lundi 11 novembre 2024

AVENGERS, TOME 4 : LA GUERRE DES ROYAUMES (Jason Aaron / Ed McGuinness, Jason Masters)


- LA GUERRE DES ROYAUMES (Avengers #18-25)

Malekith, l'elfe noir, a rassemblé autour de lui les royaumes qui contestent la suprématie d'Asgard et une guerre a été déclaré pour éliminer Odin et ses sujets. Le conflit s'étend à Midgard/la Terre, protégée par Thor, le fils d'Odin. Les Etats-Unis d'Amérique, d'où provient la majorité des membres des Avengers, sont visés mais les autorités, dont ne dépendent plus l'équipe, ont d'autres arguments à opposer aux belligérants : l'Escadron Suprême, aux ordres de l'ex-agent du SHIELD Phil Coulson.


Le Céleste mort qui sert de quartier général aux Avengers est attaqué mais Captain America, Black Panther, Captain Marvel, She-Hulk et Blade sont absents. Ghost Rider et les agents du Wakanda doivent donc défendre leur base contre les hordes alliées de Malekith pendant que leurs camarades sont à New York.


Tandis que Thor, pour décrocher la victoire finale, voyage dans l'espace-temps pour trouver la version jeune et le roi Thor de la fin des temps, Jane Foster récupère le marteau du Thor de la Guerre. She-Hulk, elle, est éprouvée par son passé et ce qu'elle est devenue depuis son contact avec les Célestes...


Ce quatrième tome est particulier dans la mesure où il ne propose pas une histoire qui fasse avancer la série Avengers et pour cause, tous les épisodes sont rattachés à l'event War of Realms (La Guerre des Royaumes) qu'écrit au même Jason Aaron dans la lignée de la série Thor.


Pour le scénariste, cet event doit marquer la culmination de son run sur Thor (même s'il y ajoutera  la mini-série King Thor, qui sera la vraie conclusion de sa prestation). En tout et pour tout, Aaron aura animé le personnage pendant 7 ans (2012-2019) !

Pourtant, dans Avengers, Thor Odinson reste un membre peu mis avant avant et après ce tome 4, comme si Aaron voulait bien signifier aux fans que, non, il n'en fait pas une obsession. Thor est là parce qu'il est un membre fondateur de l'équipe et un des trois membres de la "trinité" (avec Iron Man et Captain America).

L'avantage quand on écrit un event et deux des séries les plus importantes qui sont impactées parc celui-ci (Thor et Avengers donc), c'est qu'on peut faire ce qu'on veut dans les épisodes qui sont rattachés à la saga centrale. A cette époque, Marvel ne refuse rien à son scénariste vedette et il convoque des personnages qui lui sont familiers (comme Wolverine, le Punisher - qu'il a écrit dans sa version Max) et d'autres auxquels il n'a jamais touchés (comme Daredevil, investi des pouvoirs de Heimdall). War of Realms est un bon event, très spectaculaire, avec des dessins magnifiques de Russell Dauterman (dont ça reste à ce jour le dernier travail mensuel).

En ce qui concerne les épisodes tie-in de Avengers, Aaron, sans doute déjà bien occupé à ce que son event soit respecté par tous ses collègues qui doivent composer avec, se montre très basique. Hormis l'épisode 18 et l'épisode 21, qui ouvre et ferme ce tome, peu ou pas de surprise au menu. On démarre par l'implication de l'Escadron Suprême et on finit par une séance de spa dans le QG des Avengers.

L'Escadron Suprême a été introduit dans le tome 2 de façon fugace : Black Panther refusant que les Avengers reste une équipe soumise aux autorités américaines, le gouvernement confie à l'ancien agent du SHIELD Phil Coulson la mission de composer un groupe de surhommes capable de défendre les Etats-Unis, éventuellement contre les Avengers. On trouve donc Hyperion, Nighthawk, Power Princess, the Blur et Doctor Spectrum (respectivement les versions Marvel de Superman, Batman, Wonder Woman, Flash et Green Lantern).

Surtout, entre deux séances de bourre-pif contre des géants des glaces, on découvre que ces quatre individus, autrefois héroïques, sont en fait victimes d'un conditionnement orchestré par Phil Coulson, un véritable lavage de cerveau en règle pour en faire des soldats dociles. Mais Coulson lui-même ne semble pas tout à fait dans son assiette : et pour cause, il étai mort durant l'event Secret Empire (écrit par Nick Spencer) !

On va là aussi apprendre comment il a pu revenir d'entre les morts et la réponse est (SPOILER)... Grâce à Mephisto ! Le diable, comme je vous l'avais dit, est partout dans le run de Jason Aaron sur Avengers et il se sert de la nature de Coulson (similaire à celle d'Amanda Waller chez DC), c'est-à-dire un agent obsédé par les super-héros et la menace potentielle qu'ils incarnent, pour le transformer littéralement en agent dormant qui oeuvre à la destruction des Avengers avec le concours de l'Escadron Suprême.

Je vous laisse penser ce que vous voulez de cette caractérisation, mais pour ma part, ça ne m'a pas choqué dans la mesure où, que ce soit au cinéma, à la télé ou dans les comics, Phil Coulson n'a jamais été un personnage auquel j'ai réussi à m'attacher. Alors en faire le sbire de Mephisto, certes, ce n'est pas très subtil, ça ne lui donne pas davantage de charisme, mais lui ou un autre... De toute façon, pour moi, la vraie connerie qu'a faite Marvel, c'est d'écarter Nick Fury et de le remplacer par son fils, Nick Jr., afin de coller (physiquement) au personnage joué par Samuel L. Jackson dans le MCU.

L'épisode 20 mérite aussi une pause puisqu'il met en avant She-Hulk en train de latter des elfes et autres comparses de Malekith. Dans la série, la cousine de Bruce Banner est devenue surpuissante, une vraie bombe gamma ambulante, qui perd beaucoup de son intelligence quand elle se transforme. Aaron a pris cette direction car il ne pouvait pas disposer de Banner et qu'il lui fallait un Hulk. Ce n'est pas ce que je préfère dans ce qu'il a fait, tout comme cette romance improbable qu'il développe entre Jennifer Walters et Thor (parfaitement grotesque).

Mais dans cet épisode précis, Aaron montre quand même au fan de Jennifer Walters qu'il n'a pas effacé d'un trait de plume qui elle était. On la voit déchirée entre qui elle fut et qui elle est devenue. Après elle embrasse son côté le plus sauvage, bestial, violent, et les circonstances favorisent ce choix. Et sans trop en dire, avant la fin de son run, le scénariste y reviendra et rendra vraiment justice à She-Hulk...

