samedi 11 janvier 2025

CAPTAIN AMERICA : FINAL (Collin Kelly & Jackson Kelly / Carmen Carnero)


CAPTAIN AMERICA : FINAL
(Captain America : Symbol of Truth #14 + Captain America #750
+ Captain America : Finale)


Steve Rogers se rend en Angleterre pour assister aux obsèques d'un des membres de la dernière équipe des Invaders avec laquelle il a affrontée le Cercle Extérieur et MODOC à Manhattan. Plusieurs autres héros sont présents pour rendre hommage au disparu. Sharon Carter surprend tout le monde en annonçant son intention de reprendre l'alias du défunt.
 

Après la cérémonie, alors que Steve trouve Bucky à l'écart, ils sont interrompus par l'arrière-petit-fils de l'homme qui a forgé le bouclier de Captain America et qui lui transmet un message. Celui-ci désigne l'infrastructure de la base du Cercle Extérieur. Bucky assure à Steve qu'il peut compter sur lui, depuis l'intérieur, pour en finir avec leurs adversaires.


Soutenu par le Radié et Sharon Carter puis de Ian Rogers, Captain America attaque le Capitole Fantôme où plusieurs mercenaires et une armée de robots les attendent. A la table du Pouvoir, de l'Argent, de la Machine et de l'Amour (qui choisit de se retirer), Bucky/la nouvelle Révolution intervient au même moment...


Ce troisième tome, même s'il ne porte plus le sous-titre Sentinel of Liberty, conclut le run de Collin Kelly, Jackson Lanzing et Carmen Carnero sur la série. Après un crossover, dispensable, entre les titres Sentinel of Liberty et Symbol of Truth intitulé Cold War (qui a surtout servi à expliquer le retour de Ian Rogers que tout le monde pensait mort), Panini Comics propose un sommaire un peu fouillis.


En effet, avant d'aller plus loin, il faut bien dire que cet album permet de lire le dernier épisode de Captain America : Symbol of Truth, par Tochi Onyebuchi et José Carlos Silva, sans qu'on comprenne ce qu'il fait là, vu qu'il n'a aucun rapport avec la suite du sommaire.


Ensuite, on a droit aux deux premières parties (sur sept) de l'épisode 750 de Captain America. Il s'ouvre à nouveau avec quelques pages, dessinées par RB Silva, consacrées à Sam Wilson lors d'une discussion à bâtons rompus avec Misty Knight qui l'encourage à ne pas renoncer à son rôle de Captain America. Tochi Onyebuchi a rapproché les deux personnages durant son run au point d'en faire quasiment des amants.

Mais disons que, là aussi, on ne voit pas très bien ce que ce segment fait là, sinon confirmer ce que tout le monde sait déjà, c'est-à-dire que Marvel va continuer à avoir deux Captain America (même si seul Steve Rogers a conservé depuis une série régulière). 

Personnellement, autant je n'ai rien contre le fait qu'un personnage en remplace un autre (provisoirement ou définitivement) dans un rôle (comme Jane Foster quand elle devenue Thor ou Carl Danvers en tant que Captain Marvel), autant je déteste l'idée d'avoir deux Spider-Man ou donc deux Captain America.

J'ai l'impression que, dans le cas de Sam Wilson, ce n'est vraiment pas naturel : pourquoi en faire Captain America si ce n'est pour contenter une frange communautariste du lectorat qui déire voir un afro-américain dans le rôle ? Je préfèrerai lire une bonne série Falcon. Sam Wilson ne supplantera jamais Steve Rogers, tout comme Miles Morales ne supplantera jamais Peter Parker. Donnons-leur un vrai pseudo, original, une vraie fonction, mais arrêtons avec ces doublons.

Les parties 3 à 7 de Captain America #750 se composent de courtes histoires écrites par des équipes artistiques vraiment peu inspirées : Stephanie Williams et Rachael Stott s'évertuent à justifier elles aussi que Sam Wilson est Captain America à égalité avec Steve Rogers ; J.M. DeMatteis et Sara Pichelli s'en sortent mieux avec un récit sur un ami d'enfance de Steve Rogers ; Dan Jurgens nous refait le coup du "man out of time" avec quelques pages narrées par Jarvis le majordome des Avengers ; Cody Ziglar et Marcus Williams montrent Sam et Steve s'entraîner au lancer de bouclier et on touche le fond ; et enfin Gail Simone et Daniel Acuña racontent comment des gamins récupèrent le bouclier de Captain America et s'amusent avec... C'est vraiment mauvais, indigne d'un épisode anniversaire.

Non, ce qu'il faut garder, c'est la partie 2 du #750 et l'épisode Finale justement, par le trio Kelly-Lanzing/Carnero : on assiste d'abord aux funérailles du membre des Invaders tombé au combat à Manhattan dans le tome précédent et c'est vraiment émouvant. Namor et Jim Hammond sont là, Wolverine et Captain Marvel aussi plus quelques héros de l'âge d'or (désormais vieux), pour dire adieu à leur frère d'armes. 

Kelly et Lanzing réussissent l'impossible en ne versant jamais dans le larmoyant tout en nous communiquant l'émotion qui saisit l'assemblée, très sobrement (même si l'intervention de Sharon Carter est un chouia too much dans ces circonstances). La conclusion de ce segment acte la réconciliation entre Steve et Bucky de façon tout aussi juste.

Et on enchaîne donc avec le Final : un épisode de près de quarante pages, très spectaculaire, une vraie apothéose pour un run trop court, abrégé par Marvel pour offrir le titre à J. Michael Straczynski - qui, lui, a déçu tout le monde. J'aurai vraiment aimé voir ce que les scénaristes auraient pu imaginer s'ils avaient pu poursuivre, même si Kelly et Lanzing aiment bien le format de la mini-série et bouclent leur affaire sans bavure, sans bâcler, en achevant proprement leur intrigue.

Je suis sûr que Carmen Carnero serait également restée sur la série avec ces auteurs. Elle avait les personnages bien en main, sa prestation a été en tout point remarquable du début jusqu'à la fin, et ce n'est quand même pas commun de voir un seul artiste sur douze épisodes, en maintenant cette qualité. 

