jeudi 24 avril 2025

ABSOLUTE SUPERMAN, TOME 1 : LES POUSSIERES DE KRYPTON (Jason Aaron / Rafa Sandoval)


ABSOLUTE SUPERMAN, TOME 1 : LES POUSSIERES DE KRYPTON
(Absolute Superman #1-6)


Jor-El et Lara Lor-Van étaient promis à un brillant avenir parmi l'élite scientifique de Krypton, mais leur indépendance d'esprit leur a valus d'être relégués socialement. Jor-El travaille dans les mines depuis lesquelles il constate l'épuisement des ressources naturelles de la planète tandis que Lara Lor-Van répare les véhicules des agriculteurs. Ils ont un fils, Kal-El, dont il espère qu'il connaîtra un meilleur sort qu'eux...


Mais quand Jor-El veut alerter la ligue scientifique de la fin prochaine de Krypton, il est condamné à mort pour hérésie. Lara va le libérer de sa prison tandis que Jor découvre que les élites ont fait construire des vaisseaux pour évacuer les notables de la planète avant sa destruction, en laissant derrière eux la majorité de la population...


Lara et Jor ont construit leur propre vaisseau à bord duquel ils embarquent avec leur fils et des amis. Mais l'implosion de Krypton projette des éclats qui endommagent l'appareil et les sépare. Le souffle de l'explosion propulse Jor dans le vide sidéral à bord d'une capsule de secours. L'enfant erre dans l'espace pendant de longs mois avant d'échouer sur Terre, dans le champ de la ferme des Kent au Kansas...


Cinq ans après, au fil de ses pérégrinations sur Terre, Kal attire l'attention de la compagnie Lazarus qui exploite des mines et des ouvriers qu'il tente de protéger. L'agent Lois Lane, qui travaille au sein des Peacemakers, assurant le maintien de l'ordre pour Lazarus, enquête en espérant l'appréhender...


Cet album ne sortira que le 30 Mai prochain en vf (et en Août en vo), mais j'ai pu lire les six numéros qu'il contient grâce à un ami qui suit tous les titres Absolute. Il m'en a dit le plus grand bien (même s'il préfère Absolute Batman alors qu'il a lâché Absolute Wonder Woman après les cinq premiers chapitres et qu'il a apprécié Absolute Flash #1 et 2, tandis que moi, je me suis contenté de Absolute Martian Manhunter).


Comme j'aime beaucoup ce qu'écrit Joshua Williamson sur la série Superman classique, j'étais plutôt méfiant avec cette relecture du héros. En effet, j'ai l'impression que, jusqu'à présent, à l'exception de Absolute Martian Manhunter, ces versions des icones DC se résument surtout à des réinterprétations dark qui m'attirent assez peu.

Je verrai si je donne sa chance à Absolute Batman, mais Absolute Wonder Woman ne me tente pas et le premier épisode de Absolute Flash m'a laissé de marbre. Toutefois, je dois dire que j'ai été très séduit par Absolute Superman, qui bénéficie d'un scénario efficace et de superbes dessins. La paire Jason Aaron-Rafa Sandoval fonctionne à merveille.

Ce qui est frappant, c'est la place accordée à Krypton dans ce premier arc. Non seulement, on a droit à des flashbacks consistants mais l'épisode 3 y est quasiment intégralement consacré. Jason Aaron en dresse un portrait passionnant, avec le souci d'en décrire les classes sociales et d'expliquer pourquoi Jor-El et Lara Lor-Van ont été relégués socialement et ne pourront empêcher la catastrophe.

Pour un peu, on dirait presque que c'est ce qui a d'abord motivé Aaron : raconter vraiment d'où vient son Superman en brossant le portrait de ses parents, dont l'indépendance d'esprit et la lucidité vont se briser sur le mur d'une élite vouée à la science mais en réalité composée de notables hypocrites, n'hésitant pas in fine à sacrifier leur peuple quand l'inévitable se produira.

En comparaison, j'ai eu plus de mal à suivre, du moins au début, Superman sur Terre. Mais progressivement, Aaron fait parler son métier en décrivant de manière plus subtile son héros. Là aussi, en vérité, il serait plus juste d'appeler la série Absolute Superboy car Kal-El est encore un jeune homme, qui maîtrise mal ses pouvoirs, sa force, agit impulsivement, selon des critères manichéens.

Mais ces défauts font aussi qu'on s'attache à lui : qui ne serait pas sensible à son combat contre les injustices de la compagnie Lazarus, dépeinte comme une multinationale ayant la main sur diverses exploitations (agricoles, minières...), partout dans le monde, traitant sa main d'oeuvre comme des esclaves.

Tout ça est écrit en caractères bien gras, Jason Aaron n'y va pas avec le dos de la cuiller pour dire tout le mal qu'il pense de cette entreprise tentaculaire avec ses Peacemakers brutaux, et le parallèle entre la catastrophe écologique qui a raison de Krypton et celle qui menace cette Terre n'a rien de bien fin. Mais au moins, on identifie clairement les méchants et le gentil.

