dimanche 8 juin 2025

L'AMOUR OUF (Gilles Lellouche, 2024)


Années 80, dans le Nord de la France. Jackie, 15 ans, vit seule avec son père depuis la mort de sa mère. Il la surprotège pour qu'elle réussisse ses études. Au lycée, elle rencontre Clothaire, 17 ans, déscolarisé, fils d'un ouvrier, et qui vit de petits larcins commis avec son frère Kiki et son ami Lionel. Il est séduit par cette jeune fille qui répond à ses provocations, elle est attirée par cette mauvaise graine au charme revêche.


Ils vivent une romance passionnelle mais éphémère quand Clothaire entre dans le gang de La Brosse, un criminel local. Kiki est puni par son père quand il l'apprend et part dans une école militaire tandis que Lionel préfère prendre ses distances. Jackie assiste, impuissante, à la dérive de Clothaire jusqu'à son arrestation suite à un vol à main armé pour lequel il est condamné à douze ans de prison ferme.


Années 90. Clothaire sort de prison et il pense toujours à Jackie et au gâchis de leur relation. Il apprend par le père de celle-ci qu'elle a déménagé et s'est mariée. Elle vit avec Jeffrey, gérant d'une agence de location de voitures pour qui elle travaille, mais elle aussi n'a pas oublié son amour de jeunesse. Toutefois Clothaire veut d'abord se venger de La Brosse...


Gros succès de ces derniers mois, le deuxième long métrage comme réalisateur de Gilles Lellouche est un projet qu'il portait depuis des années, quand Benoît Poolvoerde lui offrit le roman Jackie loves Johnser, OK de Neville Thompson. Mais le cinéaste comprit vite que son adaptation exigerait un gros budget et qu'il devrait faire ses preuves derrière la caméra avant.


L'excellent accueil critique et public du Grand Bain en 2018 a fait de Lellouche un cinéaste bankable et convaincu des producteurs de mettre l'argent nécessaire sur la table pour L'Amour Ouf. Un titre qui, il faut bien le dire, est un peu naze, mais passons. Présenté l'an dernier au Festival de Cannes en compétition, dont il est reparti bredouille, tout restait à faire.


Lellouche a un peu corrigé son montage initial et le film a rencontré son public, même si la critique est restée divisée. Quand je suis allé le voir, je ne savais pas à quoi m'attendre, sinon à un objet démesuré par sa durée (presque 170') et ses références, puisque Lellouche ne cachait pas qu'il avait voulu rendre hommage au cinéma de sa jeunesse.


C'est bien le cas : visuellement, en premier lieu, L'Amour Ouf fait furieusement penser à la vague des films qu'on voyait il y a quarante ans, avec une photographie léchée, comme chez Luc Besson, Leos Carax ou Jean-Jacques Beineix. C'est à ce dernier qu'on pense le plus tant le résultat évoque par moments 37, 2 ° le matin par exemple.

Narrativement ensuite : il y a ce côté à la fois foisonnant, à défaut d'être épique, et naïf. Le pitch est simple : deux ados s'aiment à la folie, un drame les sépare, ils se retrouvent dix ans après alors qu'ils sont devenus adultes et pensent encore à leur passion de jeunesse mais aussi à ce qui l'a ruinée. Mais évidemment, comme chez Beineix, Carax, Besson, il y a pas mal d'à côté.

Et c'est sans doute cela qui a divisé pas mal de critiques et de spectateurs, moi compris. Ce n'est pas une histoire en trois actes comme on en voit souvent, mais bien en deux. Exactement à mi-parcours, le récit fait un bond en avant de dix ans, le temps de la détention de Clothaire (dont on ne verra rien), et je dois dire que la seconde partie est (beaucoup) plus faible que la première.

On peut donc dire qu'il y a deux films dans L'Amour Ouf. Un premier, formidable vraiment, avec deux jeunes acteurs insensés, d'un charisme incroyable, avec une action intense, poignante, romanesque et romantique. Dans ce premier acte, Lellouche est porté par ce qu'il a à dire, sa sincérité est désarmante, son film puissant, le rythme implacable.

Il ose des scènes limites comme celle où Clothaire et Jackie admettent l'amour qu'ils éprouvent l'un pour l'autre et qui s'exprime à l'écran en un mini musical. On peut (on doit !) trouver ça too much, mais en même temps c'est cette absence de calcul, de pudeur, qui emporte le morceau, qui nous transporte dans cette romance condamnée d'avance.

Il y a une forme de simplisme dans le déterminisme social que le film s'emploie à illustrer : le mauvais garçon paie pour un crime qu'il n'a pas commis mais que sa loyauté stupide l'oblige à assumer et qui lui fait tout perdre - son père, la fille qu'il aime, l'espoir d'un futur. Pourtant, Jackie n'est pas épargnée non plus : elle perd son amoureux, mais rate aussi ses examens et liquide le bel avenir qui lui tendait les bras.

Les seconds rôles sont formidables dans cette partie : Alain Chabat (qui joue le père de Jackie et qui a reçu le César du meilleur second rôle masculin) est bouleversant, Karim Leklou est déchirant, Elodie Bouchez magnifique. Et Benoît Poolvoerde est absolument magistral en crapule qui sacrifie ce fils adoptif pour épargner son fils biologique, sans se rendre compte (parce qu'il s'en fiche) des dégâts collatéraux.

Surtout les deux interprètes de Clothaire et Jackie sont éblouissants : Malik Frekah, repéré dans des concours de breakdance et qui n'avait que quelques petits rôles à son actif, est une révélation fracassante. Face à lui, Mallory Wanecque, plus expérimentée, est tout aussi remarquable. A eux deux, ils illuminent le film. Et quelque part le condamnent...

Car, ensuite, il y a le deuxième film, sa second partie. Et là, ce n'est plus du tout la même chanson. Non seulement parce que la suite et fin est terriblement convenue, on voit tout arriver à des kilomètres, bref tout ce qui fonctionnait parfaitement devient routinier, Lellouche semble constamment chercher un deuxième souffle, en vain.

