vendredi 14 mars 2025

GUARDIANS OF THE GALAXY, VOLUME 2 : GROOTRISE (Jackson Lanzing & Collin Kelly / Kev Walker, Alex Lins)

ATTENTION !
Ce qui suit contient des spoilers.
Assurez-vous d'avoir lu le volume 1 avant d'aller plus loin.


GUARDIANS OF THE GALAXY, VOLUME 2 : GROOTRISE
(Guardians of the Galaxy #6-10 + Annual 2024)


Les Gardiens de la galaxie sont morts, consumés par le Grootfall. Tandis qu'ils accèdent à nouveau stade de leur existence, intégrés à la flore de cette entité, ils se souviennent des événements survenus un an auparavant quand Nebula intégra leur équipe et leur signala une anomalie dans les Territoires Manifold.
 

Groot y trouva la première des Flora Colossi qui le transforma en Grootfall, une nuée d'astéroïdes non pas pour détruire des mondes mais pour les absorber et attendre une nouvelle floraison qui donnerait naissance à une nouvelle galaxie... Aujourd'hui, à leur tour informés, Wiccan et son mari, l'empereur des kree et des skrulls, Hulkling, viennent explorer ce Grootspace.
 

De retour devant le conseil galactique, Hulkling explique que les Gardiens de la galaxie sont devenus partie intégrante du Grootspace pour éviter qu'on le ne détruise. Mais l'impératrice de Spartax, Victoria, demi-soeur de Star-Lord, entend bien se débarrasser de ce qu'elle considère comme une menace.


Lorsque l'armada de Spartax approche du Grootspace, Mantis entraîne Gamora sur Terre afin d'y récupérer la pierre de l'âme pour que Drax recouvre son esprit guerrier en vue de la bataille. La confrontation est inévitable et un des Gardiens n'en sortira pas vivant...


Ce second volume conclut le run, très bref, de Collin Kelly et Jackson Lanzing sur le titre. Comme je le disais dans ma critique du tome 1, on peut se demander pourquoi les deux auteurs et Marvel n'ont pas poursuivi l'aventure. Soit les auteurs ont dit tout ce qu'ils avaient à dire, ce qui n'est pas impossible puisqu'ils sont familiers des mini-séries. Soit Marvel a été déçu par les ventes et a abrégé leur run.
 

Toutefois est-il que depuis l'éditeur a cessé de publier de nouveaux épisodes des Gardiens de la Galaxie et rien n'est au programme pour un retour imminent. Je le regrette parce que, bien que n'étant pas un gros client de titres cosmiques, j'ai apprécié cette série depuis que Brian Michael Bendis l'écrivait et ensuite je n'ai raté ni les prestations de Donny Cates et Al Ewing, malgré leurs différences.

Mais peut-être aura-t-on droit à une apparition des Gardiens d'ici peu puisque, cet été, Jonathan Hickman va signer un event cosmique, Imperial, dans lequel on est déjà certain de trouver au moins Star-Lord (voir l'image promotionnel en fin d'article)... Et qui promet de bouleverser l'ordre des choses sur le plan galactique de l'univers Marvel.

En attendant, ce second tome se compose comme le premier de cinq épisodes plus l'Annual 2024. Au passage, ce dernier est une curiosité : d'habitude un Annual est un épisode plus volumineux (trente pages ou plus) détaché de l'histoire en cours, alors qu'ici il tient en 25 pages et conclut le récit.

A la fin du tome 1, les Gardiens semblaient mourir dans un dernier combat suicidaire contre le Grootfall. On découvre qu'ils ont survécu... En quelque sorte. Car en fait ils ont été absorbés par la créature et font désormais partie intégralement de sa flore et de sa flore, c'est-à-dire qu'ils sont en bois mais toujours doués de la parole, conscients de leur état et investis d'une mission : protéger ce qui est le Grootspace.

Wiccan et Hulkling vont à la rencontre de cette entité qui dérive dans le cosmos sans plus rien dévaster et découvrent ce que sont devenus leurs amis. Quand Hulkling, empereur des kree et des skrulls, renseigne le conseil galactique, tous sont d'accord pour en rester là, sauf l'impératrice de Spartax, Victoria, la demi-soeur de Peter Quill. Star Lord, qui veut annihiler le Grootspace pour venger les morts.

L'issue de l'histoire devient très prévisible et, en dehors d'un épisode (le #9) où on suit Mantis et Gamora sur Terre où elle récupère la pierre de l'âme pour que Drax redevienne le destructeur en vue de la bataille, Lanzing et Kelly ne font aucun effort pour surprendre le lecteur. Les deux scénaristes expliquent détail les origines de la Flora Colossi, en impliquant des Doyens de l'univers, mais sans que cela ajoute quoi que ce soit à la conclusion.

On peut légitimement être déçu par ce dénouement, comme si les deux auteurs avaient grillé l'essentiel de leurs cartouches et n'avaient pas voulu ou pu aller plus loin en bouleversant le destin des Gardiens de la galaxie. Ils sacrifient même au cliché de tuer un personnage de l'équipe : la scène ne manque pas de panache, mais le fan, blasé, doute que ce décès soit définitif.

Reste la partie graphique. Alex Lins, remarqué récemment sur la mini-série Plastic Man no more ! chez DC, signe l'épisode 6 avec brio. Son découpage très inventif couplé à une narration elle-même audacieuse et émouvante aboutit au meilleur numéro de ce volume. Il explore la culpabilité des Gardiens tout en dévoilant ce qui s'est passé un an auparavant. Lins est vraiment un talent à suivre  de près, même si son style peut en rebuter certains.

En tout cas, il opère une transition parfaite avec Kev Walker qui revient dès le #7 et se déchaîne toujours autant. L'artiste est bien le seul ici à rester motivé pour rendre ce récit aussi fou, puissant et épique qu'on est en droit de l'attendre. Ses planches ont cette énergie à la Kirby sans jamais chercher à singer le king of comics et je suis heureux qu'il ait eu l'occasion d'exercer son talent sur ces personnages et leur univers.

On sort de ces 10 épisodes avec de la frustration. L'ensemble se tient, mais aboutit à une fin convenue et expédiée. Reste des images intenses. Et un rendez-vous en Juin pour Imperial... 

jeudi 13 mars 2025

GUARDIANS OF THE GALAXY, VOLUME 1 : GROOTFALL (Jackson Lanzing & Collin Kelly / Kev Walker)


GUARDIANS OF THE GALAXY, VOLUME 1 : GROOTFALL
(Guardians of the Galaxy #1-5)


Les Gardiens de la la galaxie étaient devenus une équipe très fournie défendant tout l'univers. Un an s'est écoulé depuis et il ne sont plus que cinq : Star-Lord, Drax, Gamorra, Nebula et Mantis. Quid de Rocket Raccoon ? Et de Groot ? Ce dernier a subi une transformation dramatique en muant en une horde d'astéroïdes qui dévaste tout sur son passage : le Grootfall.
 

