samedi 16 mars 2024

BATMAN / DYLAN DOG #1 (of 3) (Roberto Recchioni / Gigi Cavenago & Werther Dell'Edera)


Au début de sa carrière, le Joker a consulté le docteur Xarabas et les deux hommes ont gardé le contact. Aujourd'hui, ils se retrouvent à Londres pour un coup monté. Batman est aux trousses du Joker, Dylan Dog à celles du Dr. Xarabas. Mais entre les deux détectives, la collaboration s'annonce difficile. C'est leur affection commune pour Selina Kyle qui les motivera à dépasser leurs différences...
 

Enfin ! Enfin, nous pouvons lire ce crossover tant attendu, initié par les éditions Bonelli, le plus grand éditeur de fumetti en Italie. Et pour ce faire, DC a mis les petits plats dans les grands en sortant cette mini-série en trois épisodes de plus de 80 pages au format prestige.


Pourtant, tout a été produit par des auteurs transalpins : le scénario est l'oeuvre de Roberto Recchioni, le créateur des séries John Doe et Détective Dante. Réunir Dylan Dog, créé par Tiziano Sclavi, et Batman, créé par Bob Kane et Bill Finger, peut sembler improbable, mais Recchioni a su imaginer une intrigue sur mesure pour ces deux héros emblématiques.


Car ce qui réunit Dylan Dog, spécialiste de l'occulte, du paranormal, et Bruce Wayne, super-héros sans pouvoir et protecteur de Gotham, c'est bien évidemment leur talent de détective. Recchioni convoque donc deux némésis de Dog et Batman, le Dr. Xarabas, un savant fou obsédé par l'immortalité et entouré de zombies, et le Joker, le clown du crime, auxquels il donne un passé commun.


Pour Xarabas, consulté par le Joker récemment défiguré au début de sa carrière, en chaque monstre se trouve une merveille, d'ailleurs étymologiquement les deux termes ont la même origine. Le Joker renonce à une opération de reconstruction faciale et assume son visage ravagé en même temps que sa folie criminelle. C'est brillant et tout simple. Dès lors, quand les deux hommes se retrouvent des années plus tard, le lecteur sait qu'il va se passer des choses horribles.
 

Dylan Dog, la dernière fois qu'il a affronté Xarabas, l'a vu périr dans un incendie. Quant à Batman, il ignore où a pu passer le Joker depuis qu'il a quitté Gotham mais en interrogeant ses hommes de main, il tient une piste qui le mène à Londres... Où Dylan Dog est en vacances en compagnie de Selina Kyle (la présence de cette dernière ne semble qu'opportune, sans rapport avec le Joker qu'elle reconnaît dans la foule sans savoir ce qu'il fait dans la capitale britannique).
 

Le récit, bien que consistant avec sa pagination inhabituelle, file à toute allure, sans temps mort. Ce qui n'empêche pas Recchioni d'écrire des échanges savoureux entre les protagonistes, notamment Bruce Wayne et Dylan Dog qui, d'emblée, ne s'apprécient pas (et pas seulement parce que le deuxième est devenu l'amant de Selina Kyle). En vérité, tout oppose le méticuleux et richissime Bruce Wayne et Dylan Dog, désinvolte et fauché mais qui se paie le luxe de refuser un chèque du milliardaire américain.

L'équilibre entre le temps consacré aux méchants et aux héros est admirablement établi, si bien qu'on ne perd rien des manoeuvres des uns et des autres. Le tout est ponctué de plages d'action extrêmement intenses et dynamiques pour lesquels deux dessinateurs ne sont pas de trop. Et de ce côté-là aussi, Batman - Dylan Dog nous en met plein la vue.

Jugez plutôt : c'est rien moins que le génial Gigi Cavenago qui se charge d'illustrer cette histoire. Ce nom n'est malheureusement pas très connu ni en France ni aux Etats-Unis, mais il a pu profiter d'une exposition salutaire récemment en étant l'artiste du volume 3 de The Magic Order écrit par Mark Millar. Il réalise seul, dessin et colorisation, le long prologue de cette aventure avant d'être soutenu aux couleurs par Giovanna Niro (qui travaille elle aussi pour des comics du Millarworld).

Cavenago a une manière bien à lui de découper ses planches : quand l'action domine, il se concentre sur un nombre réduit de cases, souvent occupant toute la largeur de la bande, et cette latéralité lui permet de privilégier les mouvements des personnages aux décors. Quand il doit dessiner des passages plus calmes, il privilégie des cadres plus verticaux ou même des "gaufriers", avec une attention portée aux expressions des visages.

Sur ce point, il souligne l'impassibilité grave de Bruce Wayne / Batman contre la volubilité de Dylan Dog. Cela génère un effet humoristique qui oppose la fantaisie du héros italien face au sérieux du héros américain. Batman est plus que jamais un athlète avec un costume farfelu dans un décor différent de celui de Gotham tandis que Dylan Dog apparaît comme un civil lambda, en jean, chemise rouge, veste noire, capable pour désarçonner son adversaire de lui demander, avant d'être tué, de jouer un air de sa clarinette.

