mardi 10 septembre 2024

LES TRADUCTEURS (Régis Roinsard, 2019)


La publication du troisième et dernier tome de la série de romans "Dedalus" est imminente et son succès, comme les précédents, assuré d'être colossal. L'éditeur Eric Angstrom veut s'assurer qu'il n'y aura ni fuite ni spoiler et recrute donc neuf traducteurs triés sur le volet pour qu'ils travaillent chacun dans leur langue sur le manuscrit afin de garantir une sortie mondiale simultanée.


Dans la mesure où personne n'a jamais vu l'auteur, Oscar Brach, les heureux élus sont captivés par le défi et espèrent, outre la bonne rémunération qu'ils recevront, rencontrer le romancier. Il y a la russe Katerina Anisinova, la danoise Helene Tuxen, l'espagnol Javier Casal, l'italien Dario Farelli, le grec Konstantions Kedrinos, la portugaise Telma Alves, l'allemande Ingrid Korbel, le chinois Chen Yao et l'anglais Alex Goodman.
 

Mais leurs conditions de travail seront drastiques : ils sont tous réunis dans le bunker d'un château et doivent rester dans la même pièce, sans moyen de communiquer avec l'extérieur. Ils sont nourris et logés sur place mais surveillés en permanence par des agents de sécurité et Angstrom lui-même, qui ne se sépare jamais de la mallette dans laquelle se trouve l'intégralité du manuscrit en français. Leur séjour doit durer deux mois et ils n'ont accès qu'à des portions du texte chaque fois qu'ils se mettent à l'ouvrage. 


L'excitation des débuts retombe vite pour la plupart d'entre eux. Jusqu'à ce que Angstrom reçoive un message sur son portable lui révélant que les vingt premières pages du roman sont disponibles sur Internet et que le responsable de ce piratage lui réclame une rançon exorbitante, faute de quoi cela continuera. L'éditeur est convaincu que le maître-chanteur est un des traducteurs...


Régis Roinsard est un de nos plus talentueux réalisateurs mais, à la manière d'un Jean-Paul Rappeneau, il n'est pas pressé. Jugez-en par vous-mêmes : trois films en dix ans - Populaire (2012), Les Traducteurs (2019), En Attendant Bojangles (2022). La contrepartie, c'est qu'à chaque fois la qualité est au rendez-vous.
 

Les Traducteurs est sorti la même année (2019) qu'A couteaux tirés, de Rian Johnson, avec lequel il partage son genre : c'est un whodunnit en quasi huis clos. Mais tandis que Knives Out est un polar à la Agatha Christie avec un avatar de Hercule Poirot dans le rôle principal, le film de Régis Roinsard s'appuie sur un argument beaucoup plus original puisqu'il n'y a pas de meurtre à élucider ni de détective pour résoudre l'affaire.


Avec ses co-scénaristes, Daniel Presley et Romain Compingt, Roinsard a trouvé son inspiration dans une situation réelle : lors de la parution d'Inferno, nouveau tome de la série Da Vinci Code de Dan Brown, l'éditeur de celui-ci avait fait en sorte, pour éviter toute fuite avant la sortie du roman qu'il soit traduit simultanément pour le monde entier en enfermant les traducteurs dans une propriété aux alentours de Milan.

Le point de départ est similaire : Eric Angstrom sélectionne neuf traducteurs dans le monde entier et les cloisonne dans un bunker. Ils sont privés de leur téléphone portable et n'ont plus accès à Internet pendant deux mois et ils doivent travailler chaque jour sur une portion du texte dans la même pièce avec à leur disposition les précédents ouvrages de l'auteur et des dictionnaires et autres encyclopédies. Ils sont en outre nourris et logés sur place et sous bonne garde.

Malgré ce verrouillage strict, la hantise de Angstrom se réalise pourtant : le début du livre circule sur le Net et le responsable lui réclame une rançon s'il ne veut pas que la suite connaisse le même sort. Pour l'éditeur, seul un des traducteurs a pu le trahir et très vite la tension va grimper en flèche, chacun soupçonnant ses collègues. Mais quel est le mobile du coupable ?

Le scénario se joue habilement du spectateur en brouillant les pistes. Par exemple, le suspect le plus évident est l'espagnol qui s'est providentiellement cassé l'avant-bras gauche une semaine avant son arrivée au château et porte un plâtre qui pourrait cacher un portable. Mais quand se jette sur lui pour s'en assurer, pas de doute : il est effectivement blessé. A moins que ce soit la belle russe qui est allée jusqu'à se coiffer et vêtir comme Rebecca, une des héroïnes du roman, et s'invite dans le bureau de Angstrom pour participer à la promo du livre. Ou alors l'italien qui flatte constamment Angstrom dans l'espoir qu'il lui confie d'autres traductions de best-sellers. Ou la suédoise qui a caché le fait qu'elle rédigeait son propre manuscrit sur son temps libre alors que son contrat stipulait qu'elle ne devait que se consacrer au roman...

Faire exister, donner de la consistance à neuf personnages (dix avec Angstrom, voire onze avec son assistante Rose-Marie), est une vraie gageure que le film parvient presque à surmonter. En effet, plus l'intrigue progresse, plus on est forcé de constater que tous les protagonistes ne sont pas tous soigneusement développés et semblent parfois se résumer à des faire-valoir que seule leur nationalité et quelques caractéristiques sommaires distinguent (comme le grec pour qui c'est un boulot alimentaire et qui ne trouve aucun talent à l'auteur ou la portugaise rebelle qui n'est définie que par son look et son attitude désinvolte).

Les Traducteurs n'évite donc pas quelques clichés faciles et quelques disparités dommageables. Peut-être qu'avec une troupe plus réduite, il y aurait eu plus de place et de temps accordés à chacun. Toutefois, l'originalité de la situation, l'intensité croissante, les humiliations infligées, sont assez inventives pour qu'on ne reproche pas au projet d'avoir été sans doute un peu trop ambitieux. Roinsard fait preuve, comme toujours, d'un sens du rythme irréprochable (voir la scène de course-poursuite dans les rues de Paris) et le script ménage jusqu'au bout le suspense. Les raisons pour laquelle Angstrom n'a pas la conscience tranquille et le mobile du hackeur sont très habilement dévoilés.

Le casting réussit aussi ne pas être qu'une troupe cosmopolite. Même si Manolis Mavromatakis, Anna Maria Sturm, Maria Leite sont un peu trop en retraits, les compositions de Riccardo Scamarcio, Sidse Babett Knudsen, Frédéric Chau, Eduardo Noriega et surtout Olga Kurylenko (la plus belle femme du monde, doublée d'une excellente actrice) et d'Alex Lawther (remarqué dans the End of the Fucking World sur Netflix) sont épatantes. Lambert Wilson est impeccable dans le rôle d'Angstrom, tout comme Patrick Bauchau dans le rôle de Oscar Brach, le romancier à succès (ou pas...).

C'est un excellent whodunnit mais aussi howdunnit et whydunnit. Espérons maintenant que Régis Roinsard ne nous fasse pas attendre trop longtemps avant de délivrer sa prochaine pépite.

lundi 9 septembre 2024

BIS REPETITA (Emilie Noblet, 2024)


Delphine est professeur de latin dans un lycée public à Angers. Elle a en charge une classe de cinq élèves seulement, aussi peu motivés qu'elle. Entre eux existe un pacte tacite : ils lui fichent la paix pendant qu'elle passe ses heures de cours à faire du shopping sur le Net et en échange elle leur donne de très bonnes notes.