L'ouverture du film montre Clothaire partir avec sa bande pour une expédition punitive suite à l'assassinat de l'un d'entre eux. Tout ça aboutit à une fusillade en pleine nuit, filmée hors champ, au terme de laquelle on devine la débâcle de la bande à Clothaire, lequel tente de s'enfuir avant d'être rattrapé et tué d'une balle dans la tête.

Sauf qu'il s'agit d'une fausse piste. Ou pas. On ne sait pas. Lellouche entretient la confusion jusqu'au bout, comme s'il refusait au fond de lui-même que son histoire soit tragique. Et du coup on a droit à une happy end dans les règles. Mais peut-être est-ce une ruse, un subterfuge, un rêve, une illusion. Ce qui se serait passé si Clothaire n'était pas, en vérité, un abruti fini, même après douze ans en taule...

Car c'est ce qui saute aux yeux, quel que soit l'option choisi : Clothaire, une fois adulte, est devenu un con. Il veut se venger, la prison ne lui a rien appris. Et se venger pour quoi ? On ne sait pas trop en vérité. Il comprend tout seul que ça ne mène à rien, sinon à la mort prévisible d'un ami, mais il y va quand même.

Puis, dans cette version des faits, dont on ne saura jamais si c'est la vraie ou un fantasme, subitement, sur la route de son expédition punitive, il décide de tout plaquer, il renvoie ses hommes, oublie sa vengeance et veut reconquérir Jackie - ça tombe bien, elle est mariée avec un type encore plus bête que Clothaire, qu'elle n'aime pas, et donc arrive ce qui doit arriver.

Quelle que soit l'interprétation qu'on choisit, aucune n'est satisfaisante. Si Clothaire est effectivement mort au début du film et que donc la seconde partie relève de la fiction, c'est soit un manque de courage de la part de Lellouche qui n'embrasse pas la tragédie la plus crédible ; soit c'est un deuxième acte à la guimauve écoeurant, qui gâche presque tout ce qui a été raconté auparavant.

Pour ne rien arranger, Lellouche attribue alors au moindre second rôle un acteur connu : Jean-Pascal Zadi, Raphaël Quenard, Vincent Lacoste... Tout ça ressemble à une sorte de who's who du cinéma hexagonal actuel mais tue dans l'oeuf tout ce qui paraissait si naturel, si vrai dans la première partie. Et bien entendu, Clothaire et Jackie ont aussi droit à un nouveau casting.

Mais la fraîcheur de Frekah et Wanecque est remplacée par les présences de François Civil et Adèle Exarchopoulos. Je n'ai rien contre eux, il parait même qu'ils sont réellement tombés amoureux sur le tournage (quelle meilleure pub pour le film romantique absolu). Mais justement on ne voit que Civil et Exarchopoulos, et plus du tout Clothaire et Jackie.

Ce star-system étalé comme un carnet d'adresses rendu public transforme le projet en une sorte de superproduction tapageuse, avec une bonne partie de son budget qui a dû fondre pour se payer justement ces vedettes, et plus du tout à cette histoire d'amour échevelée et si belle incarnée par deux quasi-inconnus qui lui conféraient toute sa spontanéité.

A ce petit jeu, personne ne gagne. Zadi, Quenard, Lacoste sont abominablement mauvais dans des personnages à peine développés. Quant à Civil, il est effroyable en loubard sur le retour. Et Exarchopoulos a une dureté dans le jeu qui ne convient pas du tout après la douceur de Wanecque. Seuls Chabat et Bouchez sont encore impeccables dans leurs rôles.

Enfin, les tics appuyés de mise en scène (avec l'usage récurrent de zooms, la photo super pubarde, etc) qui faisaient le sel de la partie 80's devient franchement pénible à force de répétitions dans la partie 90's, comme si Lellouche avait oublié et eu la flemme de ne pas penser à un changement esthétique entre les deux époques.

C'est vraiment terriblement dommage. Lellouche aurait pu signer un grand film et il l'a laissé filer bêtement, faute d'avoir assez de distance, de discernement. Pendant quasiment 1h. 30, c'est merveilleux. Puis l'heure et demi suivante, patatras ! Ou comment L'Amour Ouf devient l'amour bof...

samedi 7 juin 2025

DROP (Christopher Landon, 2025)


Autrefois victime de violences conjugales, Violet Gates a quitté son mari pour s'installer à Chicago où elle exerce le métier de psychothérapeute et élève seule son fils Toby. Elle en confie la garde à sa soeur, Jen, pour une soirée après avoir accepté de dîner avec un homme rencontré sur une application de rencontres.


Une fois sur place, arrivée la première, elle reçoit des digi-drops intempestifs de plus en plus menaçants sur son téléphone portable. Quand son rendez-vous se présente enfin, elle voit grâce à la caméra de surveillance chez elle à laquelle elle est connectée qu'un homme cagoulé s'est introduit dans sa maison.
 

Henry Campbell, l'homme avec qui va dîner Violet, ignore tout de la situation mais comprend que quelque chose cloche. Toutefois, elle ne doit rien lui dire si elle ne veut pas que l'homme cagoulé reçoive l'ordre de tuer Toby et Jen. Pour les sauver, Violet va devoir : voler la carte SD de l'appareil photo de Henry puis empoisonner ce dernier...
 

Ces derniers temps, malgré des sorties comics parfois abondantes, je me suis rendu compte que j'avais besoin d'exprimer mon sens critique sur d'autres sujets que la BD. Mais comment caser d'autres articles dans le temps qui me reste ? J'ai décidé, après avoir fait des tests sur Thunderbolts* et Captain America : Brave New World, de me remettre à parler de films.


