jeudi 8 mai 2025

AMAZING SPIDER-MAN #3 (Joe Kelly / Pepe Larraz)


Après avoir empêché Itsy-Bitsy de tuer le Rhino dans l'asile Ravencroft, Spider-Man est toujours sujet à des hallucinations. Qui a pu l'empoisonner comme le Rhino ? Grâce à Norman Osborn et Brian Nehring, Peter tient une piste solide qui le conduit à une usine d'embouteillage de soda...


Il y a des épisodes, comme celui-ci, dont je ne sais jamais trop quoi penser. Ils sont utiles dans la progression de l'intrigue, bien exécutés aussi bien du point de vue narratif que visuel, et pourtant une fois lus, malgré le plaisir pris, on n'en retient pas grand-chose. C'est l'archétype de l'épisode de transition, celui qui sert de lien entre le début de l'arc et sa fin.


Joe Kelly a du métier et il sait au moins accrocher le lecteur, menant son récit en évitant que celui qui le suit ne s'ennuie jamais. C'est parfaitement conçu. Mais il n'empêche que toue l'expérience du monde ne procure pas ce petit frisson délicieux qui accompagne l'aventure du héros. Il faut donc attendre l'ultime page pour qu'on soit saisi.


Est-ce le cas ici ? Pas vraiment car, de manière curieuse, Kelly a choisi, dès le premier épisode de son run, de nous dévoiler l'identité du méchant derrière toute l'affaire qui occupe Spider-Man. Bon, je ne vais pas vous le dévoiler puisque j'ai un temps d'avance sur ceux qui attendront la vf, mais c'est tout de même un peu ballot.


D'autant plus que ce méchant n'a absolument rien de novateur, c'est un vieil adversaire de Spider-Man. Mais ce n'est pas Norman Osborn ni le Bouffon Vert. Pas non plus Doctor Octopus ou Kraven ou le Lézard. Un indice, très vague ? Il est apparu durant les années 80 dans les épisodes écrits par Tom de Falco et dessinés par Ron Frenz, qui figurent parmi mes préférés.

Vous n'êtes pas plus avancés, mais j'ai surtout le sentiment que Kelly garde ses cartouches pour son prochain arc, qui verra l'entrée en scène d'un vilain inédit et qui, a-t-il promis, va mettre sa misère contre le tisseur. Problème : ce sera dessiné par John Romita Jr. et bon, vu la forme qu'affiche le vétéran depuis un bail maintenant, ça n'a rien d'engageant.

Pourquoi alors Joe Kelly n'a-t-il pas démarré son run avec un méchant inédit et l'assurance qu'il allait en faire voir de toutes les couleurs à Spidey, en ayant qui plus est Pepe Larraz au dessin ? Mystère. Mais c'est frustrant. Non que ce qu'on lit actuellement soit mauvais, mais quitte à relancer une série, et à annoncer un ennemi costaud, le scénariste a peut-être péché par excès de prudence.

En vérité, ce qui est le plus amusant dans cet épisode-ci, ce sont les flashbacks sur le jeune Peter Parker, qui justifient que tante May ne soit pas ravie que son filleul fréquente à nouveau Brian Nehring. En effet, les deux garçons ont fait les 400 coups dans leur jeunesse et Peter affichait une forme d'insolence inédite (qui sent quand même très fort la retcon).

Mais Kelly joue aussi sur la véracité de ces flashbacks. Sont-ils des souvenirs réels ? Ou déformés par l'empoisonnement de Peter, ses hallucinations ? Tant qu'à faire, il aurait été amusant d'aller jusqu'au bout de ce (petit) délire révisionniste en montrant un Peter jeune garçon rebelle sous l'influence de l'intoxication subie par Spider-Man.

Reste la partie graphique et elle est éblouissante. Rien à redire sur ce plan : les planches de Pepe Larraz sont magnifiques, pleines d'une énergie contagieuse, avec des angles de vue, des compositions, un découpage hyper tonique. Le niveau du bonhomme dope la série comme elle l'a rarement été. Et jette un coup de projecteur sur la production actuelle de Marvel...

Je veux dire par là que le niveau des artistes chez Marvel actuellement est globalement médiocre. Il n'est vraiment pas difficile de voir qui sort du lot, mais le dessin de Larraz a quelque chose de classieux, de majestueux, qui prouve qu'il a appris, qu'il a mûri, mais surtout qu'il possédait le potentiel pour en arriver là. 

Qui peut en dire autant chez Marvel parmi ses collègues ? Il y a des dessinateurs compétents (encore heureux), mais très peu qui soient capables de provoquer chez le lecteur cette espèce d'émerveillement. Quand on lit une planche de Larraz, on est ébahi par son aisance et sa virtuosité. Il ne boxe tout simplement pas dans la même catégorie que la majorité.

Je crois aussi que ça en dit long sur ce que le lecteur attend aujourd'hui d'un dessinateur. Certains fans se fichent du dessin pourvu que ça soit simplement lisible et c'est pourquoi ils acceptent de lire des comics même pas franchement bien mis en images. Les autres désirent quelque chose de graphiquement supérieur. Les premiers sont prêts à boire de la piquette quand les seconds veulent un grand cru.

Et je me rappelle que quand j'ai commencé à lire des comics, dans les années 80, ça ne se posait pas en ces termes. Il me semble, mais peut-être que j'idéalise, que le niveau des artistes étaient plus homogènes. En tout cas, plus objectivement on avait des dessinateurs mieux formés à l'art séquentiel et qui, même sans forcément briller, savaient raconter visuellement une histoire.