Ed McGuinness réussit à enchaîner quatre épisodes à la suite, ce qui n'est pas un mince exploit. Mark Morales à l'encrage a dû turbiner pour tenir les délais de cet artiste fâché avec eux. Il est dans son élément avec des chapitres bourrés d'action et de démesure et il a l'occasion de dessiner des héros à la musculature hypertrophiée comme il les apprécie et des héroïnes plantureuses comme il les adore.

Lorsque Jason Masters signe l'épisode 21, qui ferme le ban, le changement esthétique est radical et le manque de maîtrise aussi. Les maladresses dans la composition des plans, le découpage besogneux, tout concourt à rendre une copie médiocre. Mais l'essentiel a déjà été fait, c'est juste un épisode "aftermath", assez quelconque.

Un tome 4 qui est finalement dispensable même si visuellement péchu.

AVENGERS, TOME 3 : LA GUERRE DES VAMPIRES (Jason Aaron / Sara Pichelli, David Marquez)


- LA GUERRE DES VAMPIRES (Avengers #13-17)

Il y a un million d'années, dans la cité céleste de K'un Lun, Fan Fei, une jeune femme, est condamnée à mort pour avoir enseigné aux premiers hommes les rudiments des arts martiaux qu'elle-même avait appris. Jetée dans une fosse où se trouve un dragon, Shou Lao, elle réussit pourtant l'impensable en survivant, déchirant le coeur du monstre pour s'emparer de son feu sacré. Dehors, désormais armée du poing de fer, elle protège les hommes de puissants gorilles dont le chef est guidé par Mephistoi jusqu'à une pierre d'infinité...
 

Dans les Carpates, Dracula est obligé de fuir son royaume quand le Colonel de l'ombre et sa Légion des Morts le déloge sauvagement de son château, assassinat ses fidèles. Ces nouveaux vampires attaquent en divers points du globe et les Avengers sont obligés de répliquer en se dispersant.


Avec le renfort de Blade, le vampire chasseur de vampires, ils capturent le Colonel et le conduisent dans le Céleste mort qui leur sert désormais de quartier général. Mais ils ignorent qu'ils tombent dans le piège qu'il avait tendu pour approcher Ghost Rider et le posséder. Robbie Reyes affronte ses amis et part avec le Colonel.


Cependant, Dracula a trouvé refuge en Russie où il se présente devant la Garde Hivernale pour demander l'asile. Mais ses hôtes réclament des gages et le roi des vampires a une offre à leur soumettre à laquelle ils ne pourront pas résister : il peut leur livrer les Avengers qui sont à sa recherche pour trouver un moyen de tirer Ghost Rider des griffes du Colonel de l'ombre...


Pour son troisième arc narratif, Jason Aaron commence, comme pour le tome 2, par un retour en arrière, il y a un million d'années : nous allons apprendre les origines du premier Iron Fist avant qu'il n'intègre les Avengers préhistoriques d'Odin.


Le scénariste innove en en faisant une jeune femme qui a eu la mauvaise idée d'apprendre les arts martiaux aux premiers hommes. Pourtant, elle va échapper à son châtiment de manière spectaculaire en plongeant dans le coeur du dragon Shou Lao et acquérir ainsi le poing de fer (l'iron fist donc). Bannie de K'un Lun, elle devient la protectrice d'une tribu humaine tracassée par des gorilles intelligents et cruels.

Aaron réussit à divertir avec cet épisode mais en même temps il prouve qu'il n'a pas créé ces Avengers préhistoriques pour la plaisanterie : comme pour les origines du premier Ghost Rider, la bascule s'opère avec la présence de Mephisto, le grand tentateur, sous la forme d'un serpent, qui vient essayer de corrompre l'héroïne puis son adversaire.

Andrea Sorrentino, qui venait de chez DC (où il avait brillé sur Green Arrow, écrit par Jeff Lemire), met en images ce segment. Récemment sous le feu des critiques pour avoir visiblement utilisé l'Intelligence Artificielle pour un travail, l'italien a un style qui ressemble ici à du Frank Quitely, mais sans le génie de ce dernier. Son trait fin et son découpage très élaboré réussissent pourtant à donner à l'ensemble une belle allure à laquelle le regretté Justin Ponsor aux couleurs n'est pas étranger.

Le diable de Marvel va devenir une figure récurrente de tout le run de Aaron jusqu'à son terme, manipulant les uns et les autres, pour tenter d'abattre ceux qui se dressent sur son chemin et contrarient ses projets. Les Avengers de toutes les époques sont donc ses cibles et on verra que Mephisto va employer des moyens de plus en plus colossaux pour les éliminer.

Toutefois, il n'est pas non plus le chef d'orchestre omniprésent de toutes les menaces qu'affrontent les Avengers. Dans l'arc de La Guerre des Vampires, Aaron utilise une intrigue classique avec une bataille de pouvoir entre Dracula et la Légion des Morts, qui n'est pas sous l'influence du Malin.

Alors, bien sûr, il ne s'agit pas de l'histoire la plus originale du scénariste qui l'a surtout, à l'évidence, conçu comme un divertissement pop-corn explosif et qui, rétrospectivement, a plutôt l'air d'un échauffement pour les Avengers. L'un des leurs est victime d'un détournement et ils réagissent à la fois pour le sauver avant de ramener la paix dans le monde.

Dans une bonne partie de son run, Aaron aura deux chouchous dans l'équipe : d'une part She-Hulk et de l'autre Ghost Rider. Robbie Reyes est un peu son Spider-Man à lui : le rookie de la bande, la plus jeune et inexpérimentée des recrues, affligée d'une malédiction sur laquelle il n'a aucun contrôle et qui est liée à un pacte maléfique (tiens, tiens...). Il n'est donc pas difficile de s'attacher à ce personnage qui est constamment perdu au milieu de champions du Bien chevronnés qui le chaperonnent, le guident, le testent, et lui doivent à l'occasion une fière chandelle (comme on a pu le vérifier lors du combat contre le dernière armée des Célestes).

Ghost Rider, c'est aussi toute une mythologie sur laquelle a travaillé auparavant Aaron et qu'il a enrichi, mais Robbie Reyes n'est pas Johnny Blaze ni Danny Ketch, c'est quasiment une page blanche sur laquelle il peut projeter de que bon lui semble et qu'il a ostensiblement à coeur de valoriser pour en faire la vedette de demain. Malheureusement, comme Luke Cage avec Bendis, personne ne saura vraiment profiter du travail opéré par le scénariste pour confirmer le potentiel de Robbie Reyes.