Recchioni doit aussi composer avec les seconds rôles. S'il ne paraît pas très intéressé par Alfred Pennyworth, en revanche il exploite à fond Groucho, l'assistant de Dylan Dog qui ressemble comme un jumeau à Groucho Marx jusque dans sa manière de commenter ce qui se passe avec un humour absurde irrésistible. Et puis il emploie Selina Kyle / Catwoman de manière habile même si plus convenue (mais on attendra de voir comment cela évoluera par la suite).

Je dois bien reconnaître cependant que j'ai eu du mal à déceler la contribution de Werther Dell'Edera (qui, malgré son prénom germanique, est bien italien lui aussi) : l'artiste de Something is killig the children a pourant un style identifiable mais j'ignore ce qu'il a fait ici tant Gigi Cavenago marque ce comic-book fumetto de son empreinte. Les crédits ne précisent hélas ! rien à ce sujet.

Quoiqu'il en soit, ce premier épisode (sur trois) est un régal absolu, brillamment écrit, génialement mis en images, comblant aussi bien le fan de Batman que celui de Dylan Dog.

vendredi 15 mars 2024

BLACK WIDOW & HAWKEYE #1 (of 4) (Stephanie Phillips / Paolo Villanelli)


Black Widow cherche Hawkeye. Celui-ci est en effet traqué par plusieurs tueurs à gages et les autorités américaines et russes car il désigné comme l'assassin du minsitre des affaires étrangères russe qui était en visite d'Etat aux Etats-Unis !


Cette mini-série en quatre parties n'était pas prévue dans ma liste d'achats et puis je me suis laissé tenté car j'aime ce qu'écrit Stephanie Phillips - même si je ne cache pas ma déception qu'elle n'ait pas été choisie pour écrire une des futures séries X-Men post-Krakoa (Tom Brevoort lui a préférée Eve Ewing visiblement).
 

Black Widow et Hawkeye, c'est une vieille histoire : les deux personnages sont apparus quasiment en même temps il y a soixante ans dans les pages d'Iron Man et à cette époque ils étaient tous les deux dans le camp des vilains. Puis Hawkeye s'est racheté une conduite en intégrant le "kooky quartet" des Avengers (qui succéda à la formation initiale) commandé par Captain America avant que Black Widow ne passe elle aussi une tête dans l'équipe mais plus tard. Marvel célèbre ces pimpants sexagénaires avec cette mini-série.


Stephanie Phillips ne perd pas de temps en préliminaires : elle nous plonge tout de suite dans l'enquête menée par Black Widow qui cherche Hawkeye. Celui-ci a été vu à Madripoor, traqué par plusieurs agents gouvernementaux et assassins, dont un certain Mikhail qui semble avoir eu sa peau. Natasha Romanoff disposant désormais d'un symbiote (type Venom - ne me demandez pas comment, je n'ai pas suivi cette affaire, mais ça ne nuit pas à la compréhension de l'histoire, même si ça fait bizarre), lit les pensées du tueur et localise ainsi Clint Barton puis le sauve. Mais celui-ci refuse qu'elle l'exfiltre et lui fait un aveu terrible.
 

Le récit file donc à toute allure, sans laisser le temps aux héros et au lecteur le temps de reprendre son souffle. C'est bien et ça prouve que Phillips a intégré parfaitement le format court dont elle dispose mais surtout qu'elle ne compte pas faire de cette mini-série anniversaire un travail de commande paresseux et convenu.

La narration est déconstruite puisqu'on démarre par une scène en Sibérie quand Black Widow capture Mikhail et ensuite on remonte le temps en diversifiant au maximum les angles d'attaque. Phillips convoque Bobbi Morse / Mockingbird, l'ex-femme de Hawkeye, pour un dialogue bien troussé et qui entretient le doute. Puis c'est une succession de plages d'action assez formidablement construites.

C.B. Cebulski, qui est aujourd'hui le directeur éditorial de Marvel, en était auparavant un chasseur de têtes réputé et, récemment, il a confié vouloir de plus en plus faire son marché en Italie. C'est un choix avisé dans la mesure où beaucoup d'artistes transalpins ont été formés à l'exigeante école des fumetti pour lesquels ils doivent livrer beaucoup de pages dans des histoires en tout genre. Cette productivité en fait des dessinateurs qui s'adaptent facilement aux cadences et particularités narratives des comics américains.

Même si, toutefois, tous les italiens n'ont pas ni le talent ni la progression d'un Valerio Schiti, il est rare qu'ils ne finissent pas par trouver facilement du boulot une fois qu'ils traversent l'Atlantique. Paolo Villanelli est un de ces candidats à la gloire et Black Widow & Hawkeye est son ticket d'entrée pour ça. Auparavant, il a surtout illustré des épisodes de Star Wars.

