Spider-Man est inquiet : son sens d'araignée n'arrête pas de se manifester, quelque chose de mauvais va se produire. Il en avise Luke Cage qui n'a pas le temps pour ça puisqu'il est en campagne pour sa réélection comme maire de New York face à une candidate anti super héros. Daredevil, qui réconforte Captain Marvel, sent lui aussi une menace planer sur la ville. Et pour ne rien arranger, Miracleman fait irruption dans la Stark tower pour que Iron man l'aide à mieux comprendre ses pouvoirs...
Nous y voilà : ici commence le nouveau volume de Avengers, le dixième après la fin du run de Jed MacKay en Mars dernier. Depuis il y a eu l'event Avengers : Armageddon et Marvel a choisi de laisser Chip Zdarsky relancer la série ce mois-ci. Un relaunch qui fait penser à celui de Brian Michael Bendis en 2005 après Avengers : Disassembled et le titre rebaptisé en New Avengers.
Pourquoi cela y fait penser ? Parce qu'il y a 21 ans donc Bendis avait confronté les héros à une crise majeure justifiant leur séparation. Les New Avengers s'étaient formés de manière accidentelle (après une attaque contre la prison du Raft) et autour de personnages improbables (des anciens comme Captain America et Iron Man et des néo-Vengeurs comme Luke Cage, Spider-Woman, Wolverine, Spider-Man).
Le pari de Bendis à l'époque, motivé par Mark Millar (qui faillit hériter du projet mais qui le repoussa pour développer Ultimates), c'était d'intégrer des personnages très populaires comme Wolverine et Spider-Man à l'équipe et mixer cela avec des héros que lui adorait comme Luke Cage et Spider-Woman tout en conservant un noyau dur historique, Captain America et Iron Man.
Par la suite, le succès aidant, Bendis radicalisa son approche en profitant de Civil War, pour plonger les New Avengers dans la clandestinité, évacuant Iron Man puis Captain America, et incorporant d'autres outsiders (comme Doctor Strange, Iron Fist, Echo...). Cela donna lieu aussi à la titularisation la plus discutée, celle de Sentry, création de Paul Jenkins, dont Bendis fit une sorte de nouveau Hulk (l'élément instable du groupe).
Zdarsky, avec Avengers : Armageddon, a aussi procédé à un coup de balai radical puisqu'au terme de son event les super héros sont désormais indésirables dans nombre de pays étrangers et tout juste tolérés aux Etats-Unis (qui se sont abstenus du vote à leur sujet). Reste que le climat de défiance envers les masques est au plus haut et les Avengers ont préféré s'auto-dissoudre.
Captain America, dans sa série, également écrite par Zdarsky, revient tout juste de l'enfer. Iron Man, dans la série de Joshua Williamson, est au bord du craquage de nerfs. Quant à Thor, plus personne ne se souvient de lui grâce au scénario machiavélique de Al Ewing. Captain Marvel, enfin, a fini Armageddon très diminuée en tentant d'absorber une explosion terrible : elle n'est plus désormais qu'à 10% de ses capacités.
Ce premier épisode de Avengers se découpe en deux temps : dans le premier, c'est l'heure du bilan et des inquiétudes face à l'avenir. Spider-Man sent qu'une menace d'ampleur est sur le point d'apparaître et il tente d'avertir Luke Cage mais celui-ci a d'autres chats à fouetter puisqu'il est en campagne pour sa réélection comme maire de New York face à une candidate anti super héros.
Captain Marvel est dans un bar de Hell's Kitchen, un verre d'alcool devant elle, lorsque Daredevil l'aborde et tente de lui remonter le moral. Zdarsky montre, de manière pas très subtile mais intrigante, que ces deux-là flirtent au bout d'un moment - je suis curieux de voir où il va aller avec ça, s'il compte développer.
Enfin, un dernier binôme, plus familier et récent, apparaît avec Miracleman (Dave Colton) et Wolverine : Colton cherche Tony Stark pour qu'il l'aide à mieux comprendre/contrôler ses pouvoirs. C'est Logan qu'il retrouve (après l'avoir croisé dans la mini Wolverine : Weapons of Armageddon ) alors que Spider-Man s'apprête à la combattre après l'avoir accusé d'avoir provoqué ce climat hostile aux super héros.
Zdarsky souligne bien le côté fracassé de tous ces personnages : Cage craint de perdre son fauteuil de maire, Spider-Man est confronté à plusieurs angoisses, Captain Marvel est minée, Daredevil est troublé, Wolverine est soucieux, Miracleman dépassé. Mais Zdarsky va s'appuyer sur cela pour justifier, selon la formule bien connue, que les Avengers se rassemblent quand un héros seul ne peut venir à bout d'un problème.