Pour trouver quelque chose de plus trouble, il faut s'intéresser à Lois Lane, ici transformée en agent de la sécurité au caractère bien trempé, qui enquête sur Superman et découvre les malversations de ses collègues Peacemakers et donc les ordres donnés par Lazarus. Comme dans sa version classique, Lois est la fille d'un ancien officier militaire et agit en investigatrice (mais pas pour un journal).

On observe donc avec intérêt d'un côté cette femme forte tête, dont les certitudes s'effritent, et de l'autre ce jeune homme venu d'ailleurs, qui lui apprécie la situation avec simplicité sinon simplisme. L'ambiance est effectivement sombre, violente, mais aussi spectaculaire sans sacrifier une vraie évolution chez les deux protagonistes, ni négliger certains mystères pour la suite (avec la révélation du patron de Lazarus à la toute dernière page du sixième épisode).

On n'est assurément pas dans une proposition aussi originale et atypique que Absolute Martian Manhunter, mais l'ensemble est assez captivant pour qu'on passe un chouette moment et donner envie de lire la suite. Jason Aaron se montre à l'aise avec ce projet, qui a connu la genèse la plus compliquée de la collection...

... Car, initialement, Rafa Sandoval ne devait pas dessiner la série. Rafael Albuquerque a en effet signé les characters designs et devait aussi réaliser les planches intérieures, avant de devoir jeter l'éponge à la dernière minute à cause des inondations survenues au Brésil. Le premier épisode lui est d'ailleurs dédié. Mais Albuquerque aura l'occasion de se refaire puisqu'il dessinera Superman Unlimited, la nouvelle série écrite par Dan Slott, qui débute le mois prochain.

Sandoval accomplit un épatant remplacement, en s'appropriant avec aisance ce que son collègue avait préparé. Il dessine les cinq premiers numéros, supplée sur le sixième par Carmine di Giandomenico qui assure l'intérim avec qualité.

Les planches de Sandoval sont d'un niveau excellent, qu'il s'agisse des scènes d'action très dynamiques ou de celles plus intimistes, traitées avec beaucoup de soin. Les moments sur Krypton témoignent d'un investissement important pour donner vie à ce monde, ses décors, ses différentes classes sociales (mention spéciale aux costumes), ses vaisseaux.

La colorisation d'Ulises Arreola participe grandement à cette réussite graphique avec des ambiances sensibles, entre le climat dans des tons chauds sur Krypton et ceux plus gris sur la Terre. Le trait de Sandoval comme celui de di Giandomenico sont respectés, mis en valeur. Certains instants clés sont aussi magnifiquement traités, comme l'implosion de Krypton.

Par ailleurs, visuellement, Sandoval et Arreola réussissent très bien à illustrer des éléments très originaux, comme la cape de Superman qui est ici un équipement à part entière, une sorte d'intelligence artificielle qui déploie à la fois une protection pour Kal-El en ayant un aspect gazeux et qui communique avec son porteur pour l'alerter sur le niveau de ses pouvoirs, pirater des systèmes informatiques, etc.

Jason Aaron a visiblement beaucoup d'idées à exploiter (comme ce qui est arrivé aux Kent après le départ de leur ferme de Kal-El, le patron de Lazarus, son complice, etc), de quoi voir loin. Mais surtout avec une intention proche de l'univers Ultimate premier du nom, quand Marvel voulait séduire des lecteurs profanes. Vu le succès rencontré, DC a réussi son coup.

samedi 19 avril 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 1 (of 6) - BATMAN / SUPERMAN : WORLD'S FINEST #38 (Mark Waid / Clayton Henry)


Le passé. Clark Kent couvre le test d'un avion de chasse conçu par les entreprises de Bruce Wayne et piloté par Hal Jordan. Mais l'essai aboutit à un crash au-dessus de Gorilla City en proie à une insurrection menée par Gorilla Grodd. Flash est appelé en renfort car la situation va rapidement dégénérer... 


J'avais dit dans ma critique de Justice League Unlimited #5 que je pensais plutôt attendre la fin de la parution de ce crossover avec Batman/Superman : World's Finest pour le lire d'une traite, en dire tout le bien (ou le mal) que ça m'aurait inspiré et sans doute décider si j'allais continuer de suivre JLU.


Donc, j'ai acheté ce numéro 38 de World's Finest avec le projet de le garder au chaud... Mais en vérité je n'ai pas résisté à la tentation de le lire et comme ça m'a plutôt bien plu, j'ai choisi de revenir sur mes intentions initiales et de suivre ce crossover en temps réel. Cette affaire va donc nous conduire jusqu'au 25 Juin, date de parution de Justice League Unlimited "8 et conclusion de We Are Yesterday.


We Are Yesterday comptera six parties, déclinées ainsi : World's Finest #38 (sorti ce Mercredi 16 Avril), Justice League Unlimited #6 (qui sortira Mercredi 23 Avril), World's Finest Annual 2025 (le Mercredi 30 Avril), World's Finest #39 (le Mercredi 21 Mai), Justice League Unlimited #7 (le Mercredi 30 Mai) et #8 (le Mercredi 25 Juin).