Cela vaut à Delphine un réputation d'excellente enseignante qu'a remarquée la directrice, Christine, qui souhaiterait qu'elle lise et corrige la thèse de son neveu, Rodolphe. Mais là encore Delphine fait tout pour esquiver en expliquant qu'elle apprend le français à des migrants après ses heures au lycée ou encore, quand Rodolphe l'aborde dans la bibliothèque du lycée, elle se fait passer pour la prof d'allemand.
 

Malgré ces trouvailles, Delphine va avoir une drôle de surprise quand Christine l'invite à dîner pour lui annoncer que sa classe va participer à un concours de latin à Naples et que Rodolphe leur servira de guide puisque le sujet de sa thèse concerne justement les bienfaits de l'immersion italienne pour en redonner le goût de cette langue morte aux élèves. Sur place, ils devront affronter des compétiteurs redoutables et faire preuve de malice pour s'en sortir car si Delphine ne gagne pas, sa classe sera fermée...
 

A moins d'adorer ce que la télévision accepte de financer dans le registre de la comédie, soit des productions hyper formatées pour prétendre pouvoir être diffusées après leur exploitation en salles en prime time sur le petit écran, il faut bien reconnaître que le paysage des films humoristiques en France est désolant.


Non seulement les longs métrages ne fédèrent plus qu'un public âgé mais les séries ne fonctionnent que sur des héros caricaturaux et grotesques qui évoluent dans des polars affligeants (voire les cartons de Capitaine Marleau ou H.P.I.). Le magazine "Première" a pourtant publié un dossier en Avril dernier pour informer ses lecteurs d'une nouvelle génération d'auteurs et d'acteurs censés renouveler le genre.
 

S'il est encore trop tôt pour savoir si cette nouvelle vague comique séduira un large public et donc rafraîchira l'offre, force est de constater qu'il existe effectivement des cinéastes et des comédiens prêts à prendre le relais. Et Emilie Noblet en fait partie. Pourtant rien ne la destinait à cela...


En effet Noblet sort de la très sérieuse école de la Femis et Bis Repetita marque ses débuts derrière la caméra après plusieurs courts métrages qui, bien que primés, n'empêchèrent pas la jeune femme d'avoir peur de franchir le pas vers un format plus long. D'ailleurs, l'idée originale de son premier effort vient de sa co-scénariste, Clémence Dargent.

Au box office, Bis Repetita n'a pas vraiment fait d'étincelles (100 00 entrées France), mais a dû rentrer dans ses fonds et a suffi à combler les espoirs de sa metteuse en scène et de ses producteurs puisque, dans la foulée, elle a enchaîné en signant quatre épisodes (sur huit) de la série Zorro avec Jean Dujardin (pour Paramount + et France 2).

Je ne saurai, pour ma part, que vous inciter à voir Bis Repetita s'il est encore projeté près de chez vous ou alors en VOD (ou en attendant sa première diffusion sur C+) car c'est en tous points excellent. On y suit donc les (més)aventures d'une prof de latin qui, en notant trop bien ses élèves aussi glandeurs qu'elle, sont sélectionnés pour un concours en Italie face à aux meilleurs élèves du monde entier.

Si l'intrigue emprunte dans le deuxième acte à des films comme P.R.O.F.S. (Patrick Schulmann, 1985) ou même Les Sous Doués (Claude Zidi, 1980), son script, ciselé, échappe aux facilités de ses devanciers. Certes, les jeunes héros et leur professeur usent de tricheries diverses et variées pour ne pas être ridicules durant les examens auxquels ils sont soumis, mais l'essentiel est ailleurs.

Delphine doit faire équipe avec Rodolphe, qui croit dur comme fer aux vertus de la méthode qu'il développe dans sa thèse, celle d'une immersion dans la culture latine pour donner goût aux élèves d'apprendre cette langue morte. Il ne comprend pas la démission de Delphine jusqu'à ce qu'elle lui explique ce qui a causé son désenchantement : comme lui, elle fut une brillante étudiante qui tomba amoureuse de son enseignant avant de découvrir qu'il rédigeait un article reprenant intégralement les idées qu'elle avait mises en forme dans sa propre thèse. Dès lors, devenue prof, elle a refusé de s'impliquer pour ne plus subir de revers.

Ce personnage de jeune enseignante qui a perdu ses illusions n'est pas le moteur de la comédie : elle boit plus de raison, couche avec celui qui partage son ivresse, se fiche du monde. Pourtant, au fond d'elle, il subsiste encore un peu de la flamme de sa vocation, comme quand elle se met à réciter du Shakespeare devant une fresque antique - superbe moment suspendu qui dit que le film n'est pas là que pour lâcher des vannes.

Tous les personnages sont en équilibre entre cette mélancolie et la déconnade : parmi les élèves, il y a un garçon dyslexique qui en pince pour sa prof et n'étudie que pour elle, un petit débrouillard génial qui trouve toujours des astuces pour tricher sans être pris, une fille revancharde, une autre qui admet mal qu'on la prenne pour une nulle à cause de son enseignante, un accro aux réseaux sociaux qui va découvrir via le mythe de la gorgone la vraie puissance du féminisme. Et bien sûr il y a Rodolphe, celui qui donne le ton au projet car constamment en décalage par rapport au reste de la troupe, un jeune homme honnête, sentimental, passionné, aveugle à l'évidence.

C'est ainsi qu'Emilie Noblet évite tous les écueils : ce n'est pas un teen movie aux blagues potaches, ni une rom-com prévisible, ni une ode aux losers magnifiques. C'est bien plus fin et touchant, sans oublier d'être drôle par la malice des situations et l'honnêteté de leur traitement, filmé avec élégance dans un cadre magnifique.

Dans un monde parfait, Louise Bourgoin serait une superstar du cinéma hexagonal, aussi demandée et acclamée que Virginie Efira par exemple. Pourtant, malgré ses choix exigeants et ses interprétations toujours impeccables, l'ex miss météo du "Grand Journal" n'a toujours pas la place de reine qui lui revient. Car elle est royale encore une fois ici : débordante de charme, avec ce soupçon de tristesse nonchalante, elle s'impose avec classe. Face à elle, Xavier Lacaille confirme qu'il est l'acteur à suivre dans une génération qui compte déjà pas mal de talents affirmés (Cf. Sébastien Chassagne, Benjamin Voisin) : il est également parfait en type lunaire et intègre, une bonne pomme dans un panier percé. Noémie Lvovsky, sorte de grande tante pour tous ces cinéastes et comédiens en devenir, est une fois de plus merveilleuse dans un second rôle. Et tous les jeunes qui jouent les élèves sont épatants, attachants et irrésistibles.

Bis Repetita est un film qui fait du bien, pour toutes ses qualités propres, mais aussi, voir surtout, pour l'air frais qu'il fait entrer dans le cinéma humoristique français. Emilie Noblet a tout pour nous y refaire croire, comme en leur temps Pierre Salvadori et Cédric Klapisch : on lui souhaite la même belle carrière.

dimanche 8 septembre 2024

DEADPOOL & WOLVERINE (Shawn Levy, 2024) (Critique partiellement réécrite parce que pas content du résultat !)