Franchement, Marvel a fait une énorme connerie en agissant comme ils l'ont fait - même si, on ne sait jamais, les successeurs de Straczynski seront peut-être inspirés et d'un bon niveau (perso, j'aimerai assez que Gerry Duggan écrive la prochaine série Captain America car, à chaque fois qu'il en a eu l'occasion, il a su trouver le bon ton pour le héros. Et pourquoi pas avec Javier Garron au dessin, puisque celui-ci m'a confié qu'il se préparait pour son prochain job pour Marvel après ses piges sur Uncanny X-Men ?).

Je ne saurai donc que vous encourager à (re)découvrir ce run fulgurant mais de haute volée, qui m'a ramené aux meilleures heures de l'ère Brubaker/Epting. C'est le Captain America que j'aime, entre intrigue tortueuse et action spectaculaire, avec humanisme plus que patriotisme.

vendredi 10 janvier 2025

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY, TOME 2 - L'ENVAHISSEUR (Collin Kelly & Jackson Lanzing / Carmen Carnero, Kev Walker)


CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY, TOME 2 - L'ENVAHISSEUR
(Captain America and the Winter Soldier Special #1 +
Captain America : Sentinel of Liberty #7-11) 


Le Cercle Extérieur s'est formé en 1922, au lendemain de la première guerre mondiale, à l'initiative de Wulf Fortunov, un ressortissant latvérien, qui a guéri Princip Gravilo de la tuberculose. Il invite sur un champ de bataille Etien Argent, le premier multimilliardaire du monde ; Ika Agboje, l'ancienne chef du Wakandan Engineering Vanguard ; et "Ana", l'artiste underground la plus célèbre d'Europe. Ensemble, ils vont influencer la marche du monde à chaque décennie jusqu'à nos jours. Bucky Barnes a pris la place de la Révolution et contacte discrètement Peggy Carter pour qu'elle l'aide à détruire le Cercle...
  

Steve Rogers, lui, se remet difficilement du choix de Bucky et une discussion avec Namor l'incite à former une nouvelle équipe des Invaders. Il invite avec Sharon Carter la tante de cette dernière, Peggy ; Nick Fury Jr. ; Black Widow ; Hawkeye (Clint Barton) ; Roger Aubrey (le Destructeur), à qui il présente le Radié, qui s'est émancipé du Cercle. Ensemble, ils élaborent un plan pour que l'ennemi se découvre et l'attaquer.


Mais ils découvrent rapidement grâce à Emma Frost, qui doit une faveur à Captain America, qu'on a manipulé leurs esprits grâce à M.O.D.O.C., tandis que l'A.I.M., affilié au Cercle, a coupé Manhattan du reste du monde sous un dôme. L'équipe lance un assaut sur l'île mais quelque chose cloche : ils sont toujours sous l'emprise mental de MODOC...


Seule Peggy Carter y échappe car Bucky lui a fourni de quoi s'en affranchir. Et quand MODOC torture mentalement le Destructeur, ce dernier résiste tant et si bien qu'il parvient au prix d'un terrible sacrifice à renverser la situation. Mais pour combien de temps ?
 

Ce deuxième tome (sur trois) de Captain America : Sentinel of Liberty s'ouvre par un numéro spécial qui revient sur les origines du Cercle Extérieur. SPOILER : on a quitté Captain America alors que Bucky Barnes a éliminé le membre de cette organisation qui incarnait la Révolution pour prendre son siège. Mais comment et quand tout cela a commencé ?
 

De façon classique mais logique, Collin Kelly et Jackson Lanzing situent la naissance du Cercle après la première guerre mondiale alors que l'Europe panse encore ses blessures. Cinq individus se réunissent, personnalisant chacun un domaine et décidant de ne plus subir les événements mais de les provoquer pour mieux contrôler les masses. De 1922 à 2022, ils vont ainsi générer et gérer les crises mondiales en coulisses.

Bucky pense éliminer d'un coup les quatre membres restants mais il est vite calmé et change de stratégie en feignant de participer aux conspirations à venir car le Cercle prépare son prochain mouvement. Il est même déjà initié (c'était l'attaque lancée par Arnim Zola sur New York vu dans le n°0 de la série). Peggy Carter, que Bucky avait accusée d'être de mèche avec le Cercle, travaille au contraire à le torpiller et rentre en contact avec Barnes pour frapper au bon moment.

Puis la série reprend son cours. Steve Rogers retrouve Sharon Carter, assemble une nouvelle équipe d'Invaders (mais sans Namor ou Jim Hammond). Et c'est là que les scénaristes embobinent à la fois leurs personnages et les lecteurs avec un twist narratif imprévisible et superbement disposé : en vérité, le Cercle a tout anticipé et s'est payé les services de MODOC pour les manipuler mentalement.

On assiste donc pendant plusieurs épisodes à une simulation particulièrement perverse où les Invaders croient reprendre la main alors que, dans la réalité, l'AIM coupe Manhattan du reste du monde pour que le Pouvoir récupère la Néganite d'Arnim Zola, un composant suffisant pour rayer une métropole comme New York de la carte !

Comment sortir de ce piège très vicieux ? Sans en dire trop, MODOC va pécher par orgueil en s'attaquant au membre des Invaders qui a le moins à perdre et qui peut lui faire le plus de mal... Cela finira mal pour un des héros, mais Kelly et Lanzing lui offrent une sortie de scène vraiment pleine de panache.

En même temps le tandem se montre assez retors pour continuer à semer le doute jusqu'au bout dans l'esprit du lecteur, notamment en ce qui concerne le rôle réel de Peggy Carter (qu'on voit communiquer avec quelqu'un qui n'est sans doute pas Bucky et peut-être un rival du Cercle). Sans compter le retour surprise, tout aussi inattendu, d'un personnage apparu dans le run de Rick Remender...