Son style épouse idéalement la narration nerveuse de Phillips avec des planches peu fournies en cases mais avec un découpage très dynamique, aux compositions soignées et variées. Sa manière de dessiner les personnages souffre d'un peu de précipitation et n'échappe pas à quelques clichés (voir la scène entre Natasha et Bobbi où la première porte une robe de soirée ultra sexy alors que son amie arbore un look streetwear, le tout dans un bar chic).

Mais comme on demande à cette série de tout miser sur l'action, Villanelli est dans son élément. Les scènes de baston sont très énergiques et mettent en valeur les talents d'archer de Hawkeye et les pouvoirs acquis par Black Widow - la veuve noire semble quand même avoir les faveurs de l'artiste qui lui offre quelques poses iconiques, faisant penser que c'est plus elle que Clint Barton la vedette de cette intrigue.

C'est du comics pop-corn, divertissant, sans conséquence (nul doute que tout ça finira par la justification d'un gros malentendu et la révélation d'un complot ourdi par quelque méchant manipulateur). Mais Stephanie Phillips fait le job en jouant sur les origines des deux héros rendus à leur condition d'outlaws.

HELEN OF WYNDHORN #1 (of 6) (Tom King / Bilquis Evely)

 

Années 30. Etats-Unis. Lilith Appleton est engagée comme gouvernante par Barnabas Cole qui la charge de retrouver sa petite fille, Helen, 16 ans, dont le père, Christopher, écrivain de romans fantastiques, vient de se donner la mort. Sa mission accomplie, la jeune fille découvre la somptueuse demeure de son grand-père... Et ses secrets...



Tous ceux qui ont lu la mini-série Supergirl : Woman of Tomorrow (DC Comics / Urban Comics) n'attendaient qu'une chose : que Tom King écrive un nouveau scénario que dessinerait Bilquis Evely. Et visiblement, l'auteur était aussi impatient que ses fans à l'idée de retrouver l'artiste - et réciproquement.


Récemment, pour un podcast revenant justement sur le succès de Supergirl : Woman of Tomorrow (qui sera adapté au cinéma), Tom King expliquait qu'il avait été si vivement impressionné par le travail par sa collaboratrice qu'il lui dit que, quelle que soit l'histoire qu'elle voudrait dessiner et l'éditeur chez qui elle voudrait la voir publier, il était prêt à se mettre à sa disposition.


Bilquis Evely montra alors à Tom King un carnet de dessins dans lequel elle griffonnait des croquis depuis des années. A partir de ces éléments, le scénariste imagina Helen of Wyndhorn comme un vêtement sur-mesure pour la dessinatrice et soumit le projet à Dark Horse Comics qui accepta de l'éditer.


Bien qu'encore très attaché à DC Comics (pour lequel il écrit la série Wonder Woman actuellement), Tom King se diversifie depuis la fin de son contrat d'exclusivité et désormais il place des projets chez Image Comics (Love Everlasting avec Elsa Charretier), Boom ! Studios (Animal Pound avec Peter Gross). On peut voir cela comme un prolongement de ce qu'il produisait pour le DC Black Label sauf qu'il s'agit de créations originales dont il détient les droits (avec l'artiste auquel il s'associe).

Amateur de littérature, même si cela lui vaut d'être parfois taxé d'auteur verbeux, King s'est visiblement inspiré des romans de Henry James, Daphné du Maurier mais aussi de Edgar Rice Burroughs au moment de développer l'intrigue de Helen of Wyndhorn. Celle-ci se déroule dans les années 30 aux Etats-Unis et nous présente Helen Cole, une jeune fille de 16 ans qui vient de perdre son père, qui s'est donné la mort. C.K. Cole était un auteur de romans fantastiques à succès très proche de sa fille qu'il emmenait partout avec lui. Barnabas, le père de C.K. et grand-père de Helen, recrute alors Lilith Appleton comme gouvernante afin de la retrouver et de reprendre son éducation en main dans sa gigantesque et fastueuse demeure.

Le décor évoque donc James, à qui l'on doit des ouvrages comme Le Tour d'écrou, et du Maurier, à qui on doit Rebecca (adapté au cinéma par Hitchcock). L'ouvre de C.K. Cole, elle, renvoie à celle de Burroughs, connu pour avoir créé Tarzan et John Carter of Mars. Ces éléments donnent au récit de King une saveur particulière dont il a intégré les codes parfaitement, avec notamment l'emploi d'une voix-off au langage très châtié (semblable à celle utilisée dans Supergirl : Woman of Tomorrow) et qui introduit une certaine distance pour rapporter les faits (c'est Lilith qui fait office de narratrice).