Attention ! Ce qui suit contient des spoilers !



En 2018, après avoir utilisé la machine temporelle de Cable pour sauver sa petite amie Vanessa, Deadpool est passé de la Terre 10005 à la Terre 616 dans l'espoir d'intégrer les Avengers. Sa candidature rejetée par Happy Hogan, il rentre chez lui. Six ans plus tard, séparé de Vanessa, Wade Wilson a pris sa retraite et vend désormais des voitures d'occasion avec son ex-partenaire au sein de la X-Force, Peter Wisdom.


Lors de sa fête d'anniversaire, il est capturé par le T.V.A. (Tribunal des Variations Anachroniques) et confronté par Paradox qui lui annonce que son univers va être effacé du multivers en raison de la mort de Logan/Wolverine, qui en incarnait le point d'ancrage. Deadpool dérobe le TemPad de Paradox pour vister plusieurs Terres parallèles à la recherche d'un variant de Wolverine et le ramène au Q.G. du TVA.
 

Mais Paradox lui explique qu'il ne peut espérer sauver son univers avec un variant et il les expédie tous les deux dans le Néant où sont exilés tous les héros et vilains devenus obsolètes. Ils sont capturés par les sbires de Cassandra Nova, qui règne sur ce territoire en accord avec le TVA, mais réussissent à s'échapper. Ils croisent ensuite la route de Nicepool qui les oriente vers un groupe de résistants que Deadpool convainc d'affronter Cassandra Nova pour lui dérober un passe dimensionnel qu'elle possède et qui pourrait leur permettre, à lui et Wolverine, de sauver le multivers des manigances de Paradox...
 

Après l'avoir incarné une première fois dans le médiocre X-Men Origins : Wolverine (2009) puis dans Deadpool 1 et 2  (2016 et 2018), Ryan Reynolds a bien dû croire qu'il n'enfilerait plus le costume du mercenaire grande gueule quand Disney a racheté en 2019 la 20th Century Fox qui détenait les droits d'adaptation cinématographique du personnage.


Il a pourtant rencontré à de nombreuses reprises Kevin Feige, l'architecte du MCU, et lui a soumis de multiples versions de scénario pour un troisième long métrage Deadpool, mais sans parvenir à ses fins. Mais en Septembre 2022, Reynolds créé un énorme buzz avec une vidéo où il s'affiche en compagnie de Hugh Jackman à qui il demande s'il voudrait bien reprendre son rôle de Wolverine, alors que l'acteur australien avait juré qu'on ne l'y reprendrait plus après Logan (2017).


Dès lors, les choses s'emballent et l'année dernière, le tournage de Deadpool & Wolverine débute. Pour Marvel Studios, dont ce sera la seule sortie cinéma en 2024, le projet revêt un enjeu énorme car le MCU est en plein marasme créatif et commercial, avec des films qui performent moins et des à-côtés embarrassants (l'affaire Jonathan Majors en particulier : l'acteur qui incarne le méchant Kang est condamné pour violences conjugales et renvoyé).


Résultat : Deadpool & Wolverine est un carton énorme (à l'heure où j'écris ces lignes, il file vers le milliard de $ de recettes mondial, un exploit pour un film R16 (pour violence graphique, références sexuelles et langage offensant). Cela suffit-il à en faire le sauveur du MCU ? Et plus pragmatiquement un bon film ?

Je l'avoue : les deux premiers films Deadpool m'avaient plu, mais sans que je sois transporté. Ce sont des divertissements amusants, mais écrasés par le contrôle exercé par Reynolds, qui a participé à leur écriture et à leur production et s'en est servi comme d'un véhicule destiné à prouver ses compétences dans ces domaines. A tout prendre, j'ai quand même une nette préférence pour le 2 où la présence de Josh Brolin dans le rôle de Cable équilibre l'affaire et où l'intrigue est plus consistante.

Après il faut bien dire que je ne suis tout simplement pas fan de Deadpool comme personnage. Les comics qui lui sont consacrés me sont toujours tombés des mains. Je crois que c'est un héros surcôté qui est plus appréciable dans des team-books, comme Uncanny X-Force (de Rick Remender) ou Uncanny Avengers (de Gerry Duggan), où sa personnalité décalée est contrebalancée par ses co-équipiers.

Deadpool comme Wolverine est un produit du projet Weapon X dans les comics, destinés à recréer des super-soldats sur le modèle de Captain America, à la suite d'expériences atroces. Wade Wilson a perdu la raison à cause ça et développé un cancer que son facteur régénérant empêche de le tuer tandis que Logan a un squelette métallique et des griffes qui lui sortent des mains tout en ayant longuement souffert de troubles de la mémoire. Il est donc légitime de les associer dans les comics et a fortiori dans un film.

Reynolds a raconté (peut-être en plaisantant) que parmi les idées qu'il avait eues pour réunir les deux personnages, l'une était un huis-clos, et l'autre un road movie. Ici, on a droit à quelque chose de certainement moins audacieux mais plus ambitieux et sarcastique. Le scénario, co-écrit avec Shawn Levy (le réalisateur, qui succède à Tim Miller et David Leitch), Rhett Reese et Paul Wernick Wells, est ancré dans le multivers qui occupe le MCU depuis un an et demi, à travers les films et les séries sur Disney +, tout en le commentant de manière critique.

Bon maintenant que j'ai resitué tout ça, passons à la critique proprement dite. Dire que Deadpool & Wolverine est le messie pour le MCU comme le prétend Wade Wilson face à Paradox est aussi outrancier que mensonger. Ses audaces verbales, sa violence gratuite détonent certes avec tout ce que Kevin Feige a bâti auparavant, mais pas plus que Dusney, la Fox n'était un studio qui prenait des risques - sauf à considérer que produire des films de super-héros majoritairement mauvais soit un risque autre que financier.

Mais sorti de là, on ne peut pas dire non plus que Deadpool se soit "Disney-ifié", autrement dit assagi, ramolli. Le personnage reste grossier et même vulgaire, et Ryan Reynolds a sur ce plan gagné sa bataille contre la major qui le paie. Le sang y coule à flot, avec une sorte de sauvagerie enfantine, mais ce n'est pas non plus choquant ou malaisant, puisque c'est cartoonesque au possible. Non, le vrai souci, c'est cette affirmation que le film est insolent.

Reynolds est un garnement, mais un gentil garnement qui sait jusqu'où il ne peut pas aller trop loin. Les références homoérotiques entre Deadpool et Wolverine ? Plus potaches que franches. Les allusions à la drogue ? Jamais plus que des allusions justement. Les remarques acides sur les déroutes commerciales et artistiques du MCU dans la Phase V ? Plus piquantes que méchantes. Au fond, Reynolds est un gamin qui fait des grimaces dans le dos de Disney et Marvel, mais ne se risque pas à les faire en face. C'est ça qui est un peu dérangeant : se prétendre plus culotté et irrévérencieux qu'il l'est vraiment.