Aaron a aussi intégré à l'équipe des Avengers un huitième membre en la personne de Blade, le vampire chasseur de vampires. Popularisé grâce aux films de Stephen Norrington, Guillermo del Toro et David Goyer à la fin des années 90-début des années 2000, Kevin Feige tente depuis de lui redonner sa chance mais le projet semble maudit (plusieurs auteurs et réalisateurs ont jeté le gant et maintenant le long métrage n'a même plus de date de sortie). Le scénariste lui donne un caractère fort en gueule, c'est le tueur du groupe, l'équivalent de ce que fut Wolverine pour Bendis et donc on peut se poser les mêmes questions sur son recrutement que pour le mutant griffu (à savoir : comment Captain America, par exemple, s'accommode d'un tel acolyte ?).

Visuellement, ces épisodes sont très dynamiques : David Marquez est aux commandes et il fait ce qu'il sait faire le mieux, insuffler une énergie folle à chacune de ses planches, en livrant des scènes d'action extraordinairement intenses. Certes, il le fait en sacrifiant de plus en plus les décors au fur et à mesure de la progression du récit, mais quel punch !

Avec Marquez, on a pu croire que la série s'était trouvé un artiste régulier qui pourrait, au besoin, laisser de la place à l'autre vedette du titre, Ed McGuinness. Pourtant, il ne s'attardera pas et La Guerre des Vampires conclura sa prestation sur le titre, de belle manière certes, mais aussi en en frustrant pas mal. De fait, ensuite, il faudra attendre un certain temps avant que Avengers déniche la perle rare capable de soutenir les scripts exigeants graphiquement de Aaron.

On a donc cinq épisodes rapides, toniques, à défaut d'être inventifs. Jason Aaron semble encore en rodage, comme s'il cherchait à séduire le lecteur tout en avançant patiemment ses pions. Ce que confirmera le tome suivant qui n'est rien d'autre qu'un gros tie-in à War of the Realms, l'event lié à Thor, autre série qu'il pilote à l'époque.

samedi 9 novembre 2024

PLASTIC MAN NO MORE ! #3 (of 4) (Christopher Cantwell / Alex Lins & Jacob Edgar)


Après avoir récupéré Uranium, Plastic Man annonce sa démission à la Justice League qui ne prend toujours pas au sérieux la dégradation de son état. Mais la mort des autres Metal Men va pousser le détective Chimp à mener l'enquête pour comprendre ce qui s'est vraiment passé tandis que Plastic Man renoue avec son fils...


Plus cette mini-série avance, plus le projet de Christopher Cantwell révèle sa force inattendue. Ce scénariste semble ne jamais être aussi bon que dans des histoires à la marge : sa production chez les indépendants en témoigne, avec de beaux succès critiques (Everything ; The Blue Flame), alors que quand il travaille pour les Big Two, la méfiance est de mise chez les lecteurs (voir son run sur Iron Man).


Mais avec Plastic Man No More !, il pourrait bien réussir à réconcilier tout le monde. En vérité, Cantwell me fait un peu penser à Al Ewing. Lorsque ce dernier bosse sur de gros titres (pour la gamme X-Men ; sur Immortal Thor), il s'essouffle vite, se sacrifiant pour suivre souvent les idées des autres, alors que lorsqu'il s'intéresse à des personnages plus ingrats (Loki ; Defenders), il fait des étincelles.


Là, Cantwell a pris tout le monde au dépourvu en annonçant vouloir raconter une histoire lorgnant sur e body horror avec Plastic Man, un super-héros réputé pour son côté loufoque. Et pourtant il en tire quelque chose de poignant et d'éprouvant sur un type littéralement en pleine décomposition, physique certes, mais aussi mental, poursuivant pour tenter de se sauver un plan complètement dément.


Ce pénultième chapitre insiste principalement sur ce point puisque Plastic Man a réussi à sauver Uranium, un des Metal Men, dont il compte se servir pour concevoir une bombe atomique qui remédierait à sa déchéance mais surtout sauverait son fils, qui possède les mêmes pouvoirs que lui et est donc susceptible d'être atteint de la même dégénérescence.

Le souci, c'est que pour récupérer Uranium, les autres Metal Men ont péri. La nouvelle n'est pas très bien accueillie par le Justice League, mais sans doute ne s'en formalise-t-elle pas non plus outre mesure dans la mesure où 1/ les Metal Men ne sont pas des membres de leur équipe et 2/ doit-elle se fier au récit de ce pitre de Plastic Man.

Un seul héros prend ça au sérieux : le détective Chimp, qui avait proposé son aide à Plastic Man au tout début, sans succès. Il va se rendre dans l'entrepôt où s'est déroulé le drame et procéder à une enquête minutieuse. Car il a beau être un chimpanzé doué de parole, habillé comme Sherlock Holmes, Chimp est le meilleur détective après Batman. Et ce qu'il va mettre à jour va totalement changer son regard sur ce à quoi est prêt Plastic Man...

Pendant ce temps, Plastic Man renoue avec son fils mais avec une idée derrière la tête... Christopher Cantwell utilise ces péripéties pour souligner que, même avec les meilleures intentions, on peut agir de manière stupide et criminelle. Jusque-là on éprouvait de l'empathie pour son héros et ce qu'il endurait. Mais ensuite, on est, comme Chimp, obligé de reconsidérer ses agissements de façon plus critique.

Et c'est cette ambivalence qui donne sa richesse au récit. Non pas pour enfoncer Plastic Man et le renvoyer à son passé de criminel, mais bien pour son attitude insensée, son irresponsabilité. Au début de l'épisode, sur une planche, avec en gros plan le visage de sa femme découpée en une multitude de cases, on lit tout le ressentiment qu'elle a pour ce mari qui a préféré sa carrière de justicier repenti à sa vie de couple et de famille. Désormais à l'article de la mort, il essaie de recoller les morceaux alors que lui part en morceaux et s'interroge de savoir s'il n'est pas trop tard.

Que reste-t-il à un homme dans sa situation ? Sûrement pas l'espoir d'un pardon, ou même de la compréhension de la part de ses proches. Mais un ultime essai pour que ceux-ci ne souffrent pas davantage à cause de lui, quitte à commettre le pire.

Les dessins d'Alex Lins se font encore plus intenses dans la façon de montrer qu'à la décomposition physique de Plastic Man répond son délitement moral. Ses images ne sont pas flatteuses, ni même belles : il faut l'accepter non pas en se forçant à y voir un effet de style mais bien comme la meilleure manière de correspondre au script. Faire joli à ce stade de l'histoire serait une fausse route. Il faut au contraire souligner la laideur pour indiquer que le héros s'est engagé sur un chemin vertigineux.