On pouvait avoir d'excellents "techniciens" comme Sal Buscema, des storytellers nés comme John Byrne, et des stylistes comme Frank Miller.  Depuis le début des années 2000, il me semble que les lecteurs ont exigé davantage, dans le rendu des décors, l'expressivité des personnages, l'esthétisme (lumières, ombres, ambiances). Et cela a créé un vrai fossé artistique.

Désormais il y a ceux qui sont capables d'assumer ces exigences, mais souvent au prix d'une productivité moindre (c'est le cas de Larraz, qui ne peut enchaîner plus de cinq épisodes). Et il y a ceux qui sacrifient ces exigences pour tenir les délais, quand il ne s'agit pas d'obscurs griffonneurs qui produisent des planches sans aucune ambition artistique.

Chez Marvel, on assiste actuellement à une véritable invasion italienne, voulue par C.B. Cebulski, qui ne s'est pas caché en disant qu'il faisait son marché de l'autre côté des Alpes. Mais Cebulski ne paraît plus avoir le flair (ou l'envie) de recruter les meilleurs. Larraz, lui, semble le dernier représentant de la vague espagnole d'il y a quelques années, avec un vrai bagage technique et une volonté de progresser.

Marvel l'a couvé comme peu de ses pairs, et depuis House of X, il a atteint les cimes promises aux meilleurs. Je l'ai déjà dit, mais le jour où il réussira à enchaîner plus de cinq épisodes sans perdre en rigueur, il sera de la trempe des cadors - si tant est que cette ambition anime encore les artistes comme elle motivait Stuart Immonen quand il racontait que, devenu professionnel, sa première règle était devenue de rendre toujours ses pages à l'heure tout en s'adaptant à chaque projet.

Immonen a pas mal dessiné Spider-Man (dans sa version Ultimate et un peu dans sa version classique, à la fin du run de Dan Slott). Larraz veut lui aussi s'installer sur la série du tisseur. Il devra donc être aussi régulier dans l'excellence. Et espérer que les scripts de Joe Kelly soient à la hauteur de ceux de Slott... A vérifier le mois prochain avec un épisode qui promet beaucoup d'action.

mercredi 7 mai 2025

JSA #7 (Jeff Lemire / Rafael de Latorre)


La JSA au grand complet est présente pour les funérailles de Ted Grant/Wildcat au cours desquelles Jay Garrick/Flash prononce l'éloge funèbre de son ami et partenaire. Ce décès met à jour plusieurs crises existentielles parmi les membres. Quand à la Justice League, elle offre son aide pour arrêter les assassins...


Alors, oui, je spoile la mort de Ted Grant, mais en même temps la couverture (signée Jorge Fornes) de ce septième épisode le fait à ma place. J'ai toujours du mal à comprendre quand un éditeur fait ça : est-ce en accord avec le scénariste ? Et si oui, le scénariste, ici en l'occurrence Jeff Lemire, l'accepte-t-il pour nous mener sur une fausse piste ?


Car Wildcat a neuf vies et s'il en a usé pas mal durant le volume de la série lorsqu'elle était écrite par James Robinson et David Goyer (puis Geoff Johns), c'était il y a un moment, avant les New 52 et DC Rebirth et je doute que ce soit encore valide aujourd'hui. Pour ma part, j'ose espérer que Ted Grant n'est pas vraiment mort car j'adore ce personnage.


Mais plutôt que de miser là-dessus, concentrons-nous sur le contenu de cet épisode. C'est sans nul doute le plus sobre et en même temps le plus habile qu'ait livré Jeff Lemire depuis le début. A part la dernière scène, tout se passe entre les quatre murs du Brownstone de la JSA et le scénariste examine l'impact de la disparition de Ted Grant sur l'équipe.
 

Tout s'ouvre donc par l'éloge funèbre prononcée par Jay Garrick qui, finalement, n'est pas le passage le plus inspiré, Lemire se contentant d'un hommage vite expédié auquel manque une vraie touche d'émotion, des mots plus touchants, comme si ce qui se passait après l'intéressait davantage. Et ça tombe bien, c'est le cas et il se montre plus inspiré.

On a d'abord droit à une scène entre Power Girl, Yolanda Montez ( Wildcat II) et Tommy Bronson (le fils de Ted Grant). La question de la perpétuation de l'héritage de Ted et au centre des dialogues : Yolanda a récemment tué, dans un accès de colère, un agent de Kobra (curieusement sans que cela ne débouche sur un quelconque procès en interne ou au fait qu'elle soit livrée à la police, ce qui est quand même léger)...

... Et elle ne se sent plus de porter cet alias, le costume, le masque, estimant (à raison) avoir trahi ce qu'ils représentaient, celui qui les portait le premier. Elle pense que cela revient maintenant à Tom Bronson, mais celui-ci s'est retiré de la vie super héroïque (ce qui indique que cette JSA prend bien en compte les éléments pré-New 52 de la série, quand "TomCat" avait intégré l'équipe).

Lemire montre avec pertinence le problème qui se pose avec Yolanda et j'espère qu'il n'en restera pas là avec elle, parce que ce qu'elle a fait, ce n'est pas seulement salir le nom de Wildcat, c'est commettre l'impardonnable en tuant et je ne comprendrai pas que la JSA conserve dans ses rangs une criminelle.

Ensuite, Lemire passe au couple Hourman - Jessie Quick : cette dernière annonce qu'elle a besoin de faire un break conjugal parce qu'elle a compris avec la mort de Ted qu'elle devait apprendre à s'émanciper (de ses parents, de son mari). Evidemment, pour Hourman, la pilule passe mal. Pour le lecteur aussi, reconnaissons-le, parce qu'on ne saisit pas ce qui cloche dans le couple qui, depuis le début du run de Lemire, paraît ne plus fonctionner sans qu'on nous ait expliqué pourquoi.