Si Deadpool & Wolverine assume bien un élément narratif, c'est de parler des losers : tous les personnages, sans exception, échouent. Littéralement quand ils sont envoyés dans cette décharge qu'est le Néant, où le logo de la Fox est rongé par l'érosion, où Cassandra Nova règne sur une cour des miracles de personnages au rebut depuis la mort du studio. Métaphoriquement quand ils sont confrontés à leurs ratages perpétuels (Wade incapable de sauver et de conserver l'amour de Vanessa, Logan incapable de se remettre de la mort de ses X-Men, Paradox incapable d'opérer efficacement et discrètement au sein du TVA, Cassandra Nova incapable de faire parler intelligemment sa puissance).

Si le film prenait le temps d'arrêter de balancer des vannes à tout bout de champ, il y aurait eu de la place pour la mélancolie qui étreint profondément tous ces perdants et cela les aurait rendus moins drôles certes, mais plus touchants et assurément plus mémorables. C'est particulièrement frappant quand on rencontre la grappe de résistants à Cassandra Nova (même si cela n'explique pas pourquoi elle les a épargnés puisqu'elle peut les localiser et les tuer facilement) : On retrouve Elektra, Blade, X-23 et même Gambit, autant de reliques d'un autre âge, issus de films qui vont du navet absolu (Elektra) au petit chef d'oeuvre (Blade 2) en passant par le coup de maître (Logan). Et qui resurgissent là, lestés, eux, d'une vraie tristesse, celle de personnages et d'acteurs sacrifiés.

Cette scène avec les résistants est la meilleure des 90 premières minutes du film, avec son dialogue amer et sa bataille désespérée. Avant ça, une longue, trop longue déambulation avec Deadpool et Wolverine qui se mettent sur la tronche et se plantent des katanas et des griffes à la moindre occasion, dans un no man's land qui pastiche celui de l'univers Mad Max ou dans les bureaux dépouillés du TVA. Marrant au début, lassant ensuite (sachant que cette suite occupe bien trop de place).

Cassandra Nova est une méchante qui sort un peu de nulle part dans ce contexte (alors que dans les comics, elle est la soeur jumelle de Charles Xavier et une vilaine complètement ravagée). Toutefois la représentation de ses pouvoirs est impressionnante et malaisante au possible, bien que trop peu exploitée. Surtout, le scénario se dispense de justifier pourquoi un tel adversaire se contente de cette poubelle dimensionnelle quand elle a les moyens de s'en échapper et d'accomplir des choses bien plus grandiosement terrifiantes (et qui aurait mérité un vrai développement au lieu de passer tant de temps à accompagner les deux protagonistes dans leur virée ponctuée de chamailleries puériles).

Reste en tout cas une demi-heure de film avant la fin. Et on n'en retiendra non pas le dénouement, mais une bataille épique entre Wade Wilson et Logan contre une armée de variants de Deadpool, qui aurait pu donner lieu à un plan-séquence dément si Shawn Levy n'avait pas encore céder à la mauvaise idée de glisser un plan de coupe pour une énième réplique soi-disant drôle. Le faux sacrifice des héros aurait pu aussi faire du film ce qu'il produisait de meilleur, à savoir célébrer l'époque super-héroïque de la Fox et tourner la page -mais visiblement il fallait préserver Deadpool (et Ryan Reynolds) pour son prévisible quatrième opus complètement intégré au MCU. Néanmoins, voir Wolverine avec son masque dans cette dernière partie fait son effet (et confirme que ce n'est pas ridicule).

Omniprésent, Ryan Reynolds peut donc pousser le caractère méta de son personnage dans ses dernières extrémités comme quand il prend carrément la caméra dans ses mains pour une de ses célèbres apartés (brisant le fameux quatrième mur). Comme dans les comics, Deadpool est donc à la fois fatigant, éreintant même, mais adapté avec une fidélité absolue. Et Reynolds embrasse ce paradoxe ultime d'être sur tous les fronts du film mais de ne pas faire comme tant d'acteurs jouant des super-héros masqués mais enlevant leur masque à la moindre occasion : lui reste le plus souvent caché sous sa cagoule rouge ou même sous l'épais maquillage vérolé de Wade Wilson.

Hugh Jackman s'est visiblement beaucoup amusé à lui donner la réplique et joue avec une modestie exemplaire le faire-valoir. Son Wolverine ici est grincheux et exaspéré mais aussi très marqué par les épreuves, le dégoût de soi. Il exprime tout ça contre lui-même mais aussi contre ce Deadpool qu'il suit contraint et forcé, découvrant tardivement ses mensonges, mais dépassant sa rancoeur pour être le héros qu'il désespérait de redevenir. C'est assez chouette.

Emma Corrin n'a finalement que peu de bonnes scènes, étant donné l'ineptie de l'arc narratif de son personnage, mais elle se montre vraiment flippante quand elle en a l'occasion, avec une représentation de ses pouvoirs très bien exécutée au niveau des effets spéciaux. Matthew MacFadyen est autrement plus décevant en Paradox qui a oublié son charisme dans sa loge. Jennifer Garner a de beaux restes, tout comme Wesley Snipes a la classe. Channing Tatum, espérons-le, ne rejouera jamais Gambit. Dafne Keen est toujours fabuleuse (et Kevin Feige serait inspiré de s'en souvenir au moment d'enfin produire un film X-Men dans le MCU : au lieu de chercher un successeur à Jackman pour Wolverine, qu'il le remplace directement par Laura Kinney, comme depuis peu dans les comics). Reynolds a aussi appelé les copains comme Nathan Fillion ou Matthew McConaughey et sa femme Blake Lively pour prêter leur voix aux variants de Deadpool. Le caméo de Henry Cavill (dont le nom revient régulièrement pour incarner Logan dans le MCU) est hélas ! trop rapide pour qu'on le savoure. Chris Evans a dû toucher un bon gros chèque pour camper à nouveau Johnny Storm avec une belle autodérision.   

En définitive, Deadpool & Wolverine a les défauts de ses qualités et vice-versa : pas assez acide, mais tout de même transgressif. Trop gros mais pas très consistant. Il est exactement ce qu'il dénonce : un produit du multivers ou plus rien n'est grave et donc plus rien ne compte. Loin de l'audace vantée par son scénariste-acteur-producteur. Mais raccord avec cet ultime regard en arrière sur l'ère Marvel/Fox, cette relique kitsch qui permit malgré tout à tout ce qui suivit d'exister encore aujourd'hui - et demain.

samedi 7 septembre 2024

BIRDS OF PREY #13 (Kelly Thompson / Gavin Guidry)


Cette fois, les Birds of Prey réussissent à revenir dans leur dimension et y entraînent Maia Lockhart pour un combat qui s'annonce décisif. Cela tente de raisonner sa soeur en lui faisant admettre ses propres crimes et John Constantine jette un sort qui pourrait régler ce conflit...


Je vais un peu me répéter mais cet arc de Birds of Prey qui arrive ici, enfin, à son terme aura été une énorme déception. Kelly Thompson, qui avait brillé pour relancer la série puis dans deux épisodes intermédiaires, s'est complètement ramassée avec une intrigue répétitive où ont défilé les artistes.