Alors qu'un de ces monstres va percuter les territoires Manifold aux confins de l'espace connu, les Gardiens se rendent sur place pour tenter d'évacuer ceux qui s'y trouvent. Problème : deux peuples, les Secteurs Unis et les Caps Blancsn s'y livrent une guerre sans merci pour la possession du Mysterium, un métal aux propriétés uniques. Et aucun ne veut partir malgré le risque
 

Nebula tente de résoudre l'affaire en volant le Mysterium aux mains des Caps Blancs, mais sans succès. Star-Lord a reçu entre temps une invitation pour une chasse sur la planète de son père et de sa demi-soeur. Il y emmène Drax dans l'espoir d'y trouver un des Groot. Avant que les chasseurs spartoi ne le détruisent, la créature demande à Star-Lord de réunir l'équipe, donc de ramener Rocket Raccoon.
 

Rocket est devenu le shérif sur la planète Refuge, qui sert comme son nom l'indique d'abri pour tous les rescapés du Grootfall. Mais un culte s'y installe, croyant que le monstre va en vérité purifier ce monde. Rocket tente de repousser le Grootfall, en vain mais il est sauvé par les Gardiens qui lui expliquent l'évolution de la situation...


Deux ans près la fin du run de Al Ewing, Marvel décide de confier le destin des Gardiens de la galaxie au duo Jackson Lanzing-Collin Kelly. Il est évident que l'éditeur ne compte plus trop sur ces personnages puisque leur trilogie au cinéma vient de s'achever. Mais sait-on jamais ? Une nouvelle histoire pourrait séduire les lecteurs et justifier la publication d'une nouvelle ongoing.

Al Ewing a terminé sa prestation avec une formation très élargie des Gardiens, plus proche de la Légion des Super-Héros de DC que de ses incarnations précédentes. En vérité, ils sont devenus les Avengers de l'univers, qui était d'ailleurs le projet initié par Bendis (non pas en termes de volume mais pour les rendre aussi attractifs commercialement).

Lorsque Lanzing et Kelly débutent leur récit, un an s'est écoulé depuis la dernière aventure contée par Ewing et l'équipe apparaît décimée. Il n'en reste plus que cinq membres actifs et dans un sale état psychologique : Star-Lord est hanté par la mort de plusieurs de ses camarades, Gamora est devenue alcoolique, Drax refuse de se battre, Mantis semble avoir perdu la raison. Seule Nebula paraît tenir le coup, ayant intégré la bande juste avant la tragédie qui l'a frappée...

Mais de quelle tragédie est-il question ? Groot est devenu un monstre, une nuée d'astéroïdes qui dévaste tout sur son passage, détruit des planètes encore plus rapidement que Galactus : c'est le Grootfall. Lanzing et Kelly vont faire durer le plaisir en ne révélant pas comment le gentil Groot s'est ainsi transformé avant le second tome.

Car, de fait, le run des deux auteurs sera effectivement bref. Est-ce parce que les ventes n'ont pas été à la hauteur ? Ou parce que les scénaristes n'avaient que cette histoire à raconter ? Sans doute un peu des deux puisque Lanzing et Kelly apprécient les histoires avec une fin, ils ne s'installent jamais très longtemps sur une série. Et peut-être que les fans n'ont pas apprécié l'intrigue.

Pour ma part, ce premier tome m'a séduit, tandis que le suivant m'a paru vouloir défaire ce qu'il avait posé comme si les auteurs avaient dû ranger leurs jouets afin que leurs successeurs n'aient pas à tout reprendre. Sauf que depuis ces dix épisodes et un Annual, Marvel n'a pas relancé de série Guardians of the Galaxy, les personnages sont comme tombés aux oubliettes et on ne voit pas qui les en sortira.

Etrange destin pour des héros qui ont connu un regain de popularité inouï depuis les runs de Dan Abnett et Andy Lanning et plus encore grâce à Brian Michael Bendis (qui a établi l'équipe telle qu'on l'a connu dans les films du MCU), puis Donny Cates et Al Ewing - autant de grands noms pour des prestations certes inégales mais au succès indéniable.

Lanzing et Kelly se les réapproprient brillamment dans une esthétique qui emprunte à la fois au space opera (normal) mais aussi au western (comme en témoigne le look de Star-Lord ou de Mantis) et à l'heroic fantasy (voir le look de Drax). Contre toute attente, ce mélange des genres fonctionne parfaitement et le mystère autour de Groot s'avère accrocheur tout ses ravages spectaculaires.

Les deux auteurs soignent également l'aspect psychologique en montrant des Gardiens cassés, brisés, ce qui avait été peu traité avant mais qui est intéressant quand on sait toutes les épreuves qu'ils ont endurés (ce sont tous des vétérans, ayant servi dans des guerres cosmiques). C'est certes moins fun mais digne d'intérêt.

En prime, la série est dessinée par Kev Walker. Un artiste que j'ai mis longtemps à apprécier mais qui est taillé pour ce job. Son imagination est sans limites et il a le sens de la démesure requise. Avec lui, on accède à des mondes et des peuplades bizarroïdes et on s'éloigne de tout réalisme classique, ce qui colle avec les Gardiens de la galaxie.

Son découpage comme son trait est brut de décoffrage, avec une ampleur, une générosité dans les détails et en même temps quelque chose d'un peu frustre. Walker ne flatte pas particulièrement le physique des personnages, y compris féminins, mais justement cela fait ressortir leur côté freaks, outsiders, et c'est raccord.

Moi qui ai longtemps espéré que Chris Bachalo dessine la série (ce qui ne risque plus d'arriver puisque, hélas ! il ne fait quasiment plus rien), avec Kev Walker, on s'en rapproche dans le baroque. En outre, sur ces épisodes, on profite de sublimes couvertures de Marco Checchetto, ce qui ne gâche rien (et qui donnerait envie de voir l'italien à l'oeuvre sur les pages intérieures d'un tel titre, mais là aussi, ce n'est absolument pas prévu).

Ces cinq premiers numéros sont très prometteurs et réussis. Et je ne tarderai pas à vous parler de la suite (et fin) de ce run... So, stay tuned !

mercredi 12 mars 2025

THE AVENGERS BY JED MACKAY, VOLUME 4 : STORM (Jed MacKay / Valerio Schiti, Farid Karami)

ATTENTION ! 
Ce qui suit comporte des spoilers.
Assurez-vous d'avoir lu Blood Hunt avant d'aller plus loin.
Par ailleurs, ce tome 4 sera disponible en Mai prochain en vo.


THE AVENGERS, VOLUME 4 : STORM
(The Avengers #17-23)


Captain Marvel estime que l'équipe a failli, notamment vis-à-vis de leurs amis mutants dont le refuge, Krakoa, n'est plus. Captain America (Sam Wilson) aborde Tornade pour qu'elle intègre les Avengers. Cependant, Hyperion fonce droit sur la Terre, furieux d'avoir été abusé par Mephisto qui avait fait de lui et de l'Escadron de Justice d'Amérique les seuls héros...


Ce quatrième tome de Avengers par Jed MacKay contient les derniers épisodes parus à ce jour. Nous voici donc à jour avec la série. Visiblement, le scénariste a trouvé, après l'event Blood Hunt qu'il a également rédigé, un nouveau rythme de croisière où il ne construit pas des arcs classiques en cinq-six numéros mais plutôt en une suite d'histoires plus courtes.