Je ne sais pas dans quelle mesure je vais faire ça, certainement de manière moins régulière et fournie que pour les comics, mais surtout en m'attachant à des longs métrages qui m'inspireront. Je ne m'attends pas à ce que ça rencontre un vif succès, mais disons que, pour moi, c'est surtout un autre exercice, différent.


Pour (re)commencer donc, j'ai choisi Drop, un petit thriller que j'ai bien aimé. Il s'agit d'une production Blumhouse, maison spécialisée dans les films de genre à petit budget dont la réputation s'est établie sur leur capacité à vite se rembourser et même à dégager de très bons profits. En gros, des séries B efficaces.

C'est exactement le cas de Drop. Je ne prétendrai pas que c'est le film de l'année, mais il me semble qu'il possède une véritable identité au sens où le projet est clair pour tout le monde, des auteurs au public : Christopher Landon et ses scénaristes, Jillian Jacobs et Chris Roach, ne trompent personne sur leur marchandise et leur ambition. C'est très louable.

En même temps, ce qui fait une bonne part du charme de Drop, c'est que, malgré la modernité des outils qu'il met en avant, le film a quelque chose d'un peu old school dans sa manière de l'exploiter. Le script se limite à deux décors, une poignée de personnages, et une accroche rapide pour une durée compacte (à peine 90').

L'autre atout, c'est que, même si on peut craindre dans un premier temps que la malheureuse héroïne soit sauvée par son prince charmant, il n'en est rien. La situation de Violet la contraint à ne rien pouvoir dire de son infortune. Le spectateur assiste, aussi impuissant qu'elle, à ses tentatives de communiquer sa détresse en étant constamment rappelée à l'ordre par celui qui menace de tuer son fils et sa soeur.

Face à son comportement erratique, Henry, son date, se montre d'abord perplexe, puis déboussolé, sur le point de partir il se ravise, et finit par piger que quelque chose ne va pas. Quand est révélée l'identité du méchant, on s'en fiche un peu, on est même un peu déçu car le film promettait beaucoup sans qu'on puisse deviner d'où venait le danger.

Mais ce n'est pas grave car, dans une ultime manoeuvre, Violet doit encore faire l'effort de sauver sa soeur et son fils. L'occasion pour Drop de maintenir la tension jusqu'au bout, de façon très convaincante, très intense, et incertaine. C'est vraiment bien joué, bien fichu, et in fine se forme une sorte de boucle qui éclaire définitivement le passé de Violet et rend crédible sa combativité, son caractère de survivante.

Christopher Landon est un cinéaste que je connaissais pas et, après m'être documenté, j'ai compris qu'il n'avait pas une filmo bien remplie. Mais il s'acquitte fort bien de ce qu'il a à faire en ne lâchant jamais son héroïne, ne se dispersant jamais inutilement pour tenter de rendre l'histoire plus spectaculaire. Il bénéficie d'un scénario suffisamment solide et divertissant, même dans ses moments les plus absurdes, pour s'en dispenser.

Surtout, il a devant sa caméra des acteurs parfaits. Brendon Sklenar vient de la série 1923, un spin-off de Yellowstone (créée par Taylor Sheridan), et la sobriété dont il fait preuve est appréciable. Il en surjoue pas, reste à sa place, tout en rendant crédible les réactions de son personnage, à la fois séduit par cette femme et désorienté par son attitude.

Et cette femme est interprétée par une autre actrice venue de la télé : Meghann Fahy, révélée dans The Bold Type et revue ensuite dans White Lotus. A 35 ans, ce n'est plus une jeune première mais son élégance et sa beauté parlent pour elle, elle a une présence indéniable à l'écran. Toutefois, on ne peut limiter sa prestation à son avantageuse plastique.

Fahy a un côté rétro qui peut évoquer Grace Kelly (même s'il faut être prudent avec ce genre de comparaison). Elle exprime impeccablement ce que son personnage traverse, coincée entre la panique qui la dévore et le calme qu'elle doit afficher pour ne pas éveiller les soupçons. Surtout, comme je l'ai déjà dit, elle s'impose comme quelqu'un qui a su transcender le traumatisme de son passé pour devenir une guerrière.

Il y a une forme de modestie mais aussi de roublardise dans Drop : le film ne cherche pas à être plus ce qu'il est mais ne se contente pas non plus d'appliquer une recette. Landon est appliqué à sa tâche et ses acteurs incarnent le récit avec force. On ne voit pas passer le temps tout simplement parce qu'on est resté captivé de bout en bout.

vendredi 6 juin 2025

JSA #8 (Jeff Lemire / Gavin Guidry)


1945. Wildcat et Hourman s'entretiennent avec le Sgt. Rock sur la position de la Lance de la Destinée, une arme qui pourrait décider du sort de la guerre. Grâce au Soldat Inconnu, elle est localisée à Berlin et pendant que les deux héros vont la récupérer, les autres membres de la JSA affrontent Captain Blitzkrieg et sa bande...


Tout d'abord, j'aimerai évoquer la superbe couverture de cet épisode, signée Michael Cho. Un artiste parfait pour l'occasion, lui dont le style rappelle celui du regretté Darwyn Cooke, et qui a eu pour mission de planter le décor de ce numéro quasiment entièrement situé dans le passé, durant l'âge d'or de la JSA.


Car, effectivement, Jeff Lemire consacre pratiquement tout cet épisode à un flashback où on suit Wildcat, Hourman, Hawkman, Liberty Belle,  Jay Garrick et Dr. Fate à la recherche de la Lance de la Destinée, cette arme magique en possession des nazis et qui pourrait décider de leur victoire. Et si vous vous demandez : quel rapport avec ce qui a précédé ? Ne vous inquiétez pas !


Jeff Lemire a, je le rappelle, conçu ce premier arc de sa JSA comme une saga en douze chapitres, donc un an de publication, et on entre donc ici dans le dernier quart. Pour justifier une histoire d'une telle longueur, il faut de la matière et le scénariste a convoqué à la fois beaucoup de personnages mais aussi une intrigue sur plusieurs niveaux.


