflexion sur la peur mais aussi la liberté. Lorsqu'on est libre de tout dire, tout faire, est-on en sécurité ? Se soulage-t-on d'un poids ? Ou courons-nous un danger mortel ? S'aliène-t-on ceux qui nous sont proches et nous aime ? La peur est certes un frein mais elle nous rend lucides, elle nous empêche de commettre l'irréparable, elle nous protège.

C'est dans cette intervalle entre le désir de s'affranchir de la peur et celui de jouir sans entraves que se situe le dilemme de tout un chacun : le courage peut littéralement ou métaphoriquement, symboliquement nous tuer. C'est cela le sens du titre de cette histoire. La solution qu'emploie Batman (avec l'aide de Mr. Terrific) pour rétablir l'ordre est tout aussi équivoque.

Pulvériser une toxine de la peur sur la population permet d'éviter à des policiers de tirer à vue sur des civils aussi désinhibés qu'eux. Quant aux conséquences... Batman est sûr que Gotham est résiliente, elle en a vu d'autres et se relèvera de ce remède de cheval. Je regrette presque que Tom Taylor ne développe pas cette idée qui fournissait largement de quoi écrire une vraie saga.

Reverra-t-on le Lion ? Vous m'auriez posé la question il y a quelques mois et j'aurai été sûr que non. Mais il est bien possible que je me serai trompé et que, peut-être, Taylor ait trouvé là l'équivalent pour son Batman de Heartless pour Nightwing quand on lit la toute dernière scène. En tout cas, je suis désormais convaincu du potentiel de ce méchant peu ordinaire.

Mikel Janin dessine, encre et colorise entièrement cet épisode et il rend une copie également magistrale. Ses planches sont impeccablement découpées et chaque plan est superbement composé. On a droit à des plans très généreux, spectaculaires, avec une bagarre brève mais intense entre Batman et le Lion. Janin répond présent et de la meilleure des manières.

Les deux prochains numéros, qui verront Batman faire équipe avec le couple Green Arrow-Black Canary, seront dessinés par Pete Woods avant le retour de Janin dans trois mois, le temps pour lui de souffler - et c'est mérité.

En tout cas, Detective Comics maintient un niveau qualitatif élevé, prouvant que Tom Taylor a les épaules pour écrire Batman dans son titre historique, et DC lui accorde sa confiance en lui attribuant des artistes à la hauteur de ses ambitions.

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