Logiquement, cette conclusion ne sauve pas les meubles : d'ailleurs la scénariste ne résout rien à son affaire, laissant planer la menace d'un retour de Maia Lockhart, qui s'était jurée de tuer les Birds of Prey et plus spécialement Barbara Gordon qu'elle tenait pour responsables de la mort de sa mère. 
 

Oui, je sais, je spoile, mais franchement que celui qui a apprécié ces cinq épisodes me lancent la première pierre. Ce qui est vraiment préjudiciable, ce n'est pas de révéler comment tout ça se termine, mais plutôt de constater que le ratage de ce récit risque de dégoûter des lecteurs de la série après un an d'existence.


Et ce serait vraiment regrettable car je reste convaincu que Kelly Thompson est la femme de la situation : outre qu'elle a été adoubée par Gail Simone, auteur historique du titre (même si cette dernière a tendance à aimer tout le monde de façon très corporate), il y a chez la jeune scénariste un vrai talent pour animer ces héroïnes, quelque chose qui ressemble depuis le début à l'aboutissement d'un dream project.

Cependant, avec cette histoire, elle a perdu du temps et du crédit : en baladant les Birds of Prey dans des dimensions parallèles, Thompson s'est avérée incapable de proposer quelque chose de suffisamment captivant et original. Pire : elle a flirté avec le mauvais goût, s'embourbant dans des blagues pas drôles, gâchant le bel esprit d'équipe qu'elle avait réussi à établir.

Le parti-pris qu'elle paraît avoir adopté est celui de confronter le groupe à des vilains originaux. C'est louable,  mais à condition que ceux-ci aient du charisme et convainquent le lecteur de leur dangerosité. Dans le premier arc, Megaera représentait quelque chose d'inattendu et de consistant pour laquelle Thompson a imaginé une issue intéressante, liant à Sin, la "soeur" de Black Canary.

Rien de tel ici où le rôle des soeurs Lockhart n'a jamais été en mesure de passionner et de servir de fondement à une intrigue palpitante : au contraire, tout ça a traîné en longueur et pour quel résultat, puisque, donc, rien n'est résolu.

En outre, on sait déjà que dès le mois prochain, deux nouvelles recrues vont arriver dans la formation, au détriment de Vixen dont on pouvait espérer qu'elle reste un peu plus longtemps, tout comme Zealot qui n'a finalement fait que de la figuration dans cet arc. Alors, oui, Birds of Prey a souvent changé de composition, autour du noyau dur que sont Black Canary et Oracle, mais je pense qu'un peu de stabilité serait souhaitable et, mieux encore, avec l'inclusion de membres un peu plus populaires que Grace Choi et Onyx Adams. Kelly Thompson serait bien inspirée, par exemple, de plutôt miser sur les retours de Manhunter ou Lady Blackhawk pour attirer les fans.

Pour ce 13ème n°, Gavin Guidry a enfin le droit de dessiner l'intégralité d'un épisode. Il est là aussi déplorable que ce jeune artiste talentueux ait eu si peu d'espace pour s'exprimer car son style est celui qui se rapproche le plus de celui de Leonardo Romero (même s'il n'a pas ni l'expérience ni la virtuosité technique de ce dernier).

Guidry prouve en tout cas qu'il était capable d'assumer le remplacement, en réalisant notamment plusieurs superbes pleines pages très bien composées et qui ponctuent un épisode plein d'action. Les couleurs de Jordie Bellaire sont un peu plus sobres que d'habitude et valorisent le travail de l'artiste sans l'étouffer.

Sami Basri est loin d'être mauvais et il devrait servir avec talent le titre désormais (en espérant qu'il se passe de l'encrage de Vicente Cifuentes ou du moins que celui-ci soit un peu moins cassant). Mais là encore, il faut surtout souhaiter que Birds of Prey se trouve un artiste qui puisse enchaîner les épisodes (ou alors alterner les arcs avec un autre dessinateur d'égale valeur, et là, bien entendu, je pense à Javier Pina).

Bref, oublions vite ce désastre. Et croisons les doigts pour que la série retrouve de sa superbe et de son intérêt : je garde ma confiance à Kelly Thompson tout en étant dorénavant plus prudent.

vendredi 6 septembre 2024

TWISTERS (Lee Isaac Chung, 2024)


Fascinée par les tornades depuis l'enfance, Kate Carter cherche aussi un moyen de maîtriser leur puissance destructrice et embarque avec elle son petit ami, Jeb, et ses camarades, Praveen, Addy et Javi à la poursuite de l'une d'entre elles pour une expérience consistant à lancer des perles de polyacrylite dans l'oeil du monstre pour en diminuer l'intensité. Mais l'expérience tourne mal : ses amis sont tués, à l'exception de Javi.


5 ans plus tard, Kate vit toujours avec cette culpabilité et travaille désormais au bureau de l'agence de prévision météoroligique de New York. Javi reprend contact avec elle : il est devenu patron de la société Storm Par et souhaite qu'elle intègre son équipe pour tester un système de radars phasés qui permettrait d'analyser les tornades et de prévoir ses trajectoires et les dégâts. Elle refuse d'abord puis se ravise. Ils partent pour l'Oklahoma où les attendent les employés de Storm Par mais aussi Tyler Owens et sa bande de chasseurs de tornades qu'ils filment en direct sur YouTube.


Les deux équipes poursuivent une tornade qui a touché un parc éolien voisin mais Kate, en proie à une crise de panique, ne peut déployer le radar de Javi. Tout le monde rejoint Crystal Springs, bourgade traversée et dévastée par la tornade, et Kate découvre alors que l'argent que gagne Tyler avec ses produits dérivés sert à aider les civils qui ont tout perdu tandis que Javi collabore avec Marshall Riggs, qui rachète les terrains des sinistrés à bas prix pour reconstruire des maisons au prix fort...
  

En 1996, Jan de Bont, le réalisateur de Speed, signait un nouveau succès au box office avec Twister, dont le regretté Bill Paxton et Helen Hunt étaient les vedettes. Logiquement, une suite fut envisagée mais le projet ne vit jamais le jour malgré la persévérance de Hunt. Puis en 2020, Steven Spielberg commandait un scénario au réalisateur Joseph Kosinski qui n'intégrait pas les héros originaux.


Kosinski, pourtant, déclina la réalisation de ce reboot, fort du triomphe commefrcial de Top Gun 2 : Maverick pour se consacrer au projet F1 (sur les courses automobiles, avec Brad Pitt). C'est à Lee Isaac Chung, venu du cinéma indépendant, qu'échut la responsabilité de mettre le script finalisé par Mark L. Smith en images.


Twisters (en un "s") est l'archétype du popcorn movie, ces blockbusters qui sortent durant la période estivale avec l'objectif de distraire les spectateurs en vacances. Et de ce strict point de vue, le film remplit parfaitement sa mission : c'est efficace, rythmé (2h. qui passe sans qu'on regarde sa montre), spectaculaire. Le film n'a vraiment pas à rougir de la comparaison avec Twister de 1996.


Par ailleurs, on remerciera les auteurs de nous épargner le refrain sur la crise climatique qui aurait entraîné le projet vers une sorte de commentaire politique forcément expéditif et déplacé. Je ne suis pas climato-sceptique et je sais bien que l'abondance des tornades est liée aux crises météorologiques, mais je crois que c'est une erreur de se servir des longs métrages pour passer des messages à ce sujet - comme disait Jacques Prévert : "pour les messages, j'utilise la Poste.".