Pour bien apprécier le deuxième acte de cet épisode, il faut donc de préférence avoir lu/être au courant de ce qui vient de se passer dans la série Captain America. A savoir que Dr. Fatalis a détrôné Méphisto sur le trône des enfers, qu'il annulé tous les contrats passés entre les humains et le diable, et que Méphisto est sur Terre.
Des anges (ou des démons ?) apparaissent alors dans le ciel de New York et commencent à tuer des civils qui ont contracté avec Méphisto au motif que l'arrangement passé avec ce dernier est devenu caduc. Et c'est ce qui va provoquer la réunion des Avengers - ou du moins de cette équipe d'Avengers. Dont le véritable ciment est surtout, en vérité, d'avoir été là, quasiment au même endroit, quand ces anges débarquent.
C'est un autre point commun avec New Avengers de Bendis où les héros se retrouvaient dans la prison du Raft ou à proximité pour intervenir lors de la grande évasion des vilains qui y étaient enfermés. On notera que les Avengers de Zdarsky sont majoritairement des héros street-level, pas vraiment des big guns - hormis Miracleman et Captain Marvel. Et c'est ce qui, pour le scénariste, fournit le suspense : comment des héros peu puissants vont se débrouiller faire face à une crise d'ampleur, dans un climat hostile ?
C'est malin, il faut le reconnaître. Et lucide car Zdarsky s'est plutôt illustré, avec talent, sur ce genre de personnages. Reste une inconnue, et de taille : Zdarsky sera-t-il aussi inspiré pour un team book que pour ses précédentes séries, basées sur des héros solitaires (Daredevil, sa grande réussite) ? Il existe très peu d'auteurs aussi habiles dans les deux registres.
On peut aussi se méfier d'un premier arc qui démarre avec Méphisto dans le rôle de l'antagoniste. Jason Aaron avait fait de lui le méchant de tout son run et le revoir aussi vite (même si, entretemps, MacKay avait bâti sin run sur Kang) peut décevoir, voire irriter. Toutefois, je vais être indulgent parce que, dans ce premier épisode, Zdarsky (et Marvel) semble(nt) voir loin.
Comment cela ? Hé bien, qui dit contrat avec Méphisto, dit Spider-Man : One More Day, une des histoires les plus polémiques produite par Marvel. Pour rappel, cet arc, renié par J.M. Straczynski car imposé par Joe Quesada, voyait Spider-Man accepter que Méphisto annule son mariage avec Mary Jane Watson et l'efface des souvenirs pour sauver tante May qui était entre la vie et la mort après avoir été blessée par un sniper engagé par le Caïd (qui avait appris l'identité secrète de Spidey suite à Civil War).
Bien que Stephen Wacker, le nouveau boss de Marvel comics, n'ait pas annoncé vouloir supprimer des tablettes One More Day, il a quand même teasé qu'en Juin 2027 il y aurait "un jour pas comme les autres". Et ce Avengers #1 abonde dans ce sens avec une scène où Spider-Man croise une jeune femme en possession d'un grimoire que lui ont remis ses parents et faisant allusion à un marché passé avec Méphisto - suivez mon regard...
Comme, en ce moment, dans la série Amazing Spider-Man, May Parker, suite à une (énième) attaque, a carrément oublié que Peter était son neveu, tout semble quand même indiquer qu'on va revenir à One More Day. Ce serait maladroit que cela soit résolu dans la série Avengers, mais il n'est pas impossible que les deux titres se synchronisent.
Cet épisode est en tout cas, vous l'aurez compris, prometteur, accrocheur, dense, et rythmé. Il est aussi un peu plus long qu'un numéro classique. Et, pour ne rien gâcher, Zdarsky renoue avec son artiste de Daredevil : Marco Checchetto. L'italien produit de superbes planches, même si l'encrage est parfois un peu bâclé (j'ai lu ça sur une tablette et en zoomant on peut remarquer des finitions disons un peu moyennes).
Reste que Checchetto est une valeur sûre, un excellent narrateur, rompu à l'exercice. Il anime tous les personnages avec dextérité et il ne lésine pas sur les décors. On sait qu'il n'enchaînera pas un nombre affolant d'épisodes (en moyenne, quand il arrive à en aligner cinq, c'est déjà bien), et il faudra voir quel sera le dessinateur qui le suppléera le moment venu (Luca Maresca serait mon choix).
Une bizarrerie que j'ai notée, c'est que la couverture est colorisée par Matt Milla alors que les intérieurs le sont par Matthew Wilson. Rien de choquant, mais c'est curieux. Wilson est un grand pro, qui a longtemps bossé avec Chris Samnee, et dont la palette est très nuancée.
Le retour d'Avengers sera, à n'en pas douter, un carton. Il faudra que Chip Zdarsky ait les reins solides car, comme les X-Men, il s'agit d'une franchise importante, très exposée, avec des fans intransigeants.





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