Jacob Edgar a peu de place pour s'exprimer, ce qui est à la fois ingrat et normal puisque les scène dont il s'occupe sont réduites. Mais comme depuis le début, c'est le contraste entre son style cartoony et celui plus dirty de Lins qui rend la lecture poignante. Lorsque Edgar met en scène la démission de Plastic Man de la Justice League, il souligne à bon escient le comportement désinvolte, méprisant même de la Ligue face à leur ami mourant. Et c'est d'autant plus fort que le trait rond et naïf du dessinateur donne à ce moment une allure a priori inoffensive.

Comment tout ça va-t-il se finir ? En la matière, on est dans une expectative semblable à celle éprouvée lors de la parution du dénouement de Strange Adventures de Tom King, Mitch Gerads et Evan Shaner, qui imaginait Adam Strange en potentiel criminel de guerre prisonnier de ses mensonges. Le terminus pour Patrick O'Brien a des chances d'être aussi surprenant.

vendredi 8 novembre 2024

BIRDS OF PREY #15 (Kelly Thompson / Sami Basri)


Démasquée par les dirigeants du 9ème Jour qui détiennent des amazones, Cassandra Cain envoie un s.o.s. à Oracle. Celle-ci ne le reçoit mais ne s'en inquiète pas outre mesure, contrairement à Big Barda qui sent que la situation a dégénérée...


Alors, là, je pense qu'on a un gros problème. Pas seulement comme celui que pressent, à juste raison, Barda au sujet de Batgirl, mais bien du côté de l'écriture de Birds of Prey. Je vous le dis tout net : si je m'écoutais, là, tout de suite, j'arrêterai immédiatement les frais.


Pourquoi cet alarmisme ? Parce que ce n'est vraiment pas, mais alors pas bon du tout. Et que ça commence à durer quand même. Je ne vais pas revenir sur le désastreux arc narratif qui a précédé celui-ci, mais bon, je comptais sur un sursaut de la part de Kelly Thompson. Et la scénariste n'est visiblement pas capable de rebondir.


Outre les changements répétés de recrues, de moins en moins charismatiques (pourquoi Zealot n'est-elle pas revenue dans l'équipe alors que cette nouvelle intrigue offrait une occasion en or pour ça ?), il semble bien que la série s'enlise dans un récit de moins en moins probant, de plus en plus décompressé. Et ça, hé bien, ce n'est pas encourageant pour la suite.


Il se trouve que le 23 Octobre dernier est sorti Absolute Wonder Woman #1, deuxième série de la gamme Absolute de DC. Kelly Thompson est aux commandes, avec Hayden Sherman au dessin, de ce titre qui réinvente l'amazone dans la contre-Terre de Darkseid. Je n'ai pas lu le premier épisode, cette nouvelle ligne ne m'intéresse pas pour l'instant (mais il y a des choses plus intéressantes en vue donc je ne ferme pas la porte) et je m'abstiendrai de critiquer, même si j'ai vu qu'il y avait de nombreuses réserves.

Pour des auteurs aussi renommés que Scott Snyder (Absolute Batman) et Jason Aaron (Absolute Superman), la ligne Absolute est l'occasion de revisiter les héros iconiques de DC, détachés de la continuité, et du cadre dans lequel on est habitué à les voir évoluer. Dans le cas de Absolute Wonder Woman, par exemple, elle n'a pas grandi sur Themyscira mais en Enfer auprès de Circé. Une sorte de version dépouillée donc du folklore habituel.

Il est à noter que Snyder et Aaron ne font qu'écrire pour DC dans cette gamme Absolute, contrairement à Kelly Thompson qui a un pied dans chaque monde puisqu'elle poursuit donc Birds of Prey. Et là, évidemment, ce n'est pas la même affaire puisqu'il y a un passé à respecter, des bases connues. Mais que penser quand un auteur semble déjà à cours d'idées neuves  au bout de 15 épisodes ?

L'intrigue qui a débuté le mois dernier entraîne les BoP sur la trace d'amazones achetées par une compagnie, le 9ème Jour, qui pratiquent des expériences sur elles. Tout ça s'inscrit dans ce que Tom King a établi dans sa série Wonder Woman avec les amazones déclarées persona non grata sur le sol américain et traquées pour être expulsées ou incarcérées si elles se rebellent.

Que Thompson exploite ce que King a posé, c'est plutôt bienvenu car King ne peut pas tout développer dans sa propre série. Qu'elle le fasse avec si peu d'inspiration et si peu de rythme, c'est déjà plus embêtant. Parce qu'on s'ennuie ferme : la mission d'infiltration de Batgirl au sein des locaux du 9ème Jour tourne cour, elle est faite prisonnière à son tour, s'évade et tombe sur un os

Jusque-là ça va, même si ce n'est pas folichon. Ce qui est vraiment affligeant, c'est la réaction d'Oracle et, dans une moindre mesure, de Black Canary quand Cassandra Cain ne donne pas de nouvelles à l'heure prévue - en gros : ce n'est pas grave, on peut attendre un autre créneau horaire, et puis elle peut se débrouiller. Big Barda, elle, s'emporte face à cette attentisme et ne comprend pas - comme le lecteur.

Et je vous passe les dialogues nuls entre Onyx Adams et Grace Choi (dont on se demande ce qu'elles fichent là), où celui entre Black Canary et Sin (qui n'apprécie guère elle aussi de rester en retrait). Kelly Thompson retombe dans les travers de ses travaux chez Marvel où elle démarrait sur les chapeaux de roues avant de sombrer progressivement, comme incapable de tenir une série sur la durée (quand bien même, à sa décharge, elle se ressaisissait parfois en fin de run).

Sami Basri dessine ça proprement et, grâce à lui, Birds of Prey bénéficie d'une mise en images élégante, plaisante, ce qui est déjà appréciable après le précédent arc et son défilé d'artistes. Mais avec un script pareil, ses talents ne sont pas mis en valeur, il se contente en vérité d'illustrer des scènes qui s'étirent péniblement.

J'espérai donc un sursaut, mais je constate que c'est un plat que fait la série. La motivation pour se taper la suite descend en flèche. La solution la plus raisonnable serait de laisser filer les épisodes jusqu'à la fin de l'arc et de les critiquer d'un bloc pour voir si c'est un problème de construction narrative (autrement dit si la série se lit mieux d'une traite que mensuellement). J'aviserai après avoir lu le n°16.

jeudi 7 novembre 2024

JSA #1 (Jeff Lemire / Diego Olortegui)


Plusieurs membres de la Justice Society of America sont portés disparus après une attaque lancée sur leur quartier général. Les héros restants se disputent sur quoi faire : certains estiment qu'il faut traquer les suspects, d'autres tenter de retrouver leurs camarades...