Kev Walker dessine le n° spécial qui ouvre l'album : son style brut convient bien à cet intermède sur les méchants de l'histoire (et de l'Histoire avec un grand H). Walker va à l'essentiel, en toutes circonstances, sa narration est dépouillée, très efficace, et tranche avec l'esthétique de la série jusque-là, bref c'est parfait pour cette partie.

Puis Carmen Carnero enchaîne avec cinq nouveaux chapitres, toujours aussi excellents. Elle ravit le lecteur avec des doubles planches magnifiquement composées, à la mise en scène inventive et dynamique, mais aussi, comme toujours, avec l'allure qu'elle sait donner aux personnages, qu'elle campe subtilement.

Qu'il s'agisse des anciens comme Roger Aubrey/le Destructeur et Peggy Carter, en passant par Black Widow et Hawkeye, ou Steve et Sharon, Carnero fait la preuve encore une fois de son talent phénoménal, réussissant même à rendre intéressant Nick Fury Jr., c'est dire ! Son interprétation de MODOC est particulièrement impressionnante et glaçante.

Et puis, c'est amusant aussi pour le rôle donné à Emma Frost dans l'épisode 8 où le scénario renvoie au Hellfire Gala (durant lequel la White Queen avait sondé l'esprit de Rogers et l'avait assuré qu'elle pourrait l'aider s'il avait besoin d'une télépathe - sous-entendu : Emma n'aurait pas été contre une petite aventure avec Captain America... Mais c'était avant qu'elle et Tony Stark fassent leur petite affaire). Carnero a pu s'exercer sur le personnage avant de la retrouver récemment sur Exceptional X-Men.

Je vais tâcher de finir de lire le tome 3 pour demain afin d'écrire sa critique dans la foulée. Après quoi je pourrai enfin passer aux sorties de la semaine. Mais donc, d'ici-là, stay tuned pour la suite et fin de Captain America : Sentinel of Liberty !

jeudi 9 janvier 2025

STORMWATCH : DOWN WITH THE KINGS (Ed Brisson / Jeff Spokes, Trevor Hairsine, Pasquale Qualano)


Mr. Bones est à la tête de Stormwatch, une organisation au service des Nations Unies, dont le quartier général se trouve dans une station en orbite géostationnaire au-dessus de la Terre. Ce jour-là, il accueille sa nouvelle recrue, Phantom One, qu'il présente et confie à Winter, le superviseur des missions de l'équipe, et au Dr. Zema, chef de la section scientifique. 


Winter briefe ensuite l'équipe au complet (Flint, Ravager, Shado, Peacekeeper-01, et Core) sur la capture du Dr. Huskk, qui détient une machine temporelle convoitée par l'organisation Black Hole et qui veut le sortir de le prison d'Iron Heights... 


Stormwatch enchaîne les interventions : à Puerto Rico l'équipe affronte des Xébelliens, ennemis des Atlantes ; dans le building de l'organisation Halo pour y dérober un malware ; à Athènes pour y voler une arme au dieu Apollon ; dans l'espace contre le dictateur Kantar-Ro...


Mais Flint devine que Bones est aux ordres de quelqu'un d'autre et Ravager comprend que chaque mission correspond à un objectif à la fois précis et global en rapport avec la Justice League, qui s'est pourtant récemment dissoute...

En 1993, Jim Lee créé la série Stormwatch au sein de son label Wildstorm chez Image Comics. Il s'agit d'une équipe de surhumains aux ordres des Nations-Unies. Pourtant, il faudra attendre l'arrivée de Warren Ellis comme scénariste au #37 pour que le titre décolle vraiment. Un volume 2 est lancé au terme duquel l'auteur décime l'effectif et s'en sert comme rampe de lancement pour The Authority, dans lequel il emploie quelques survivants.
 

Jim Lee a voulu relancer Stormwatch quand il est devenu un des cadres éditoriaux de DC lors de la période New 52 en en confiant les rênes à Paul Cornell, mais sans que le résultat ne convainque les fans de la première heure. Warren Ellis, encore lui, avait refondé tout l'univers Wildstorm dans une série éponyme en 24 épisodes, mais que personne n'a jugé bon d'exploiter (sans doute en raison des ennuis du scénariste, impliqué dans une sordide affaire de harcèlement sexuel) : dommage.


Ce run, de six épisodes, dont la fin laissait suggérer une suite (qui n'a toujours pas été annoncée et dont je doute qu'elle se produise, mais j'y reviendrai), a été publié dans le mensuel anthologique Batman : The Brave and the Bold, qui vient de se conclure après 20 numéros en Décembre dernier. Cette fois, c'est à Ed Brisson qu'on a donné le soin de s'en occuper.

Brisson est un auteur qui n'a jamais réussi à percer chez les Big Two, héritant souvent de séries sur lesquelles il n'avait pas de contrôle, qu'il n'avait pas démarrées. Mais pourtant on fait régulièrement appel à lui pour sa capacité à se fondre dans le moule, en particulier quand il s'agit d'écrire des personnages de second rang.

Ici, il a pris le parti de rompre avec le casting original de Stormwatch, à l'exception de Winter dont il fait le nouveau Weatherman, celui qui planifie les missions, et distribue les rôles aux membres de l'équipe (rôle autrefois dévolu à l'infâme Henry Bendix). Il récupère Ravager (Rose Wilson, la fille de Deathstroke), mais aussi Phantom One (qu'il avait utilisé dans son run de Batman Incorporated) ou Peacekeeper-01 (vu dans le Batman de James Tynion IV) ou Shado (ennemie de Green Arrow).

Il a ajouté Core (un réacteur nucléaire vivant, le plus puissant membre de l'équipe, âgé de 52 ans mais en paraissant 16) et Flint (une femme noire invulnérable, qui dirige l'équipe sur le terrain). Mister Bones est le directeur de Stormwatch, dont la base est une station spatiale. Pendant cinq épisodes sur six, on suit ce beau monde en mission à travers le globe et l'espace, avec un intermède au #4 (un tie-in à l'event Knights Terror).