Mark Waid écrit l'intégralité des épisodes (avec le renfort de Christopher Cantwell pour World's Finest Annual 2025). Clayton Henry dessine les épisodes de World's Finest et Travis Moore ceux de Justice League Unlimited (sauf le dernier, le #8, qui verra le retour de Dan Mora sur le titre). Voilà pour les crédits et l'ordre de lecture.

We Are Yesterday se déroule donc sur deux époques. World's Finest est une série dont l'action se situe au tout début des aventures communes de Batman et Superman et donc au début de la formation de la Justice League. Justice League Unlimited se situe de nos jours. Mark Waid n'a jamais voulu précisé combien d'années séparaient les histoires des deux séries, donc chacun appréciera.

Le vilain principal de ce crossover est Gorilla Grodd (Grodd tout court pour les intimes), un singe supérieurement évolué, originaire de Gorilla City en Afrique équatoriale. C'est un ennemi attaché à l'univers de Flash, même s'il ne fait pas partie des Rogues (les Lascars en vf). Mark Waid dit l'avoir choisi comme antagoniste car il trouvait que son potentiel n'avait jamais été exploité à ce niveau.

Attention ! Spoiler ! Enfin, spoiler, c'est vite dit puisque tout était indiqué sur la couverture de Justice League Unlimited #5 : la Legion of Doom sera aussi de la partie, avec pour membres Lex Luthor, l'Epouvantail, Black Manta, Bizarro, Sinestro et Captain Cold. Et là, si vous suivez la série Superman de Joshua Williamson, un détail doit vous intriguer...

Lex Luthor !?! Mais il est l'allié de Superman actuellement ! Oui, sauf que, c'est ce qu'on comprend dans cet épisode de World's Finest (même si on n'y voit pas Luthor), le voyage dans le temps est la clé de l'intrigue de Waid. Et donc on va avoir deux Lex Luthor et autant de doublons des membres de cette Legion of Doom, tous venus du passé.

Je suis un peu obliger de divulgâcher l'histoire de cet épisode mais en même temps vous l'aurez sûrement facilement deviné : à la fin, Grodd est vaincu et enfermé dans une cellule de Gorilla City sur ordre du roi Solovar qu'il a voulu détrôner. Et c'est ainsi qu'il va recevoir la visite de son moi futur, qui est à l'origine de tout.

Depuis que la JLU est opérationnel, elle a eu affaire à une mystérieuse organisation, responsable de catastrophes et possédant toujours un coup d'avance, Inferno. A la fin de JLU #5, on découvrait que Inferno était la Legion of Doom rassemblée par Grodd, qui a attiré ses membres en les extrayant du passé. Et pour ce faire, il a possédé le Grodd du passé. Vous suivez ?

Oui, les voyages dans le temps, c'est toujours un peu compliqué et bien que les scénaristes de comics sont les premiers à rappeler constamment qu'ils peuvent bouleverser la continuité, ça ne les empêche pas d'y avoir fréquemment recours. Mais comme Waid est un véritable encyclopédiste des comics, on va lui faire confiance pour ne pas se prendre les pieds dans le tapis.

Ce qui surprend en fait dans cet épisode, c'est qu'il ne fait pas penser au début d'un crossover. Il pourrait très bien se lire comme un numéro ordinaire de World's Finest et Waid aurait très bien pu en faire l'amorce d'une histoire à venir dans cette seule série. On est donc intrigué par sa volonté d'impliquer la JLU et l'époque actuelle. Et quand on découvre les couvertures connectées du crossover par Dan Mora, on remarque que Waid va aller très loin (je vous renvoie là encore à ma critique de JLU #5)...

Clayton Henry se charge donc des dessins (ce qui permet à Adrian Guttierez, l'artiste habituel de World's Finest, de souffler quelques mois). J'aime bien ce qu'il fait même si pendant longtemps le suivre a été très frustrant, notamment quand il officiait chez Valiant Comics où il a à peu près tout dessiné, surtout les débuts de séries avant de laisser sa place.

Mais, depuis qu'il est revenu chez DC, il paraît avoir à coeur de prouver qu'on peut compter sur lui mensuellement. Ce n'est pas difficile d'apprécier son style, avec un trait sobre, un découpage qui va à l'essentiel. C'est un artiste expérimenté, qui connait bien tous ces personnages, et donc il n'a aucun mal à les animer. Son association avec Waid fonctionne parfaitement.

L'avantage d'un crossover sur un event, c'est qu'on n'a pas à se taper de tie-in, tout est à lire dans deux séries ici, et comme il n'y a qu'un seul auteur, on peut être certain qu'il ne sera pas parasité par un collègue qui aurait des velléités différentes. Bien entendu, à la fin de cet épisode, impossible de savoir si We Are Yesterday sera réussi, mais au moins, c'est efficace, accrocheur, divertissant.

La suite, Mercredi prochain !