Ce retour de la JSA doit s'apprécier pour ce qu'il est : le vrai retour d'une série et de ses personnages après la tentative ratée de Geoff Johns de composer son troisième run. Le scénariste qui fit autrefois la pluie et le beau temps chez DC a laborieusement livré douze épisodes, avec beaucoup de retard, pour une histoire besogneuse au possible avant de prendre définitivement son indépendance chez Image Comics qui héberge désormais son propre label (Ghost Machine).


DC n'a pas voulu laisser le soufflé retomber mais n'a pas non voulu refaire la même erreur. Il fallait une série JSA régulière, qui sort à l'heure, et également débarrassée des obsessions de Johns et pour cela l'éditeur a fait appel à un auteur qui a lui-même connu des hauts et des bas durant la période des New 52 mais qui est une valeur sûre et un scribe prolifique : Jeff Lemire.


Cela faisait donc un moment que je n'avais plus lu une série JSA et également du Jeff Lemire (je n'ai pas réussi à venir à bout du dernier volume de Black Hammer, devenu trop échevelé à mon goût). Le canadien a exprimé sa joie de reprendre ce titre qui est, dit-il, son préféré dans la catalogue DC et pour lequel, s'il a conservé des éléments de Johns, est un vrai jumping-on-point.


Ce qui frappe surtout à la lecture de ce premier épisode, très dense et très fluide en même temps, c'est qu'on constate que Lemire, comme il le fait avec ses spin-off de Black Hammer, renoue avec les basiques de la série. D'ailleurs le titre de ce premier arc, Ragnarok, renvoie directement à une histoire mémorable de la JSA.

Le casting ensuite se veut très large et fédérateur, comme une synthèse : il y a les vieux de la vieille (Alan Scott, Jay Garrick, Ted Grant, Hawking et Hawkman), la relève (Sandy Hawkins, Jessie Quick,, Hourman) et les versions alternatives (Yolanda Montez, Beth Chappell, Khalid Nassour), sans oublier les descendants directs d'un vétéran (Jade et Obsidian). Donc à la fois la Justice Society originelle, celle relancée par James Robinson et David Goyer à la fin des 90's, celle de Johns et Infinity Inc. : ce que Johns rêvait sans doute lors de son deuxième run quand in évoquait une série Justice Society Infinity.

On peut d'ailleurs s'amuser de cette relance de JSA en mode Infinity quasiment au même moment que celui de Justice League en mode Unlimited, comme si désormais une équipe aussi emblématique ne pouvait qu'ouvrir grand ses portes pour être sûr de n'oublier personne (et de plaire à tous). Et simultanément aussi avec la gamme Absolute qui veut réinventer les héros iconiques de l'éditeur sut une sorte de contre-Terre.

Sur le fond, Lemire a écrit une introduction qui ne manque pas de matière avec tous ces personnages mais il réussit à tous leur donner un moment et surtout à créer du lien et des tensions. Grosso modo, la génération Infinity Inc. est aux commandes après la disparition mystérieuse des vétérans mais deux clans s'affrontent : Jade souhaite que les efforts soient concentrés pour retrouver les membres manquants quand Obsidian, son frère, préfère prioriser la traque de ceux qui les ont attaqués (et ont laissé Jakeem Thunder dans un sale état).

Le twist final, que je ne vous révélerai pas, est très habile pour donner envie de lire la suite, même si les méchants sont classiques. Toutefois, tout le projet de Lemire tient dans cette volonté manifeste de s'appuyer sur ce qui fonde une série come celle-ci plutôt qu'essayer de réinventer la roue. Les thèmes de la transmission, de l'héritage, de la tradition et de la modernité, sont là, fidèles au poste. Si vous venez pour ça, vous êtes servis et c'était mon cas.

Pour dessiner une série aussi fournie que JSA, il faut compter sur un artiste qui se donnera sans compter et qui assumera cette charge de travail. DC a donc misé sur un jeune, Diego Olortegui, testé auparavant sur une mini-série Jay Garrick publiée en même temps que Justice Society of America de Johns.

C'est aussi lui qui a signé la couverture et elle est représentative de ce qu'il fait à l'intérieur : son trait est expressif et dynamique. Parfois étonnamment il est encore un peu rigide sur certaines attitudes et son découpage est très classique. Mais force est de reconnaître qu'il embrasse le script de Lemire avec un vrai talent et une belle technique.

Olortegui fait en sorte que les héros les plus âgés ressemblent à ce qu'ils doivent être tandis que les plus jeunes se distinguent d'eux et que ceux qui sont entre deux soient identifiés comme tels. Les décors sont soignés sans être exubérants et de ce point de vue, l'épisode donne à voir plusieurs sites bien marqués (le Brownstone de la JSA, la Tour du Destin). 

Il n'y a rien à jeter dans cette reprise, même si évidemment tout reste à (re)faire. Mais les personnages que vous aimez sont présents, l'intrigue est accrocheuse, visuellement c'est tonique. En un mot comme en cent : ça fait du bien de retrouver la JSA.

mardi 5 novembre 2024

AVENGERS, TOMES 1 & 2 : LA DERNIERE ARMEE & TOUR DU MONDE (Jason Aaron / Sara Pichelli, Ed McGuinness, Paco Medina, David Marquez, Cory Smith)

AVANT-PROPOS :

Je suis actuellement en train de relire le run de Jason Aaron sur la série Avengers et j'ai eu l'idée de vous en proposer une rétrospective en m'appuyant sur les albums en vf parus chez Panini Comics. Je vais essayer d'en rédiger une critique par semaine au moins et de vérifier si ce run mérite d'être réhabilité.

Ces deux premiers tomes collectent donc l'exemplaire du Free Comic Book Day 2018 qui présentait la série telle que Jason Aaron l'a relancée plus les épisodes 1 à 12 (soient les deux premiers arcs narratifs).



- LA DERNIERE ARMEE (Free Comic Book Day 2019 + Avengers #1-6)

Black Panther est convoqué par Odin dans les ruines d'Asgardia, récemment détruite par Mangog. Le Père-de-tout prévient le roi du Wakanda que des dangers d'envergure menacent la Terre (Midgard), dont l'une est en relation avec la toute première équipe des Avengers formée il y a un million d'années !


Steve Rogers et Thor donnent rendez-vous dans un bar à Tony Stark pour discuter d'une relance de l'équipe des Avengers dont leur trio serait la base. Récemment revenu d'entre les morts, Stark se montre sceptique mais lorsque des Célestes, des géants cosmiques, se mettent à tomber, morts, sur Terre, les trois compagnons n'hésitent pas à intervenir. Et ils ne sont pas les seuls...