Ce qu'on saisit ici, c'est que ce qui affecte la JSA de nos jours a en vérité débuté il y a 80 ans lorsque l'équipe originale était donc en Europe, combattant auprès des alliés. Pourquoi aujourd'hui, la Société d'Injustice a-t-elle frappé si durement la JSA pour dérober le casque du Dr. Fate et la technologie de Ted Knight (le premier Starman) ? Les réponses sont dans cet épisode.

Je ne vais pas en dévoiler davantage mais il faut reconnaître à Lemire que, si parfois il m'a donné l'impression d'en faire trop, il sait aussi fort bien retomber sur ses pattes. Cela n'efface pas quelques dossiers en suspens (comme ce qu'a commis Wildcat II) ou n'excuse pas que certains personnages semblent négligés depuis quelques numéros (Obsidian et Jakeem Thunder)...

... Mais ce n'est pas terminé et c'est à la fin de cette histoire qu'on verra comment l'auteur se débrouille avec ces éléments. En attendant, cet épisode fonctionne presque comme un standalone, renouant avec l'âge d'or des héros de la JSA. C'est diablement bien fait, très divertissant, rétro sans être vieillot, spectaculaire et palpitant. Et les dernières pages sont un modèle de synthèse.

Pour illustrer ce chapitre, il a été fait appel à Gavin Guidry et c'est un excellent choix. Emule de Chris Samnee, et donc de l'école des Toth, Caniff, son style convient on ne peut mieux à l'ambiance et au look convoqués pour l'occasion. Surtout Guidry s'y montre vraiment très à l'aise, affichant à la fois un amour visible pour cette période, ces héros, et affichant un storytelling parfait.

Jusqu'à présent, les pages de Guidry me semblaient manquer de cette fluidité qui fait les bons découpages. Mais, là, il semble s'être complètement lâché parce que, précisément, le cadre lui convenait idéalement. Tout comme Michael Cho, il a cette vibe particulière que le lecteur associe à ce genre d'épisode dans le passé.

Et puis, je dois bien l'avouer, j'adore cette incarnation de la JSA, avec les vétérans (même s'ils sont ici saisis dans leur jeunesse). Par exemple, je suis fan de Dr. Fate (Kent Nelson) et bien sûr de Wildcat (Ted Grant) et de les revoir, ça me comble. Je doute qu'une série entièrement dans le passé connaîtrait un grand succès mais j'adorerai une mini sur ce monde dans le Black Label de DC.

Bref, j'ai passé un moment excellent. Et j'ai hâte de lire la suite de cette série qui, malgré quelques points épineux, est certainement le meilleur team-book de DC (et en général) actuellement. J'espère vraiment que Urban la traduira et communiquera à ce sujet bientôt (là encore, comme Ram V, Jeff Lemire est une valeur sûre de leur catalogue).

RESURRECTION MAN : QUANTUM KARMA #3 (of 6) (Ram V / Anand RK, Butch Guice)


Auprès du Phantom Stranger, Mitch Shelley se souvient de ses origines à l'aube des temps lorsqu'il acquit ses pouvoirs en même temps que Vandal Savage, un autre immortel. Il recroisera sa route en 1984 alors qu'il était en couple avec Rhea, qui travaillait avec Ray Palmer sur la compréhension de l'univers...


La gageure d'écrire sur un héros qui ne peut pas mourir, ou plutôt qui renaît sans cesse, c'est finalement de donner un sens à ses aventures. L'erreur avec un personnage comme Mitch Shelley, c'est donc d'en faire un super-héros parce qu'on sait que, quel que soit l'adversaire qu'il affrontera, il lui survivra, même s'il est vaincu.


Ram V l'a parfaitement compris et c'est pourquoi il n'a pas inscrit cette mini-série dans le registre super-héroïque mais bien dans celui de la fable, du conte philosophique. A tel point d'ailleurs que c'est certainement le projet pour DC qui ressemble le plus à ceux qu'il écrit en creator-owned. Et c'est tout à l'honneur de DC d'accueillir ce genre d'histoire et d'avoir créé le Black Label pour ça.
  

Bon, tout ça surtout pour vous dire que si je n'ai pas été emballé par le premier arc de The Amazing Spider-Man ni le début d'Imperial et que j'étais soulagé que The Moon is following us se termine, lire ce troisième épisode de Resurrection Man : Quantum Karma m'a redonné espoir. Voilà enfin un comic-book de qualité supérieure, une oeuvre personnelle et puissante.


Ce qui ne signifie pas que je snobe le divertissement plus facile, plus commun, mais enfin, ça fait vraiment du bien de lire quelque chose qui a de la substance, qui ne se résume pas à un simple travail de commande et dans lequel l'équipe créative s'est investie pleinement pour embarquer le lecteur vers une destination inattendue et surtout imprévisible.

Dans ce numéro, on découvre les origines de Mitch Shelley qui a donc vécu à l'âge des premiers hommes lorsqu'il toucha une météorite qui lui donna ses pouvoirs. Mais il ne fut pas le seul à ce moment-là et Ram V lie l'histoire de son héros à celle d'un grand vilain, très connu dans le DCU, autrement plus réputé que Resurrection Man : Vandal Savage.

Je ne connais pas suffisamment les origines initiales, imaginées par Dan Abnett et Butch Guice, pour savoir si elles déjà associées à celles de Vandal Savage, mais le talent de Ram V, c'est de rendre la chose logique. Mitch Shelley et Vandal Savage sont comme les deux facettes d'une même pièce, deux immortels aux destins contraires.

Le premier geste de Savage après avoir touché le météore est de tuer Shelley en qui il perçoit immédiatement un rival, peut-être un danger. Bien entendu, c'est la première fois que Shelley va ressusciter et il veut d'abord ses venger, mais en observant Savage endormi, il y renonce et ce choix déterminera tout ce qui suit pour ces deux immortels.