Helen est dépeinte comme une gamine à la dérive, noyant son chagrin dans l'alcool, indisciplinée, qui aspire à être aussi libre que l'était son père mais qui adopte aussi ce comportement pour se rebeller contre les autres adultes. Elle fuit sa gouvernante à la moindre occasion et insupporte le majordome, Joseph. On éprouve à la fois de la compassion pour elle face à l'épreuve qu'elle traverse mais on mesure aussi la difficulté à laquelle fait face Lilith, dont on salue le flegme.

L'élément fantastique survient par petites touches subtiles : quand Helen est victime d'insomnies à répétition et qu'elle cherche refuge dans la chambre de sa gouvernante qu'elle persuade de lui faire une place dans son lit parce qu' "il y a un monstre, là, dehors".  On considère cela comme un reste d'enfance et la peur des petits qu'il y ait une créature inquiétante qui est tapie dans l'ombre ou sous leur lit (l'idée à la base du film Monstres et compagnie). Mais en même temps Helen n'est pas une enfant, elle a seize ans et alors on s'interroge sur la possibilité que ce qu'elle raconte soit un effet de sa consommation excessive de vin. Enfin, la toute fin de l'épisode va révéler la vérité et entraîner les personnages et le lecteur dans une toute autre dimension. Si après ça, vous n'êtes pas hameçonné, alors je ne sais pas ce qu'il vous faut.

Tom King n'est pas le seul à avoir découvert quelle prodigieuse dessinatrice est Bilquis Evely, mais il est vrai que le succès de Supergirl : Woman of Tomorrow l'a révélé aux yeux d'un public plus large que ses productions précédentes (notamment, avant cela, la série The Dreaming, appartenant à l'univers du Sandman de Neil Gaiman). Et il est certain que beaucoup qui attendaient de savoir ce qu'elle ferait ensuite liront Helen of Wyndhorn d'abord pour renouer avec le charme magique de ses planches.

Evely travaille à l'ancienne : dans un monde où tous les artistes (ou presque) se sont convertis au numérique, à la tablette graphique, elle dessine au crayon, encre avec une plume et un pinceau et le résultat a cette texture unique. Le luxe de détails de chacune de ses cases, la majesté de ses splash-pages, a quelque chose de proprement divin, exhalant une vraie poésie, comme venue d'un autre âge. Ci-dessus, vous pouvez admirez la demeure de Barnabas Cole et c'est le genre d'image sur laquelle on peut faire un arrêt de plusieurs longues minutes tant elle est à la fois impressionnante et somptueuse.

Mais Evely soigne aussi ses personnages qui possèdent tous une classe, une élégance incroyables. L'époque du récit, les costumes qui vont avec, les coiffures, tout cela est vraiment parfait : plus d'une fois là encore on est subjugué par la beauté de son trait, magnifié par les couleurs de son partenaire Matheus Lopes. Il y a fort à parier que Helen of Wyndhorn sera non seulement une mini-série mémorable mais surtout une des plus belles de 2024.

Que dire de plus ? J'ai adoré, je suis comblé. Et j'ai hâte de découvrir ce que la suite de cette histoire réserve.
   
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Ce premier n° est disponible avec plusieurs magnifiques variant covers :

Massimo Carnevale
Elsa Charretier
Tula Lotay
Clay Mann
Walter Simonson
Greg Smallwood

jeudi 14 mars 2024

DRIVE-AWAY DOLLS (Ethan Coen, 2024)


Philadelphie. 1999. Un homme nommé Santos attend nerveusement quelqu'un dans un bar en serrant contre lui une mallette métallique. Il sort du bar et le barman le poursuit jusque dans une impasse où il le tue, le décapite et lui prend la mallette.


Sukie, une jeune agent de police, décide de rompre avec Jamie, sa copine infidèle. Celle-ci trouve dans une soirée Marian qui lui raconte son projet d'aller voir sa tante à Talahassee en Floride. Jamie veut l'accompagner pour voir du pays et coucher avec un maximum de filles en chemin. Pour ce voyage, elles se rendent chez Drive-away Curlie pour louer une voiture qu'elles devront en échange livrer à un client à Talahassee.


Juste après le départ des deux filles, trois criminels - le Chef, Arliss et Flint - arrivent à leur tour chez Curlie pour réclamer la voiture qu'il vient de louer et qu'ils avaient pourtant réservée. Alors qu'elles arrivent en Floride, Jamie et Marian sont victimes d'une crevaison. Elles vont chercher la roue de secours dans le coffre de la voiture.


Elles trouvent sous la roue la mallette métallique subtilisée à Santos et la tête de ce dernier dans un carton à chapeau rempli de glace carbonique. Marian est affolée mais pas Jamie qui veut en savoir plus sur le contenu de la mallette. Alors qu'elles font une halte dans un diner, elles l'ouvrent et font une découverte inattendue qui va donner de nouvelles idées à Jamie au grand dam de Marian. 


Mais les deux jeunes femmes sont loin de se douter que le Chef a envoyé à leurs trousses Arliss et Flint qui suivent leurs traces grâce aux achats qu'elles paient avec leurs cartes de crédit...