... Carol Danvers/Captain Marvel réagit aussi depuis la station orbitale Alpha Flight aux premières loges pour assister à ce spectacle. Le jeune Robbie Reyes/Ghost Rider affronte des locustes qui sortent de terre. Jennifer Walters/She-Hulk touche un Céleste et se transforme. Black Panther et Doctor Strange découvrent en Afrique au fond d'une grotte un nid de locustes prêts à éclore...


La situation prend un nouveau tour dramatique quand de nouveaux Célestes, bien vivants ceux-là, apparaissent avec à leur tête Loki ! Attaqué par les Avengers, le dieu asgardien enlève Captain America pour lui expliquer la raison de ce phénomène qui trouve son origine il y a quatre milliards d'années quand un premier Céleste, le Géniteur, infecté par les locustes, est venu mourir sur Terre et a provoqué l'apparition des super-humains. La dernière armée des Célestes est là aujourd'hui pour détruire la Terre et se débarrasser des locustes...
 

Quand Jason Aaron se voit confier l'écriture de la série Avengers, le titre a perdu de sa superbe depuis la fin du run de Jonathan Hickman à qui a succédé Mark Waid (ensuite assisté d'Al Ewing et Jim Zub) pour des histoires moins ambitieuses. Marvel veut coller au succès de ses héros sur grand écran et la composition de l'équipe a sans doute été imposé éditorialement en ce sens.


En effet, on trouve les vedettes que sont Iron Man, Captain America, Thor, Captain Marvel, Doctor Strange, Black Panther (incarnés au cinéma par Robert Downey Jr., Chris Evans, Chris Hemsworth, Brie Larson, Benedict Cumberbatch, Chadwick Boseman). Jason Aaron est familier avec quelques-uns de ces héros (il a écrit Black Panther, Doctor Strange et bien sûr Thor, qu'il anime toujours à cette époque - nous sommes en 2018), et il peut ajouter un Ghost Rider (sur lequel il a aussi oeuvré). Et il récupère un Hulk avec Jennifer Walters.
 

Quant à la menace des Célestes, elle apparaîtra également plus tard (en 2021) au cinéma dans le film Les Eternels mais nul doute que tout ça était déjà dans les tuyaux en 2018. Et bien entendu, pour fiare bonne mesure, Loki est également présent mais, et c'est une des grandes idées que développera Aaron, en qualité de premier des Avengers : en effet, si cela peut paraître déplacé, il ne faut pas oublier que le frère de Thor a été celui qui a motivé la formation initiale de l'équipe et c'est ce qu'il provoque encore ici.


Jason Aaron, c'est évident, a un cahier des charges imposé - du grand spectacle - mais il se ménage de la place pour ses propres idées. Ce n'est pas sur ce premier arc qu'on les sent, même s'il glisse quelques gags absurdes comme il le faisait déjà sur Wolverine & the X-Men : l'exemple le plus frappant, c'est la romance qu'il établit rapidement en She-Hulk et Thor. Mais on peut aussi noter son affection pour Robbie Reyes qu'il définit comme le rookie de la bande avec une caractérisation à la Spider-Man (ses pouvoirs le dépassent et le grisent, c'est le benjamin du groupe).

Aaron doit aussi gérer les conséquences d'histoires antérieures comme Civil War II et l'antagonisme entre Tony Stark et Carol Danvers (cette dernière ayant quasiment tué Iron Man), mais il s'en débarrasse assez vite tout en y revenant plus tard de manière humoristique. En revanche, on pourra s'étonner du peu de cas qu'il fait de Dr. Strange qui pèse assez peu sur l'action et quittera l'équipe après cette première aventure (parce qu'il est fort occupé par ailleurs - ce qui est vrai puisqu'il doit récupérer de sa bataille éprouvante contre l'Empirikull et la quasi éradication de la magie).

L'intrigue est très bourrine, on ne va pas se le cacher, et les enjeux de la bataille sont démesurés jusqu'à la caricature avec tous ces Célestes qui tombent du ciel, morts ou vifs, avec le projet de détruire notre monde infesté par des bestioles qui ont eu raison de l'un d'entre eux. Néanmoins, dans tout ce fatras de destruction, de fin du monde, Aaron, via Loki, investit les origines des super-héros Marvel en expliquant que le Géniteur, mourant, a engendré la vie sur la planète et indirectement donné naissance aux surhommes de façon certes peu ragoutante... Et la théorie de Aaron/Loki est devenue canonique depuis !

L'autre addition à la mythologie Marvel, c'est la création des Avengers préhistoriques il y a un million d'années avec Odin, Phénix, les premiers Sorcier Suprême, Black Panther, Iron Fist, Starbrand, Ghost Rider. C'est complètement loufoque mais très marrant et finalement les membres de ce groupe improbable ont du charisme. Aaron voudra à intervalles réguliers leur consacrer un épisode dédié mais il n'ira pas au bout de son idée (on ne saura jamais les origines des premiers Black Panther et Sorcier Suprême, ni celles de Phénix - même si un arc entier sera consacré à la force Phénix - ou d'Odin - qui tiendra un second rôle dans pas mal d'épisodes).

Au dessin, Sara Pichelli, en petite forme (le cas de cette dessinatrice restera un cas d'école pour montrer comment celle qui fut un grand espoir des comics a perdu son mojo), s'occupe du prologue édité dans le fascicule gratuit du FCBD de 2018, avant de céder la place à Ed McGuinness, qui renoue avec Aaron après leur bref passage sur Amazing X-Men.

McGuinness, hélas !, n'est pas un choix très judicieux pour dessiner des épisodes aussi énergivores, et s'il donne le change au début, il doit vite être aidé par Paco Medina qui prend en charge des scènes qu'on qualifiera d'intermédiaires (à McGuinness les moments où l'action domine, à Medina le reste). L'un dans l'autre, la qualité est quand même là, mais disons qu'on trouve ici le grand défaut de Marvel qui consiste à placer un artiste au fort potentiel commercial pour séduire le lecteur tout en sachant très bien que ledit artiste ne pourra pas assurer six épisodes de suite.

Un début donc "hénaurme", mais qui se finit précipitamment (sans vrai dénouement en fait), et handicapé par un graphisme inégal. En route pour le deuxième arc...


- TOUR DU MONDE  (Avengers #7-12)  
 

Il y a un million d'années, un jeune garçon voit toute sa tribu exterminée par une créature féroce. Il prend la fuite et se voit offrir un pouvoir considérable qui lui permet de se venger : c'est la naissance du premier des Ghost Riders.


Pour éviter de nouvelles tensions entre eux, Thor, Captain America et Iron Man proposent à Black Panther de diriger les Avengers. T'Challa hésite, déjà accaparé par son rôle de souverain du Wakanda, puis accepte à condition d'opérer des réformes de fond pour rendre l'équipe plus efficace.