Ce qui est très efficace, c'est que chacune des missions nous embarque dans une aventure inattendue, avec des adversaires vraiment coriace pour un groupe où personne (à part Core, et dans une moindre mesure Flint) n'a de super-pouvoir. L'équipe elle-même est divisée en deux : d'un côté il y a des justiciers intègres, avec un code moral (Ravager, Phantom One, Flint, Core), de l'autre des mercenaires (Shado, Peacekeeper).

Cela produit des étincelles et établit une dynamique très accrocheuse, que Brisson met en valeur grâce à des dialogues ciselés. Les relations entre l'équipe et ses supérieurs, en particulier Bones (qui ne cache pas qu'ils sont tous de la chair à canon), est savoureuse, et prend une dimension supplémentaire quand on découvre qui dirige effectivement Stormwatch (mais je ne vous spoilerai pas son identité).

Surtout, malgré sa structure en épisodes done-in-one, Brisson déroule un fil rouge avec ce que collecte à chaque fois l'équipe. En effet, on comprend progressivement que tout ce que Flint et sa bande ramènent à la station Skywatch a un rapport avec les membres emblématiques de la Justice League (Flash, Aquaman, Superman, etc.). Or celle-ci, à l'époque est dissoute mais il est évident que Bones et celui à qui il rend des comptes se prépare à sa reformation...

A la fin, sans trop en dire, un vrai cas de conscience va frapper l'équipe et les deux clans qui la composent prennent parti en fonction de leurs intérêts ou leurs sentiments : Ravager, qui possède un don de précognition (mais qu'elle maîtrise mal et qui l'amène à ne pas interpréter formellement ce qu'elle voit), hésite à rester mais semble le faire quand même pour s'assurer que Stormwatch ne va pas s'en prendre aux héros...

Visuellement, Jeff Spokes assure les dessins sur l'intégralité des #1, 2, 5 et 6. Son travail est remarquable, même s'il abuse des cases copiées-collées dans les scènes de dialogue, essayant de duper le lecteur avec des effets de zooms qui sont trop visibles. Mais il campe les personnages à merveille (on sent sa préférence pour Ravager et Shado), dans des décors soignés, et quand l'action domine, il fait preuve d'une belle énergie.

Néanmoins, au #3, il reçoit le renfort, sur les ultimes pages, de Trevor Hairsine. Le contraste entre leurs deux styles pique un peu, mais on ne va pas crier au scandale non plus. Pour le #4, qui est donc un tie-in à l'event Knights Terror (dans lequel Flint, Shado, Core et Phantom One sont confrontés à leurs cauchemars), c'est Pasquale Qualano qui s'y colle, dans un registre assez convaincant, même si trop lisse dans ce contexte.

Brisson se montre inspiré même avec ce tie-in puisqu'il en profite pour glisser un questionnement chez Flint vis-à-vis de Bones, qui est ensuite pleinement développé. le seul vrai souci dans tout ça, comme je le suggérai en début d'article, c'est que, à l'évidence, Brisson avait conçu son histoire pour qu'elle s'intègre à Absolute Power in fine... Et que l'event n'en a absolument pas tenu compte. Du coup, si DC lui laisse une chance d'y revenir, ce serait intéressant de voir ce que deviennent les membres de cette équipe (en particulier ceux le plus proches de Bones et de son boss, mais aussi les autres, plus réservés) avec la reformation de la Justice League.

J'ignore si on aura droit à une version compilée de ces épisodes. Batman : The Brave and the Bold a déjà bénéficié de ce traitement pour l'histoire Batman : The Winning Card (par Tom King et Mitch Gerads, également traduit par Urban) dans un premier tpb, et un deuxième doit paraître en Avril prochain (avec une histoire de Superman, superbe, par Christopher Cantwell et Javier Rodriguez, plus une autre sur Wild Dog, par Kyle Starks et Fernando Pasarin). 

Il reste encore beaucoup de matériel pour que DC sorte un troisième (voire un quatrième) album, où Stormwatch aurait sa place. En attendant, ces six épisodes sont disponibles dans les 6 premiers n° de Batman : The Brave and the Bold.

mardi 7 janvier 2025

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY, TOME 1 - REVOLUTION (Colin Kelly & Jackson Lanzing /Carmen Carnero)


CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY, TOME 1 - REVOLUTION
(Captain America # 0-6)


Les deux Captain America (Steve Rogers et Sam Wilson) unissent leurs forces pour déjouer un attentat planifié par Arnim Zola à New York au moyen d'une fusée qui, lors de son explosion, transformera la population en dinosaures...


Victorieux, Steve Rogers convient que le monde a bien besoin en ces temps troublés de deux Captain America et il laisse à Sam Wilson le soin d'incarner le visage de l'Amérique sur le plan international tandis que lui se concentrera sur des menaces à l'intérieur des Etats-Unis. C'est ainsi qu'à la veille de la fête nationale, Steve découvre avec un groupe de vétérans de curieux messages radios indiquant qu'une attaque d'envergure aura lieu le 4 Juillet. Avec Bucky Barnes, il appréhende un jeune homme qui usurpe l'identité du Destructeur qui, avant de mourir, suggère qu'une conspiration de longue date est en marche.


Steve et ses amis vétérans décryptent de nouveaux messages renvoyant au symbole du bouclier de Captain America. En enquêtant sur les origines de son arme, Steve apprend qu'un ingénieur wakadais l'a conçu. Il trouve trace d'une forge en Allemagne où des hommes en armes retiennent le personnel; Captain America intervient et les conspirateurs sont forcés de sortir de l'ombre...


C'est ainsi que Captain America découvre l'existence d'une organisation, le Cercle Extérieur, composée de cinq leaders - la Machine, l'Argent, le Pouvoir, l'Amour et la Révolution - qui envoie pour le tuer le Radié, un cyborg... Cependant Bucky suit une autre piste qui le mène à Madripoor et Peggy Carter dont il soupçonne les liens avec ce Cercle...


Alors que J. Michael Straczynski met un terme à bref run sur Captain America actuellement (après moins d'un an et demi aux commandes) sans avoir convaincu ni la critique ni les fans, il est temps de réhabiliter ceux qui l'avaient précédé dans cet exercice et qui ont été évincés à son profit alors qu'eux étaient parvenus à renouer avec ce que la série proposait de meilleur.