Néanmoins, ce qui fait la réussite de Twisters, outre donc le savoir-faire du cinéaste et du scénariste pour raconter leur histoire de tornades et de chasseurs de tornades, c'est que ce long métrage n'a pas renoncé à avoir du fond. Et en vérité, ici, le coeur du sujet, ce n'est pas tant pourquoi il y a tant de tornades, ni même s'il y a une parade crédible contre elles, mais plutôt les conséquences de ces calamités et le fait que certains en profitent.

Dans le prologue de l'intrigue, on fait connaissance avec une bande de jeunes gens passionnés par ces phénomènes, à la tête de laquelle il y a Kate, une scientifique fascinée par les tempêtes et déterminée à les comprendre et à les dresser. Elle part à l'aventure avec son petit ami, et trois autres comparses, dont Javi qui est secrètement épris d'elle. Mais leur périple s'achève en tragédie.

Après une ellipse de cinq ans, on retrouve Kate, encore profondément affectée par ce qu'elle a vécu, mais Javi a, lui, su rebondir en devenant le patron d'une petite société qui a conçu un système de radars capables d'analyser les tornades et donc de prévenir leurs dégâts. Il convainc Kate d'intégrer son équipe de chercheurs et ensemble ils repartent chasser les monstres. Sur leur route se trouve un drôle de cowboy, vaniteux et séduisant, Tyler, qui, lui, s'adonne aussi à ces traques mais juste pour combler des amateurs de sensations forts par procuration sur Internet.

Twisters emprunte sans se cacher au Magicien d'Oz, avec Kate dans le rôle de Dorothy. Mais c'est aussi une sorte de western qui exalte les grands espaces de l'Ouest américain que la caméra de Chung saisit avec un sens du cadre éblouissant. Tout comme Kate, nous sommes époustouflés et terrifiés par les nuages qui s'amoncellent, les rouleaux qui se forment, les vents qui se lèvent, les éclairs qui zèbrent le ciel, et les villes rasées de la carte.

C'est précisément sur ce dernier point que le film bascule en révélant que Javi collabore avec Marshall Briggs qui profite du désastre pour racheter des terrains pour un prix dérisoire à des gens qui ont tout perdu afin de reconstruire et de vendre au prix fort. Le commentaire social est suffisamment fort, éloquent et étonnant dans une production de ce genre pour ne pas passer inaperçu. Et le plus fort, c'est que ce n'est pas qu'un élément du scénario pour donner bonne conscience à la production : Kate abandonne Javi et Tyler la convainc de reprendre ses travaux pour dresser les tornades et peut-être empêcher de futures catastrophes en barrant la route à des affairistes sans scrupules au passage.

Ce mélange de divertissement épique et de critique sur les profiteurs donne tout son relief à Twisters, qui ose même dans sa dernière ligne droite une scène méta, dans un cinéma où se réfugient des civils et dont l'écran est emporté par la tornade - comme si, littéralement, le film était lui aussi balayé par la tempête.

Le casting est parfait : on a Kathy O'Brian, la révélation de Love Lies Bleeding, dans un rôle certes modeste ; Maura Tierney, dans celui de la mère de l'héroïne ; Anthony Ramos dans celui de Javi, le garçon qui a bond fond mais qui n'a pas su résister à l'appât du gain. Et puis au coeur du film, un couple qui affiche une alchimie idéale (comme Hunt et Paxton jadis) : Daisy Edgar-Jones est un choix surprenant mais celle qui illumina Normal People ou Là où chantent les écrevisses s'avère très convaincante dans la peau de Kate à laquelle elle donne de la sensibilité au milieu d'une production qui aurait pu être noyée dans les effets spéciaux ; et Glen Powell poursuit, lui, son ascension, toujours impeccable en macho plus fin qu'on ne le pense, le mec vantard et insupportable qui devient un vrai héros attachant sans perdre son côté canaille (ah, et j'en profite pour rappeler que Hit Man, dans lequel il est fabuleux, est désormais dispo sur Canal + avant d'être visible sur Netflix France).

Twisters vaut donc le détour : si vous avez envie d'un moment de détente, c'est imparable. Si vous espérez un peu plus de profondeur, vous en aurez aussi. Et cette fois-ci, je parie qu'il y aura une suite rapide...

jeudi 5 septembre 2024

ABSOLUTE POWER #3 (of 4) (Mark Waid / Dan Mora)


Les super-héros ont trouvé refuge sur l'île de Themyscera où Nubia, la reine des amazones, a accepté leur présence à titre exceptionnel et provisoire. Des tensions surgissent lorsqu'il s'agit de discuter du sort à réserver à Jon Kent, possédé par Brainiac Queen. Nightwing confie des missions à ses collègues tandis que Barry Allen est contacté par un mystérieux correspondant qui lui indique comment vaincre Amanda Waller...


Dans un mois, c'en sera fait de Absolute Power et cet épisode révèle quelques indices sur la façon dont cet event va déboucher sur la création de la ligne Absolute et plus largement le nouveau statu quo baptisé DC All-In. Mais tout ça rentre dans la catégorie spoiler si j'en dis plus...


... Aussi vais-je revenir sur le contenu de ce troisième numéro dont je vais dire qu'il m'a quand même désappointé. D'une certaine manière, je m'y attendais, ce qui ne signifie pas que je m'y étais préparé, du moins pas dans ces proportions. Car le problème de Absolute Power réside dans son format même.
 

Flashback : en 2010, DC et Marvel lancent quasiment en même temps leurs sagas événements. DC mise alors tout sur Geoff Johns et Green Lantern, la série la plus populaire de l'éditeur. Marvel joue la carte du contre : aux huit épisodes de Blackest Night répondent les quatre de Siege, écrit par la star de la maison des idées, Brian Michael Bendis.


Le raisonnement de Marvel est simple : à l'époque, Joe Quesada, l'editor-in-chief, et Axel Alonso, son second, pensent que s'est installée une "event fatigue" chez les fans, lassés de ces grandes sagas ponctuelles, et donc ils optent pour une histoire ramassée qui servira à clore la période Dark Reign et à inaugurer la suivante, l'Heroic Age. Mais cette stratégie se soldera par un succès moindre que prévu, surtout en la comparant au triomphe de Blackest Night.

Depuis, DC comme Marvel ont globalement privilégié les sagas événements à des mini-séries de six numéros, même si récemment Blood Hunt comptait seulement cinq épisodes et que donc Absolute Power n'en a que quatre. En fait on assiste à un renversement de situation : aujourd'hui, DC est dans la position de Marvel en 2010, préparant un nouveau statu quo avec un event concis.

Autrement dit, Absolute Power est à la fois la conclusion des manigances d'Amanda Waller contre les super-héros (et les méta-humains en général) et la rampe de lancement pour de nouvelles équipes créatives sur certains titres mais aussi et surtout sur cette collection Absolute qui proposera de nouvelles versions des héros emblématiques dans un autre monde.