Depuis 2018 et La Ballade de Buster Scruggs qu'ils avaient réalisé pour Netflix, les frères Coen se sont séparés pour se consacrer à des projets en solo. Joel Coena ainsi réalisé une adaptation de Macbeth (qui a fait un bide comme toutes les autres, confirmant ainsi la malédiction autour de cette pièce de Shakespeare). Ethan Coen, lui, a choisi avec Tricia Cooke, sa femme, scénariste, monteuse et productrice de se consacrer à un curieuse trilogie de thrillers lesbiens dont Drive-Away Dolls est le premier volet.


De leur propre aveu, leurs derniers films ensemble ont été des mauvaises expériences, difficiles à monter. Pour Ethan Coen, filmer était devenu un travail ennuyeux dans lequel il ne s'épanouissait plus, d'où la décision prise d'un commun accord avec Joel de se séparer, au moins pour un temps. Mis en perspective, ce choix explique facilement la génèse de Drive-Away Dolls, un petit film avec un budget réduit et des ambitions moindres mais surtout conçu pour se faire plaisir.


Pensé comme un hommage aux films d'exploitation des années 60-70 et notamment aux longs métrages de Russ Myer (Faster, Pussycat ! Kill ! Kill !, Vixens), le film suit donc l'aventure de deux jeunes femmes qui n'ont en commun que la sexualité (elles sont toutes deux homosexuelles) et qui vont se trouver mêlées à une affaire rocambolesque et comique.

Et cela a comme régénéré Ethan Coen qui s'est visiblement beaucoup amusé avec sa femme à imaginer cette intrigue farfelue, assumant son côté série B, et renouant avec la formidable vitalité des premiers films (Sang pour sang, Arizona Junior) qu'il mit en scène avec son frère. Tout ce qu'il a appris comme auteur lui permet en plus de tourner ça avec une grande maîtrise.

Formellement, il ose ainsi des apartés psychédéliques dont le spectateur comprendra le sens dans la dernière partie. On y voit Miley Cyrus dans le rôle de Tiffany Plastercaster dont l'occupation préféré, en dehors de coucher avec de jeunes hommes, est de faire des moulages de leur pénis pour garder un souvenir d'eux - et on saisit alors pourquoi le titre original du film était Drive-Away Dykes (Bites en cavale) que Coen et Cooke ont préféré abandonner, sachant qu'il condamnerait leur oeuvre à n'être pas projeté dans certains Etats américains conservateurs. 

Comme toujours en revanche avec les Coen, on a droit à des personnages haut en couleur, en particulier les deux héroïnes et la galerie de seconds rôles. Jamie est une fille décomplexée qui assume son homosexualité et ses désirs - cela motive d'ailleurs son envie d'accompagner Marian : leur road-trip lui offrira des rencontres et des aventures d'un soir. Marian en revanche est plus coincée et cela lui vaut de ne pas avoir eu de relations sexuelles depuis une paie parce qu'elle refuse d'être considérée comme une fille facile mais surtout parce qu'elle appréhende de coucher à nouveau avec quelqu'un. Elle veut donc aller à Talahassee en Floride pour se ressourcer auprès de sa tante à laquelle elle cache qu'elle est lesbienne.

Les interactions entre Jamie et Marian fournissent déjà au scénario son lot de situations hilarantes et de dialogues savoureux. Le duo fonctionne idéalement sur un registre à la fois (dé)culotté et pince-sans-rire, et des scènes comme la soirée avec l'équipe de football féminin ou la nuit ou les deux filles partagent leur lit à l'hôtel El Conquistador sont absolument irrésistibles. Ethan Coen ne cède cependant jamais à la facilité et exhibant ses actrices, en les "objetisant" ou en se moquant d'elles. Au contraire, il les filme avec infiniment de tendresse et capte leur complicité mais aussi leurs moments d'embarras ou de frayeur avec une sincérité qui ne saurait être remise en cause.

Aux trousses des deux filles, on trouve des hommes mal intentionnés qui ne chassent pas pour profiter d'elles mais bien pour récupérer un butin. Là encore, tout le savoir-faire dans l'écriture de Ethan Coen donne au film un goût unique. Les méchants sont plus bêtes que cruels ou violents et c'est un régal permanent de les voir se faire mener en bateau, avoir un train de retard ou de se prendre le bec sur la bonne manière de résoudre un problème. C'est aussi l'occasion pour les auteurs de se payer, malicieusement, la tête des conservateurs républicains de l'Etat de Floride via le personnage du sénateur Channel.

Le casting est donc essentiel pour parachever la réussite de cette drôle d'entreprise et c'est un sans faute. Tandis que Pedro Pascal perd vite (littéralement) la tête, Matt Damon a droit à deux scènes croquignolesques. Colman Domingo incarne un gangster dont le surnom contredit l'autorité qu'il a sur ses sbires, deux abrutis absolus. Et Beanie Felstein est déchaînée en fille plaquée et policière à la gâchette facile.