Et par là, j'entends, la période Ed Brubaker, car ni Rick Remender, ni Nick Spencer ni Ta-Nehisi Coates n'ont réussi à faire oublier le scénariste qui rendit ses lettres de noblesse au vengeur étoilé. Brubaker avait mixé des aventures dans le registre de l'espionnage avec des codes super-héroïques au cours d'intrigues sinueuses et de coups de théâtre mémorables (dont le retour de Bucky Barnes fut le plus audacieux).


Remender voulut, lui, renouer avec le run de Jack Kirby à son retour chez Marvel dans les années 70 et qui se termina avec Sam Wilson brandissant le bouclier, Nick Spencer prolongea cette idée tout en développant deux séries (une avec Wilson, l'autre avec Rogers) culminant avec l'event Secret Empire, et Coates signa des épisodes plus politiques (avec à nouveau uniquement Steve Rogers sous le masque). Enfin, Mark Waid revient sur la série avec Chris Samnee, mais trop brièvement (Samnee étant alors en fin de contrat chez Marvel, ne dessinera que six n°).

Quand Collin Kelly et Jackson Lanzing sont appelés au chevet du Captain, tout le monde pense qu'ils sont là pour un bon moment sans savoir quelle direction ils vont prendre. En vérité, leur run sera bref (une quinzaine d'épisodes plus un n° spécial et un Finale). Un vrai gâchis, même si les deux auteurs auront bouclé leur histoire sans la bâcler.

L'idée motrice de Kelly et Lanzing est toute simple : elle repose sur le bouclier de Captain America dont ils imaginent qu'il a un secret révélant une ancienne conspiration. Pour résumer, le symbole qu'incarne Captain America n'a jamais été celui qu'il croyait mais celui d'une organisation secrète qui manipule l'Histoire depuis des décennies en influençant les grands événements.

Dans ces conditions, Steve Rogers se demande rapidement s'il n'a pas servi une cause différente de ses idéaux sans le savoir, donc si toute son existence n'a pas été un mensonge : il se sent dépossédé. Mais il est aussi déterminé à résoudre ce mystère et à renverser ces comploteurs pour se réapproprier son identité et faire triompher la justice.

On passera très vite sur le n°0 qui ne sert strictement à rien et qui est d'une débilité affligeante, tout ça pour justifier deux séries Captain America : Sentinel of Liberty donc, mais aussi Symbol of Truth (starring Sam Wilson), écrite par Tochi Onyebuchi et RB Silva, très inférieure en qualité. Mattia de Iulis illustre cet épisode dans son style photo-réaliste affreux. A zapper donc.

Puis on entre dans le vif du sujet avec ce premier arc dense et énergique de six épisodes où, malgré une intrigue tortueuse, qui introduit une foule d'éléments, est d'une clarté imparable, riche en action, en émotions, et qui va complètement (et durablement) rebattre les cartes pour certains personnages (même une fois le run de Kelly et Lanzing achevé).

Les bonnes idées sont nombreuses dans ce scénario, comme le fait de montrer Rogers en compagnie de vétérans avec lesquels ils décryptent des messages radios (ce moyen de communication renvoie au côté "out of time" du héros et réintroduit le personnage de Roger Aubrey, le premier Destructeur, un autre super-soldat né dans les années 40, dans un camp de concentration).

Le Cercle Extérieur a d'abord tout de l'énième organisation secrète de conspirateurs et on s'interroge sur sa pertinence. Puis, très vite, les auteurs lui donnent une envergure, une influence, un plan franchement impressionnants. L'emploi des symboles est magnifiquement exploité et les ramifications avec Bucky Barnes assez géniales - oui, rien que ça.

Kelly et Lanzing n'oublient jamais l'action et donnent du biscuit à Carmen Carnero qui, sur ce titre, a pris une autre dimension, qu'elle confirme actuellement avec Exceptional X-Men. Elle fait déjà équipe avec le coloriste Nolan Woodard (qui est épatant) et ensemble ils produisent des planches somptueuses, souvent avec des doubles pages aux compositions extrêmement dynamiques et inventives.

Carnero tient le rythme sans faillir, elle paraît même, chose étonnante, se bonifier d'épisode en épisode. Elle joue sur le flux de lecture comme sur une double page qui se lit dans le sens des aiguilles du montre (voir ci-dessus, image 4). Ou alors elle décompose les mouvements et les déplacements des personnages dans un cadre fixe, avec des effets de perspectives et de valeur de plan époustouflants.

Surtout, Carnero réussit aussi bien à camper Rogers que Captain America. A Rogers, elle donne une humanité, une sensibilité que le scénario rappelle (en le montrant notamment suivant des cours de dessin car c'est un aspect de lui qu'on a oublié mais c'est aussi un artiste), avec des cheveux un peu plus longs. 

Quand il est en tenue de super-héros (très légèrement redesignée, mais avec beaucoup de classe), elle n'exagère pas sa musculature avec un costume trop près du corps ni des détails superflus. Il est montré comme un homme athlétique, aux capacités supérieures à la moyenne, mais sans exagération. Il sourit même parfois, sûr de lui, le regrettant aussi ensuite. Et surtout c'est l'éternel grand frère de Bucky, le héros qui doute mais qui résiste : c'est très nuancé, subtil, et le dessin le traduit à merveille.

Bucky est l'autre personnage clé de ce début de run et là encore les scénaristes et l'artiste l'animent avec beaucoup d'intelligence, aboutissant à quelque chose de totalement inédit et novateur dans le sixième épisode (je spoilerai plus tard). Toute la mythologie autour de Captain America va de toute façon être convoquée par la suite avec un soin méticuleux.  

