lundi 11 novembre 2024
AVENGERS, TOME 4 : LA GUERRE DES ROYAUMES (Jason Aaron / Ed McGuinness, Jason Masters)
AVENGERS, TOME 3 : LA GUERRE DES VAMPIRES (Jason Aaron / Sara Pichelli, David Marquez)
Aaron réussit à divertir avec cet épisode mais en même temps il prouve qu'il n'a pas créé ces Avengers préhistoriques pour la plaisanterie : comme pour les origines du premier Ghost Rider, la bascule s'opère avec la présence de Mephisto, le grand tentateur, sous la forme d'un serpent, qui vient essayer de corrompre l'héroïne puis son adversaire.
Andrea Sorrentino, qui venait de chez DC (où il avait brillé sur Green Arrow, écrit par Jeff Lemire), met en images ce segment. Récemment sous le feu des critiques pour avoir visiblement utilisé l'Intelligence Artificielle pour un travail, l'italien a un style qui ressemble ici à du Frank Quitely, mais sans le génie de ce dernier. Son trait fin et son découpage très élaboré réussissent pourtant à donner à l'ensemble une belle allure à laquelle le regretté Justin Ponsor aux couleurs n'est pas étranger.
Le diable de Marvel va devenir une figure récurrente de tout le run de Aaron jusqu'à son terme, manipulant les uns et les autres, pour tenter d'abattre ceux qui se dressent sur son chemin et contrarient ses projets. Les Avengers de toutes les époques sont donc ses cibles et on verra que Mephisto va employer des moyens de plus en plus colossaux pour les éliminer.
Toutefois, il n'est pas non plus le chef d'orchestre omniprésent de toutes les menaces qu'affrontent les Avengers. Dans l'arc de La Guerre des Vampires, Aaron utilise une intrigue classique avec une bataille de pouvoir entre Dracula et la Légion des Morts, qui n'est pas sous l'influence du Malin.
Alors, bien sûr, il ne s'agit pas de l'histoire la plus originale du scénariste qui l'a surtout, à l'évidence, conçu comme un divertissement pop-corn explosif et qui, rétrospectivement, a plutôt l'air d'un échauffement pour les Avengers. L'un des leurs est victime d'un détournement et ils réagissent à la fois pour le sauver avant de ramener la paix dans le monde.
Dans une bonne partie de son run, Aaron aura deux chouchous dans l'équipe : d'une part She-Hulk et de l'autre Ghost Rider. Robbie Reyes est un peu son Spider-Man à lui : le rookie de la bande, la plus jeune et inexpérimentée des recrues, affligée d'une malédiction sur laquelle il n'a aucun contrôle et qui est liée à un pacte maléfique (tiens, tiens...). Il n'est donc pas difficile de s'attacher à ce personnage qui est constamment perdu au milieu de champions du Bien chevronnés qui le chaperonnent, le guident, le testent, et lui doivent à l'occasion une fière chandelle (comme on a pu le vérifier lors du combat contre le dernière armée des Célestes).
Ghost Rider, c'est aussi toute une mythologie sur laquelle a travaillé auparavant Aaron et qu'il a enrichi, mais Robbie Reyes n'est pas Johnny Blaze ni Danny Ketch, c'est quasiment une page blanche sur laquelle il peut projeter de que bon lui semble et qu'il a ostensiblement à coeur de valoriser pour en faire la vedette de demain. Malheureusement, comme Luke Cage avec Bendis, personne ne saura vraiment profiter du travail opéré par le scénariste pour confirmer le potentiel de Robbie Reyes.
Aaron a aussi intégré à l'équipe des Avengers un huitième membre en la personne de Blade, le vampire chasseur de vampires. Popularisé grâce aux films de Stephen Norrington, Guillermo del Toro et David Goyer à la fin des années 90-début des années 2000, Kevin Feige tente depuis de lui redonner sa chance mais le projet semble maudit (plusieurs auteurs et réalisateurs ont jeté le gant et maintenant le long métrage n'a même plus de date de sortie). Le scénariste lui donne un caractère fort en gueule, c'est le tueur du groupe, l'équivalent de ce que fut Wolverine pour Bendis et donc on peut se poser les mêmes questions sur son recrutement que pour le mutant griffu (à savoir : comment Captain America, par exemple, s'accommode d'un tel acolyte ?).