C'est ce qui se passe ici avec d'abord un récit en deux parties où les Avengers dressent le bilan de leurs actions, en particulier après la chute de Krakoa et les événements relatifs à Blood Hunt. Captain Marvel estime qu'ils ont failli à sauver les mutants et à prévenir l'attaque de Varnae, même si Black Panther pense qu'ils ont évité le pire.

Sam Wilson se propose de convaincre Ororo Munroe/Tornade d'entrer dans l'équipe. Mais pendant ce temps une nouvelle menace apparaît. Jed MacKay va faire référence à ce qui s'est passé dans le run de Jason Aaron et notamment à son event Heroes Reborn au cours duquel Mephisto avait manipulé la réalité, faisant oublier aux Avengers qu'ils étaient des héros et leur substituant l'Escadron Suprême d'Amérique.

Au terme de cette saga, les membres du Squadron Supreme découvraient qu'ils avaient été manipulés et se séparaient. Doctor Spectrum était tué par Power Princess qui lui volait son prisme avec l'aide de Blur tandis que Hyperion subissait un lavage de cerveau de la part de la Veuve Rouge, membre de la Garde d'Hiver russe. Désillusionné, celui-ci finissait par quitter la Terre.

On le retrouve dans cette histoire décidé à détruire notre monde, estimant qu'il avait été trahi par Mephisto mais aussi par les Avengers. Ceux-ci sont incapables de l'arrêter frontalement sans le tuer. Grâce au renfort de Tornade et de Kid Omega (Quentin Quire) mais aussi de Doctor Strange, ils vont tenter le tout pour le tout...

Le pitch est donc extrêmement simple mais très efficace. La résolution du problème ne passe pas par un affrontement et MacKay fait preuve d'ingéniosité pour ne pas tuer Hypérion mais lui donner une nouvelle mission. Par ailleurs, il incorpore Tornade de manière très fluide tout en sortant Thor, en s'appuyant sur ce qui arrive au fils d'Odin dans la série The Immortal Thor (où, accusé de meurtre sur Terre, il doit se retirer sur Asgard pour se sortir de ce mauvais pas).

Surtout ces deux épisodes bénéficient enfin d'un dessinateur digne de la série avec l'arrivée de Valerio Schiti, qui venait alors d'achever la mini-série G.O.D.S. écrite par Jonathan Hickman. L'italien est annoncé comme le nouvel artiste régulier mais il n'en sera rien puisqu'il signera que trois épisodes en tout et pour tout - et ne reviendra pas puisqu'en Juillet il fera équipe avec Chip Zdarsky sur la relance de Captain America.

En tout cas, Schiti signe des planches superbes, même si on le sent un peu en deçà de ce qu'i produit habituellement, sans doute parce qu'il n'a pas bénéficié de repos après la fin de GODS. Mais il est certain qu'on est à un tout autre niveau qu'avec Villa, Fiorelli et Mortarino. Le découpage est plus structuré, les compositions plus amples, les personnages mieux animés.
  

Après avoir dupé Doctor Strange, Doctor Fatalis est devenu le nouveau sorcier suprême et il ne tarde pas à contacter les Avengers pour leur proposer une alliance afin de sécuriser le monde. Mais les héros refusent l'offre, estimant que le souverain de Latvérie règnera en despote.


De son côté, Black Panther est en mission : Meridian Diadem, une des membres du Cartel des Cendres, détient en elle plusieurs mondes au sein d'un tesseract. T'Challa veut s'assurer que les créatures dans cet espace vont bien et éventuellement les libérer. Il découvre rapidement que plusieurs factions s'opposent et mène la révolte d'esclaves pris entre deux feux...

A nouveau, Jed MacKay développe une histoire en deux parties, mais cette fois bien distinctes. La première traite des conséquences immédiates de Blood Hunt où, SPOILER, Dr. Fatalis est donc devenu le nouveau sorcier suprême en lieu et place de Stephen Strange qu'il a berné en lui dérobant l'oeil d'Agamotto notamment.

Comme je l'ai expliqué dans ma critique du tome 3, Blood Hunt est un event qui a surtout servi à préparer le suivant, One World Under Doom, actuellement en cours de parution aux USA. L'argument rappelle étrangement Fatalis Imperator (Avengers : Emperor Doom en vo), un récit complet écrit par David Michelinie sur une idée de Jim Shooter et Mark Gruenwald en 1985, où Victor Von Doom devenait maître du monde grâce à l'Homme Pourpre.

J'ai décidé de zapper One World Under Doom parce que je suis las de ces events Marvel qui promettent beaucoup mais finissent en eau de boudin. Toutefois, même sans le lire, le simple fait que Fatalis soit aux commandes suffit à instaurer un malaise puissant qui ne peut que questionner les Avengers car il a parfois réussi de bonnes choses dans une telle position.

Pourtant MacKay est obligé de composer avec un argument qui n'est pas le sien (l'event étant écrit par Ryan North) et il se contente du minimum syndical. L'opposition des Avengers est inévitable et vite expédiée, comme si c'était une formalité. C'est un peu dommage mais prévisible.

En revanche, l'épisode avec Black Panther est plus convaincant. L'ex leader des Avengers, durant le run de Jason Aaron, est propulsé dans un récit qui fait penser à Spartacus ou Gladiator, plus proche de l'heroic fantasy que du super-héros. Et, après Schiti, la série accueille son véritable nouvel artiste régulier avec Farid Karami.

N'ayons pas peur de dire que c'est une vraie révélation : je ne connaissais pas cet artiste dont le style fait beaucoup penser à celui de Phil Jimenez, mais qui s'avère très costaud. Son trait est réaliste et très détaillé, avec des décors très fouillés, et des personnages très physiques. En deux épisodes, il en impose et s'empare du poste avec autorité, comme si c'était naturel pour lui.

Inutile d'ajouter qu'après les prestations de CF VIlla, Ivan Fiorelli et Francesco Mortarino, on change de dimension, de qualité. Sacrée bonne pioche !


Suite à ses remords vis-à-vis du sort des mutants, Captain Marvel et les Avengers rendent visite aux X-Men de Cyclope, basés en Alaska. Après une partie de base-ball, les héros des deux formations échangent sur ce qu'ils ont traversé récemment pendant que Cyclope et Captain Marvel nouent une alliance en vue de crises futures inéluctables...

Valerio Schiti est de retour au dessin pour cet épisode en forme de parenthèse qui permet à Jed MacKay de réunir les deux équipes qu'il écrit, puisqu'il est également devenu le scénariste de X-Men depuis la relance post-Krakoa. Cependant, si comme moi vous ne suivez pas ce titre, n'ayez crainte, vous ne serez pas perdus.

Il suffit juste de savoir que, après la chute de Krakoa, les mutants se sont dispersés à travers les Etats-Unis. Forge est à la tête d'une nouvelle X-Force pro-active, Havok commande X-Factor, Malicia dirige les Uncanny X-Men en Lousiane, et donc Scott Summers a convaincu le Fauve, Temper, Kid Oméga, Psylocke, Magik, le Fléau et Magneto de s'installer en Alaska, avec quelques autres.