Il faut absolument lire ou relire ces épisodes, traduits par Panini Comics, en trois tomes (ce n'est donc ni très cher ni très long). Kelly, Lanzing et Carnero y sont magistraux dans leur lecture du personnage, le développement du récit. Ce sera ma rétrospective du mois, donc stay tuned !

dimanche 5 janvier 2025

POISON IVY, VOLUME 4 : ORIGIN OF SPECIES (G. Willow Wilson / Marcio Takara, Haining)


- #19-21 (Ecrit par G. Willow Wilson et dessiné par Marcio Takara) - Sortie du lycée, Pamela Isley part poursuivre ses études à l'université de Seattle où elle intègre la classe de Jason Woodrue. Elle fait la connaissance de ses assistants : Alec et Linda Holland et Philip Sylvain. Très vite, elle tombe amoureuse de son professeur et devient sa maîtresse.


Mais Woodrue, comme elle le découvre ensuite, est un génie, certes, mais aussi un manipulateur qui, pour motiver ses troupes, n'hésite pas à instaurer un esprit féroce de compétition. Sa liaison avec Pamela l'incite à lui révéler ses recherches secrètes en botanique, qu'il mène dans un container sur les docks et, pour les mener à bien, pousse la jeune femme à voler du matériel à l'université.


Un cap est franchi quand, de retour dans la classe de Woodrue, Pamela apprend qu'une nouvelle étudiante a intégré le groupe. D'abord jalouse d'elle, elle devient l'amante de Bella Garten, élève surdouée qui veut s'affranchir de la personnalité toxique de Woodrue. Celui-ci, pour les départager, les incite à expérimenter sur elles-mêmes et Pamela, pour regagner ses faveurs, accepte de servir de cobaye...


Ce quatrième tome est découpé en deux parties distinctes, deux arcs narratifs et donc je vais les passer en revue chacun leur tour. Tous deux comptent trois épisodes et le premier revient sur l'origine de Pamela Isley. Il est important de clarifier qu'il s'agit de chapitres consacrés à Pamela Isley et non à Poison Ivy dans la mesure où le récit s'intéresse à ce qui s'est passé avant quelle ne devienne Poison Ivy.

Bien entendu, on peut être surpris par ce retour en arrière alors qu'à la fin du précédent tome G. Willow Wilson nous laissait, pantelant, sur un cliffhanger de folie. Mais la scénariste sait ce qu'elle fait depuis le début et donc de flashback ne doit rien à un caprice : c'est au contraire un puissant révélateur sur ce qui va arriver dans les trois épisodes suivants.

Pamela Isley y est décrite comme une jeune étudiante innocente qui part à Seattle pour intégrer l'université et suivre l'enseignement de Jason Woodrue, un génie dans sa discipline, la botanique. Il a pour assistants Alex Holland (le futur Swamp Thing), Linda (la femme de ce dernier) et Philip Sylvain (qui considère Pam comme une bimbo ébahie par Woodrue).

Wilson introduit en effet rapidement une romance entre Pam et Woodrue, dont le charisme l'impressionne et qui fait d'elle sa partenaire pour des recherches personnelles, à l'abri dans un container sur les docks. Il lui demande d'ailleurs de voler du matériel à la fac pour l'aider et elle s'y plie volontiers, ce qui sera ultérieurement vécue comme une sorte d'épiphanie, son basculement du côté obscur - la naissance de Ivy avant Poison Ivy.

Puis le duo devient trio avec l'introduction de Bella Garten , personnage apparue pour la première fois dans la série Grayson (de Tim Seeley, Tom King et Mikel Janin au n°2, en 2014), puis repris et développé à partir de Batman #107 (de James Tynion IV et Jorge Jimenez, en 2021). On découvrit alors qu'elle possédait des pouvoirs semblables à Ivy et se faisait appeler la Jardinière.

Bella Garten est d'abord l'objet de la jalousie de Pam qui pense que Woodrue couche aussi avec elle et l'a recrutée pour la remplacer, avant de comprendre sa méprise, de s'en rapprocher, d'être son amie puis son amante. Garten a toutefois en commun avec Woodrue une personnalité dominatrice et une absence totale d'éthique concernant ses recherches.

In fine, cela va pousser Pam à accepter de servir de cobaye à Woodrue et à devenir Poison Ivy, ce qui la conduira à Gotham - tout le reste est littérature... N'empêche, avec ce vaudeville vénéneux, Wilson produit une histoire efficace, troublante, et implacable qui synthétise ce que Seeley, King et surtout Tynion IV ont apporté précédemment, tout en développant le personnage de Isley/Ivy et sa relation avec Woodrue. C'est magistral.

Et qu'est-ce que c'est beau ! Parce que ces trois épisodes sont illustrés par Marcio Takara en très grande forme comme toujours depuis le début de ce run. L'artiste a l'occasion de dessiner Pam sans ses pouvoirs, au naturel, et elle est à la fois ingénue et déjà irrésistible. Les couleurs d'Arif Prianto ajoutent à l'émerveillement suscité par les planches.

En contrepartie, Takara fait de Woodrue un mâle alpha toxique et charismatique à souhait dont on comprend qu'il fascine son petit cercle. C'est un individu génial mais qui a le complexe du Messie, qui est un abominable manipulateur et un lâche. Bella Garten est aussi un autre personnage amenée à réapparaître dans la série, c'est évident, et Takara la campe génialement, en valorisant ses différences avec Pamela mais aussi ses similitudes avec Woodrue.

Bref, ces trois épisodes sont formidables et prouvent une fois encore la qualité spectaculaire de la série. Et ce n'est pas fini...


- #22-24 (Ecrit par G. Willow Wilson et dessiné par Haining) - Poison Ivy a accouché de Woodrue, l'Homme Floronique, qu'elle avait dévoré lors de leur dernier affrontement. Tandis que Killer Croc et Salomon Grundy mettent Janet à l'abri, les deux anciens amants s'affrontent dans le marais environnant dont ils exploitent la faune et la flore.


Poison Ivy comprend que pour achever définitivement Woodrue, elle doit se donner la mort aussi. Sur ces entrefaites arrivent Harley Quinn puis Red Hood, envoyé sur place par Batman. Avec l'appui de Killer Croc, Grundy et Janet, ils tentent de tuer Woodrue et de sauver Pamela, mais celle-ci disparaît dans le marais...
 