J'ai la nette impression que Lemire, sur ce plan-là, soit a été un peu trop évasif, soit cache des infos au lecteur (admettons que Jessie soit manipulée mentalement par un membre de l'Injustice Society, ça expliquerait beaucoup de choses sur le malaise entre elle et Hourman et ça pourrait faire partie du plan des méchants pour faire imploser l'équipe). On verra.

Dans un troisième temps, Lemire revient au duo Sand -Jade et sur la conviction de cette dernière qu'il y a un traître dans l'équipe. Je l'ai déjà dit auparavant mais sur ce point précis, je trouve que Lemire est maladroit : il est évident qu'il y a un traître, le lecteur le sait, il sait qui c'est, et du fait de ce décalage entre ce que sait le lecteur et ce qu'ignorent les héros, ces derniers apparaissent comme peu perspicaces, voire idiots.

Et à mon avis on touche là du doigt la limite du dispositif mis en place par le scénariste qui en ayant voulu animer un casting très fourni a omis de les caractériser avec soin. On le voit avec Hourman et Jessie Quick dont on ne comprend pas la crise conjugale, et plus encore avec cette affaire de traître qui aurait dû occuper plus de place mais qui a été noyée dans les péripéties périphériques à cause du nombre de personnages.

En vérité, il faut attendre la dernière grande scène de l'épisode pour que Lemire renoue avec ce qu'il peut faire de mieux : l'arrivée de la Trinité de la JLU (Superman, Wonder Woman et Batman) va provoquer une tension bien exposée et traitée quand ils veulent délester la JSA de l'arrestation de l'Injustice Society.

Et la réponse est : "Non. On règle ça en famille". Non seulement, ça permet, pour la première fois, de pointer du doigt que la JSA ne fait partie de la JLU, elle est une formation à part entière, indépendante. Mais aussi que, avec le retour de Alan Scott et Jay Garrick, les patrons reprennent la main sur leur équipe, leurs affaires. Et ça, c'est très bien vu, bien envoyé. (J'aurai aimé qu'on ait une scène comme ça aussi dans la série Titans.)

Les dessins de cet épisode sont assurés par un nouveau fill-in et une fois de plus, il est de qualité. Rafael de Latorre sort juste de la mini-série Le Pingouin écrite par Tom King (et avant cela il avait été remarquable en suppléant de Marco Checchetto sur Daredevil par Chip Zdarsky). Et il rend une excellent copie, surtout pour un numéro sans action spectaculaire.

C'est presque un problème de riches que les fill-in de la série soient si bons parce que Diego Olortegui est impeccable, mais des dessinateurs comme Joey Vasquez ou Rafael de Latorre méritent mieux que ces places de remplaçants. Pour être juste avec eux, il faudrait qu'ils aient le droit de signer un arc entier.

L'épisode se termine sur un cliffhanger efficace, accrocheur. De quoi, malgré des défauts de la part de Lemire, donner envie d'y revenir. JSA n'est pas du tout une mauvaise série, ou une déception, mais elle comporte des lacunes étranges de la part d'un auteur aussi expérimenté.

lundi 5 mai 2025

VOID RIVALS, VOLUME 3 : THE KEY TO VECTOR THETA (Robert Kirkman / Lorenzo de Felici)


VOID RIVALS, VOL. 3 : THE KEY TO VECTOR THETA
(Void Rivals #13-18)



Solila et Darak ont donc décidé de se séparer pour mener leurs missions chacun de leur côté. Darak doit entrer en contact avec la résistance sur Agorra et leur transmettre les infos de la réistance de Zertonia. Solila, elle, doit explorer l'Anneau Sacré qui sépare les deux planètes pour entrer en contact avec Zerta Trion puisqu'elle a la certitude qu'elle doit être sa messagère dans l'unification des deux planètes.


La maîtresse Vill, sur Zertonia, reçoit Zalilak qui est désormais acquis à sa cause et veut, lui aussi, cesser de comploter avec Dulin, son homologue sur Agorra, et unifier leurs peuples. Darak retrouve son père qui évoque une vieille prophétie assurant que sur Agorra et Zertonia font la paix, cela provoquera une catastrophe en réveillant le Goliant. Mais ils sont interrompus par un vaisseau qui s'approche de la planète.


Cet engin est un Cybertronien, comme Springer, nommé Hot Rod, à la recherche d'une source d'Energon. Solila, à l'intérieur de l'Anneau Sacré, rencontre le Vector Theta qui la guide jusqu'au coeur du dispositif où se trouve Zerta Trion qui s'avère être une Cybertronienne blessée et immobilisée là depuis des années. Elle lui raconte son histoire débuté sur la planète Cybertron conquise par les Quintessons qui, pour neutraliser les rebelles, ont dégainé leur arme ultime : le Goliant. Zerta s'est sacrifiée en l'attirant dans le trou noir de l'Anneau Sacrée...


Ce quatrième tome de Void Rivals sortira le 28 Mai prochain en vo (et sans doute dans quelques mois en vf chez Urban Comics) et il marque, à plusieurs niveaux, un tournant dans la série co-créée par Robert Kirkman et Lorenzo de Felici. On va d'ailleurs commencer par évoquer l'artiste puisque ce sont les derniers épisodes qu'il dessine.