Le fait que Tornade ait refusé de rejoindre Cyclope ou Malicia notamment n'a cependant pas créé de tensions, elle devient de facto une sorte d'agent de liaison entre les X-Men et les Avengers, au sein desquels elle remplace Thor. MacKay met en scène des échanges savoureux sur les machines (Vision vs Kid Omega), les mutants et les humains (Magneto), l'émancipation (Temper et Tornade)...

Schiti fait vivre visuellement ces scènes dialoguées avec beaucoup de talent, sans jamais que le lecteur ne s'ennuie, grâce à l'expressivité des personnages, mais aussi la diversité des compositions, des valeurs de plans. Du boulot de pro, comme seul un artiste de cette trempe réussit à l'accomplir.

Finalement, l'apaisement entre héros et mutants est parachevé par la conversation finale entre Scott et Carol et devrait avoir des répercussions dans le futur (sans doute pour le dénouement de One World under Doom et même ensuite).


Scarlet Witch révèle à ses co-équipiers que des informations concernant l'Instant Manquant vont être mises aux enchères, mais le prix à payer est au-delà de ce que les Avengers peuvent se permettre. Et comme Kang prévoit sûrement de le faire, il faudra donc les voler avant qu'elles soient achetées. Kang, justement, s'adresse à une experte pour ce genre de job : Black Cat. Laquelle a une exigence : faire équipe avec son père, Walter Hardy, pourtant décédé...


Ce que tout le monde ignore, c'est qu'en coulisses le Grand Maître et Myrdinn veulent en profiter pour doubler Kang et les Avengers. Mais c'est bien connu, les chat(te)s noir(e)s portent la poisse...

Ce tome, déjà bien consistant, s'achève donc par une nouvelle paire d'épisodes et un cliffhanger. On mesure bien à quel point, maintenant, Jed MacKay a pris les commandes de la série en lui imprimant un rythme plus personnel, une construction moins classique, tout en revenant à son intrigue de départ avec le retour de Kang et de Myrdinn.

Le scénariste en profite pour intégrer à son histoire Black Cat dont il a écrit les aventures de 2019 à 2021. Et il ne s'agit pas d'un petit plaisir égoïste : Felicia Hardy a un rôle majeur dans l'intrigue qui prend la forme d'un braquage cosmique. Le résultat est irrésistible, malicieux et punchy. Il a fallu être patient mais ce nouveau cru d'Avengers est maintenant sur orbite.

Il me semble surtout que cette construction, presque policière, appliquée à Avengers n'est pas courante, voire inédite, et ça donne à la série une fraîcheur bienvenue. La manière dont MacKay raconte la mise en place du braquage puis les difficultés inattendues auxquelles les héros vont faire face, notamment quand Tony Stark apprend que Felicia Hardy est impliquée, est particulièrement savoureuse.

Farid Karami revient au dessin et confirme qu'il est une valeur sûre. Ses planches sont impressionnantes de maîtrise et regorgent de détails sans jamais perdre en clarté. Qu'il s'agisse de scènes de dialogues ou d'action, il est à son aise dans tous les registres, généreux dans l'effort. Et puis il faut avouer qu'il dessine Black Cat merveilleusement, au maximum de sa séduction.

Jed MacKay a fini, patiemment, par imprimer sa marque et désormais il peut s'appuyer sur un artiste de haute volée (même s'il faudra surveiller si Karami tient le rythme et qui le suppléera inévitablement). Evidemment, ça a nécessité de se taper des arcs pas terribles, avec des dessins très moyens, mais qu'il était impossible de zapper pour en arriver là. A suivre donc...

mardi 11 mars 2025

THE AVENGERS BY JED MACKAY, VOLUME 3 : BLOOD HUNT (Jed MacKay / Francesco Mortarino, C.F. VIlla)


THE AVENGERS, VOLUME 3 : BLOOD HUNT
(The Avengers #12-16)


- Fall of the House of X. - Parce que Tony Stark s'est fait voler sa technologie par Feilong à la solde de l'organisation Orchis qui a mis fin à la nation mutante de Krakoa, il demande aux Avengers leur aide pour se venger mais aussi pour protéger les mutants persécutés et détenus dans des centres. Orchis a toutefois deux atouts dans sa manche : 3-D Man, un ancien Avenger, et des Sentinelles...


Ce troisième tome de Avengers est entièrement composé d'épisodes tie-in à deux events Marvel : dans un premier temps, deux numéros rattachés à Fall of the House of X, une des deux mini-séries (avec Rise of the Powers of X) qui a conclu la période Krakoa des X-Men initiée en 2019 ; et dans un second temps, trois chapitres rattachés à Blood Hunt.

Je vais donc passer en revue de manière distinctes ces deux récits, en commençant par les tie-in à Fall of the House of X. Pour rappel, durant la période Krakoa, les mutants ont pour ennemi une organisation, Orchis, constituée par des opposants à leur race, issus de diverses factions (Hydra, A.I.M., S.T.R.I.K.E., H.A.M.M.E.R., S.W.O.R.D., S.H.I.E.L.D., Alpha Flight et le soutien de la C.I.A., du F.B.I., du Mossad, du F.S.B.).

Tous ces braves gens se liguent contre les mutants qui, en échange de la reconnaissance de leur Etat souverain, fournissent une médecine révolutionnaire aux pays alliés et offrent un refuge à leur peuple mais également nouent des partenariats avec des puissances extraterrestres. Chaque année, les mutants célèbrent leur union sur l'île de Krakoa à l'occasion du gala de club des damnés (Hellfire Gala).

Mais le troisième et dernier gala donne lieu à un massacre perpétré par Orchis qui, entre temps, a convaincu les alliés des mutants de leurs ambitions hégémoniques et des dangers de leur médecine. Une majorité de mutants est exilée dans l'espace, une autre dans la dimension du Phénix, et quelques résistants se cachent en attendant de se venger.

Tony Stark, notamment, aide les mutants mais cela va lui coûter cher : sa compagnie est rachetée par un milliardaire, Feilong, à la solde d'Orchis, qui détourne sa technologie pour construire de nouvelles Sentinelles. Tony va alors se rapprocher d'Emma Frost (et même l'épouser !), se sentant aussi persécuté que les mutants.

Voyant qu'il ne peut renverser la situation seul, il n'a aucun mal à convaincre les Avengers de les soutenir, lui et les mutants. C'est ce que Jed MacKay va montrer dans deux épisodes. L'essentiel repose alors sur des assauts ciblés et dévastateurs sur les infrastructures d'Orchis (notamment les sites de construction des Sentinelles) et sur la libération de mutants dans des camps pour les abriter dans la Cité Impossible.

A cette occasion, Iron Man s'est conçu une armure en Mysterium, un métal découvert par les mutants de la station SWORD, que Pepe Larraz a designé (et qui est aussi moche que la précédente qu'il portait depuis le début du run). MacKay va vite et se montre efficace à défaut d'être très inspiré. On aurait aimé qu'il concentre son récit sur Iron Man et montre davantage l'alliance entre Avengers et X-Men, même s'il y reviendra ensuite.