THE MOON IS FOLLOWING US #8 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Riley Rossmo & Daniel Warren Johnson)


Avant de sombrer dans le coma, Penny avait dessiné une licorne, une "Pennycorne". Aujourd'hui, dans la dimension des rêves de la fillette, sa mère, Samantha, en créé une avant l'assaut final contre l'armée de Pigface. Mais Sam sent que son mari, Duncan, lui cache quelque chose depuis la dernière bataille et cela le ronge même s'il refuse d'en parler...


Alors que The Moon is following us s'achèvera dans deux mois, on peut d'ores et déjà affirmer que cela aurait été une sacrée aventure. Ce n'est pas une mini-série parfaite, pas le meilleur scénario de Daniel Warren Johnson, mais c'est assurément son plus remuant, son plus épique, son plus tortueux, son plus déchirant.


Si vous me demandez si c'est une lecture agréable, je vous répondrai donc que non. Non pas parce que c'est mauvais, mais parce que c'est terriblement poignant et perturbant. Il faut se lancer là-dedans en ayant le coeur bien accroché. Je vous le dis à titre préventif parce que, moi, je n'étais pas prévenu. Et alors que le dénouement est proche, je me dis qu'il est sage d'avertir les futurs lecteurs de la vf (à paraître à la rentrée chez Urban Comics).


Il me semble qu'avec The Moon... Daniel Warren Johnson arrive sans doute au bout d'un cycle. C'est comme le dernier volet d'un triptyque composé de Murder Falcon et Do a Powerbomb !, trois histoires qui explorent le deuil en enveloppant ce thème dans des récits mouvementés, empruntant au hard rock, au catch, à l'heroic fantasy.


On dit souvent que chacun fait son deuil à sa manière, qu'il n'y a pas de formule miracle pour traverser cette épreuve. Et mon expérience personnelle m'incite à approuver. Certains s'enfoncent dans le chagrin, la colère, la frustration, le déni... Ou transcendent ça par l'art. Il y a eu de magnifiques romans, de superbes chansons, des films bouleversants. Et des comics formidables pour en témoigner.

A cet égard, ce huitième épisode est sans doute le plus douloureux. On sent vraiment que Johnson et Riley Rossmo sont allés au bout d'eux-mêmes pour en accoucher. Ils ne s'épargnent rien et le lecteur l'éprouve de manière quasi physique. Ils ont mis tout ce qu'ils avaient dans ces pages, et l'épisode se conclut sur un événement absolument impitoyable.

Je ne vais pas faire de psychologie de comptoir en essayant de deviner ce qui s'est passé chez Johnson et Rossmo pour qu'ils aient éprouvé la nécessité de raconter quelque chose comme ça. Mais il est évident que c'est personnel, profond. Et le résultat, encore une fois, est intense et sensible à la fois, très fort et subtil, jamais bourrin, jamais complaisant.

Ce qui rend beau, ce projet, c'est aussi ce qui en fait sa limite. La structure du récit est répétitive, l'histoire a mis beaucoup de temps à décoller. C'est un peu comme si les deux auteurs et artistes avaient hésité à plonger au coeur de leurs ténèbres. Comme Truffaut désignait certains chefs d'oeuvre de "grands films malades", on pourrait dire qu'il s'agit d'une grande bande dessinée malade.

Les personnages principaux, désormais réduits à quatre (le couple Samantha-Duncan, Jebediah Swano, Pigface, Tash Severin), portent en eux les stigmates de l'inspiration malade de Johnson et Rossmo. Les planches de ce dernier en particulier traduisent à merveille cet état avec les gueules de traviole des protagonistes, le découpage heurté, soulignés par les couleurs de Mike Spicer.

C'est donc très triste. Mais très beau. Mais très triste. On ne lit pas ça pour se divertir, se changer les idées. C'est exigeant. D'ailleurs, ce numéro est sorti la semaine dernière et j'ai retardé le plus possible l'écriture de sa critique parce que, tout bêtement, j'ai mis du temps à lire l'épisode. Je savais que quelque chose de déplaisant allait s'y produire. Et je n'avais pas tort.

Toutefois, je ne veux pas non plus donner le sentiment que lire The Moon is following us est un calvaire. Si je regrette vraiment quelque chose, c'est peut-être de l'avoir lu mensuellement. Dix épisodes, dix mois, c'est long, surtout pour une histoire pareille, avec des débuts laborieux. Je crois que ce sera plus digeste de lire ça d'une traite pour ceux qui se procureront le recueil.

Et puis ça rappelle, à toutes fins utiles, que la bande dessinée "pour adultes", "pour lecteurs avertis", ce n'est pas une blague. Il s'agit moins en vérité de pointer les comics violents ou présentant la sexualité de manière explicite, que de dire que certaines histoires sont perturbantes ou douloureuses. C'est cela, je crois, le véritable âge adulte de la BD : des histoires qui remuent le lecteur, non pour des motifs graphiques, mais pour la force des sentiments exposés.

vendredi 18 avril 2025

THE NEW GODS #5 (of 12) (Ram V / Evan Cagle, Andre MacLean)


Enfant, Lightray assiste à un enterrement et demande à Izaya le Haut-Père de New Genesis où l'on va quand on est mort. Une interrogation qu'il répétera auprès d'autres... Aujourd'hui, Izaya fait face à Karok Ator qu'il défie en combat singulier. Pendant ce temps, sur Terre, Mister Miracle et Big Barda tentent de raisonner Orion...