En effet, il semble que de Felici ne s'était engagé sur la série que pour un nombre limité de numéros car il préparait un nouveau projet qu'il écrira et dessinera, son deuxième après l'excellent et superbe Kroma (disponible chez Delcourt) et que je vous recommande vivement. C'est tout de même une surprise car rien n'avait fuité jusque-là et c'est tout de même un coup dur pour Void Rivals.


Mais, soyons honnête, de Felici ne semblait pas tellement s'éclater sur cette série, qui mettait trop peu en valeur ses extraordinaires talents. Avec ses héros casqués, son univers hard S.-F.., sa narration hyper décompressée, l'italien semblait démotivé et d'ailleurs les critiques reprochaient à la série d'être tout simplement moins bien dessinée que Oblivion Song et surtout Kroma.

Il sera donc remplacé par Conor Hughes au #19. Je ne connais pas son travail, j'ai cherché à voir à quoi il ressemblait et il me paraît un crain en-dessous de de Felici, mais sans que son style ne dépareille avec ce qu'on a vu jusque-là..

Quant à la dernière prestation de de Felici sur Void Rivals, elle est dans la droite ligne de ce qu'il a proposé auparavant : son trait est très tonique, léger sur les détails (et c'est là qu'on voit bien que ça n'a pas l'air de le passionner de dessiner tout ça). J'aime beaucoup cet artiste, donc je n'ai pas envie de l'accabler. Je crois surtout que cette série n'était pas faite pour lui, pour mettre en valeur son dessin.

Il y a des planches magnifiques néanmoins, mais trop rares, et la colorisation de Patricio Delpeche n'y peut rien. En fait, le vrai problème est ailleurs : l'aspect graphique ne fait que souligner les défauts de cet arc - et peut-être même de la série en soi, donc des qualités d'écriture de Kirkman.

J'imagine mal comment on peut écrire en effet une critique mensuelle de Void Rivals tant sa construction repose sur une narration décompressée au possible et qui ne peut s'apprécier qu'en recueils. L'exemple le plus frappant sur ces six épisodes, c'est ce à quoi on assiste avec le personnage de Solila pourtant engagée dans une quête qui promettait d'être palpitante.

Elle passe cinq épisodes sur six à errer dans l'Anneau Sacré et c'est trèèèèèèès long. Surtout que le décor est totalement vide. La plupart du temps, on la voit errer dans un espace noir ou en tout très obscur et les péripéties qu'elle rencontre relèvent souvent du gadget (oh ! une trappe ! Oh ! un mur à grimper !). Tout ce qui pourrait évoquer une construction complexe, périlleuse est totalement supprimée et le suspense que c'est censé engendrer est donc absent.

Le Vector Theta qui donne son titre à l'album apparaît très peu (deux scènes !) et son design est décevant (une grosse sphère lumineuse). Il faut vraiment attendre la rencontre entre Solila et Zerta Trion (au n° 16 et surtout au n°17) pour enfin que tout ça s'éclaire et aboutisse à quelque chose de spectaculaire.

C'est donc après quatre épisodes très laborieux, où Kirkman tire sur la corde autant qu'il peut pour arriver péniblement à la fin de son arc, qu'on a enfin droit à un chapitre consistant, avec une vraie progression dramatique, des révélations sur les origines de l'Anneau Sacré mais aussi du conflit entre Agorra et Zertonia, le rôle des Cybertroniens (les Transformers quoi)...

Et le pire, c'est que, après nous avoir fait poireauter aussi longtemps, Kirkman nous sort des explications inégales. Certes, les origines de toute l'intrigue sont pas mal, elles offrent une perspective intéressante sur le magouilles de Dulin (le père de Darak), les croyances de maîtresse Vill (l'enseignante de Solila), et l'intégration des Transformers à Void Rivals...

... Mais, du même coup, on a alors le sentiment que Kirkman veut surtout justifier la place centrale des Transformers dans toutes les séries, de G.I. Joe et Void Rivals. On a alors la sensation que tous les personnages de G.I. Joe comme de Void Rivals ne sont en vérité que des spectateurs rencontrant de manière assez artificielle les robots géants.

C'est, comme toujours, la limite des univers partagés au moment où veut justifier que toutes les séries qui le peuplent sont connectées. Quand il s'agit d'un espace et d'une temporalité commune, ça passe parce que le lecteur n'est pas obligé de tout lire, et les auteurs de tenir compte de ce qui se passe dans les autres titres. En revanche, quand les séries sont organiquement liées, c'est une autre affaire...

Et j'aurai tendance à dire que ça musèle un peu tous les créatifs. Voyez l'ère de Krakoa des séries mutantes Marvel : quand les titres étaient trop liés, c'était chiant. Et c'est pourquoi, au départ, Hickman ne voulait pas qu'il y a trop de titres. Mais ça lui a échappé (notamment avec New Mutants donc il voulait faire quelque chose de totalement différent et qu'il remodèle aujourd'hui en vue de l'event Imperial).

Chez DC, actuellement, se pose un cas un peu similaire, mais mieux géré, avec Justice League Unlimited. Mark Waid n'est pas un architecte à la Hickman et donc les autres scénaristes ne sont pas tenus par la série JLU. Parfois ça pose question (sur l'existence d'autres équipes qui en pratique ne devraient plus exister puisque la JLU englobe tous les héros disponibles et volontaires), mais DC est plus souple que Marvel et le lecteur peut lire plusieurs séries sans se sentir contraints de suivre JLU.

Là, avec son Energon Universe, axé autour des Transformers, Kirkman ne laisse pas à Joshua Williamson ni à lui-même d'autre choix que d'intégrer les robots géants à G.I. Joe et Void Rivals. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que dans G.I. Joe, c'est très secondaire (l'Energon occupe plus de place) alors que dans Void Rivals, les Transformers font maintenant partie intégrante du récit (avec Zerta Trion, Hot Rod, Springer).

