X-FACTOR, VOL. 1 : PLEASE LIKE AND SHARE
(X-Factor #1-5)
Le producteur de télé-réalité Rodger Broderick passe un deal avec l'armée américaine pour son prochain programme : il veut filmer une équipe de mutants en mission au service du gouvernement. Le général Mills est chargée de superviser cette équipe dont elle confie la direction à Angel avec pour partenaires Feral, Firefist, Caméo et Xyber. Mais leur première mission tourne au fiasco total : tous les membres sont tués à l'exception d'Angel, gravement blessé et hospitalisé, et de Xyber.
Pour les remplacer, Mills fait appel à Havok et lui adjoint Xyber, Pyro, Cecilia Reyes, Frenzy et Granny Smite. Havok est informé que Polaris, son ex-fiancée, fait partie d'un groupe clandestin, Mutant Underground, sur lequel on lui demande de s'informer. Ce que Mills ignore, c'est que Alex Summers a été approché par un autre groupe, X-Term, commandé par Darkstar, pour infiltrer X-Factor.
Les missions se succèdent pour X-Factor : l'équipe doit neutraliser une I.A. malveillante sur la base lunaire d'un milliardaire excentrique, Ethan Farthing ; sauver un groupe de scientifiques au centre de la Terre ; et neutraliser X-Term. Havok exige en contrepartie que Broderick retrouve Polaris qui a pris le maquis...
Depuis que le regretté Peter David a cessé d'écrire X-Factor, le titre a bien de la peine à s'imposer de nouveau. Durant l'ère Krakoa, la série racontait l'histoire d'un groupe de mutants qui devait s'assurer que leurs semblables déclarés morts l'étaient vraiment afin qu'on ne les ressuscite pas par erreur (grâce à la technique mise au point sur l'île).
Une fois Tom Brevoort en charge de la franchise X qui en a confié l'écriture à Mark Russell, on observe une sorte de retour aux sources où, comme lorsque Louise Simonson créa le titre, une équipe de mutants est chargée de traquer leurs congénères. Mais si, avec Simonson, il s'agissait d'une ruse mise au point par les X-Men originaux (Cyclope, Marvel Girl, le Fauve, Iceberg, Angel), là la direction est différente.
Mark Russell est connu pour son écriture irrévérencieuse, volontiers moqueuse, quand il s'agit de comics super héroïques. Certains y voient une certaine condescendance de sa part, c'est affaire de sensibilité. On peut tout de même se demander comment il a réussi à faire accepter son pitch à Brevoort tant sa proposition se distingue de tous les autres titres relancés par l'editor.
Peut-être Brevoort a-t-il été abusé par le premier épisode qui évoque directement X-Force #116 de Peter Milligan et Mike Allred dans lequel les héros trouvaient tous la mort dès leur première apparition puis étaient remplacés par un autre groupe tout de suite après. Les auteurs mêlaient ça à une réflexion avant-gardiste sur la célébrité médiatique.
Russell ne cherche pas à dissimuler cette inspiration, mais là où Milligan et Allred exploraient l'étrangeté de nouveaux mutants aux pouvoirs et personnalités atypiques, le scénariste, ici, va se servir dans le vivier de personnages déjà existants (à l'exception d'une création originale, Granny Smite) et jouer sur le double, voire triple jeu de leur leader, Havok.
Alex Summers est un mutant maltraité par les auteurs depuis longtemps, comme si personne ne savait quoi faire du frère cadet de Cyclope, à l'exception notable de Rick Remender, qui en fit le leader de ses premiers Uncanny Avengers. A la fin de l'ère Krakoa, il est à nouveau plus bas que terre : il a perdu Madelyn Pryor, sa romance tumultueuse avec Polaris est au point mort, il a fait partie des Hellions pilotés par l'infâme Mister Sinister.
Et voilà qu'il remplace Angel à la tête d'une équipe de bras cassés pour un show de télé-réalité à la gloire de l'armée U.S. ! Pyro est dépeint comme un débile profond, Xyber est un froussard (qui a peur que ses pouvoirs électromagnétiques le tuent), Cecilia Reyes se demande ce qu'elle fait là, Frenzy sape son autorité et Granny Smite est une mémé immortelle qui tente d'en finir.
Les missions sont cocasses mais profondément grotesques et Russell manie la caricature sans finesse : Ethan Farthing est un décalque de Elon Musk, Mills est un général au bord de la crise de nerfs permanente, Rodger Broderick est un producteur obsédé par les "like" sur les réseaux sociaux et le buzz, Darkstar et X-Term sont des adversaires fanatiques, - seul le Mutant Underground suscite quelque sympathie chez le lecteur.
On rit volontiers, si on aime ce style d'écriture, mais il ne faut pas être sentimental. Russell dézingue tout ce qu'il cible, y compris la mythologie mutante. Il renvoie tous ses protagonistes dos à dos. X-Factor devient une série tellement absurde et cynique qu'on s'interroge constamment sur la raison pour laquelle Brevoort lui a donné son feu vert.
Elle bénéficie du talent du dessinateur Bob Quinn, qui a haussé son niveau de jeu à un point insoupçonnable. Jusqu'alors il n'avait guère brillé durant l'ère Krakoa, que ce soit sur Way of X ou Knights of X, mais ici, son trait très expressif, sa narration très premier degré, se marient à merveille aux scripts en en faisant ressortir toute l'acidité. Il signera d'ailleurs, fait unique, les dix épisodes d'affilée.
C'est une production à la fois culottée, pas toujours confortable, mais singulière. Peut-être l'initiative la plus risquée de Brevoort dans sa relance de la franchise X, même si ça n'a pas duré.






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