Dans le deuxième arc narratif de ce tome, on revient donc là où les choses en étaient restées à la fin du précédent. Poison Ivy a accouché de l'Homme Floronique dont elle pensait s'être débarrassée lors de leur dernier combat en le dévorant littéralement. Mais il était prévisible qu'un tel monstre ne reste pas longtemps prisonnier...

C'est l'autre veine de la série, celle qui emprunte au body horror, plus graphique, plus classique aussi dans la mesure où Poison Ivy revient sur le devant de la scène, que ses pouvoirs toujours aussi visuellement impressionnants donnent le la et que l'action domine.

Toutefois, G. Willow Wilson a assez d'imagination pour écrire un duel qui ne soit pas qu'une débauche d'effets inspirés par une esthétique convenue. D'ailleurs la solution que Ivy envisage pour vaincre une fois pour toute Woodrue implique rien moins que son suicide à elle, une forme de sacrifice radical, qui élève donc la bataille à un niveau existentiel.

L'intensité de cet affrontement est parfaitement traduit par les dessins de Haining qui supplée donc Takara avec beaucoup d'efficacité. J'avais un peu peur que sa prestation soit en deçà, surtout qu'on avait été gâté lors du tome 3 par le fill-in de Luana Vecchio (excellente). Mais Haining tient vraiment très bien le coup et devrait logiquement devenir le deuxième artiste de la série.

Je ne vais pas vous spoiler le dénouement, mais Wilson semble l'avoir conçu comme la fin d'un cycle. On pourrait très bien imaginer qu'elle ait voulu conclure son run ici et cela aurait très satisfaisant. Mais heureusement pour les fans, il n'en est rien et Poison Ivy va continuer de plus belle.

On constate d'ailleurs que ce tome se boucle avec le 24ème épisode, soit deux ans de publication. Durant tout ce temps, Poison Ivy sera passé d'une mini-série en six n°, puis en douze, avant que DC ne donne le feu vert pour en faire un titre illimité. C'est une vraie performance, qui rappelle un peu ce qui s'était passé avec Hawkeye de Matt Fraction et David Aja en son temps.

Mais, et c'est peut-être encore plus fort, Poison Ivy est resté cette production hybride qui aurait pu, à une autre époque, briller au sein du label Vertigo (comme Swamp Thing), et rassemble le meilleur des deux mondes : l'originalité d'une série indé avec la régularité d'un titre mainstream, sans être brouillé par des events (même si ça s'est passé durant Knights Terror, une étape négociée avec brio).

Donnez sa chance à Poison Ivy. C'est vraiment une série extraordinaire, atypique, mais brillante, dans son écriture narrative et graphique.

vendredi 3 janvier 2025

JSA #3 (Jeff Lemire / Diego Olortegui)


En enfer, Hawkman est livré au sorcier Wotan allié de la Société d'Injustice qui attaque la tour du destin du Dr. Fate. Au Q.G. de la JSA, Sans remonte le moral de Jade tandis que Dr. Mid-Nite faite une découverte terrible sur celui qui a plongé Jakeem Thunder dans le coma...


Après avoir mangé notre pain noir avec Birds of Prey, place aux bons comics, et pour rester dans les sorties DC de cette semaine, ce troisième numéro de JSA a tout pour nous consoler. Jeff Lemire confirme tout le bien qu'on peut penser de sa reprise en main de la série en livrant un épisode à nouveau plein de rebondissements mais d'une fluidité remarquable.


J'avoue : j'étais prudent avec le retour de Lemire parce que la dernière fois qu'il a écrit un team book, c'était pour Justice League United, le spin-off de Justice League de Geoff Johns. Il avait voulu rebaptiser Justice League of America en Justice League Canada (puisqu'il en est natif), et n'avait pas réussi à convaincre grand-monde, alors qu'il avait brillé sur Justice League Dark.


Il ne suffit pas qu'un auteur, aussi réputé et sympathique que Jeff Lemire, déclare en interview qu'il adore des personnages, comme ceux de la JSA, pour qu'il écrive une bonne série - on l'a vu avec Gail Simone qui a répété à quel point elle aimait les X-Men et qui n'a rien fait de bon avec Uncanny X-Men. Mais, là, en l'occurrence, c'est un coup gagnant. Un double coup gagnant même.
 

Car JSA n'est en vérité pas seulement une série sur la Société de Justice d'Amérique, mais aussi sur Infinity Inc., c'est-à-dire cette équipe dans laquelle on trouve principalement des enfants ou des héritiers des héros de la JSA, comme Jade et Obsidian (rejetons d'Alan Scott) ou Wildcat II (qui a endossé le costume et le pseudo de Ted Grant).

Et l'histoire de Lemire raconte comment Infinity Inc. (Jade, Sand, Obsidian, Wildcat II, Hourman, Jessie Quick) recherche les vétérans de la JSA (Alan Scott, Jay Garrick, Ted Grant, Hawkman, Hawkgirl, et Dr. Fate - même si ce dernier est désormais incarné par le jeune Khalid Nassour). En divisant cette formation pléthorique, Lemire a su trouver de l'espace pour chacun.

Alors, évidemment, en contrepartie, pour l'instant en tout cas, il manque des membres éminents à l'appel : Power Girl a sa propre série, Mr. Terrific est visible dans Justice League Unlimited tout comme Stargirl. Et quid des Amazing Man, Damage, Atom Smasher, Judomaster, Mr. America, Citizen Steel, Cyclone, Lightning (peut-être est-elle dans la série Black Lightning ?), voire Magog ? Et que sont devenus Starman et le précédent Dr. Mid-Nite ?

L'autre interrogation, plus narrative que structurelle, c'est qu'on voit dans cet épisode Jade dire à Sand qu'elle a mis au courant la Justice League et les Titans de la disparition des vétérans de la JSA. Avec les ressources actuelles de la JL, on peut s'étonner qu'ils n'aient pas été localisés. Comme avec les Titans, c'est un peu comme si la Justice League, qui englobe tous les héros désormais, s'occupait d'abord de ceux qui passent par sa tour de guet...