Savage deviendra un conquérant sanguinaire tandis que Shelley errera dans l'existence en cherchant sa place, sa raison d'être, en se plaçant du côté du Bien par pure inclination. Shelley ne sait pas qui il est, pourquoi il est tel quel, quel est son utilité et c'est ainsi que Ram V l'a introduit dans cette mini-série : il doute même avoir eu un quelconque impact sur le monde et vit son don comme un fardeau, dont il est las.

Savage, lui, a avancé et a taillé sa route avec brutalité, sans scrupules, sans gêne, sans doutes. Lors de ses retrouvailles avec Shelley en 1984, Savage ricane en voyant Shelley toujours aussi perdu et incapable de le se résoudre à l'éliminer. D'autant moins qu'à cette époque, Shelley vit en couple avec Rhea, la fille du soldat avec qui il a servi durant la seconde guerre mondiale.

Rhea travaille avec Ray Palmer (le super-héros Atom) qui a demandé à Shelley de la protéger. La jeune femme étudie l'univers et cherche le sens sans y parvenir à travers le façonnage d'une sorte de cube quantique. Elle finit par comprendre que pour saisir l'infiniment grand, il faut s'y investir intimement. Comme l'a fait, sans qu'elle le sache, Shelley. 

Shelley aura une réaction inattendue quand il saura que Rhea approche de la vérité. Peut-être parce qu'elle percera son secret à lui - à sa place aussi... Le récit emprunte des chemins détournés et exige du lecteur que tout ne lui soit pas expliqué littéralement, directement. Mais si vous acceptez ce parti-pris, c'est envoûtant et conforme aux thèmes de prédilection de Ram V (que ce soit dans ses oeuvres indés comme Laila Starr ou mainstream comme The New Gods).

Je ne peux l'assurer mais j'ai quand même l'impression que c'est la dernière planche que Butch Guice a dessiné pour ce revival et évidemment on ne peut que regarder cette image avec une certaine émotion. Le reste est le fruit des efforts du toujours surprenant Anand RK dont le style ne laissera personne de marbre.

Là encore, ça va sûrement en laisser sur le bas-côté. Je peux le comprendre, c'est très spécial. Mais il est aussi évident qu'avec un dessinateur plus traditionnel, au trait plus classique, les émotions que provoque cette histoire ne seraient pas aussi intenses. Parfois, c'est d'une beauté à couper le souffle, parfois, c'est terrifiant, parfois c'est poignant, parfois totalement étrange.

Mike Spicer accomplit à ce titre un boulot remarquable, qui réussit à ne pas dénaturer le dessin si spécial de Anand RK tout en veillant à ne pas en rajouter. Encore une fois, je préfère prévenir, ça ne plaira pas à tout le monde, mais si vous aimez ce qui sort des sentiers battus, alors surveillez la traduction qu'en fera sûrement Urban Comics (qui a permis à Ram V d'être un nom connu par chez nous).

Resurrection Man : Quantum Karma restera, c'est acquis, comme une des lectures les plus singulières et les plus marquantes de 2025. Et on n'est qu'à la moitié de l'aventure...

jeudi 5 juin 2025

AMAZING SPIDER-MAN #5 (Joe Kelly / Pepe Larraz)


Spider-Man arrivera-t-il à temps pour sauver Brian Nehring du Super-Bouffon au siège de Rand Entreprises ? (Suspense insoutenable...)


Oui, je sais, je suis sarcastique avec ce mini résumé, mais vous croyiez quoi ? Que Joe Kelly allait avoir la permission de Marvel pour proposer un dénouement vraiment surprenant et shocking - en somme, une idée, une bonne, qui aurait cassé la routine et prouvé qu'un scénariste de Amazing Spider-Man était un tout petit peu libre d'écrire ce qu'il avait envie...


Bon, j'envisageai déjà sérieusement avec le précédent numéro d'en rester là avec la fin de cet arc, mais cette fois, je peux confirmer. Parce que... Comment dire ?... Ben, c'est nul en fait ! C'est mauvais, mais mauvais. Honnêtement, qui peut avoir envie de continuer à lire cette série ? Je ne sais pas, ça me dépasse. Beaucoup de choses me dépasse chez Marvel actuellement.


Mais que Marvel se complaise à aligner les runs médiocres (au bas mot) pour leur héros le plus populaire, le plus connu, le plus emblématique... Oui, ça, ça me dépasse complètement. Y a-t-il encore un pilote dans l'avion ? Une ligne éditoriale ? Une direction ? J'en doute. C'est un naufrage. Et on ne voit pas ce qui pourrait stopper ça.


Au début des années 2000, Marvel confiait les rênes de Spider-Man à Joe Michael Straczynski et il en fait un carton énorme. Bon, il a dérapé avec l'arc Sins Past, mais disons que cette histoire n'a jamais existé et l'ensemble est quand même de haut vol. Passons aussi sur l'inélégance de Joe Quesada qui a imposé l'arc One More Day en le réécrivant dans le dos de JMS et qui a provoqué le départ de ce dernier, légitimement furieux...

Puis il y a eu la période Brand New Day. Inégale, forcément, vu le turn-over insensé d'auteurs et d'artistes avec une périodicité quasi hebdomadaire, mais avec un chef d'orchestre brillant pour que personne ne se saute à la gorge (au fait il est devenu quoi, Stephen Wacker ?). Et pour aboutir à l'intronisation de Dan Slott comme seul pilote.

Je sais qu'il y a des gens qui n'aiment pas du tout ce qu'a fait Slott, et pour ma part, je trouvais parfois qu'il faisait trop le malin, que son obsession pour Doc Ock était épuisante, mais il a tenu dix ans avec une énergie incroyable, en osant plein de choses, en bousculant les fans, avec des artistes souvent classe (Ramos, Caselli, Martin, Immonen...).

