Ennemis mais aussi amants, Tony Stark et Whitney Frost ont connu une relation tumultueuse à travers les années, même si Tony a confié à Whitney son pire cauchemar : qu'un génie comme lui devienne un super vilain. Aujourd'hui, elle se sert de cela pour l'éliminer. Lui, grâce aux adresses de Captain America, visite les bases de l'A.I.M. pour retrouver les jeunes savants kidnappés par cette organisation.
Je vais d'abord vous faire la critique de cet épisode et, à la fin de cet article, je vais revenir sur un point concernant la série qui vient d'être relancée, à propos de laquelle j'ai appris quelque chose qui demande à être confirmé mais qui, si c'est vrai, risque de pas convaincre grand-monde d'investir dans sa lecture. Mais donc, d'abord, la critique.
Joshua Williamson fait un excellent boulot : j'aime beaucoup la manière décomplexée avec laquelle il s'approprie les personnages dont on lui confie la charge, que ce soit Superman ou Iron Man actuellement. Ce n'est pas de la désinvolture, mais plutôt une manière d'aborder une série de telle sorte que le lecteur la redécouvre sans problème.
C'est particulièrement remarquable dans la mesure où, si son approche a quelque chose d'instantanément rafraîchissant, elle n'occulte en rien l'historique du personnage principal. Par exemple, ici, dès la première scène, un flashback, Williamson revient sur la romance tourmentée entre Iron Man et Madame Masque, un "je t'aime moi non plus" qui dure depuis leur premier affrontement.
Dans un moment d'intimité partagé, Stark confiera sa plus grande peur : il s'est reconstruit entièrement et a choisi de servir le Bien, mais si quelqu'un vivait la même expérience fondatrice et devenait mauvais, cela représenterait une menace terrible et il ne peut que s'y préparer. Il y a là une forme de fatalisme derrière l'insouciance du playboy en armure.
Williamson a démarré sa relance en imaginant justement que Whitney Frost avec la complice de l'A.I.M. allait justement créer non pas un nouvel Iron Man mais un nouveau Tony Stark pour éprouver la théorie de son ex-amant. Un plan diabolique donc, pour lequel elle a kidnappé de jeunes savants, des Stark en puissance, dont elle confie la garde au Fixer.
Iron Man, lui, demande à Captain America de lui fournir les adresses des bases de l'A.I.M. qu'il connait pour tenter de sauver ces jeunes savants et neutraliser Madame Masque. Mais il ignore toujours ce qu'elle manigance en faisant cela. Sa manoeuvre, en détruisant ces bases, c'est de pousser l'A.I.M. et Mme Masque à l'affronter. Cela le conduit jusqu'à Madripoor où s'est installé M.OD.O.K., qui a rompu avec l'A.I.M..
La narration est énergique, la caractérisation pleine de pep's. Williamson a le chic pour, en une scène, dire beaucoup avec peu : par exemple, lors de la rencontre entre Iron Man et Captain America, ils se battent contre Dreadknight et Tony reçoit un appel privé émanant de Luna Lucia, la cuisinière sexy qu'il a croisé lors de la remise de prix dans le premier épisode, tout en continuant à se battre.
Quand la bataille est terminée et qu'il accède à la requête d'Iron Man (sur les adresses des bases de l'A.I.M.), Captain America sait (comme le lecteur) que Stark dissimule quelque chose derrière cette attitude. Une fois son partenaire envolé, Rogers communique avec quelqu'un pour confirmer qu'ils doivent continuer à surveiller Iron Man. C'est vraiment bien tourné, et rapidement avec ça.
Williamson sait aussi montrer que Stark sait se battre sans armure, ou encore nous amuse quand on découvre MODOK (voir la double page ci-dessus). Quant au cliffhanger de l'épisode, il est vraiment efficace et imprévisible.
Pour ne rien gâcher, Carmen Carnero, dessinatrice magnifique, nous gratifie de planches toniques, toujours impeccablement composées, avec un flux de lecture d'une fluidité exemplaire. Avec une artiste pareille, le lecteur est à la fête : elle sait tout faire, elle le fait bien, elle est au service du script et elle le valorise avec un talent exceptionnel.
En deux épisodes, les auteurs nous embarquent, nous régalent. Quel plaisir de relire Iron Man de cette manière !
Ce que je vais dire maintenant ne modère en rien mon enthousiasme, mais douche un peu mes espoirs. J'ai lu que que le recueil des épisodes de la série sortirait à la fin de l'année et compterait 10 épisodes. C'est très bien, pour une fois que Marvel est généreux, on serait ingrat de se plaindre. Mais comme on dit, il y a un loup...
Récemment, par exemple pour All-New Venom, Marvel a procédé de la même façon : un recueil de dix épisodes. Puis Al Ewing et Carlos Gomez ont enchaîné en reprenant le titre Venom (adjectiveless) avec sa numérotation "legacy", au #250. Bon, rien de choquant : on comprend que All-New Venom était un moyen d'atteindre l'épisode 249 et de rebondir sur Venom 250.
Le souci avec cette méthode, c'est que le lecteur de base peut avoir l'impression que la manoeuvre est quand même très artificielle : pourquoi ne pas avoir intégré les 10 épisodes de All-New Venom à la série existante ? On serait arrivés au #250 de la même façon. C'est juste un tour de passe-passe pour mettre en exergue l'histoire au sujet du nouveau hôte du symbiote.
Dans le cas d'Iron Man cependant, l'affaire est plus délicate. Avec l'event Armageddon, où Iron Man figure en bonne place, les dix premiers épisodes du run de Williamson ne seront pas loin de coïncider avec la fin de l'event. Et certains estiment déjà qu'après l'event Iron Man sera relaunché. Après seulement donc dix épisodes !
On sait que Marvel est habitué aux relaunchs, quand une série survit à dix épisodes, voire douze (donc une année entière de parution), l'éditeur résiste difficilement à un redémarrage au #1, pour attirer de nouveaux lecteurs. C'est une stratégie qui me paraît complètement dépassée (il suffit de voir ce que fait DC, qui a renoncé à ces relaunchs sans perdre de lecteurs - les lecteurs ne partent que quand la série devient mauvaise).
Mais surtout comment Marvel peut-il penser que le lecteur aura envie de s'investir dans une série si plane sur celle-ci la menace d'une annulation au bout de 10 #, ou même un énième redémarrage, sans certitude que l'équipe créative ne change pas ?
Williamson a prouvé, chez DC, qu'il aimait développer des séries (cf. Flash, Superman), donc je pense qu'il a plus d'une histoire à raconter avec Iron Man. Cependant il ne jouit pas de la même importance chez Marvel que chez DC. Je doute que Williamson ait son mot à dire sur le sort d'Iron Man post Armageddon, et, si le futur statu quo contrarie ses plans, je ne le vois pas rester sur le titre.
J'espère me tromper. Je crois que Williamson est l'homme qui peut écrire Iron Man longtemps et bien, que Marvel a tout à gagner avec lui, et comme DC lui a accordé d'aller travailler aussi chez le concurrent, ça devrait bien se passer. Mais Marvel est un éditeur tellement imprévisible, avec des editors tellement interventionnistes, des lubies horripilantes... Ce n'est pas forcément rassurant.





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