Il y a quinze jours, Ram V, avec Anand HK, proposait le premier épisode de Resurrection Man : Quantum Karma, revival inspiré d'un héros passablement oublié de DC, mais véhicule puissant d'une réflexion sur la vie sans fin. Cette semaine, le scénariste indien semble prolonger cette réflexion dans ce cinquième épisode de The New Gods. Signe qu'il a de la suite dans les idées.


Evidemment, quand on parle de dieux, s'interroger sur l'immortalité semble curieux. Les dieux ne sont-ils pas depuis toujours et pour toujours, précédant et dépassant toute existence ? A moins que, comme la philosophie nous l'enseigne, l'existence des dieux est conditionnée au fait que nous croyons ou pas en eux ?
 

Mais ces questions prennent encore un autre relief quand une série porte le nom de The New Gods, littéralement les Nouveaux Dieux (ou les Néo-Dieux). Cela suppose qu'il y a eu d'anciens dieux avant eux, et que, sans doute, il y aura d'autres dieux qui leur succéderont comme eux-mêmes ont succédé à leurs prédécesseurs ?


Cela inscrit donc l'existence des dieux dans une construction cyclique. Les dieux passent, sont remplacés. C'est plutôt la notion de déité qui est permanente, un abîme sans fond et un horizon sans fin. Mais alors qu'est-ce qui déclenche ces cycles successifs sinon, comme l'avance ici Ram V, que de nouveaux dieux s'imposent en commettant des déicides, en tuant les anciens dieux ?

Les premières pages de cet épisode mettent tout cela en perspective de manière étonnamment simple : Lightray assiste aux funérailles d'un néo-dieu de New Genesis. Mais l'enfant qu'il est alors demande au Haut-Père où vont les morts et Izaya lui répond : "à la Source". Dans le jargon de Jack Kirby, cela indique un lieu, le Mur-Source, frontière de l'univers.

Mais chez Ram V, le sens se fait plus métaphorique. La Source, c'est à la fois le point d'origine, la provenance, et le point final, l'arrivée terminale. Michel Jonasz en avait tiré une chanson, Où est la source (sans point d'interrogation) dans son album éponyme, sans doute son meilleur. Les dieux viennent de la Source et y retournent.

L'histoire en est au point où, après la chute d'Apokolips, c'est New Genesis qui est ravagé par Karok Ator. Izaya se dresse devant lui avec son arme la plus puissante pour le repousser, le tuer même. Karok Ator révèle pourquoi il a entrepris sa mission contre le domaine des néo-dieux. Izaya réplique en le tuant. Sauf que Karok Ator a trouvé comment surmonter la mort, en puisant dans une énergie noire. Et en sauvant le fils, qu'on croyait perdu, de Darkseid, Grayven...

Cependant, sur Terre, c'est une autre pièce, aussi dramatique, qui se joue : Orion a rejoint Mister Miracle et Big Barda et compte accomplir la tâche que lui a assigné le Haut-Père, en tuant l'enfant-dieu. Celui-ci se défend d'ailleurs puissamment. Mais il faudrait, comme à Izaya, un miracle pour stopper Orion...

C'est là que je dois calmer tout le monde par rapport à ce que promet la couverture qui annonce la présence de la Justice League Unlimited dans cet épisode. Non seulement il faut attendre la toute dernière page pour en arriver là, mais surtout on ne voit alors qu'un seul des membres de l'équipe. Le reste arrivera certainement le mois prochain.

Mais Ram V avait promis de toute manière que son histoire intégrerait des éléments du DCU, il ne comptait pas raconter ce récit en le circonscrivant aux seuls dieux de New Genesis et Apokolips. C'est l'ambition de l'auteur non seulement de refaire vivre les héros de Kirby, mais surtout de les réintégrer dans le DCU. Ne reste plus qu'à espérer que d'autres scénaristes poursuivent cet effort pour le parachever.

Visuellement, l'épisode propose deux graphismes on ne peut plus aux antipodes. Les premières pages, celles du flashback sur Lightray, sont illustrées par Andrew MacLean, l'auteur de la série Head Lopper chez Image Comics, dans un style volontairement naïf, mais qui correspond parfaitement aux souvenirs d'un enfant.

Puis Evan Cagle prend le relais avec des planches une nouvelle fois prodigieuses de beauté et d'intensité, avec un niveau élevé de détail, et une narration épique en diable. Le côté grandiose, terrible et même horrifique du duel Izaya-Karok est magnifiquement restitué, quand les scènes avec Orion, Mister Miracle, Big Barda, l'enfant-dieu regorgent d'une énergie à la classe confondante.

Honnêtement, entre les annonces et les productions majoritairement navrantes de Marvel et ce qu'offre DC, il y a un fossé qu'on voit mal se combler. C'est, littéralement, comme si "la maison des idées" avait abandonné toute ambition alors que la Distinguée Concurrence misait sur la qualité, la différence, les projets d'envergure.