Réussir ce tour de force en seulement quatre chapitres est un défi et il n'est donc pas étonnant que DC ait confié cette mission à un auteur expérimenté comme Mark Waid et à un artiste en plein boum comme Dan Mora. Pourtant, comme Bendis et Olivier Coipel pour Siege, on retrouve les mêmes écueils.

Que reprochait-on à Siege à l'époque ? Une intrigue-ptétexte (Norman Osborn, devenu Iron Patriot, voulait annexer Asgard, basé en Oklahoma, pour empêcher Thor et les siens de devenir une poche de résistance). Résultat : cette histoire a vite révélé son absurdité et s'est dénouée de manière si expéditive qu'on a préféré l'oublier pour passer effectivement très vite à la suite.

Absolute Power bénéficie d'un argument mieux construit puisque Amanda Waller rumine son plan depuis longtemps, qu'elle a orchestré ses manoeuvres avec intelligence et détermination, n'attaquant qu'au moment opportun. Mais l'exécution de ce grand final dévoile comme Siege ses faiblesses dans ce pénultième épisode où entre rebondissements trop faciles, mystères cousus de fil blanc et failles providentielles, le lecteur ne peut décemment être satisfait.

Bien entendu, c'est écrit avec métier et dessiné avec énergie. Mais c'est loin de ce que Waid comme Mora ont fait de mieux. Il se trouve qu'en scrollant sur Twitter aujourd'hui même je suis tombé sur un post de Mora qui avouait, tenez-vous bien, être fatigué : tu m'étonnes, le mec enchaîne les épisodes à toute allure, souvent en produisant deux séries mensuelles, depuis plusieurs années maintenant, et DC ne compte pas le laisser souffler puisque plus personne ne tient un tel rythme (des speedsters comme Romita Jr. et Mark Bagley ont abdiqué, Immonen ne fait plus rien).

Et, effectivement, à plusieurs reprises, Mora semble complètement à bout de souffle. Ses personnages, qui ne manquent jamais d'allure, de majesté, de puissance, sont parfois franchement bâclés, les décors disparaissent vite dans le tumulte de batailles au découpage peu lisible et aux compositions brouillonnes. Il y a comme une sorte d'hystérie dans ses pages qui a supplanté le dynamisme si percutant auquel il nous avait habitués et qui trahit l'épuisement d'un dessinateur soumis à des cadences infernales, comme trahi par son propre appétit. Evidemment, dans ce genre de cas, on évoque Kirby qui en faisait le double ou le triple, mais Kirby aussi faisait des pages moyennes ou se contentait de découpages sommaires avec quatre cases et deux bandes par page.

Quant à Waid, il nous assène au milieu de scènes pleines de bruit et de fureur, un dialogue d'une naïveté embarrassante entre Aquaman et Aiwave sur le fait qu'aucun super-pouvoir ne remplace le coeur avec lequel on se bat. Un twist avec les Amazos est carrément risible. Et pour ce qui est de la baston, le match retour sur Themyscera entre Jon Kent, Brainiac Queen et les super-héros est résolue de manière bien trop simple et rapide pour qu'on le savoure. Waid a visiblement reçu pour consigne de ne tuer personne et il s'y plie, mais pour le coup c'est presque dommage car son histoire manque d'une dimension tragique qu'un héros tombant au champ d'honneur aurait pu apporter.

Et c'est là que le bat blesse : ce qui fait défaut à Absolute Power, c'est l'émotion, la surprise, l'effroi, l'intensité. Malgré les coups portés par Waller et ses troupes, jamais on ne croit que ça puisse mal se terminer, ou du moins qu'il puisse y avoir des conséquences durables (à la perte des pouvoirs des super-héros, à la campagne de dénigrement dont ils ont été l'objet, au changement de paradigme). Ce n'est pas que la faute de Waid : DC, comme Marvel, a annoncé trop en avance la création de la ligne Absolute et l'obligation de rédiger les sollicitations pour les sorties de Novembre fait que personne ne peut ignorer que tout ça va continuer comme si ça n'avait été qu'une parenthèse (et non un climax susceptible de tout bouleverser).

C'est ce qui distingue une grosse firme comme DC d'un univers indépendant comme le Millarverse avec Big Game où le lecteur pouvait se demander jusqu'à la fin si le scénariste n'allait pas brûler tout ce qu'il avait patiemment construit dans un sidérant jeu de massacres. Millar pouvait se le permettre et a joué avec les nerfs de ses fans tout en accomplissant un event palpitant, spectaculaire, jouissif. Waid mais aussi DC ne peuvent s'autoriser une telle licence en prétendant tout raser, même avec la promesse d'une ligne Absolute. La seule fois où DC a fait ce pari, c'était avec les New 52, expérience stupéfiante mais très inégale, qui a rendu fou une partie de leur fan base, et qui a été corrigée avec DC Rebirth. Mais, au fond, ni DC ni Marvel n'ont les couilles de tout relancer, de tout réécrire : il y a les tentatives et la réalité - et la réalité, c'est qu'on est toujours revenu aux fondamentaux, malgré tout.

Comme je le disais en ouverture, la fin de cet épisode révèle assez clairement comment Absolute Power va expliquer la ligne Absolute et, de manière plus globale, comment Waller va échouer (même si ce sera u prix d'une bataille sans doute épique). Il faut espérer que Mora aura encore la force de bien dessiner cette conclusion et Waid l'inspiration de bien l'écrire. Mais les events sont devenus des Ouroboros : quel que soit le talent de ceux qui les conçoivent et les réalisent, ils ne peuvent plus surprendre et Absolute Power l'exprime de manière cruellement lucide par ce que ses auteurs racontent - il ne s'agit plus de passer vraiment à autre chose, juste de ponctuer les publications de l'année en cours.

mardi 3 septembre 2024

KINDS OF KINDNESS (Yorgos Lanthimos, 2024)


- La Mort de R.M.F. - Robert Fletcher suit à la lettre tous les ordres de son patron, Raymond, qui le reçoit chez lui avec sa jeune femme Vivian, pour lui dire quoi manger, quand faire l'amour à son épouse, comment s'habiller et se coiffer. Un jour, il lui commande de tuer un certain R.M.F. en le percutant avec sa voiture mais Robert ne peut s'y résoudre, craignant de périr aussi dans l'accident. Raymond se fâche et renvoie Robert dont la vie s'effondre complètement. Jusqu'à sa rencontre avec Rita, une fleuriste...



- R.M.F. vole. - Daniel, agent de police, apprend que sa femme, Liz, biologiste marine, portée disparue en mer, vient d'être retrouvée saine et sauve. Pourtant, de retour chez eux, elle attire les soupçons de son mari : leur chat la griffe, elle ne rentre plus dans ses chaussures, se met à manger du chocolat (ce qu'elle détestait auparavant). Daniel est persuadé qu'il s'agit d'une impostrice et se met à imaginer d'horribles stratagèmes pour l'éprouver et la démasquer...
 


- R.M.F. mange un sandwich. - Emily et Andrew sont membres d'une secte dirigée par Omi et Aka pour laquelle ils cherchent une jeune femme capable de ranimer des morts. Ils rencontrent Anna qui, comme il se doit avait une soeur jumelle qui est morte, mais qui s'avère incapable de produire le miracle attendu. Alors qu'ils se restaurent dans un diner, ils sont abordés par Rebecca qui est convaincue que sa soeur Ruth est l'élue et leur laisse sa carte de visite. La nuit venue, Emily quitte le motel où elle et Andrew sont descendus pour aller voir son ex-mari, Joseph, et leur fille. Ce qui va entraîner son bannissement de la secte. A moins que Ruth soit celle qu'elle cherche...