Je suis donc très partagé. D'un côté, je trouve ça envahissant. De l'autre, je reconnais que Kirkman incorpore ça de manière assez ingénieuse pour expliquer un tas d'éléments (la guerre Agorra-Zertonia, l'Anneau Sacré, les Quintessons). 

Par contre, ce que je n'aime vraiment pas et qui m'apparaît de plus en plus comme une addition inutile, et agaçante, ce sont les intermèdes avec le mercenaire Skuxxoid (qui sera au premier plan dans le #19) et l'arrivée de ces espèces de reptiliens à partir du #13, dont je vois pas l'intérêt, si ce n'est d'ajouter de nouveaux personnages dans une série déjà bien fournie niveau casting et enjeux. C'est lourdingue.

Le bilan est donc très contrasté : le dessinateur s'en va, l'intrigue progresse mais au terme d'un arc particulièrement poussif, de nouveaux personnages arrivent. La série est clairement à un tournant : il semble que tout soit là pour que ça accélère franchement (mais rien n'est sûr avec Kirkman). On en reparlera en Décembre, quand sera disponible le prochain volume. En croisant les doigts.

samedi 3 mai 2025

BUG WARS #3 (of 6) (Jason Aaron / Mahmud Asrar)


Jeté dans une arène avec Wysta le sorcière araignée et Augustfall la général de l'armée des fourmis, Slade est certain de mourir. Il se rappelle de son enfance avec son père qui lui apprenait les rudiments de l'entomologie et cela provoque un sursaut... Ainsi que la réactivation de son amulette...


Jason Aaron et Mahmud Asrar ont réussi leur pari : Bug Wars est un gros succès puisque chaque nouvel épisode a droit à un deuxième, voire troisième tirage. Et c'est tout à fait mérité car Bug Wars a ce mélange d'originalité et de référence qui en fait une oeuvre à la fois singulière et efficace, abordable. Ce troisième épisode nous mène à mi-parcours (déjà !) de l'intrigue avec ces qualités.


Il se trouve que, par un hasard du calendrier, ce nouveau numéro sort en même temps que l'omnibus consacré à la série culte Micronautes de Bill Mantlo et Michael Golden auquel Bug Wars fait beaucoup penser avec son univers miniature, véritable monde insoupçonné peuplé de tribus où l'infortuné Slade se trouve pris au coeur d'un conflit entre trois ennemis.


Mais Aaron comme Mantlo en son temps a ce talent de rendre tout ça extrêmement clair : le lecteur n'est jamais à la ramasse, il identifie parfaitement les protagonistes, mesure les enjeux, suit la progression de l'histoire sans peine. Et ce n'est pas une mince affaire, surtout du côté des comics indés qui embarquent souvent leur public dans des aventures prenantes mais au début un peu confuses.


En effet, une bande dessinée indé, c'est tout à construire, à présenter. Il faut aller vite mais sans se précipiter, faire en sorte que toutes les informations que l'auteur communique soient accessibles. Sans quoi, on appréciera l'effort de proposer un produit hors des sentiers battus mais sans saisir exactement ce qu'on est en train de lire.

Jason Aaron a pris le parti, risqué, de plonger son héros et le lecteur dans un cadre très dense, très fourni. Il est donc normal qu'on soit initialement déboussolé. Mais comme tout bon scénariste, il sait nous guider et faire de son personnage principal quelqu'un qui subit puis réagit, démêlant avec nous les fils de l'intrigue.

Dans cet épisode par exemple, on reprend là où on en était resté : Slade, Wysta (la sorcière arachnoïde, et Augustfall (la général des fourmis) sont livrés à eux-mêmes dans une arène où ils doivent se battre pour survivre. La lutte est désespérée et Slade est sur le point de succomber. Mais la providence va lui permettre de s'en tirer et d'aider Wysta et Augustfall.

Le procédé est un peu facile, je vous l'accorde, mais si on accepte de passer outre, alors le meilleur vous attend. Car Augustfall va s'échapper et Wysta jouer sa propre partition. La guerre est aux portes des trois clans (scarabées, fourmis, araignées) et Slade est placé dans un rôle d'arbitre pour qui aura la chance de le compter dans ses rangs.

C'est palpitant à lire, très plaisant, du très bon Jason Aaron, inspiré, direct. Et bien aidée par Mahmud Asrar : l'artiste se fait plaisir, c'est visible, à chaque planche. Et, ayant été moi-même dessinateur dans une autre vie (avec laquelle je renouerai peut-être si j'arrive à être moins dépendant des écrans...), je sais qu'un artiste épanoui livre son meilleur travail.

Ce qui ne signifie pas que ça suffit, mais disons que si vous ajoutez le fait d'être consciencieux au fait de prendre du plaisir, alors vous êtes difficilement arrêtable. Asrar est un excellent dessinateur, avec une technique solide, un sens du storytelling impeccable, qui sait très s'encrer. Mais comme tous ses pairs, c'est quand il raconte quelque chose qui l'intéresse qu'il est au top.

Or, on sait, je vous l'ai déjà dit, que Bug Wars est un projet que Jason Aaron a écrit sur mesure pour Asrar. Et, comme à chaque épisode, en postface, on a droit à de consistants bonus, des coulisses, où le scénariste montrer les détails de chaque tribu et Asrar les designs qu'il a conçus. Autant de témoignages de l'investissement de l'un et de l'autre.