The New Gods, à cet égard, en est la vibrante démonstration.

ZATANNA #3 (of 6) (Jamal Campbell)


Zatanna assiste à une fête qui semble se dérouler durant l'âge d'or de Hollywood et où elle retrouve Bruce Wayne, sans qu'il la reconnaisse. La star de cette soirée est Basil Karlo alias Gueule d'argile mais qui n'a pas connu la tragédie qui a fait de lui un monstre, grâce à la magie de Lady White. Zatanna tente de faire jaillir la vérité, à ses risques et périls...


C'est un épisode déroutant, que, je l'avoue, je n'ai sans doute pas apprécié à sa juste valeur après l'avoir lu. Il m'a fallu y réfléchir pour en saisir les qualités propres. Il faut dire que Jamal Campbell ne ménage ni Zatanna ni le lecteur en empruntant des chemins tortueux, en éprouvant très durement ses protagonistes dans une intrigue à tiroirs.


Par exemple, alors qu'on pouvait s'attendre après l'épisode précédent à ce que les seconds rôles viennent en renfort de Zatanna, spécialement Blue Devil et Madame Xanadu, on les voit à peine ici. Blue Devil se fait torturer par Brother Night (hors champ) et Xanadu est invisible. Brother Night apparaît comme l'orchestrateur (ou pièce d'un complot plus vaste ?) des malheurs de Zatanna et de ses alliés
.

Rappelons que Zatanna a été poignardée par une épée brandie par son assistant Adam, à la solde de Brother Night et de sa partenaire Lady White. Si elle peut encore invoquer des sorts, Zatanna le fait dans une douleur de plus en plus vive à cause de cette épée qui la transperce. Et pour ne rien arranger, elle va provoquer Gueule d'argile...


Par bien des aspects, cet épisode rappelle le cinéma de David Lynch, notamment Mulholland Drive : la réception chic, l'ambiance malsaine, la violence qui explose, tout cela fait partie de la grammaire du cinéaste récemment disparu. Jamal Campbell s'en inspire brillamment car le lecteur apprécie puissamment le malaise qui traverse le récit.

Cependant, on peut aussi se sentir naturellement désorienté par cette façon d'écrire. Je l'ai déjà évoqué plus haut mais on ignore toujours réellement qui tire les ficelles et pourquoi Zatanna en est la cible. On pouvait supposer une sorte de rivalité entre Lady White et Zatanna, mais avec l'importance prise au fil des pages par Brother Night, il est clair que ce n'est pas que cela.

Le traitement que Campbell inflige aus seconds rôles interroge aussi sur la place qu'il veut leur accorder dans cette aventure. Il est clair qu'il veut vraiment mettre Zatanna en avant (et c'est pour cela qu'il a refusé de faire intervenir des personnages plus connus qu'elle). Quant à la présence de Gueule d'argile, elle semble être motivée pour faire écho à celle de Zatanna elle-même.

En effet, et cela m'est apparu pertinent a posteriori, Basil Karlo et Zatanna ont en commun d'êtres des enfants de la balle durement éprouvés par le milieu du spectacle. Zatanna a perdu son père et vit dans on ombre en se croyant responsable de sa mort. Basil Karlo est un acteur à succès qui, défiguré, utilise un produit chimique qui, au lieu de le guérir, le transforme en monstre.

Campbell utilise les deux personnages en miroir l'un de l'autre : Zatanna veut lui faire comprendre que Lady White l'illusionne sur son état mais Karlo ne l'accepte pas et, furieux, se transforme en Gueule d'argile. Zatanna réussit donc, mais déchaîne la colère de Gueule d'argile, ce qui était le but recherché par Lady White pour éliminer la magicienne. C'est astucieux.

Visuellement, encore une fois, Campbell fait preuve de sa maestria. Sa représentation de la soirée chic, en noir et blanc comme un vieux film d'époque, est remarquablement évocatrice. Lorsque Gueule d'argile s'en prend à Zatanna, on a droit à plusieurs pages extraordinaires, dans des tons de bleus proprement cauchemardesques.

Mais Campbell sait aussi faire valoir son talent dans des scènes plus sobrement découpées mais pas moins intenses, lorsque Blue Devil est aux mains de Brother Night. En ne montrant quasiment rien, il suggère avec une force étonnante, prouvant sa capacité à aller à rebours de la mode actuelle où les comics horrifiques exploitent à foison le gore.

Bref, c'est un épisode qui n'est sans doute pas évident à apprécier du premier coup, mais qui se révèle comme une démonstration narrative de Jamal Campbell, lequel s'impose désormais à la fois comme un artiste impressionnant et un scénariste de grande valeur.

jeudi 17 avril 2025

TITANS #22 (John Layman / Daniel Bayliss)


Il y a quelque temps de ça, Terra libère Deathstroke et lui explique que Amanda Waller va lancer une opération d'envergure contre les super-héros. En cas d'échec, mieux vaut anticiper un plan B. C'est ainsi que Deaethstroke va assembler une équipe... Et que les Titans vont comprendre que leur vieil ennemi est de retour...