Après les réussites que furent La Favorite et Pauvres Créatures, j'attendais beaucoup du nouveau film de Yorgos Lanthimos qui marque sa quatrième collaboration avec Emma Stone (ils ont également tourné un court métrage, Bleat), qui a reçu l'Oscar de la meilleure actrice pour son rôle de Bella Baxter en Février dernier grâce au réalisateur grec.

Cette fois, le projet est encore plus atypique puisqu'il s'agit d'un film à sketches de 2h. 45. D'abord intitulé R.M.F. puis And, c'est une oeuvre qui semble avoir été conçu comme une transition, une parenthèse entre deux longs métrages traditionnels, bien que le cinéaste renoue avec sa veine la plus acide et contemporaine (cf. The Lobster, Mise à Mort du Cerf sacré).

Bien entendu, comme tous les films anthologiques, les segments sont inégaux. Mais il faut bien convenir que le résultat n'est surtout pas à la hauteur des espérances. En vérité, tout ça est bien trop long, complaisamment boursouflé et abscons, comme si Lanthimos et son scénariste Efthimis Flippou avaient voulu concevoir un lot d'histoires traînant dans leurs tiroirs mais sans qu'elles aient l'épaisseur pour en faire un film chacune.

Prenons le premier chapitre, La mort de R.M.F. : le postulat est farfelu à souhait - un patron dominateur ordonne à un de ses employés tout ce qu'il doit faire, y compris dans son intimité, et ce dernier s'exécute avec une docilité absolue. Jusqu'à ce qu'il doive commettre un meurtre maquillé en accident de la route... Renvoyé, quitté par sa femme, il sombre complètement jusqu'à ce qu'il rencontre une jeune fleuriste dont il va découvrir le secret vertigineux.

Il déploie son intrigue avec un début, un milieu et une fin. Lanthimos développe cet argument délirant avec un flegme tout aussi renversant. Pourtant, le scénario est trop mécanique pour convaincre, particulièrement parce qu'il commet l'erreur de connecter la fleuriste à l'univers du héros et de son patron alors que rien ne l'y relie. Pour que cela fonctionne efficacement, il aurait pourtant suffi d'en faire une collègue du héros, ou du moins quelqu'un qui travaille dans la même boîte mais qu'il n'aurait jamais croisée. Au lieu de ça, c'est un personnage qui semble tomber du ciel de manière trop providentielle pour alimenter un récit trop huilé. Dommage.

Le deuxième chapitre, R.M.F. vole, a un peu la même tare : la relation de cette épouse que son mari croyait morte qui tourne au conte paranoïaque est au cauchemar audacieux. Mais Lanthimos pèche par excès de provocation gratuite. Ainsi très vite on apprend que le héros, sa femme et un couple d'amis pratiquaient l'échangisme et filmaient leurs ébats - mais ça n'ajoute strictement rien au sujet. Ensuite, tout se resserre sur Daniel et Liz dans leur maison où se noue un drame sadique et horrible à cause des soupçons du premier et du glissement malade de la seconde pour convaincre qu'elle est bien qui elle est. Pourtant, là encore, Lanthimos juge utile d'agrémenter son discours de réflexion sur la violence conjugale - ce qui est inutile puisque c'est évident. Le dénouement n'est qu'une pirouette trop facile pour être troublante. Et entre temps, on a vu Liz se masturber dans des conditions limites comme pour souligner que c'est décidément son obsession (entre l'onanisme et les partouzes).

Et puis il y a le troisième épisode, R.M.F. mange un sandwich. Pour moi, le plus réussi, parce que le plus tenu. On peut remarquer que la sujétion est au coeur du film : Robert est sous la coupe de Raymond, Liz sous celle de Daniel. Ici, Emily et Andrew sont membres d'une secte, c'est encore plus clair et net. Leur quête est aussi démente que dans les autres parties mais elle n'est pas entravée par des artifices narratifs maladroits ou gratuits. Emily devient à la fois la victime et l'héroïne de cette histoire et la manière dont elle se termine est à la fois hilarante et pathétique. Lanthimos impose, encore une fois inutilement, une scène de viol par soumission chimique. Mais l'ensemble est plus maîtrisé, tout a un sens, une direction, il n'y a pas de déviations (sinon mentales) superfétatoires. C'est cette histoire là qui aurait mérité un film entier, quelque chose de rapide, ramassé, concis, grinçant et absurde, mais à peine 1h. 05, tout est là.

La réalisation est moins sophistiquée que dans Pauvres Créatures, même s'il y a encore des transitions de la couleur au noir et blanc, mais très classiques (le n&b servant principalement pour des flashbacks). Lanthimos s'amuse comme un excellent styliste qui a les moyens désormais de ses ambitions, il sait installer une ambiance malsaine, malaisante, puissante, qui donne ses meilleurs moments à son triptyque. Toutefois, il y a des longueurs coupables, des moments dispensables, des espèces de lubies complaisantes qui plombent l'ouvrage (principalement son insistance à vouloir sexualiser de manière puérile les situations dans le but affiché de choquer alors que c'est juste embarrassant).

Il a à sa disposition un casting prestigieux, avec des nouveaux venus chez lui. On notera qu'il leur donne rarement de quoi briller : le plus déplorable exemple est celui de Hunter Schafer, comédienne transgenre révélée par la série Euphoria (comme Zendaya et Sydney Sweeney) qui n'a en tout et pour tout que deux pauvres scènes. Joe Alwyn est invisible à part dans le dernier segment où il est particulièrement bon en mari dépossédé. Mamoudou Athie pourrait très bien ne pas figurer au générique sans qu'on s'aperçoive de son absence à l'écran tellement sa partition est transparente. Hong Chau est également sous-exploitée.

En revanche, le habitués de Lanthimos sont plus gâtés. Willem Dafoe interprète dans les épisodes 1 et 3 de sombres salauds complètement dérangés : pas très original pour un acteur coutumier du fait, mais il est impeccable. Margaret Qualley est magistrale dans le dernier chapitre avec un double rôle. Jesse Plemons a reçu le Prix d'interprétation masculine au dernier Festival de Cannes pour ses trois compositions ici, même si son jeu très sur la réserve, son manque d'expressivité et cette manière de marmonner sont assez lassants. Enfin Emma Stone monte en puissance tout au long du triptyque : discrète dans la partie 1, brillante dans la 2, et impériale dans la 3, elle affiche un aplomb assez extraordinaire, malgré le fantasme fatigant de Lanthimos à toujours vouloir la déshabiller et l'humilier dans ses rôles - elle va pourtant encore tourner avec lui prochainement, mais j'espère qu'ensuite elle changera quand même d'air.

Malgré de bons passages, et un dernier morceau très au-dessus des autres, Kinds of Kindness déçoit. A cause d'idées inabouties, de provocs puériles, mais aussi sans doute parce que le film arrive trop vite après le coup de maître que fut Pauvres Créatures à côté duquel il ne fait pas le poids.