Et tout ce matériel s'anime sur les planches. Bug Wars n'a aucun mal à vous embarquer, à vous transmettre des émotions fortes. Que cet engagement soit salué par un succès critique et public est un juste retour des choses. Il faudra que vous guettiez la vf parce que ça s'annonce comme un immanquable de l'année.

vendredi 2 mai 2025

ULTIMATE SPIDER-MAN #16 (Jonathan Hickman / Marco Checchetto)


Qui est vraiment Gwen Stacy ? L'épouse de Harry Osborn a elle aussi ses secrets. Et leur révélation va changer son mariage mais aussi la lutte entreprise par son mari contre Wilson Fisk et le Créateur...


He did it again ! On peut dire ce qu'on veut de Ultimate Spider-Man et de Jonathan Hickman : que c'est moins bien que la première version (par Bendis/Bagley), que le scénariste traîne un peu trop en route, que les absences de Marco Checchetto au dessin aboutissent aux épisodes moins réussis de la série, etc. Mais...
  

Quand Hickman et Checchetto sont réunis et qu'il s'agit de livrer un épisode qui vous retourne le cerveau, alors, là, c'est impossible de ne pas constater à quel point la série peut être géniale. De quoi regretter qu'elle ne soit pas bimestrielle en vérité parce qu'ainsi, c'est sûr Checchetto aurait le temps pour dessiner chaque numéro et Hickman de nous faire saliver avec ce qu'il a imaginé.


N'empêche aussi que cet épisode (comme le #14) est super compliqué à critiquer parce que, si j'en dis trop, ça vous gâche toute les surprises et ce serait vraiment criminel de ma part. Bon, je vais tâcher de m'en sortir quand même mais ce diable d'Hickman donne du fil à retordre à ceux qui veulent parler de ce titre sans spoiler.


Le mois dernier, on a vu que la famille Parker (Peter, MJ, leur fils Richard, leur fille May) avait quitté New York car l'identité secrète de Peter est désormais connu des Sinister six (et donc de leur chef, Fisk). Ils sont donc en cavale (officiellement) et en vacances improvisées (pour leurs enfants - même si Richard semble avoir compris que ses parents, sa soeur et lui sont en danger).

Quid de Gwen Stacy ? La dernière fois qu'on l'a vue, c'était lors du #12, quand les Parker et les Watson fêtaient Noël et qu'elle tentait de joindre par téléphone MJ et Peter car Harry avait disparu depuis plusieurs jours. MJ se rendait compte alors que Peter aussi n'était plus avec elle. Et pour cause : les deux hommes étaient prisonniers de Kraven le chasseur.

L'épisode de ce mois-ci revient sur les événements qui ont suivi (particulièrement dans les n°13 et 14), mais explore surtout le passé de Gwen, depuis sa rencontre avec Harry, leur mariage, la disparition mystérieuse de Harry. Et même avant tout ça, bien avant, quand elle n'était encore qu'une fillette qui venait de perdre sa mère et qui allait être élevé par son père, un homme secret...

Ce que réussit le mieux Hickman sur Ultimate Spider-Man, c'est trouver à la fois les petites différences entre ces versions de personnages très connus, familiers et les versions de l'univers classique (le 616), mais aussi surprendre complètement le lecteur en imaginant des variations folles, imprévisibles, insoupçonnables.

Et la vérité sur Gwen Stacy est sans doute le sommet du genre. Sa version classique est restée dans l'Histoire comme le symbole de la fin de l'âge de l'innocence pour Spider-Man quand le Bouffon Vert l'a tuée. Un moment traumatisant, autant que la mort de l'oncle Ben. De fait Gwen Stacy est devenue immortelle en mourant, comme Captain Mar-Vell.

En l'introduisant comme l'épouse de Harry Osborn, Hickman avait déjà fortement détourné ce moment marquant. Ce faisant, il jouait avec les nerfs des fans en faisant référence à l'arc narratif le plus controversé du run de J. Michael Straczynski (Sins Past, 2004) où était raconté que Gwen avait eu une liaison avec Norman Osborn et était même tombée enceinte de lui.

Hickman n'est pas allé aussi loin, mais en la mariant au fils plutôt qu'au père, il a su titiller les fans avec une histoire fameuse mais polémique. Ensuite, il n'a pas exploité ce qui semblait le plus prévisible : un triangle amoureux avec elle, Harry et Peter, dans la mesure où ce dernier est heureux en couple avec MJ, tout comme Gwen est très heureuse avec Harry.

Néanmoins, c'était un personnage encore peu consistant, et Hickman se charge ici de l'étoffer considérablement : par exemple, elle sait que Harry est le Bouffon Vert, on voit pourquoi elle a tenu à aider Ben Parker et J.J. Jameson pour fonder leur journal (et ce n'est pas de la philanthropie). Et surtout, surtout, on comprend qu'elle a des connections avec un des Sinister Six, mais sans trahir ni Harry ni Peter, tout en veillant à ce que Fisk et ses autres agents n'en sachent rien.

On assiste donc, médusé, à ce flashback magistral, et superbement dessiné par un Checchetto des grands jours qui, désormais, n'officie pas que sur les épisodes contenant le plus de baston. La maitrise de l'artiste italien s'exprime aussi dans ce genre d'exercice où il faut mettre en scène un personnage dans des situations calmes mais intenses, sans que tout soit réglé par un échange de coups de poings.

Checchetto, en outre, montre à quel point il est un fantastique character's designer : sa Gwen Stacy est tout bonnement sublime, pas seulement physiquement très belle, mais pleine d'un charme trouble, insaisissable, dissimulant des aspects qu'on n'attendait pas. Il faudrait, pour équilibrer la série, que, dans le futur, Hickman et Checchetto fassent le même cadeau à MJ (sans forcément aller aussi loin).