Avant de lire cet épisode, j'ai voulu me replonger dans les précédents écrits par John Layman depuis son arrivée (à la suite de Tom Taylor) sur Titans. En effet depuis plusieurs numéros, quelque chose n'allait pas mais je n'arrivai pas à mettre le doigt dessus. Donc, j'en ai déduit que c'était dans la construction de l'histoire, son rythme.


Et puis, donc je me suis plongé dans ce chapitre 22 de Titans. Et tout à coup, la lumière a jailli ! Car cet épisode est très réussi, je peux même affirmer que c'est, et de loin le plus réussi depuis le début du run de Layman. Mais pourquoi est-il réussi ? Hé bien, simplement parce qu'il corrige tous les défauts présents jusque-là.


Le principal défaut de ce run, en vérité, c'est sa narration bien trop décompressée, ce mal moderne qui a fini par ruiner bien des séries. La narration décompressée n'est pas à proprement parler un problème pour moi. Je sais que certains la conspuent, mais je crois que le vrai souci, c'est qu'elle est devenue une sorte de norme et que tous les auteurs ne savent pas la développer correctement.


Moi, quand je suis revenu aux comics de super-héros au début des années 2000, je ne reconnais plus rien. Les auteurs, les artistes avec qui j'avais aimés les comics n'étaient plus là, les personnages avaient changé. Et la manière de raconter les histoires n'étaient plus pareille qu'à la fin des années 80-début des années 90, quand j'avais lâché l'affaire.

C'est là qu'on teste si, vraiment, reprendre les comics après une longue période d'abstinence est aisé ou non. Plutôt que d'essayer de rattraper tout ce que j'avais loupé, je me suis accroché et j'ai quand même trouvé des scénaristes qui m'ont permis de retrouver mes marques. Brian Michael Bendis en particulier, avec spécialement New Avengers.

C'était alors (et pour de nombreuses années) l'archétype de la narration décompressée, des arcs en six épisodes et le début des events/crossovers réguliers. Bendis avait une manière bien à lui de se ficher des traditions : New Avengers étaient une équipe de bric et de broc, qui devait souvent leur salut à une intervention extérieure (une sorte de deus ex machina). Et l'auteur misait davantage sur des seconds couteaux (cf. Luke Cage, Dr. Strange, Iron Fist, Spider-Woman...) que sur des stars (Captain America, Iron Man, Thor...). DE qui, rétrospectivement, s'étonner du succès de la série.

Toutefois, le run de Bendis et sa popularité (car, même s'il avait ses détracteurs, il vendait beaucoup) a érigé la narration décompressée au rang de norme dans l'écriture des comics. Les arcs en six numéros sont devenus le modèle. Bendis lui-même s'est parfois auto-parodié. Et Marvel a imposé ce modèle, tout comme ensuite l'éditeur a cherché à produire des Bendis de rechange, des auteurs capables d'assumer l'écriture de plusieurs titres simultanément, encore aujourd'hui.

Pour en revenir à Titans et John Layman (désolé pour cette digression), je crois qu'il s'agit d'un dommage collatéral de ce qu'a incarné, pour le meilleur et le pire, Bendis. Voilà un auteur qui écrit bien, mais qui décompresse complaisamment, et ce faisant, ne rend pas service à sa série. La preuve en est faite avec cet épisode.

Car, cette fois, au lieu de tirer sur la corde, il se fait plus synthétique, efficace, direct. Et ça fonctionne tellement mieux. Les Titans sont en retrait ici, et ce n'est finalement pas plus mal (surtout eu égard à quelques répliques franchement limites comme quand Starfire s'amuse que Nightwing fait des déductions à la Batman...). Place aux méchants - au méchant : Deathstroke (pas de spoiler : la couverture dévoile tout).

Layman remonte le temps : Deathstroke, à la fin de l'event Dark Crisis, finit dans une sorte de caisson, après avoir été possédé par une force noire maléfique qui l'a sérieusement abimé mentalement et physiquement. Mais une silhouette féminine le privait d'anti-douleurs... Et on découvre donc qu'il s'agit de Terra, qui fut autrefois son amante (mineure) et complice dans la fameuse saga Judas Contract de la série New Teen Titans (par Marv Wolfman et George Pérez).

Elle finissait par mourir, mais rassurez-vous, depuis elle va mieux. Par contre, elle a gardé une dent contre Slade Wilson tout en sachant que lui seul peut l'aider. Car ce flashback se situe avant Absolute Power... Puis Layman fait un bon dans le temps et montre Deathstroke achever la formation de son équipe : après Clock King et Mammoth, il convainc Killer Frost de le rejoindre (mais abandonne Psycho-Pirate).

A la fin de l'épisode, Layman pointe qu'un membre des Titans préférerait nettement, bien que discrètement, que l'inévitable confrontation à venir avec Deathstroke et compagnie se solde par la mort de Slade Wilson qui a fait tant de mal aux Titans...