Mais l'un dans l'autre, ces tie-in sont d'une qualité bien supérieure à ce qu'on a lu depuis un an sur la série. MacKay abandonne son intrigue avec Kang, le Cercle du Crépuscule, l'Instant Manquant, c'est très récréatif et, pour le coup, on renoue avec des Avengers davantage dans l'opposition à des ennemis bien identifiés, qu'on adore détester.

Au dessin, Francesco Mortarino surprend lui aussi positivement. Il donne tout ce qu'il a et s'en sort mieux que bien. Les scènes d'action sont très réussies, avec beaucoup de grand spectacle, des moments mémorables, beaucoup de punch. Le découpage est clair, direct. Tout juste peut-on trouver à redire sur les visages des personnages aux expressions parfois maladroites ou grimaçantes.
 

- Blood Hunt. - La Force Obscure a été retirée de héros et vilains qui en tiraient leurs pouvoirs et une nuit noire s'abat sur le monde, qui favorise une attaque des vampires orchestrée par Varnae. Les super-héros se mobilisent, en particulier les Avengers pour contrecarrer les plans de ce méchant qui a pris possession d'un ancien membre de l'équipe. Mais Captain Marvel a sollicité des réservistes pour protéger les civils : Captain America (Steve Rogers) s'entoure donc de Hercule, Kate Bishop, Hazmat, et Quicksilver...
 

Après les tie-in à Fall of the House of X, le reste de ce troisième tome d'Avengers se compose de trois épisodes rattachés à l'event Blood Hunt. Or celui-ci est également écrit par Jed MacKay. Tandis que le récit principal met en scène l'équipe qu'il a animé jusqu'à présent, dans ces trois chapitres il met en scène une sorte de groupe de réservistes de luxe.


Quand on pense que dans les années 2010, il existait une multitude de titres Avengers (adjectiveless, New, Secret, Young, Academy, etc.) et que, même durant le run de Jason Aaron, sur la fin, paraissait Avengers Forever, on mesure bien le fossé avec aujourd'hui où Marvel préfère mettre l'accent sur la franchise X-Men.

C'est évidemment tout sauf un hasard : d'abord parce que les mutants vont sûrement bientôt faire leur apparition dans le MCU, mais aussi (surtout) parce que Tom Brevoort a lâché son poste d'editor d'Avengers pour s'occuper des mutants (où il applique les recettes éprouvées justement dans la décennie précédente sur les Avengers en multipliant les spin-off).

Néanmoins, quand il s'agit d'orchestrer les events, Marvel continue de s'appuyer sur les Avengers, toujours présents en première ou en deuxième ligne sur le front. Dans le cas de Blood Hunt, cependant, le cas est un peu atypique car s'il s'agit bien d'un event, il est très bref (cinq épisodes) et a surtout servi à préparer le terrain pour l'event suivant, One World Under Doom, actuellement en cours de parution.

Jed MacKay, aux commandes de Blood Hunt, ça veut dire qu'il a gagné la confiance de son éditeur qui croit assez en lui pour écrire un des ces récits fédérateurs. Pourtant, pour ma part, j'ai trouvé l'histoire peu captivante, avec ces vampires, sa nuit noire, et justement son statut intermédiaire. En revanche, MacKay se montre curieusement plus divertissant sur les n° tie-in d'Avengers.

D'abord il ne montre à aucun moment les Avengers dirigés par Carol Danvers et il choisit une équipe B à la formation improbable mais jubilatoire, des personnages qu'on ne voit plus guère ou en tout cas pas/plus assez, autour de Steve Rogers.

Et c'est un vrai plaisir de lecture : j'adore Hercule, Kate Bishop, Quicksilver et Hazmat, et leur association fonctionne du feu de dieu. Le rythme est infernal, on ne s'ennuie pas une seconde, c'est bourré d'action, plein d'humour, et le méchant de service (Baron Blood) est savoureux à souhait. MacKay s'amuse et c'est communicatif. Pour un peu, on a l'impression qu'il prend davantage son pied avec ces personnages-là qu'avec son équipe all-star.

Et, un bonheur ne venant jamais seul, même C.F. Villa montre son meilleur visage ! Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de dire qu'il est soudainement devenu excellent, mais ce sont, de très loin, ses meilleurs épisodes. Lui aussi se lâche et on sent que ces personnages lui plaisent, que cette histoire débridée et rapide le motive.

C'est donc une série B, à tous points de vue, mais faite par des gens qui ont le niveau pour ça. Je ne crois pas que MacKay soit un scénariste de première classe : qu'il soit très imaginatif et productif fait que Marvel lui donne beaucoup de boulot (sans doute trop, c'est le péché de l'éditeur qui, quand il trouve ce genre d'auteur, s'appuie à fond dessus, quitte à le griller).

Je ne pense pas non plus que les team books soient son terrain de prédilection (c'est évident quand on compare avec ce qu'il réussit sur Moon Knight, Doctor Strange). Et CF Villa est un dessinateur qui n'a absolument pas les épaules pour assumer un titre aussi exposé et exigeant. Mais débarrassés du poids écrasant d'Avengers habituellement, alors, là, ça donne trois épisodes du tonnerre.

Villa fait ses adieux au titre sur une bonne note. Et MacKay, lui, repart, reboosté. La suite prouvera en effet que l'exercice ingrat du tie-in a débloqué quelque chose chez lui. Et désormais il va pouvoir compter sur des artistes bien meilleurs...

THE AVENGERS BY JED MACKAY, VOLUME 2 : TWILIGHT DREAMING (Jed MacKay / C.F. Villa, Francesco Mortarino, Ivan Fiorelli)


THE AVENGERS, VOLUME 2 : TWILIGHT DREAMING
(The Avengers #7-11)


Tous les Avengers dans la Cité Impossible sont sous l'emprise de Cauchemar. Seuls Scarlet Witch réussit à s'en échapper et elle retrouve Vision, insensible à cette attaque psychique mais qui la prévient que la Cour du Crépuscule a investi le bâtiment pour qu'on leur livre Kang.


Scarlet Witch et Vision tentent d'affronter Lancelot, Galehaut, Parsifal, Artur, Bedivere, Mordred et Bercilak mais ils sont surclassés. Cependant, les autres Avengers questionnent Cauchemar pour savoir à quel prix il les libérera et accède à sa demande. Une bataille s'engage ensuite entre le Cercle et les héros réunis au terme de laquelle ces derniers prennent l'avantage mais réalisent qu'il s'agit d'une nouvelle ruse.


En effet, pendant ce temps, Myrdinn est au chevet de Kang, non pour l'achever mais pour savoir ce qu'il a appris au sujet de l'Instant Manquant qui donnera à celui qui le retrouvera le contrôle du temps. Réalisant que son rival en est au même point que lui, Myrdinn fait en sorte de l'handicaper mentalement. Kang, furieux que les Avengers aient failli, s'éclipse...


Ce deuxième tome d'Avengers est peu ou prou de la même facture que le premier. Il conclut quasiment la première année du run de Jed MacKay comme scénariste des Avengers et on peut surtout mesurer à quel point l'auteur a surtout mis ce temps à profit pour installer une intrigue amenée à durer, même si les mois suivant cet arc il investira d'autres pistes.