Je suis désolé d'être aussi allusif, mais, honnêtement, si j'en dis plus, ce serait indigne. Critiquer un comic-book comme celui-ci impose un minimum d'analyse, de ressenti, mais oblige aussi à préserver l'énorme surprise qu'il réserve au lecteur. Ce qu'on peut affirmer sans crainte par contre, c'est que cette "saison 2" d'Ultimate Spider-Man confirme une montée en régime prodigieuse par rapport à la première.

WE ARE YESTERDAY, PART 3 (of 6) - BATMAN / SUPERMAN : WORLD'S FINEST ANNUAL 2025 (Mark Waid, Christopher Cantwell, Morgan Hampton / Dan McDaid, Clayton Henry)


- BATMAN / SUPERMAN : WORLD'S FINEST ANNUAL 2025 - Dans le passé, Gorilla Grodd a assemblé la Legion of Doom et explique à ses membres son plan pour vaincre la Justice League. Pour cela, ils doivent dérober plusieurs engins leur permettant de voyager dans le futur mais sans que les héros de l'époque ne s'en doutent...


Bon, on ne va pas se le cacher : ce crossover entre World's Finest et Justice League Unlimited ne tient vraiment pas ses promesses. On est arrivé à mi-parcours et l'histoire n'a toujours pas décollé, on est toujours dans la phase d'exposition et d'explication et ça commence franchement à devenir long, laborieux et ennuyeux.


Vous avez déjà dû lire que, depuis son retour chez DC, Mark Waid a retrouvé des couleurs perdus à la fin de son bail chez Marvel (où il était en conflit ouvert avec plusieurs editors). Et c'est vrai qu'il semble plus heureux, ayant renoué avec la confiance de ses employeurs et bénéficiant de collaborateurs qui le stimulent.
 

Mais le bilan n'est pourtant pas, objectivement, si fabuleux. S'il a bien donné le change avec Batman / Superman : World's Finest, celui qui en a le plus profité, c'est bien Dan Mora qui y a gagné ses galons de superstar. A côté de ça, Waid s'est ramassé sur Teen Titans : World's Finest, un spin-off calamiteux, et a aligné des events comme Batman vs Robin, Lazarus Planet et Absolute Power décevants au bas mot.

Waid se montre certes très productif, mais son travail trahit un manque d'inspiration et une nostalgie, voire un passéisme qui deviennent terriblement lourdingues. Quand il partage réellement avec un artiste comme Chris Samnee sur Batman and Robin : Year One, là, oui, c'est jubilatoire, sans doute parce que Samnee sollicite surtout Waid pour l'aider à développer des scénarios, à les mettre en forme, à les dialoguer.

Mais en dehors de ça, il faut bien avouer que Waid ne tient qu'à son savoir-faire, sa connaissance encyclopédique de l'univers des comics (aussi bien chez Marvel que chez DC), sans dépasser cela par des idées audacieuses. En somme, Waid, aujourd'hui, fait un peu son âge, celui de ces seniors qui chez Marvel sont cantonnées à des récits situés dans le passé mais sur lesquels DC s'appuie pour donner une cohérence à leur univers.

C'est particulièrement flagrant quand on lit cet Annual de World's Finest sur lequel Waid est assisté de Christopher Cantwell (sans qu'on sache très bien qui ce qu'il apporte). Comme je le disais plus haut, l'intrigue de We Are Yesterday n'a toujours décollé et les deux auteurs en sont encore à nous expliquer en détail le plan de Grodd pour vaincre la Justice League.

Le souci, c'est que ces explications sont affreusement barbantes, avec les vols d'engins permettant à la Legion of Doom de voyager dans le temps. Les histoires de voyage dans le temps sont souvent accablantes par leur volonté de justifier les motivations de ceux qui les font et pour tenter de nous faire croire que non, ça n'aura aucune conséquence (alors qu'on sait très bien que c'est le contraire).

Rien ne fonctionne ici : la Legion of Doom qu'on suit ici est composé d'individus tellement psychopathes qu'on ne peut croire qu'ils puissent travailler en équipe et quand ils font l'effort de suivre les ordres, leurs actions sont poussives au possible, sans aucun rythme, sans aucun suspense. Réunir des méchants iconiques pour en faire le groupe ultime de vilains n'est pas une bonne idée.

Grodd apparaît donc comme un gorille particulièrement stupide en recrutant le Joker ou Bizarro, et on n'arrive pas admettre que Lex Luthor en particulier ne va pas le trahir. L'Epouvantail ou Black Manta font de la figuration, Sinestro n'est là que pour éclaircir une scène, Cheetah est sacrifiée, Captain Cold ne sert à rien. C'est vraiment n'importe quoi.

En comparaison de la Legion of Doom que Scott Snyder avait assemblée dans son run sur Justice League, celle-ci fait peine à voir et on ne doute pas une seconde que leurs manigances va aboutir à un échec cinglant... Pareil à ceux que Grodd reproche à ses alliés d'avoir trop souvent connus ! C'est risible, mais pas marrant.

Par ailleurs, bien que Dan McDaid soit un dessinateur intéressant, la copie qu'il rend est indigne de lui et de ce projet. On sent clairement que tout ce salmigondis ne l'intéresse pas le moins du monde et sa mise en images est souvent d'une telle laideur, avec des compositions traitées par-dessus la jambe, qu'on se demande s'il n'a pas voulu communiquer son ennui.