Daniel Bayliss, surtout connu pour ses prestations chez Boom ! Studios (avec des licences comme Power Rangers, Firefly), remplace ici Pete Woods (qui signe quand même la couverture). Et, là encore, j'en suis ravi car ses planches sont très solides, avec une narration très simple, parfaite par rapport à la structure de l'épisode (tout en flashbacks donc). Il signe également la colorisation, avec un résultat parfait.

A eux deux, ils réussissent donc le meilleur épisode. Celui qui, enfin, raconte quelque chose de consistant rapidement mais sans être bâclé, qui fait avancer l'intrigue franchement, qui met un point final au long défilé des recrues de Deathstroke et aux combats-prétexte des Titans. Bref, tout ce qu'on attendait et qui tardait tant à arriver.

Mon souhait pour la suite : que Layman continue ainsi, qu'il ne perde plus de temps, qu'on ait vite droit à la baston promise, qu'on sache si le Titan en quête de vengeance commettra l'irréparable (et si oui, avec quelles conséquences réelles). Et que Pete Woods revienne en forme pour ne pas qu'on regrette Daniel Bayliss.

DETECTIVE COMICS #1096 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Après avoir sauvé Scarlett Scott de l'explosion de son bureau, Batman porte secours au Dr. Bridget Foster, l'associée de la jeune femme. Celle-ci lui révèle son secret tandis que le reste de la Bat-famille empêche les délinquants juvéniles d'être embarqués...


Tom Taylor conclut son premier arc sur Detective Comics avec cet épisode. Les trois prochains numéros formeront une histoire plus courte, dessinée pour l'occasion par Lee Garbett, avant l'épisode 1 100 que le scénariste a annoncé plein de surprises et d'invités. Mais avant cela, que vaut la conclusion de ce récit ?


Difficile de ne pas trop en dire : alors, faisons simple. On y apprend qui se cache derrière le masque d'Asema et quels sont les mobiles de cette méchante. Mais Taylor ne ferme pas complètement la porte : en effet, il est évident qu'il y aura une suite car Asema, si elle agissait pour des motifs personnels, faisait aussi partie d'un plan plus vaste pour une organisation secrète.


Mine de rien, le scénariste a fait preuve d'une vraie ambition, il s'est approprié la série sans peur, en osant même y intégrer une retcon sur les origines de Batman, ou du moins de l'assassin des parents de Bruce Wayne. Une initiative assez audacieuse, mais vraiment bien exécutée, sans qu'elle suscite la controverse, enrichissant même la mythologie du héros.


On a senti tout au long de ces épisodes une volonté de la part de Taylor de vraiment apporter quelque chose en plus et pas simplement d'écrire une énième histoire de Batman. Il a dosé ses effets et su embarquer le lecteur dans son intrigue en ménageant jusqu'au bout le suspense et la révélation de l'identité d'Asema. Franchement, on est cueilli.

Alors, bien entendu, Taylor joue beaucoup avec ce que les personnages se cachent les uns aux autres, ce qu'ils apprennent les uns sur les autres. Mais je le répète, c'est habilement fait, avec assez de subtilité pour ne pas taxer Taylor de facilité. C'est à mon sens ce qui rend son run prometteur quand, sur Nightwing, il se montrait plus inégal.

Nightwing, même si j'ignore si c'était conscient ou pas, empruntait énormément à des séries comme Hawkeye par Matt Fraction et David Aja (jusqu'au chien handicapé), et le graphisme aérien de Bruno Redondo faisait, lui, penser à ce que Chris Samnee accomplissait sur Daredevil de Mark Waid. Mais sur Detective Comics, Tom Taylor a su éviter ces écueils.

La contribution visuelle de Mikel Janin y est pour beaucoup également : l'espagnol est désormais un artiste expérimenté, familier de l'univers de la chauve-souris, et son style est à la fois suffisamment affirmé et personnel pour qu'on ne soit pas tenté de le comparer avec ceux d'autres artistes. Sa manière découper, ses compositions, son trait même ne trahissent aucune référence encombrante.

Et, sans vouloir déprécier la qualité du personnage de Nightwing et de sa série, Batman est un héros qui exige davantage de ses auteurs et artistes. Il faut à la fois respecter son aspect iconique et se l'approprier, lui donner une identité propre. Janin est capable de ça après l'avoir longtemps animé quand il travaillait avec Tom King.

Pour ce numéro, Janin est encore soutenu à l'encrage, sur la moitié de l'épisode, par Norm Rapmund à l'encrage. J'ai trouvé que sur ce point c'était moins gênant que le mois dernier, même si Rapmund a toujours la main trop lourde et ajoute des fioritures inutiles au trait si élégant et fin de Janin. Par ailleurs ce dernier a repris la main sur la colorisation, ce qui est appréciable.

En conclusion, Detective Comics approche d'une nouvelle numérotation historique avec vigueur. Tom Taylor a de bonnes idées, bien appliquées, et dispose avec Janin d'un partenaire à même de valoriser ses scripts. De quoi attendre avec curiosité la relance en Septembre de Batman, par Matt Fraction et Jorge Jimenez...