Visuellement, ces épisodes sont très dynamiques : David Marquez est aux commandes et il fait ce qu'il sait faire le mieux, insuffler une énergie folle à chacune de ses planches, en livrant des scènes d'action extraordinairement intenses. Certes, il le fait en sacrifiant de plus en plus les décors au fur et à mesure de la progression du récit, mais quel punch !
Avec Marquez, on a pu croire que la série s'était trouvé un artiste régulier qui pourrait, au besoin, laisser de la place à l'autre vedette du titre, Ed McGuinness. Pourtant, il ne s'attardera pas et La Guerre des Vampires conclura sa prestation sur le titre, de belle manière certes, mais aussi en en frustrant pas mal. De fait, ensuite, il faudra attendre un certain temps avant que Avengers déniche la perle rare capable de soutenir les scripts exigeants graphiquement de Aaron.
On a donc cinq épisodes rapides, toniques, à défaut d'être inventifs. Jason Aaron semble encore en rodage, comme s'il cherchait à séduire le lecteur tout en avançant patiemment ses pions. Ce que confirmera le tome suivant qui n'est rien d'autre qu'un gros tie-in à War of the Realms, l'event lié à Thor, autre série qu'il pilote à l'époque.
samedi 9 novembre 2024
PLASTIC MAN NO MORE ! #3 (of 4) (Christopher Cantwell / Alex Lins & Jacob Edgar)
vendredi 8 novembre 2024
BIRDS OF PREY #15 (Kelly Thompson / Sami Basri)
jeudi 7 novembre 2024
JSA #1 (Jeff Lemire / Diego Olortegui)
mardi 5 novembre 2024
AVENGERS, TOMES 1 & 2 : LA DERNIERE ARMEE & TOUR DU MONDE (Jason Aaron / Sara Pichelli, Ed McGuinness, Paco Medina, David Marquez, Cory Smith)
WONDER WOMAN, VOLUME 2 : SACRIFICE (Tom King / Daniel Sampere, Guillem March, Tony Daniel)
Tout d'abord, avant d'aborder le contenu de ce deuxième tome de Wonder Woman, je tiens à vous prévenir que l'édition en vo comporte donc sept épisodes et sortira le 19 Novembre prochain pour 19,99 $, tandis que l'édition français d'Urban Comics sortira le 22 Novembre (sous le titre Hors-la-loi tome 2) et ne comptera que les épisodes 7 à 10 pour 18 Euros. Vous voyez le problème ?
Bien, ceci étant dit, passons au programme de ce volume 2. Il est assez disparate et pour cause, quasiment la moitié des épisodes est composée de tie-in à l'event Absolute Power. Le premier numéro qui ouvre l'album raconte qui plus est une histoire qui se situe avant l'épisode 5. Autrement dit, une fois qu'on sait tout ça, il n'y a que trois épisodes, formant l'arc Sacrifice qui donne son titre au tome, qui sont la suite directe du premier volume.
L'épisode 7 contraste avec la tonalité de la série, plutôt sombre, mais se révèle surtout très anecdotique : Superman et Wonder Woman cherchent un cadeau d'anniversaire pour Batman. C'est aussi l'occasion d'évoquer brièvement la situation des amazones actuellement, la nature toujours incorrigiblement positive de Superman, la difficulté à contenter Batman...
Ce tas de clichés vous est offert par Tom King qui, comme chaque fois qu'il tente d'être plus léger, se prend lamentablement les pieds dans le tapis pour la simple raison qu'il ne sait pas faire. Lors de son run sur Batman, il avait eu l'occasion d'exercer son talent sur la Trinité Superman - Wonder Woman - Batman avec bien plus d'inspiration, au cours d'arcs narratifs dédiés, en jouant bien plus habilement sur les différences et les similitudes entre les trois héros.
On ne trouve rien de tel ici car l'épisode semble surtout avoir été écrit pour laisser à Daniel Sampere le temps de souffler avant les trois épisodes suivants et surtout après les six précédents où sa prestation a été impressionnante. Il est ici remplacé par Guillem March qui s'en tire très honorablement même s'il mériterait plus de considération de la part de DC qui ne l'emploie plus guère alors que c'est un très bon artiste.