Ces considérations mises à part (mais dont j'espère que Lemire comme Mark Waid parleront, sinon dans leurs séries, du moins lors d'échanges éditoriaux), le contenu de l'épisode donne à Hawkman les meilleures scènes : il est évident que Carter Hall va être au coeur de futures péripéties. Mais la découverte par Beth Chappelle du traître dans l'équipe donne un bon coup de fouet aussi.

Diego Olortegui signe son dernier épisode (pour le moment en tout cas) avant de passer le relais le mois prochain au talentueux Joey Vasquez. Ses planches ne montrent aucun relâchement, avec des décors fouillés et des personnages bien campés. Chaque séquence, qu'elles se déroulent en enfer, dans la tour du destin, au QG de la JSA, est impeccablement découpé et suit le rythme soutenu mais souple du récit.

Parce qu'on n'est jamais perdu avec tous ces personnages, leurs situations, l'évolution de l'intrigue, ses enjeux, ses coups de théâtre, JSA est une lecture imparable, très efficace. C'est plus classique certes que la production indé de Lemire, mais en termes de reprise, c'est aussi tout ce qu'il faut faire en entraînant le lecteur là où l'auteur le souhaite et sans qu'il puisse anticiper sur la suite.

jeudi 2 janvier 2025

BIRDS OF PREY #17 (Kelly Thompson / Sami Basri)


Transformée en une colosse très énervée, Batgirl s'en prend à Big Barda venue avec Black Canary, Onyx Adams et Grace Choi les libérer, elle et les amazones captives du 9ème Jour...


Oui, je sais, c'est un résumé très court, mais c'est avec un mélange d'affliction et de soulagement que je rédige cette critique, qui sera la dernière sur Birds of Prey car j'ai décidé d'arrêter les frais. Si je pouvais encore avoir un doute sur mon investissement avant cet arc narratif, il s'est totalement dissipé depuis.


Il ne sert à rien d'accabler les auteurs, l'éditeur de cette nullité, le mal est fait et consommé et je ne comprends vraiment pas comment on peut défendre un produit pareil, qui est une honte pour ceux qui l'ont commis et un affront pour ceux qui dépensent de l'argent pour le lire. C'est vous dire à quel point c'est mauvais et pourquoi il ne faut surtout pas que vous fassiez la même erreur que moi.
  

J'y ai cru, à Birds of Prey. Mais j'ai eu tort. J'ai surtout eu tort de persister à y croire car, avec le recul, je me rends compte que ça n'a jamais été à la hauteur. Les premiers épisodes ont fait illusion parce que Kelly Thompson retrouvait Leonardo Romero et on pouvait rêver que ce tandem refasse des étincelles comme sur Hawkeye. 


Kelly Thompson a été en quelque sorte adoubée par Gail Simone, auteur d'un run mémorable sur Birds of Prey. Mais ce n'est pas un service à lui rendre, plutôt un signe de sororité particulièrement malvenue car apportée en dépit du bon sens. Et qu'on ne vienne pas m'accuser de misogynie...

Parce que, quand c'est mauvais, que ce soit un homme ou une femme qui soit coupable, ça ne fait, pour moi, aucune différence, et je le signalerai avec la même énergie. Kelly Thompson a voulu, de toutes ses forces, signer un team book et elle en a eu l'occasion, mais elle n'a pas transformé l'essai. En fin de compte, il ne faut pas toujours avoir ce dont on rêve car ça ne signifie pas qu'on a le talent pour ça.

Il n'y a rien à sauver de ces 17 épisodes, je le dis très clairement : les personnages y sont caricaturaux, sans chair, sans esprit, le casting qui ne cesse de changer (à l'exception du trio Black Canary-Big Barda-Batgirl, Oracle restant trop en retrait) est complété par des recrues qui n'ont jamais été à la hauteur des attentes (et c'est particulièrement vrai avec Onyx Adams et Grace Choi dernièrement), dans des intrigues insignifiantes, jouant trop avec le grotesque et la répétition pour satisfaire.

La valse des artistes n'aide pas non plus : Romero trop fatigué par les mois passés à oeuvrer sur le dessin animé Your Friendly Neighbourhood Spider-Man a cédé la place à des dessinateurs compétents mais qui n'ont jamais eu l'occasion d'illustrer une histoire décente. Sami Basri est le dernier de la liste à être passé sans marquer les esprits (et Juann Cabal, autre grand espoir perdu pour la cause, va lui succéder).

Le pire dans ce gâchis, c'est que Birds of Prey aurait pu être une série tellement plus enlevée, engagée, palpitante, bref réussie. Mais Kelly Thompson n'a jamais été en mesure d'être digne du poste, comme si tout ça pour elle était un job de plus (et les ventes bien plus importantes de Absolute Wonder Woman doivent la conforter dans cette direction). On se demande pourquoi il n'y a pas davantage de femmes scénaristes après ça, mais la réponse est simple...

Et s'il n'y avait pas tant de bonnes scénaristes ? C'est évident quand on parle des hommes, et ce ne serait pas juste pour les femmes ? Actuellement, Eve L. Ewing (Exceptional X-Men), Alyssa Wong (Psylocke), Kelly Sue DeConnick (FML) sortent leur épingle du jeu, mais parce qu'elles s'investissent dans ce qu'elles racontent. Gail Simone ou Thompson ont plutôt l'air de s'en moquer ou en tout cas sont bien moins inspirées, trop occupées à vouloir plaire avant d'être qualitatives. Becky Cloonan est meilleure dans ses productions indés, idem pour Stephanie Williams. Ann Nocenti ne brille plus depuis des lustres. Plus personne ne donne quoi que ce soit à Louise Somonson. Joelle Jones se concentre sur le dessin.

Entre les mains d'une scénariste avec de vraies idées, une personnalité plus vive (où sont passées Vita Alaya, Leah Williams ?), Birds of Prey aurait été certainement plus aboutie. Et on n'aurait pas attendu 17 épisodes attendre l'impossible. Un des rares gros ratages de DC depuis un an et demi.