Le début du récit est déstabilisant, mais dans le bon sens du terme : on trouve des Avengers défaits dans un décor apocalyptique et Vision a laissé la vie face au Presbytre Noir, un monstre gigantesque... En vérité, il s'agit d'un leurre car les héros sont prisonniers de la dimension de Cauchemar, un vieil ennemi du Doctor Strange.

Logiquement, les deux seuls à échapper à son emprise sont Scarlet Witch qui comprend la situation et Vision qui, étant un androïde, n'est pas atteint pas cette ruse psychique. Mais ce dernier annonce à Wanda Maximoff que la Cité Impossible est prise d'assaut par le Cercle du Crépuscule de Myrdinn - ce même Myrdinn qui a failli tuer Kang et qui est venu terminer le travail.

Passée cette introduction (qui dure quand même un épisode entier), Jed MacKay retombe dans les travers de son premier arc narratif : très vite, les Avengers prisonniers de Cauchemar parviennent à rejoindre Scarlet Witch et Vision et on assiste à une bataille en règle entre eux et les membres du Cercle. Pour les battre, les héros comprennent vite qu'ils doivent les surprendre car leurs pouvoirs semblent correspondre aux leurs.

Mais, là encore, c'est un leurre car Myrdinn, absent de la baston, est déjà au chevet de Kang sans vouloir néanmoins l'achever. Cette répétition du motif est assez habile même si elle aboutit à une petite déception : plutôt que de développer l'improbable alliance qui s'est nouée entre Kang et les Avengers, le scénariste l'abrège quand le conquérant temporel estime que les héros ont failli à le protéger.

On se rend compte que MacKay a dû respecter des consignes éditoriales correspondant au statut de Kang dans le MCU où de vilain majeur il est devenu un poids mort. Autrement dit, il est temps de la sortir, au moins provisoirement, de la partie en cours pour que les Avengers aient à nouveau les mains libres en vue d'autres menaces.

C'est un peu dommage dans la mesure où MacKay, lui, contrairement à Kevin Feige, ne se prenait pas les pieds dans le tapis d'une intrigue exploitant le multivers : son objectif, c'était ce fameux Instant Manquant, la clé pour contrôler le Temps, convoitée par Myrdinn et son Cercle et Kang donc. Mais récemment, l'auteur a pu renouer avec cette histoire et je suis curieux de savoir où il va aller maintenant qu'il a gagné un peu d'indépendance.

L'arc principal couvre les épisodes 7 à 10 et le n°11 est self-contained qui met en scène le retour de Edwin Jarvis qui, invité dans le nouveau QG des Avengers, prépare la Cité Impossible à dorloter ses occupants entre deux batailles. Toutefois, MacKay en profite pour inclure le Penseur Fou qui a élaboré un plan pour visiter quasiment incognito le bâtiment et y glaner de précieuses infos...

C.F. Villa dessine les épisodes 7, 8 et 10 et fait preuve de la même irrégularité que précédemment. On sent qu'il est plein de bonne volonté et qu'il fait son possible pour rendre justice au script et à ses aspects les plus spectaculaires. Mais il s'avère trop juste pour ça, comme en témoigne le combat fictif contre le Presbytre Noir qui manque trop de tenue pour être aussi déchirant qu'espéré.

Francesco Mortarino lui succède sur l'épisode 9. L'artiste évolue dans un registre similaire, avec un trait moins gras, mais sans plus d'éclat. On ne peut que déplorer que Marvel et l'editor de la série (Tom Brevoort assisté de Annalise Bissa) n'aient pas mis sur une telle série un artiste plus expérimenté, plus solide techniquement.

Enfin Ivan Fiorelli fait déjà ses adieux au titre en dessinant le n°11 : il s'en sort mieux que ses collègues même si son style ne paraît pas non plus très adapté aux Avengers. Mais disons qu'il fait plus d'efforts, soignant les décors, le découpage, signant de belles compositions. Il y a là un dynamisme et une substance supérieurs.

On peut déjà dire que cette première "saison" de Avengers par Jed MacKay est quand même décevante. Par rapport au run de Jason Aaron, le scénariste n'a pas le luxe d'artistes vedettes et de talents équivalents à son prédécesseur. Mais il échoue aussi à livrer un récit vraiment palpitant et accrocheur. Toutefois, MacKay a de la ressource et il le prouvera vite...

lundi 10 mars 2025

THE AVENGERS BY JED MACKAY, VOLUME 1 : THE IMPOSSIBLE CITY (Jed MacKay / C.F. Villa, Ivan Fiorelli)

 

THE AVENGERS, VOLUME 1 : THE IMPOSSIBLE CITY
(The Avengers #1-6 + Timeless 2022)


Les membres des Avengers en activité dernièrement ont élu Carol Danvers comme leur nouvelle chef. Elle choisit donc ses recrues : Iron Man, Thor, Black Panther, Captain America (Sam Wilson), Vision et Scarlet Witch. Une alerte au complexe du projet Pégase les conduit à affronter le géant Terminus qui veut voler un réacteur nucléaire.


Tandis que Captain Marvel récupère le réacteur, Scarlet Witch lance un sort pour neutraliser Terminus mais une réaction inattendue se produit, projetant Carol Danvers dans le néant où elle découvre Kang le conquérant gravement blessé. Il la prévient que la Terre court un grand danger à cause du Cercle du Crépuscule qui l'a presque tué et, pour prouver sa bonne foi, il transmet aux Avengers une liste de catastrophes qui menacent un millier de terriens.
 

Kang ayant prouvé sa bonne foi, il est soigné. Mais un nouveau danger approche, encore plus terrible : le Cartel de Cendres, qui asservit les mondes en dévastant leurs métropoles. Tandis que Thor, Vision, Iron Man, Scarlet Witch et Captain Marvel affrontent ce Cartel dans diverses villes, Black Panther et Captain America investissent leur quartier général : une forteresse en orbite géostationnaire.


Alors que les Avengers prennent une raclée et que Black Panther dispose des explosifs dans la forteresse, celle-ci s'adresse à lui et Captain America : c'est une cité vivante, douée de conscience, qui a été dérobée par le Cartel à des héros oubliés et qui est prête à se suicider pour ne plus être complice de leurs massacres...


C'est en lisant The Avengers 17, 18 et 21 et en lisant des critiques sur les épisodes parus depuis que j'ai profité de la générosité d'un ami pour (re)lire les numéros antérieurs de la série désormais écrite par Jed MacKay, dont j'apprécie beaucoup le travail sur Moon Knight. Je dis (re)lire car j'avais découvert ces chapitres au moment de leur parution sans être convaincus...


Mais donc j'ai eu envie de vérifier cette première impression. Est-ce que j'ai complètement changé d'avis ? Non. Mais je pense qu'il y a quand même de bonnes choses et surtout que Jed MacKay a un vrai plan sur le long terme, même s'il doit sûrement beaucoup composer avec des contraintes éditoriales.

Marvel est d'ailleurs réputé pour ça : les editors regardent par-dessus l'épaule des auteurs pour s'assurer qu'ils ne sortent pas des clous, surtout quand il s'agit des séries les plus exposées - grosso modo Amazing Spider-Man, X-Men et The Avengers. Quand un scénariste accepte d'écrire un ou plusieurs de ces titres, il sait qu'il ne va pas avoir les mains libres, ou en tout cas pas tant que les chiffres de vente ne lui donnent raison.