Et puis, patatras ! Depuis, c'est du grand n'importe quoi, ça part dans tous les sens, Marvel veut faire entrer des ronds dans des trous carrés, ménager la chèvre et le chou, plaire au plus grand nombre en essayant de choquer. Nick Spencer puis Zeb Wells s'y sont cassés les dents, à la fois victimes de leurs mauvaises intrigues et d'interférences éditoriales permanentes, malgré des dessinateurs encore top (car quel artiste refuserait Spider-Man ?).

On a quand même senti qu'après Spencer et Wells, il y avait eu des discussions chez Marvel. fallait arrêter un peu les conneries et sécuriser la série. Du coup, cette fois, on la confie à un vétéran, un ex de la période Brand New Day, Joe Kelly. Le mec a bonne réputation et se présente comme le grand réconciliateur qui ne veut pas réinventer la roue mais simplement faire du Spider-Man classique.

Et ça partait bien, au moins pour, allez, les deux premiers épisodes. Puis à nouveau, la débandade : Itsy Bitsy, le Super-Bouffon, des flashbacks wtf, une intrigue stupide... Mais à quand ça va finir ? Cet arc ne fait que cinq épisodes mais on le termine soulagé, parce que c'est pas bon du tout, c'est un démarrage lamentable, indigne, décourageant.

Ce cinquième épisode ne tient que par les mêmes trucs qui tenaient les quatre précédents : Pepe Larraz, ses pages de ouf. Ah, ça, c'est bien dessiné ! C'est même les plus belles pages de la série que j'ai lues depuis le passage d'Immonen. Mais quel gâchis ! Avoir Larraz et lui filer une histoire aussi pourrie, c'est pas possible.

Alors, oui, comme je le dis plus haut : quel artiste refuserait Spider-Man ? Larraz en avait très envie et Marvel le lui a donné parce que c'est une star, qui va obligatoirement attirer des lecteurs. Mais les dessinateurs, parfois, c'est un peu comme les acteurs qui rêvent de tourner avec certains cinéastes ou jouer certains rôles : même si la production sent le moisi, ils y vont quand même pour exaucer leur rêve.

Et c'est une erreur dramatique parce qu'au lieu d'associer leur nom à celui d'un cinéaste prestigieux ou d'un rôle iconique, ils restent associés à un mauvais film au final. Et pour les comics, c'est pareil : tu peux dessiner Spider-Man, mais si tu dessines une mauvaise histoire de Spider-Man, les fans retiendront d'abord ce dernier point et tu auras participé à un ratage. Tu n'auras pas sauvé la série ni servi le personnage.

Je ne sais pas qui peut sauver Spider-Man. Peut-il même être encore sauvé après tant d'années d'errance ? Le pire, c'est que ça continue à se vendre parce que la fan base est tellement conséquente que, finalement, peu importe qui écrit, qui dessine, qui édite, ça suffira pour être dans le top des meilleures ventes Marvel.

Mais, pardonnez l'expression, ça fait quand même mal au cul. J'ai bien aimé pendant longtemps Spider-Man, j'ai adoré X-Men, et actuellement ce sont deux marques qui sont vraiment dans le trou. Les séries sont mal écrites, plus ou moins bien dessinées, affreusement éditées. Et Marvel s'en fiche : ça se vend visiblement suffisamment pour eux, pourquoi changer, pourquoi réfléchir, pourquoi se casser le fion ?

Donc, terminé. Le prochain arc sera dessiné (en partie seulement, car il va être occupé par ses prochains creator-owned avec Millar et DSTLRY) par Romita Jr., un autre repoussoir. Je ne peux pas croire à un miracle de Joe Kelly après ce premier arc. Le seum absolu.

THE MOON IS FOLLOWING US #10 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Riley Rossmo & Daniel Warren Johnson)


Bon, pas de résumé pour ce dernier épisode, histoire de ne pas spoiler, même accidentellement. La traduction publiée par Urban Comics sera disponible le 19 Septembre prochain et, malgré tout, j'ai quand même envie de vous conseiller la lecture de The Moon Is Following Us. Mais je ne pense pas que vous ayez besoin de moi pour vous le procurer.


Daniel Warren Johnson est désormais assez réputé, et favorablement, en France, pour que ses fans se passent de l'opinion des critiques. Et ça donnera sûrement l'occasion à beaucoup de monde de découvrir Riley Rossmo, moins connu que son partenaire sur ce projet et qui gagne à être lu. Donc, oui, je n'ai aucune crainte concernant le succès à venir de cette mini-série.


On peut dire ce qu'on veut, moi le premier, mais Johnson construit une oeuvre très cohérente et forte d'album en album. Cela fait de lui un auteur à suivre avec intérêt. Il privilégie ses projets en creator-owned sans cracher sur des commandes chez les Big Two où il réussit toujours à imposer son style très énergique et sensible à la fois - il a été de la partie pour le n°400 de Wolverine en Avril.


Toutefois, je dois bien avouer que, de mon côté, je vais sûrement être plus distant avec lui pour la suite. J'ai découvert Johnson avec Murder Falcon que j'ai adoré et que je tiens pour un chef d'oeuvre, bouleversant et explosif, follement original. Mais c'est comme si, depuis, je ne retrouvai plus ce qui m'avait tant plus dans cette histoire.


Do a Powerbomb ! restait très bon, mais je n'en étais pas sorti aussi émerveillé. Et The Moon is following us a été une lecture éprouvante. La fin avec ce dixième épisode n'y a rien changé, au contraire : j'ai trouvé d'une tristesse écrasante, et quelque peu complaisante. Or, j'ai en horreur la complaisance dans la bande dessinée (ou ailleurs).

Quand j'étais ado, j'aimai bien Mylène Farmer par exemple. Je n'étais pas un fan comme ceux qui vont la voir en concert en la contemplant comme la Sainte Vierge de la variété française, mais j'aimai bien ce qu'elle dégageait. Lorsqu'elle fit un duo avec le regretté Jean-Louis Murat, je fus emballé par leur complémentarité. Je garde un souvenir ému du clip de California...