Avant de parler du coeur de l'album, je vais faire un saut jusqu'au trois derniers épisodes, qui concluent ce volume. Il s'agit donc de tie-in à l'event Absolute Power de Mark Waid et Dan Mora. Je préfère franchement quand un éditeur publie des numéros spéciaux que ce genre de chapitres intégrés à une série en cours de publication car ça ne fait que parasiter une intrigue en cours qui n'en a vraiment pas besoin.
Mais DC a préféré impliquer les séries et leurs auteurs dans le récit d'Absolute Power et comme souvent (comme toujours ?), l'intérêt est très inégal. Ici tout repose sur l'alliance improbable entre Wonder Woman et Robin (Damian Wayne) et leur différence philosophique : elle essaie de résoudre les problèmes par la raison, lui par la violence. Rien de nouveau sous le soleil et c'est bien le souci.
Déjà qu'associer Diana à Damian est pour le moins hasardeux, rien ne vient modifier leur conception de la résistance. Mais surtout je ne sais pas pour vous mais, moi, Damian m'insupporte. Ce gamin était une bonne idée à l'origine quand Grant Morrison l'a introduit officiellement dans la continuité, son association avec Dick Grayson quand il a remplacé Bruce Wayne (supposément mort après Final Crisis) était réjouissante (du fait de l'optimisme de Grayson face au cynisme de Damian), sa relation avec Jon Kent dans Super Sons était adorable... Mais aujourd'hui, je n'en peux plus de la morgue de ce morveux toujours mal gratté.
Tout ça est donc très artificiel et superflu. Tony Daniel au dessin rend une copie très correcte (bon, je ne suis pas son plus grand fan, mais je l'ai trouvé en forme pour son retour chez DC), mais j'aurai vraiment préféré que tout ça paraisse dans des hors-série.
Et donc, on va enfin pouvoir parler des épisodes centraux, du #8 au 10. D'abord, pour le plaisir incommensurable de lire des planches magnifiques de Daniel Sampere, divinement colorisées par Tomeu Morey. Qu'est-ce que c'est beau ! Sampere, c'est comme Clay Mann, si celui-ci rendait ses épisodes à l'heure, et avec un storytelling bien plus maîtrisé. Il a su s'emparer du personnage de Wonder Woman et en donner une version qui me semble définitive pour le coup.
Tom King lui donne aussi un script extraordinaire dans lequel on peut voir Diana en proie à des hallucinations où elle campe une desperate housewife mais aussi où elle revit ses grands moments, ses périodes plus ou moins glorieuses dans un dialogue fantasmé avec Steve Trevor, sous l'influence du Souverain et de son lasso du mensonge. Le procédé est malin et efficace, l'amazone est mise à mal psychologiquement après avoir été rincé lors de la bataille épique qu'i a clos le premier volume.
En parallèle, King met en scène les Wonder Girls à la recherche de Diana. Parfois, il se montre maladroit pou trop évasif (comme lors de l'interrogatoire de Sarge Steel), parfois il insiste trop sur l'humour (qui est complètement déplacé dans ce contexte, avec notamment Donna Troy qui tente de piloter le jet de Wonder Woman). Mais c'est compensé par tout le reste, donc le survol des scènes fantasmées ou revécues par Diana en compagnie de Trevor, et surtout, surtout ses échanges avec Cheetah, son ennemie jurée avec laquelle elle trouve enfin son point commun (toutes deux ont été des captives).
Ces trois épisodes, denses, complexes, visuellement splendides, sauvent un sommaire certes copieux mais avec un chapitre inutile et des tie-in encombrants. J'ai envie de dire à DC : laissez Tom King tranquille, il est en train d'écrire le meilleur run de Wonder Woman depuis des lustres, il a une histoire d'une intensité fabuleuse, ne sagouinez pas ses efforts avec des épisodes qui sont comme des mouches dans la soupe. Heureusement la suite ne devrait pas souffrir d'interférences pareilles et le volume 3 devrait conclure cette première saga avec le Souverain en beauté.
















