Les représailles entamées par Namor d'abord contre des employés de Roxxon et plus généralement contre les terriens à la surface obligent les Avengers à intervenir pour le raisonner. Mais une fois la situation apparemment apaisée, Namor décide de former sa propre équipe dans l'optique de futures luttes : les Défenseurs des profondeurs.


Et évidemment tout dégénère rapidement. La Garde Hivernale composée des super-héros russes a maille à partir avec Namor et sa bande et les Avengers doivent jouer les arbitres. Entre les trois parties, la tension est au maximum et aboutit à une bataille qui aura des répercussions dans l'avenir.


T'Challa commence à réorganiser les Avengers en recrutant les agents du Wakanda, une sorte d'équipe B chargé de surveiller les zones de crise. Il réunit des alliés sur d'autres continents pour monter une coalition internationale mais la Garde Hivernale, par la voix de leur représentant, refuse d'en faire partie. Le gouvernement américain, d'ailleurs, ne soutient plus les Avengers et mise tout sur l'Escadront Suprême dirigé par l'agent Phil Coulson...


Ce deuxième arc est très (trop) morcelé. Mais Jason Aaron prouve qu'il voit loin, il a un projet sur le long terme et il plante donc des graines pour de futures récoltes. Le risque, c'est de balancer trop d'idées sans être assuré de toutes les voir bien développées, mais on le vérifiera plus tard.

Alors qu'actuellement, en 2024, Aaron écrit une mini-série consacrée à Namor, il mettait déjà le prince des mers en avant dès le début de son run sur Avengers. Personnage complexe et passionnant, il est mis en scène dans son interprétation la plus fougueuse ici, se posant en défenseur des fonds marins contre une compagnie qui souille son royaume, puis en n'ayant pas peur de se confronter à des super-héros de tous horizons.

Aaron introduit la Garde Hivernale dans son projet et ce n'est qu'un début. Si la caractérisation reste sommaire et la présentation de leur antagonisme avec les Avengers est caricaturale (on se croirait presque revenu au temps où c'était les ricains contre les cocos), il faut avouer qu'utiliser Ursa Major, la Dynamo Pourpre, Darkstar et quelques autres dirigés par la mystérieuse Veuve Rouge a de la gueule (d'ailleurs Marvel tentera d'exploiter ce filon quelque temps plus tard avec une mini-série Winter Guard qui a fait un flop).

Le scénariste prépare aussi le terrain pour l'Escadron Suprême, cette version de la Justice League créé par Mark Gruenwald, qui devient la super-équipe gouvernementale. Mais ce n'est qu'un bref teaser pour l'instant...

Une fois le chapitre Namor réglé (temporairement), on revient à la refonte même des Avengers selon Black Panther. Aaron semble ne jamais se contenter du déjà abondant casting qu'il aligne : ainsi il invente les agents du Wakanda, une sorte d'équipe de réservistes chargée de s'occuper du nouveau QG des Avengers (la dépouille du Géniteur, ce Céleste mort au pôle Nord), mais aussi d'espionner les vilains, les héros, d'anticiper les crises, d'observer de futures recrues, etc. Et le scénariste puise dans des personnages aussi variés que la Guêpe que Gorilla Man ou Broo (qu'il avait créé dans Wolverine & the X-Men) mais aussi Ka-Zar et j'en passe. Marvel lancera là aussi une mini-série Agents of Wakanda, qui sera un échec commercial.

Mais on peut louer la cohérence d'Aaron qui fait de Black Panther un vrai leader réformateur et méthodique, qui fait des Avengers une sorte de Justice Society, et qui exhume des héros peu, pas ou plus utilisés. C'est un peu indigeste mais généreux dans l'effort.

Au dessin, Sara Pichelli illustre, de façon correcte, les origines du premier Ghost Rider (avec son mammouth !). Puis David Marquez enchaîne avec trois épisodes (ceux avec Namor), remarquable de dynamisme et d'autorité. Ed McGuinness se charge ensuite des n°10 à 12, aidé cette fois par Cory Smith pour un résultat toujours aussi déséquilibré (McGuinness a la primeur sur les scènes d'action et Smith doit se contenter du reste, des moments plus dialogués et forcément moins fun).

L'épisode 10 correspond au 700ème numéro de la série depuis ses débuts (d'après les comptes faits par Marvel - je n'ai pas vérifié, je laisse ça aux archivistes les plus mordus de la continuité) et donc il bénéficie d'une pagination plus fournie. A cette occasion, Frazer Irving illustre une scène entre Robbie Reyes et Odin, Adam Kubert d'une avec Wolverine et Loki, Andrea Sorrentino d'une avec la Guêpe et Blade. Tout ça est très fouillis, assez mal écrit, et visuellement moyen (mention spéciale aux pages de Sorrentino qui semble avoir retravaillé très grossièrement des photos : c'est affreux).

Bref, beaucoup de choses dans cette deuxième partie qui s'apprécie surtout comme une sorte de maxi bande-annonce comme celles que Disney + ou Netflix balancent sur YouTube pour annoncer leurs prochaines sorties événements. Forcément frustrant, mais aussi excitant.

WONDER WOMAN, VOLUME 2 : SACRIFICE (Tom King / Daniel Sampere, Guillem March, Tony Daniel)


- #7 : GIFTED (Tom King /Guillem March) - (L'action se déroule chronologiquement avant l'épisode 5) Wonder Woman rejoint Superman dans le plus grand centre commercial de l'univers afin d'y acheter un cadeau d'anniversaire pour Batman...


- #8-10 : SACRIFICE (Tom King / Daniel Sampere) - Après avoir été vaincue, Wonder Woman est prisonnière du Souverain qui l'a ficelée avec son lasso du mensonge. Sous son influence, elle hallucine et croit vivre mariée à Steve Trevor dans un rôle de femme au foyer docile mais déconsidéré par son époux... 


De leur côté, les Wonder Girls - Donna Troy, Cassie Sandsmark, Yara Flor - ont capturé Sarge Steel pour qu'il leur donne la position de l'endroit où est détenue Wonder Woman. Celle-ci continue à revivre des épisodes de son passé aux côtés de Steve Trevor mais également au sein de la Justice League...


Cela fait maintenant deux mois que Wonder Woman est aux mains du Souverain. Elle reprend progressivement des forces et ses esprits dans le projet de d'échapper pour gagner Themyscera. Les Wonder Girls ont récupéré le jet de Diana avec lequel elles rejoignent elles aussi l'île des amazones...