Mais évidemment, ce sont les deux "poupées" du titre qui sont les grandes gagnantes à la fin : d'un côté, Margaret Qualley est juste fabuleuse en fille jouisseuse et intrépide face à Geraldine Vishwanathan, véritable révélation (elle vient de la télé où elle s'est faite remarquer dans la série Miracle Workers), campe sa meilleure amie constamment dépassée par les événements. A elles deux, elles forment déjà un des couples phares de 2024 - et si j'ai bien compris, elles seront dans les deux prochains films de la trilogie - dont l'alchimie à l'écran est renversante.

Vous avez envie d'un vrai feel-good movie : ne cherchez plus et regardez Drive-Away Dolls !

THE SIX FINGERS #1 (of 5) (Dan Watters / Sumit Kumar) - Avec The One Hand, 2 comics qui n'en font qu'un


The Six Fingers / The One Hand interconnected covers by Alvaro Martinez Bueno


Neo Novena. Johannes Vale tente de convaincre trois professeurs d'organiser des fouilles dans une mine au bout du monde, convaincu d'y trouver la preuve de l'existence d'une civilisation ignorée. Il se rend ensuite dans la centrale énergétique où il travaille et prend de gros risques pour déboucher le système de filtration. Mais où sont passés les pages de texte de son exposé ?


The Six Fingers est donc la seconde moitié du projet créé par Ram V, Dan Watters et Lawrence Campbell et dont chaque épisode sera publié pendant cinq mois par Image Comics. Evidemment, on ne peut pas lire The Six Fingers sans lire The One Hand, réalisé par Ram V et Lawrence Campbell : c'est tout le principe de ce projet, faire deux comics qui se répondent, se complètent.


Mais la contrainte est vite oubliée car le résultat est passionnant. Dans The One Hand, on suit Ari Nassar, un policier rattrapé par une vieille affaire alors qu'il partait à la retraite : le tueur à une main. Dans The Six Fingers, on s'intéresse à un étudiant, Johannes Vale, qui veut entreprendre des fouilles archéologiques à la recherche d'une civilisation oubliée mais qui, lors de son entretien avec ses professeurs, ne sait pas ce qu'il a fait de ses notes pour les convaincre.


Et on comprend l'essentiel avec The Six Fingers : le sujet des deux séries, c'est bien la mémoire. Ari Nassar est littéralement hanté par l'affaire du tueur à une main, Johannes Vale est obsédé par la perte de ses notes. Le policier traque un indice, un signe, un détail qui trahira le tueur. L'étudiant, en refaisant le chemin qu'il avait emprunté la veille de son exposé, va se souvenir de ce qu'il a fait et pourquoi il n'a pas pu retrouver ses notes.


Rarement un comic-book (deux comics !) ont ainsi travaillé la notion de mémoire, d'oubli, de réminiscence. Vous avez peut-être vous-même expérimenté cette sensation frustrante de ne pas vous souvenir d'un nom, d'un titre, de l'avoir comme on dit "sur le bout de la langue". Et plus vous cherchez à vous en rappeler, plus cela vous échappe. Et lorsque ça vous revient, c'est souvent au moment le plus inattendu, quand vous n'y pensez plus. Alors, ça surgit comme une évidence et vous vous demandez alors comment vous avez fait pour l'oublier. C'est cela qu'on ressent et partage avec les héros de The One Hand et The Six Fingers. Comme une décharge électrique.

Dan Watters n'a pas le renommée de Ram V mais il a autant de talent. Il a la charge de raconter la partie la plus ingrate de ce curieux diptyque en se penchant sur le cas de ce jeune homme qui a la sentiment quasi-pathologique de saborder sa propre vie, estimant être responsable de l'échec de son entretien, de la perte de ses notes, s'exposant à un danger insensé dans la centrale où il gagne sa vie parce qu'il en a marre que la situation s'y dégrade et que rien ne soit entrepris pour l'améliorer, qui précipite la rupture avec sa copine, et reconstitue son parcours tout en pressentant que quelque chose de terrible s'est produit la veille au soir.

Watters donne une épaisseur étonnante à ce jeune homme fébrile, qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui pourtant s'abandonne à une sorte d'extase morbide en admettant sa responsabilité, qui perd pied et se laisse glisser avec jubilation sans l'abîme. Bien entendu, tout tient maintenant à la manière dont Watters et Ram V, chacun de leur côté mais ensemble, vont réunir leurs héros et les confronter, mais le procédé est vraiment d'une efficacité redoutable.