Cet interventionnisme éditorial se vérifie ici dans le casting de l'équipe des Avengers : tous sont des personnages qui ont eu droit à leur film ou leur série Disney +. Et ce n'est que récemment que Jed MacKay a pu commencer à opérer quelques modifications, en s'appuyant sur des mouvements effectués par d'autres auteurs sur d'autres titres ou en en ayant gagné le droit de haute lutte (cela va faire deux ans qu'il écrit la série).

Ensuite se pose une autre difficulté : les Avengers sont l'équipe qui, par définition, se rassemble quand un seul héros ne peut régler un problème, affronter une menace. La série est donc fondée sur des dangers si vastes qu'elle est soumise à une surenchère permanente. C'est pratiquement tous les six mois la fin du monde, voire de l'univers. Qu'inventer de neuf alors ?

La réponse de MacKay se trouve dans son inspiration, plus ou moins assumée, verbalisée : celle du Warren Ellis de The Authority. Si les Avengers sont des super-héros moins radicaux que la super-équipe de Wildstorm, les vilains auxquels ils font face font furieusement penser à ce que Ellis aurait pu imaginer.

Mais MacKay, quand il prend la série en main, doit surtout faire avec un méchant imposé : Kang. En effet, il y a deux ans, le MCU était programmé par Kevin Feige pour que Kang remplace Thanos comme ennemi public numéro un et on devine que cela devait se retrouver également dans les comics. Depuis l'affaire Jonathan Majors (qui a conduit au renvoi du comédien), les échecs de plusieurs films, les choses ont changé...

... Mais MacKay, lui, a démarré une histoire avec Kang et il la développe malgré tout. Peut-être par pur professionnalisme. Peut-être parce qu'il apprécie le personnage (qui était au centre du one-shot Timeless de 2022, sorte de prologue à ses Avengers mais aussi gros teaser pour les comics Marvel).

Le point de départ est donc le suivant : Kang est dans le collimateur d'un certain Myrdinn et de son Cercle du Crépuscule, comme lui à la recherche de l'Instant Manquant. Celui qui en percera le premier le mystère aura les cartes du temps entre les mains. Et, après avoir été poignardé par Myrdinn, Kang demande l'aide des Avengers. Pour les convaincre, il leur permet d'éviter des catastrophes.

Mais placé dans le coma, Kang ne peut les avertir de l'arrivée sur Terre du Cartel des Cendres (Ashen Combine) dont le plaisir est d'asservir des mondes en dévastant des métropoles. L'affrontement entre Avengers et Cartel fournit l'essentiel de l'action de ces six premiers épisodes. C'est spectaculaire, grandiloquent, comme pouvait l'être un arc de The Authority...

... Sauf que le Cartel des Cendres n'a pas le charisme des vilains de Warren Ellis (puis de Mark Millar), ses membres sont affublés de noms et de pouvoirs assez grotesques (Lord Ennui...), et la résolution du conflit passe par un sursaut héroïque assez ridicule et providentielle. On a le sentiment que ces adversaires sont surtout là pour montrer que les Avengers sont des champions qui ne renoncent jamais.

Ce fighting spirit est honorable mais mine le récit par sa naïveté et son dénouement expéditif. Le plus intéressant ? La Cité Impossible qui donne son nom à l'arc narratif, une forteresse immense en orbite au-dessus de la Terre, et douée de raison, soumise par le Cartel, qui va devenir le nouveau QG des Avengers - ce qui est aussi démesuré que le Céleste du run de Jason Aaron... Et qui devance de quelques bons mois le retour de la Tour de Guet dans Justice League Unlimited !

Au dessin, C.F. (pour Carlos Fabian) Villa assure les quatre premiers numéros avant que Ivan Fiorelli ferme le ban sur les épisodes 5 et 6. Le résultat, dans un cas comme dans l'autre, est sans appel, surtout quand on voit que les couvertures de la série ont été confiées à Stuart Immonen : c'est très en-deçà de ce qu'une série pareille exige.

Villa a un trait très énergique mais parfois franchement bâclé : plus le récit avance et les enjeux augmentent, plus les décors deviennent absents et les personnages trop vite croqués. Il exagère les expressions et a recours à un découpage de plus en plus sommaire, avec une surabondance de pleines pages plus ou moins bien composées. On sent clairement qu'il n'arrive pas à tenir le rythme et surtout à s'aligner sur le côté cataclysmique de l'action.

De son côté Fiorelli apparaît plus sûr de lui mais son trait a quelque chose de trop naïf, de trop fin, et son découpage manque d'amplitude. Lui aussi ne paraît jamais en mesure de produire des pages suffisamment spectaculaires comme le réclame une telle histoire. Mais contrairement à Villa, il a le mérite d'être un peu plus flatteur avec les personnages (en même temps il ne dessine que deux épisodes).

Immonen, avec ses seules couvertures, montre ce à quoi tout ça aurait pu ressembler entre les mains d'un artiste de sa trempe, mais le canadien a-t-il encore envie de s'investir dans ce genre de projets ? Il semble quasiment à la retraite alors qu'il n'a que 56 ans ! A-t-il perdu l'envie ? Ou est-ce que plus personne ne pense à lui  ? C'est un mystère. Et une forme de scandale ou de gâchis.

Bref, on ne peut pas dire que ce premier tome impressionne. Jed MacKay est plein de bonne volonté mais il semble évident que Marvel le teste pour voir ce qu'il a dans le ventre, après qu'il a brillé sur des titres moins exposés. Quant à la partie graphique, il faudra, je préviens tout de suite, s'armer de patience avant qu'elle ne convainque...   

REDCOAT, VOLUME 1 (Geoff Johns / Bryan Hitch)


REDCOAT, VOLUME 1
(Redcoat #1-7 + material from Geiger 80-Page Giant #1)


1776. La guerre d'indépendance fait rage en Amérique du Nord. Simon Pure, soldat britannique, déserte et se réfugie dans une église qu'il pense abandonnée. Mais dans la nuit, il est réveillé par des voix et surprend alors une scène étrange au cours de laquelle Benjamin Franklin se plie à un rituel du Culte des Pères Fondateurs. Simon tombe de son perchoir et interrompt la cérémonie avant d'être frappé par un rayon lumineux destiné à Franklin.


1892. Poursuivi par des créanciers, Simon Pure est tué et enterré. Mais il ressuscite et un garçon allemand de douze ans le sort de son cercueil en se présentant : Albert Einstein. Il commence à lui expliquer qu'il a besoin de lui pour sauver l'Amérique d'une malédiction lorsque les membres cagoulés du Culte des Pères Fondateurs resurgissent et le poursuivent. Simon est blessé par une hache que récupère le jeune Albert avant de semer leurs assaillants.