- #11-13 : ABSOLUTE POWER (Tom King / Tony Daniel) -  Alors qu'elle est en compagnie de John Constantine, le Captain, Mary Marvel, Jim Corrigan/Le Spectre, Madame Xanadu et le détective Chimp, Wonder Woman subit l'assaut d'un des Amazos lancés aux trousses des super-héros par Amanda Waller...


Ses amis vaincus, Wonder Woman s'allie à Damian Wayne/Robin avec lequel elle capture Captain Boomerang pour qu'il leur livre l'adresse de la prison où sont incarcérés les super-héros. 
 

C'est ainsi qu'ils arrivent sur l'île de Gamorra où les attend Steve Trevor pour libérer leurs frères d'armes...

Tout d'abord, avant d'aborder le contenu de ce deuxième tome de Wonder Woman, je tiens à vous prévenir que l'édition en vo comporte donc sept épisodes et sortira le 19 Novembre prochain pour 19,99 $, tandis que l'édition français d'Urban Comics sortira le 22 Novembre (sous le titre Hors-la-loi tome 2) et ne comptera que les épisodes 7 à 10 pour 18 Euros. Vous voyez le problème ?

Bien, ceci étant dit, passons au programme de ce volume 2. Il est assez disparate et pour cause, quasiment la moitié des épisodes est composée de tie-in à l'event Absolute Power. Le premier numéro qui ouvre l'album raconte qui plus est une histoire qui se situe avant l'épisode 5. Autrement dit, une fois qu'on sait tout ça, il n'y a que trois épisodes, formant l'arc Sacrifice qui donne son titre au tome, qui sont la suite directe du premier volume.

L'épisode 7 contraste avec la tonalité de la série, plutôt sombre, mais se révèle surtout très anecdotique : Superman et Wonder Woman cherchent un cadeau d'anniversaire pour Batman. C'est aussi l'occasion d'évoquer brièvement la situation des amazones actuellement, la nature toujours incorrigiblement positive de Superman, la difficulté à contenter Batman...

Ce tas de clichés vous est offert par Tom King qui, comme chaque fois qu'il tente d'être plus léger, se prend lamentablement les pieds dans le tapis pour la simple raison qu'il ne sait pas faire. Lors de son run sur Batman, il avait eu l'occasion d'exercer son talent sur la Trinité Superman - Wonder Woman - Batman avec bien plus d'inspiration, au cours d'arcs narratifs dédiés, en jouant bien plus habilement sur les différences et les similitudes entre les trois héros.

On ne trouve rien de tel ici car l'épisode semble surtout avoir été écrit pour laisser à Daniel Sampere le temps de souffler avant les trois épisodes suivants et surtout après les six précédents où sa prestation a été impressionnante. Il est ici remplacé par Guillem March qui s'en tire très honorablement même s'il mériterait plus de considération de la part de DC qui ne l'emploie plus guère alors que c'est un très bon artiste.

Avant de parler du coeur de l'album, je vais faire un saut jusqu'au trois derniers épisodes, qui concluent ce volume. Il s'agit donc de tie-in à l'event Absolute Power de Mark Waid et Dan Mora. Je préfère franchement quand un éditeur publie des numéros spéciaux que ce genre de chapitres intégrés à une série en cours de publication car ça ne fait que parasiter une intrigue en cours qui n'en a vraiment pas besoin.

Mais DC a préféré impliquer les séries et leurs auteurs dans le récit d'Absolute Power et comme souvent (comme toujours ?), l'intérêt est très inégal. Ici tout repose sur l'alliance improbable entre Wonder Woman et Robin (Damian Wayne) et leur différence philosophique : elle essaie de résoudre les problèmes par la raison, lui par la violence. Rien de nouveau sous le soleil et c'est bien le souci. 

Déjà qu'associer Diana à Damian est pour le moins hasardeux, rien ne vient modifier leur conception de la résistance. Mais surtout je ne sais pas pour vous mais, moi, Damian m'insupporte. Ce gamin était une bonne idée à l'origine quand Grant Morrison l'a introduit officiellement dans la continuité, son association avec Dick Grayson quand il a remplacé Bruce Wayne (supposément mort après Final Crisis) était réjouissante (du fait de l'optimisme de Grayson face au cynisme de Damian), sa relation avec Jon Kent dans Super Sons était adorable... Mais aujourd'hui, je n'en peux plus de la morgue de ce morveux toujours mal gratté.

Tout ça est donc très artificiel et superflu. Tony Daniel au dessin rend une copie très correcte (bon, je ne suis pas son plus grand fan, mais je l'ai trouvé en forme pour son retour chez DC), mais j'aurai vraiment préféré que tout ça paraisse dans des hors-série.

Et donc, on va enfin pouvoir parler des épisodes centraux, du #8 au 10. D'abord, pour le plaisir incommensurable de lire des planches magnifiques de Daniel Sampere, divinement colorisées par Tomeu Morey. Qu'est-ce que c'est beau ! Sampere, c'est comme Clay Mann, si celui-ci rendait ses épisodes à l'heure, et avec un storytelling bien plus maîtrisé. Il a su s'emparer du personnage de Wonder Woman et en donner une version qui me semble définitive pour le coup.

Tom King lui donne aussi un script extraordinaire dans lequel on peut voir Diana en proie à des hallucinations où elle campe une desperate housewife mais aussi où elle revit ses grands moments, ses périodes plus ou moins glorieuses dans un dialogue fantasmé avec Steve Trevor, sous l'influence du Souverain et de son lasso du mensonge. Le procédé est malin et efficace, l'amazone est mise à mal psychologiquement après avoir été rincé lors de la bataille épique qu'i a clos le premier volume.

En parallèle, King met en scène les Wonder Girls à la recherche de Diana. Parfois, il se montre maladroit pou trop évasif (comme lors de l'interrogatoire de Sarge Steel), parfois il insiste trop sur l'humour (qui est complètement déplacé dans ce contexte, avec notamment Donna Troy qui tente de piloter le jet de Wonder Woman). Mais c'est compensé par tout le reste, donc le survol des scènes fantasmées ou revécues par Diana en compagnie de Trevor, et surtout, surtout ses échanges avec Cheetah, son ennemie jurée avec laquelle elle trouve enfin son point commun (toutes deux ont été des captives).

Ces trois épisodes, denses, complexes, visuellement splendides, sauvent un sommaire certes copieux mais avec un chapitre inutile et des tie-in encombrants. J'ai envie de dire à DC : laissez Tom King tranquille, il est en train d'écrire le meilleur run de Wonder Woman depuis des lustres, il a une histoire d'une intensité fabuleuse, ne sagouinez pas ses efforts avec des épisodes qui sont comme des mouches dans la soupe. Heureusement la suite ne devrait pas souffrir d'interférences pareilles et le volume 3 devrait conclure cette première saga avec le Souverain en beauté.