Au dessin, le style de Sumit Kumar (qui a travaillé auparavant avec Ram V sur These Savage Shores et Justice League Dark) est complètement différent de celui de Lawrence Campbell. On pense parfois, notamment pour les visages, à Javi Fernandez (Green Arrow, Nightwing, King Spawn), mais avec moins de détails, de noirceur. La colorisation de Lee Loughridge (qui s'occupe aussi de celle de The One Hand) y est pour beaucoup, plus lumineuse, nuancée. Le découpage est nerveux, avec des effets bien dosés comme des inserts, des cases occupant toute la largeur de la bande, qui impactent le rythme même de la narration graphique.

Encore une fois le lettrage de Aditya Bidikar et le design de Tom Muller jouent un rôle prépondérant dans la réussite de ce projet bicéphale et fascinant, où on sent tous les participants très investis.    

C'est une expérience addictive et haletante, d'une cohésion sans faille. Un de ces projets audacieux qu'il ne faut surtout pas manquer.

THE ONE HAND #1 (of 5) (Ram V / Lawrence Campbell) - Avec The Six Fingers, 2 comics qui n'en font qu'un

The One Hand / The Six Fingers interconnected cover de Alvaro Martinez Bueno


Neo Novena. 2873. L'officier de police Ari Nassar part à la retraite. Après son pot de départ, il entre dans le bureau de la commissaire qui l'informe que le tueur à une main est de retour. Sauf que Nassar a déjà arrêté ce serial killer et son copycat des années auparavant...


Voilà un projet éditorial complètement fou et très excitant. Le scénariste vedette Ram V (Catwoman, Toutes les morts de Leila Starr) et son confrère Dan Watters (Loki, Lucifer) avec le dessinateur Lawrence Campbell ont développé un comic-book conceptuel ambitieux : produire deux mini-séries qui se répondent. Image Comics publie le tout.

Quand j'ai entendu parler de The One Hand (et donc de The Six Fingers), j'avoue ne pas avoir tout de suite compris comment tout ça s'articulait. Mais en lisant le premier épisode de chaque titre, tout devient limpide et surtout très addictif. On plonge dans un polar très noir, futuriste et fantastique, dans lequel on suit, d'un côté, un flic sur le point de prendre sa retraite, et de l'autre, un tueur en série.


Evidemment, le défi pour les auteurs est de raconter ces deux histoires parallèles sans se marcher sur les pieds. Il y a quelque chose de chorégraphique dans la narration, mais c'est, disons-le tout de suite, superbement exécuté. Ram V et Dan Watters se sont répartis le travail impeccablement et chaque partie est aussi bonne que l'autre.


Pour le lecteur et a fortiori le critique, l'affaire est assez délicate aussi car il faut slalomer entre les deux séries sans spoiler ni l'une ni l'autre. En même temps, c'est inévitable tant les deux récits sont intrinsèquement liés, jusqu'à partager au moins une scène. Le tout est d'avoir l'esprit joueur car on sait que le but de l'entreprise est de se faire rencontrer les deux protagonistes, sans qu'on sache comment Ram V et Dan Watters vont s'y prendre pour que ça n'ait pas l'air d'un énorme coïncidence.

On peut néanmoins compter sur le talent des deux scénaristes pour ne pas céder à la facilité. Dans The One Hand, on suit donc Ari Nassar, un flic qui part à la retraite. Nous sommes dans la ville de Neo Novena en 2873 (peut-être que là aussi il y a une explication pour que l'histoire se déroule dans une cité imaginaire et aussi loin dans le futur), le climat est épouvantable (il pleut en permanence - et bien entendu, impossible de ne pas penser à Blade Runner). Nassar consulte une psy de la police qui l'accompagne pour que le transition entre son activité et sa retraite se passe au mieux. Il fréquente aussi une sorte de cyber-prostituée à laquelle il peut se confier (en plus d'avoir des relations sexuelles tarifées), mais qui subit des dérèglements fréquents (comme toutes ses "consoeurs" dans la maison close où elles pratiquent).

Nassar apprend le soir de son pot de départ qu'un tueur en série, le Tueur à une main, a de nouveau sévi. Pourtant, des années auparavant, il a bâti sa réputation en appréhendant ce tueur. La vague de crimes a repris et il a également arrêté le copycat du tueur original. Qui peut avoir repris le modus operandi de ce criminel tordu après tout ce temps ? A moins que le diable ne se cache dans le détails et que ce nouveau plagiaire soit différent...

Ram V effectue un travail remarquable et, pour moi, c'est une sorte de révélation. J'avais beaucoup aimé ses épisodes de Catwoman, mais sinon je ne peux pas dire que je trouvais ce scénariste aussi impressionnant qu'on le vantait. Je n'ai donc pas eu l'envie de lire Toutes les morts de Leila Starr, ouvrage qui lui a valu une reconnaissance au-delà des comics super héroïques. Mais là, il maîtrise parfaitement sa partie, dans une ambiance très pesante, avec ce personnage en fin de course.