Puis je me suis lassé et me suis même irrité quand j'ai compris qu'elle faisait étalage de son côté madone dépressive à coup de tubes artificiellement torturés et clips chiadés. Elle exploitait un filon qui lui apportait de plus en plus de fans mais qui devenait complaisant dans son expression. Et puis, par ailleurs, mon intérêt musical se portait sur d'autres répertoires.

De toute façon, mes vraies passions étaient (et restent) du côté de Jean-Jacques Goldman, Georges Brassens, Renaud, Francis Cabrel, Eddy Mitchell, Michel Berger et France Gall, Vanessa Paradis. Mylène Farmer n'avait été qu'une passade.

Et Daniel Warren Johnson avec tout ça ? Hé bien, je crois que c'est pareil que Mylène Farmer. Murder Falcon aura été un coup de coeur mais la suite de sa production n'a jamais réussi à le supplanter. C'est comme si j'avais commencé par le meilleur et m'échinais à lui courir après sans jamais le rattraper. Ni Do a Powerbomb ! ni The Moon is following us n'y sont parvenus.

C'est très comparable à la musique : parfois vous tombez sur un disque qui vous marque au fer rouge. Vous voulez écouter le suivant du même artiste, mais vous êtes un peu déçu. Puis le troisième sort, et vous avez la sensation que rien n'égalera la premier. Deux choix s'offrent à vous : soit vous persévérez, soit vous arrêtez les frais.

Je trouve que Daniel Warren Johnson a un talent énorme et sa collaboration avec Riley Rossmo a produit des choses magnifiques, mais en fait ça a surtout confirmé que le choc ressenti lors de la lecture de Murder Falcon ne se répétera plus. Parce qu'au fond Johnson raconte (ressasse ?) toujours la même histoire.

Ses comics possèdent ce mélange détonant et jubilatoire d'émotion et d'énergie brutes, à l'image de son dessin. Rossmo y a glissé une part d'étrangeté qui, je l'espérai, renouvellerait l'ensemble, mais ce ne fut pas le cas. On a eu encore une fois un récit complet poignant et dynamique, mais pas aussi poignant et dynamique que Murder Falcon.

J'ignore ce que prépare Johnson mais j'aimerai qu'il s'aventure hors de sa zone de confort - une zone d'inconfort en vérité vu le fond très sombre de ses histoires. Je n'ai pas lu son Beta Ray Bill ni sa Wonder Woman : Dead Earth, et peut-être que je devrais essayer pour voir s'il ose autre chose avec des personnages qu'il n'a pas créés.

Mais de toute façon, ce n'est pas le moment. Je sors de The Moon is following us plombé. Le monde est déjà pas très lumineux en ce moment pour ne pas avoir envie que des auteurs en rajoutent. C'est une belle BD néanmoins, mais il faut avoir la santé pour la lire. Et mon erreur majeure aura été de la lire mensuellement (même si d'une seule traite ne doit pas rendre le dénouement moins terrible).

C'est très curieux : voilà un comic-book qui est qualitatif, c'est indéniable, mais qui m'a essoré. Au point que je n'ai pas pris plaisir à la critiquer mois après mois. Je suis allé au bout quand même. Mais maintenant je veux surtout aller ailleurs.

mercredi 4 juin 2025

IMPERIAL #1 (of 4) (Jonathan Hickman / Iban Coello & Federico Vicentini)


Amadeus Cho et Jennifer Walters accompagnent Bruce Banner sur Sakaar En Nevo pour y assister aux funérailles du second fils de Hulk, Hiro Kala. Celui-ci, comme l'expliquent des médecins-légistes, que la victime a été empoisonnée. Hulk part pour le siège du conseil galactique avec Amadeus, laissant She-Hulk sur Sakaar afin d'assurer le maintien de l'ordre.


Mais là-bas, J'son et son fils Peter Quill sont au chevet de l'impératrice Victoria de Spartax, également empoisonnée. Star-Lord tente de convaincre Richard Rider/Nova de mener l'enquête mais il refuse d'être mêlé aux affaires de J'son et Peter. Par ailleurs, une réunion du conseil doit se tenir mais la délégation du Wakanda fait savoir qu'elle ne s'y rendra pas.


La mort de Victoria et les conclusions des médécins-légistes forcent J'son à ouvrir la réunion des chefs d'Etats de la galaxie en affirmant que le coupable est parmi eux. Mais la situation va connaître plusieurs rebondissements...


C'est parti pour l'event cosmique de Marvel. Un petit event qui ne comptera que quatre épisodes, mais qui, en vérité, serviront de rampe de lancement pour des spin-off (deux ont déjà été annoncés) et plus globalement pour relancer toute cette collection de titres "spatiaux". Tout cela s'inscrit dans le nouveau job de Jonathan Hickman qui consiste à lancer des concepts que d'autres poursuivront.


L'argument est très simple : plusieurs régents galactiques sont assassinés, tous de la même manière (par empoisonnement). Qui commet ces crimes ? Et pourquoi ? Dès la fin de l'épisode, un coupable est désigné, que toutes les preuves accablent. Mais bien sûr, le lecteur se doute bien que ça ne peut pas être si simple. On est donc clairement dans un récit policier avec un cadre géopolitique et s.-f..


On est donc aussi dans quelque chose de typiquement à la (dé)mesure de Hickman, world-builder (et destroyer) par excellence. Mais on se souvient aussi que le même Hickman avait tenté quelque chose de similaire avec son projet G.O.D.S. en 2023, revisitant le panthéon de Marvel, et si j'avais beaucoup aimé pour ma part, il faut bien reconnaître que j'étais un peu le seul.