C'est bien simple : il n'y a rien à sauver dans ce naufrage. We Are Yesterday est en train de virer à la catastrophe total. Je ne crois absolument pas qu'on va assister dans les trois prochains chapitres à un redressement spectaculaire. Waid en fait trop en écrivant trop de trucs à la fois, à la chaîne, tout en réussissant, un comble, à ne pas en faire assez pour rendre cette lecture ne serait-ce qu'agréable.

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- THAT'S THE WAY OF THE WORLD - Comment et pourquoi John Stewart est devenu un Green Lantern alors que qu'il s'y était d'abord refusé...


Cet Annual est complété par un segment dont je ne m'explique pas la présence. Morgan Hampton écrit les origines soi-disant définitives sur John Stewart, le deuxième Green Lantern terrien après Hal Jordan. Je ne savais pas que c'était nécessaire. Mais je ne sais surtout pas ce que ça vient faire là, quelle est l'utilité de cet appendice. 


A moins que John Stewart soit destiné à jouer un rôle crucial pour la suite de We Are Yesterday et que ses origines comme Green Lantern nous instruise sur l'importance de son rôle, rien ne justifie ces quelques planches. Ce n'est même pas que c'est mal écrit, c'est transparent, ça n'apporte rien au personnage (sinon une épaisse couche de pathos).

Clayton Henry illustre tout ça avec soin, mais c'est le moins qu'on puisse attendre de lui.

C'est réellement une curiosité. Mais c'est surtout complètement dispensable.

jeudi 1 mai 2025

THE QUESTION : ALL ALONG THE WATCHTOWER #6 (of 6) (Alex Segura / Cian Tormey)


La Question a été propulsée dans le vide sidéral suite aux dommages causées à la Tour de Garde par le Cyborg Superman. Celui-ci la rattrape et la renvoie à l'intérieur, certain qu'elle est morte. Mais Renee Montoya est une dure-à-cuire et n'entend pas laisser son adversaire, qui a pris le contrôle mental de tous les membres de la Justice League, accomplir son funeste projet...


Ainsi se termine cette mini-série que j'ai beaucoup appréciée. Est-ce que Urban Comics prendra la peine de la traduire ? Rien n'est moins sûr et c'est dommage. Si l'éditeur n'avait pas abandonné ses parutions en kiosque, cela aurait fait un beau petit hors série tout en étant un complément de programme à Justice League Unlimited.


Sans vous dévoiler le dénouement, ce qu'a écrit Alex Segura aura eu bien des mérites : d'abord, jamais on ne s'est ennuyé tout du long de ces six épisodes. Le choix de faire porter l'intrigue sur Renee Montoya a créé un vrai suspense puisqu'elle n'a aucun super pouvoir, qu'elle a accepté un poste de chef de la sécurité sans choisir ses collègues et en évoluant dans un décor qui ne lui était pas familier.


Si Segura avait disposé de plus d'épisodes, on peut sans mal imaginer qu'il aurait creusé davantage cette ambiance spéciale où le personnage principal est en total décalage avec le reste des membres de la Justice League, travaillant dans un climat de méfiance, essayant de pointer les faiblesses de leur quartier général sans forcément être écoutée.


Segura, plutôt que d'essayer de tout développer, a su faire preuve de sagesse, et même de pragmatisme, en se concentrant sur la Question et sa relation avec Batwoman ou Vic Sage, son prédécesseur (toujours en activité : c'est mon seul bémol car je n'aime pas quand deux personnages partagent le même alias). Et au final, le scénariste s'en tire très bien.

Il tire le portrait d'une Renee Montoya qui admet avoir besoin des autres, de leur faire davantage confiance, qui reconnaît être trop sur la défensive et créé de la tension avec ceux qui pourtant louent ses qualités, son intégrité, son intransigeance aussi. C'est une femme hantée par ses échecs, par ses mentors aussi, qui veut être digne d'eux sans pour autant s'ouvrir aux autres suffisamment.

Le choix du vilain, le Cyborg Superman, vaut ce qu'il vaut. Segura en fait une menace sérieuse parce qu'il est aussi puissant et résolu, même si complétement tordu, que Montoya est humaine, donc vulnérable. Mais au fond, ce sont deux forts caractères qui s'affrontent, deux survivants, et chacun ne supporte pas d'être dépassé par la situation. C'est bien vu.

En cours de route, Segura sans doute trop sacrifié ses seconds rôles pour ne pas perdre de vue son héroïne. Mais in fine ça donne à sa mini série un côté Alien (le premier film) quand Ripley (Sigourney Weaver) finissait seule (avec son chat) contre le xénomorphe. Et ici, aussi, personne ne vous entendra crier dans l'espace...

Au dessin, Cian Tormey a fait preuve d'une régularité impeccable. C'est un artiste solide, classique dans son style certes, mais efficace. Aucun épisode, jusqu'au bout, n'a été bâclé. On sent que l'édition de la série a profité d'assez de temps pour que le dessinateur ne soit pas à la bourre - c'est encore un autre bon point de DC par rapport à Marvel où les productions sont souvent moins bien gérées.

Par ailleurs, Tormey sait à l'occasion sortir des planches inventives, sans effets tape-à-l'oeil, mais soignées, comme celle où Renee est encerclée par les apparitions de ses mentors (voir plus haut) qui expriment à la fois leur déception quand elle pense à abandonner et la remotivent justement parce qu'elle est vexée par leurs réflexions.

Sans aller trop loin, trop vite, c'est surtout le rythme et le dosage excellent des péripéties qui m'ont séduit. Et de ce strict point de vue, il est assez accablant de constater que The Question : All Along the Watchtower est (au moins pour l'instant) bien plus emballant que le crossover We Are Yesterday. Mais on en reparlera très vite...