mercredi 4 février 2026

JSA #16 (Jeff Lemire / Gavin Guidry)


Flash accepte à contrecoeur que Johnny Thunder et son Génie l'accompagnent. Ils rejoignent sur un aérodrome privé Hawkman, Hawkgirl, Hippolyte, et Atom qui viennent d'affronter Satanna, Sportsmaster et Cyclotron... Cependant, Doctor Fate encourage Jim Corrigan à accepter d'être l'hôte du Spectre tandis que Hourman et Sandman font une découverte dans les locaux de StarCo...


Bon, ça bouge un peu, mais, bon sang, que ça reste mou. J'espérai tant de cet arc - j'en espérai sûrement trop. Mais tout de même, quelle déception ! Jeff Lemire me paraissait l'homme de la situation pour raconter les origines de la JSA, sa formation, en les revisitant. Sauf que plus les épisodes passent et moins je comprends la nécessité de ce récit.


A la base la Justice Society of America, c'est quand même une sorte de club de garçons : il y avait les premiers Flash, Green Lantern, Hourman, Atom, Sandman, plus le Spectre et Doctor Fate, tels que présentés dans All-Star Comics #3 de 1940. Ce fut la première équipe de super héros - des mystery men comme on les appelait à l'époque.


Quand, donc, on entreprend de raconter la première année (Year One) de la JSA, il me semble qu'il vaut mieux s'en tenir à ce qu'elle était vraiment au départ et pas s'amuser à ajouter des éléments pour la retailler selon ses désirs. Ou alors on opte pour une retcon en bonne et due forme, ce que permet l'histoire de DC, traversée par les Crisis, les reboots, etc.


Jeff Lemire incorpore des éléments qui ne sont pas absurdes, mais j'ai l'impression que Wonder Woman et Hawkgirl répondent surtout à une sorte de quota féminin pour éviter qu'on soupçonne le récit d'être machiste. Or le scénariste, comme je l'ai dit le mois dernier, a choisi Hippolyte, la mère de Diana, pour incarner Wonder Woman, et Hawkgirl n'a pas de caractérisation propre.

Et puis il y a ce que DC et Lemire ont jugées bon de garder, comme par exemple le fait qu'Alan Scott soit homosexuel. Je n'ai rien contre les super héros gays, mais c'est vraiment une idée à la con apparue durant les New 52 dans la série Earth-2 de James Robinson, qui se déroulait donc sur une Terre parallèle (avec un Alan Scott rajeuni). Mais c'était surtout une façon pour DC de donner à la communauté LGBT un héros (alors qu'à la même époque l'éditeur refusa la mariage gay de Batwoman).

Dans cette quatrième partie de l'arc, on assiste à la première vraie réunion de la JSA. Lemire va-t-il en profiter pour former l'équipe dont les héros comprennent qu'ils poursuivent tous le même méchant ? Hé bien, non, évidemment, ça nous aurait fait gagner du temps. A la place, on a Hawkman qui est écrit comme un sombre connard se foutant de la gueule d'Atom.

Lemire joue avec mes nerfs et surtout je ne comprends pas pourquoi il tient tant à ce que les héros refusent de s'entraider (exception faite du tandem Hourman-Sandman et Hippolyte-Atom). Déjà Green Lantern ne voulait pas que Flash l'accompagne, ensuite on a Flash qui refuse que Johnny Thunder l'accompagne. P..., mais c'est quoi le problème ?

Lemire semble dire que tous ces mecs et ces filles ne peuvent pas s'encaisser et qu'ils sont trop cons pour comprendre qu'ils ont un objectif commun, que l'union fait la force. Or, tout ça, c'est justement le socle de la JSA, ça ne veut rien dire de les écrire comme s'ils ne pouvaient pas se blairer et refuser l'évidence.

Comme Lemire a de la suite dans les idées, il parait évident qu'il a écrit cet arc pour en exploiter des éléments dans une prochaine histoire. Mais depuis le début de son run, il s'ingénie à créer des tensions sans en expliquer les raisons : l'actuel Hourman et Jessie Quick se sont séparées sans qu'on saisisse pourquoi. Sandman dragouille Jade qui n'a pas l'air intéressé. Un Wildcat a chassé l'autre de manière gratuite. Et là, on a les fondateurs du groupe qui ne peuvent pas s'encadrer. WTF ?!

Et je parle pas de la révélation de l'identité du grand méchant. Là aussi, franchement, Lemire ne prend aucun risque, n'ose rien de nouveau. C'est du réchauffé et c'est mal servi en prime. Rien ne va. A part la scène, deux pages, entre Fate et Corrigan, mais c'est trop survolé.

Gavin Guidry déçoit : ce n'est pas un mauvais bougre, mais ses épisodes ne font que souligner ses faiblesses. Il est inspiré par Samnee, et j'aurai tendance à dire que c'est bien : tant qu'à faire, autant s'inspirer des meilleurs. Sauf qu'il est encore très loin de Samnee en termes de constance, de qualité. Et on voit qu'il n'a simplement pas le niveau pour dessiner une histoire pareille.

Son dessin manque de consistance, son découpage est plat, ses ombres et lumières manquent de relief, ses compositions sont maladroites, son sens du timing pour donner de l'intensité aux scènes, alterner entre les moments calmes et plus nerveux est calamiteux. Je suis dur, mais l'editor de la série n'a pas bien fait son boulot. Donner un arc pareil à un artiste encore en développement, c'est le plus sûr moyen de l'exposer au regard très critique.

Je vais être tout à fait franc : cet arc, quoi qu'il arrive désormais, n'est ni fait ni à faire. Il est mal écrit, on s'ennuie, c'est mal foutu. J'aurai aimé que JSA : Year One soit une mini série à part entière, dans le Black Label, par Lemire ou autre auteur et avec un meilleur dessinateur, plus mûr, aguerri - ça, ça aurait super. 

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