Personne, à part un peu Al Ewing dans Immortal Thor, n'avait été inspiré par ces personnages, leur revisite, et visiblement le succès commercial n'avait pas été suffisant pour générer une suite. Et désormais Hickman refuse d'assumer une collection de séries (n'étant pas en mesure de diriger une troupe d'auteurs comme un editor et donc de leur imposer sa conception d'ensemble).

En fait, la génèse de Imperial remonte aux épisodes que Hickman écrivit pour New Mutants au début de l'ère Krakoa : il avait envoyé les héros dans l'espace, plus précisément sur le monde-trône Shi'ar de Chandilar, pour y orchestrer les retrouvailles de l'équipe (et de Sunspot en particulier) avec leur ami Cannonball, marié à un membre de la garde impériale.

Hickman avait prévu de continuer cette histoire qui aurait abouti à l'accession au trône Shi'ar du couple Sunspot-Deathbird. Mais, accaparé par la série X-Men (puis le crossover X of Swords), il s'est fait griller la politesse par l'editor Jordan White qui a nommé Vita Ayala scénariste de New Mutants et a entraîné la série dans une direction totalement différente, oubliant Sunspot et Cannonball.

Depuis, Hickman a reconnu que l'expérience X-Men avait été sa plus grande déception professionnelle (sans toutefois égratigner personne, mais évidemment tout le monde sait désormais que lui et White ont été en désaccord et que l'auteur a préféré en rester là en concluant son run avec la mini Inferno). Toutefois, Imperial ressemble à du recyclage.

L'intrigue met en scène plusieurs protagonistes que Hickman réemploie comme si leurs dernières aventures dataient d'un certain temps : il y Hulk mais tel qu'on l'a connu durant Planet Hulk (par Greg Pak en 2009), il y a Black Panther (mais tel que Ta-Nehisi Coates l'a dirigé dans son run en 2018), il y a Star-Lord (mais sans les Gardiens de la Galaxie), Nova, les Shi'ar, Hulkling et Wiccan et leur alliance Kree/Skrull...

Et il est aisé de voir que, pour Imperial, Nova et Star-Lord, jouent les rôles qui devaient être prévus pour Cannonball et Sunspot - reste à voir si Star-Lord finira à la tête de la garde impériale Shi'ar (ce serait étonnant puisqu'il est prince héritier de Spartax) ou Nova marié à l'une de ses membres ((tout aussi improbable).

Certains lecteurs amateurs de sagas cosmiques compareront immanquablement Imperial avec les différentes sagas Annihilation du temps de Dan Abnett et Andy Lanning, quand les deux auteurs avaient la main sur le cosmique Marvel à coup d'events comme Jim Starlin avant eux. Mais comparaison n'est pas raison.

D'autres, comme moi, trouveront aussi que Hickman marche dans ses propres pas puisque dans ses runs sur Fantastic Four et Avengers, il explorait déjà beaucoup le registre cosmique, avec ambition, et, dans sa production indé, on pense notamment à Decorum. C'est une impression étrange que de voir un auteur, non pas se répéter, mais "juste" amorcer quelque chose qui se veut aussi grand alors qu'on l'a aimé quand il s'en chargeait complètement.

Et ce sentiment domine à la lecture. Hickman est vraiment là pour poser quelque chose d'intéressant, mais pas forcément de manière très investie. Ce premier épisode a beau faire 55 pages, sa trame est étonnamment simple, basique. Il y a quelques surprises niveau casting donc, mais rien de transcendant. On a vraiment la sensation de lire le pilote d'un feuilleton dont le maître d'oeuvre ne restera pas. Etrange.

Au niveau du dessin, deux artistes se relaient : on sent que Marvel n'a plus sous la main un bonhomme capable de tout faire tout seul - Valerio Schiti n'étant plus libre (il est l'artiste du prochain volume de Captain America, qui débute le mois prochain), Javier Garron non plus (il a préféré Godzilla vs the Marvel Universe à ça...), Pepe Larraz et RB Silva pas davantage...

Et il faut bien avouer que j'ai été déçu de voir Imperial entre les mains d'Iban Coello (Fantastic Four, Venom) et Federico Vicentini (Miles Morales : Spider-Man). Le résultat est tout de même très moyen, au mieux quelconque, au pire bâclé, en tout cas sûrement pas à la hauteur d'un auteur comme Hickman et d'un projet de ce calibre qui aurait mérité plus d'expérience et de talent.

Coello s'occupe des scènes avec les Hulk, Vicentini du reste. Coello a un style soigné, appliqué, avec des lignes courbes, du dynamisme, mais ça ne vole pas bien haut, ça manque cruellement de souffle, de puissance. Vicentini a un style plus lâché, nerveux, avec des traits plus anguleux, mais surtout un manque de soin dans les finitions, un découpage brouillon.

C'est à l'image de ce que Marvel peut proposer de plus générique, sans aucun génie, sans rien qui transcende le script, génère un effet "wahou". Un comble pour quelque chose qui se veut le renouveau du cosmique Marvel. Mais la norme esthétique de Marvel aujourd'hui où très peu d'artistes sont capables de vous épater par leur narration ou leurs représentations.

Ce qui manque en fait à Imperial, c'est de l'investissement. Marvel dit compter dessus pour exploiter cette zone de leur univers, mais sans s'en donner les moyens. Hickman ne veut plus rêver qu'il puisse piloter une collection de séries. Les deux dessinateurs sont dans la moyenne (basse) de ceux qu'on trouve chez l'éditeur. Personne ne paraît réellement envie d'être là.

Et le lecteur, du coup, se sent embarrassé. Ce n'est pas mauvais ni affreux, mais ce n'est pas le grand frisson. On va voir ce que réserve la suite, ce sera vite vu avec trois autres numéros (je n'ai pas l'intention de lire les spin-off, j'étais déjà pas motivé avant, alors maintenant...), mais c'est assez terrible de ne déjà plus en attendre grand-chose. Imperial sera-t-il le nouveau G.O.D.S. ?