Simon et Albert gagnent New York où Benedict Arnold, un autre immortel, ami de Pure, établi dans la haute société, accepte de les aider. Mais il doit d'abord raccompagner sa fiancée, Juliet Morgan, chez elle. Pendant ce temps, Albert découvre une pièce cachée dans les appartements de Benedict et parmi les reliques qui s'y trouvent il y a un livre de sortilèges. Une nouvelle fois, les membres du Culte des Pères Fondateurs attaquent et cette fois capturent Simon et Albert.


Albert, enfermé dans une cellule, réussit à s'en échapper et délivre Simon sur le point d'être sacrifié par le Culte qui veut ainsi provoquer un gigantesque incendie destiné à purifier les Etats-Unis pour y installer un nouvel ordre. Simon et Albert trouvent la sortie où Benedict les attend après les avoir suivis. Il leur révèle que le Grand Architecte du Culte ne serait autre que George Washington, ayant lui-même accédé à l'immortalité ! 


De retour chez Benedict, Albert trouve un indice laissé là par le Culte sur l'adresse où ses membres doivent se réunir le soir-même : le S.S. Majestic. Mais Simon refuse que le garçon les suive, lui et Benedict. Bien entendu, une fois les deux hommes partis, Albert les file...


C'est un résumé assez long, j'en conviens, mais qui ne spoile rien, rassurez-vous. Le premier arc de Redcoat compte sept épisodes plus du matériel extrait de Geiger 80-Page Giant #1, parus respectivement en 2024 et 2023, et regroupés dans un recueil sorti le 5 Mars dernier. J'ai préféré cet album vo à 14,99 $ à l'édition vf de Urban Comics (où l'on trouve aussi la mini-série Tales of The Unnamed : The Blizzard) à 32 Euros.


J'ai d'ailleurs décidé de ne plus lire les séries du label Ghost Machine qu'en trade paperback (et ainsi j'ai revendu mes floppies de The Rocketfellers dont j'ai effacé les critiques et dont je parlerai quand le premier recueil sera disponible). Pour Redcoat, nul besoin de prérequis sur l'univers de The Unnamed, même si cette série s'inscrit dans un corpus comprenant Geiger, Junkyard Joe et prochainement First Ghost.

Geoff Johns a pendant longtemps été l'architecte du DCU avec des succès comme JSA ; Green Lantern ; Justice League. Puis son étoile a lentement pâli quand son nom fut mêlé à la débâcle du Snyder-verse au cinéma et que Jim Lee, après l'éviction de Dan Didio, devient le seul vrai capitaine de DC Comics. Finalement, Johns a quitté le navire sur un ultime run de Justice Society of America l'an dernier.

Mais entre temps, il avait commencé à mettre en oeuvre son grand projet en creator-owned, d'abord avec les séries Geiger (dessinée par son vieux complice Gary Frank) puis Junkyard Joe (toujours avec Frank), jusqu'à la création du label Ghost Machine hébergé par Image Comics. Fort d'un carnet d'adresses en or, Johns a convaincu plusieurs de ses amis de le rejoindre, contrat d'exclusivité et liberté artistique à la clé.

Redcoat est donc le quatrième titre (après Geiger, Junkyard Joe et Hyde Street) qu'écrit Johns pour Ghost Machine. Comme les trois autres, il n'a rien à voir avec l'univers des super-héros (notoirement absent des productions du label). Mais le plus surprenant, c'est qu'il s'agit d'une histoire historique, fantastique et picaresque.

Le héros est Simon Pure, un soldat britannique déserteur durant la guerre d'indépendance, devenu immortel après avoir interrompu une cérémonie occulte ayant pour acteur Benjamin Franklin. Un siècle après cet événement, au lieu de mettre à profit ce cadeau, Pure est resté cet individu médiocre, sans ambitions, collectionnant les aventures amoureuses et les dettes.

Après avoir été tué par des créanciers, il est déterré par un jeune garçon allemand qui tente de le convaincre qu'il peut sauver les Etats-Unis d'une vaste conspiration apocalyptique. Ce gamin n'est autre qu'Albert Einstein et il aura bien du mal à impliquer Pure qui pense d'abord à échapper à de mystérieux hommes en cagoules semblables à ceux qui l'ont rendu immortel.

S'ensuit un récit échevelé, sans temps mort, avec moult courses poursuites dans le New York de 1892, en compagnie d'un autre immortel, au coeur d'un complot ourdi par George Washington. On n'attendait vraiment pas Johns sur ce terrain mais il s'y montre étonnamment à son aise, semblant avoir trouvé un nouveau souffle et un regain d'audace.

C'est manifeste à la fois dans la caractérisation de Simon Pure, un gredin égoïste, lâche, obligé de se mêler de cette affaire quand il apprend que ses jours sont comptés ; mais également dans le ton du scénario. En effet, on rit souvent tout au long de récit palpitant, avant un final dont l'émotion vous saisit de manière imparable - le 7ème épisode est un épilogue détaché du reste mais poignant.

Johns n'est pas le seul à avoir voulu surprendre ses fans puisqu'il a attiré Bryan Hitch, co-créateur à part entière. L'artiste qui avait fait le tour de Marvel (où il n'a jamais fait mieux que ses épisodes sur Ultimates) et DC (où il a été à la fois scénariste et dessinateur) voulait manifestement sortir de sa zone de confort.

Mais Hitch reste Hitch, ce bonhomme taillé pour la démesure. Avec Andrew Currie à l'encrage (un de ses partenaires favoris), et après avoir complètement changé sa façon de travailler suite au diagnostic de ses troubles bipolaires, il affiche désormais un rendement impressionnant alors qu'à ses débuts il avait du mal avec les deadlines.

Aujourd'hui, le trait de Hitch a perdu de sa rondeur mais a gagné en efficacité et en volume. Si vous aimez ses planches bourrées de détails, ses décors fournis, ses personnages réalistes avec des vêtements d'un réalisme pointilleux, alors la lecture de Redcoat va vous combler. L'artiste a lui aussi, comme son scénariste, trouvé une nouvelle jeunesse.

On ne l'avait pas vu si inspiré, si motivé depuis des lustres. De son propre aveu, cette série lui a redonné l'envie et c'est ce qu'il a signé de plus abouti depuis son run sur Hawkman (en 2018). Il donne à Simon Pure les traits de l'acteur Charlie Hunnam (vu notamment dans Triple Frontière et bientôt dans la série Criminal d'après les comics de Ed Brubaker et Sean Phillips), sans que cela ne parasite la lecture.

Lorsqu'au #7, il doit représenter Einstein en 1955, la ressemblance est également parfaite avec le grand physicien. Mais il ne faudrait pas limiter les efforts de Hitch à son talent de portraitiste. Son découpage est très énergique, ses compositions à la fois amples et parfaitement maîtrisées, le flux de lecture est d'une fluidité parfaite. Grâce à l'artiste, Redcoat s'impose comme une réussite totale.

Si totale que, d'ailleurs, ce premier arc se suffit à lui-même. Il pourrait s'agir d'une mini-série et ce serait impeccable. Mais Johns et Hitch ont repris le collier, après une brève pause, et, ma foi, cela donne très envie de découvrir où ils vont entraîner Simon Pure surtout quand on sait, d'après les planches extraites de Geiger 80-Page Giant Special #1, que l'immortel est encore vivant au XXIème siècle...


A suivre donc.