Qui mieux que Lawrence Campbell pouvait illustrer ce script ? Le style de l'artiste évoque celui de Alex Maleev (même si ce dernier est supérieur en qualité) et s'appuie sur un découpage simple avec peu de cases par page et surtout des images à l'esthétique très prononcée. De grands à-plats noirs dévorent chaque plan, renforçant le cadre urbain et nocturne, mais aussi par extension la fin de vie du policier et les démons qui le hantent, lui qui, durant toute sa carrière, a enquêté sur des dossiers violents et traumatisants.

Les couleurs de Lee Loughridge et surtout le design de Tom Muller (à qui on devait tout l'habillage des séries X chez Marvel depuis House of X / Powers of X) donnent un cachet supplémentaire à l'oeuvre. Muller accomplit des prodiges pour unifier le look des deux séries et le lettreur Adita Bidikar abat un boulot impressionnant, qui contribue largement à la classe fascinante et morbide de Campbell (et Sumit Kumar sur The Six Fingers). Vraiment, c'est assez rare pour le signaler mais il faut citer toute l'équipe artistique.

Je vous parle très vite de The Six Fingers #1, so... Stay tuned !

mercredi 13 mars 2024

POISON IVY, VOLUME 2 : UNETHICAL CONSUMPTION (G. Willow Wilson / Marcio Takara, Atagun Ilhan)


Ivy arrive dans la ville de Parson, Montana, où la société de fracturation hydraulique emploie beaucoup d'habitants. Pourtant ceux-ci sont conscients des ravages écologiques de cette exploitation et Ivy compte enquêter à ce sujet en se faisant embaucher par la patronne de FutureGas, Beatrice Crawley. Mais celle-ci la reconnaît et la piège.


Empoisonnée, Ivy ne doit son salut qu'à l'intervention de Janet, la secrétaire de Crawley, qu'elle a déjà rencontrée plus tôt lors de son voyage. Mais cette dernière est souffrante et doit subir une greffe du foie à Seattle et compte bien sur Ivy pour l'aider à son tour ensuite...


Ivy et Janet se sont établies à Seattle dans un cottage lorsqu'elles reçoivent la visite de Harley Quinn. Les retrouvailles entre les deux amantes aboutissent à une révélation pour chacune d'elles : Ivy comprend que comme une plante elle se régénère, Harley admet que Ivy doit poursuivre sa route sans elle encore un moment avant de regagner Gotham. Janet convainc Ivy de l'accompagner à une retraite organisée par Gwendolyn Caltrope, prêtresse new age et femme d'affaires qui commercialise diverses potions. Après en avoir ingéré, Ivy et les adeptes s'abandonnent complètement à la débauche.


C'est un destin peu commun qu'a connu ce titre : lancé comme une mini-série en six chapitres, son succès critique et public lui a valu d'être rallongée de six numéros supplémentaires, et comme les lecteurs ont continué à le plébisciter, DC a décidé d'en faire une série illimitée.

Cette réussite est d'abord celle de la scénariste G. Willow Wilson qui a su trouver un angle original et riche de possibilités pour le personnage de Poison Ivy, qui n'avait jamais eu droit à sa propre série auparavant. Wilson, elle-même, revient de loin : si elle co-créé avec le dessinateur Adrian Alphona Kamala Kahn/Ms. Marvel, elle a ensuite connu beaucoup de difficultés pour rebondir, alternant projets en creator-owned (Invisible Kingdom, officiellement en stand-by, mais dont il est plus probable de penser qu'il n'aura pas de suite) et work for hire (une reprise ratée de Wonder Woman notamment).


Dans le premier tome, on suivait Poison Ivy après ce qu'elle avait traversé durant le crossover Fear State durant lequel elle avait donné naissance à un double surpuissant, Queen Ivy, avant de perdre une partie de ses pouvoirs. Désemparée, revancharde aussi, Pamela Isley quittait Harley Quinn et Gotham pour une expédition punitive à travers les Etats-Unis avec le projet d'éradiquer l'humanité qu'elle jugeait responsable de la dégradation de la planète.

Mais en cours de route, au gré de rencontres, Ivy se rendait compte que ce châtiment était trop extrême, qu'il y avait des gens méritant d'être épargnés, et après un combat à mort contre Jason Woodrue/l'Homme Floronique (à l'origine de ses pouvoirs), elle faisait marche arrière  en ne ciblant plus que les vrais pollueurs.


C'est ainsi qu'on la retrouve en ouvrant ce deuxième tome dans un arc en deux parties. Première surprise : celui-ci est dessiné par Atagun Ilhan.

L'intrigue est classique mais rondement menée, même si elle manque de subtilité. Ilhan n'est pas mauvais mais son dessin comporte quand même beaucoup de maladresses et il faut les couleurs de Arif Prianto pour conserver l'esthétisme si spécial du titre. Beatrice Crawley campe une méchante redoutable mais (apparemment) vite sacrifiée, comme si Wilson avait imaginé ce diptyque en urgence, en attendant de repasser aux choses sérieuses.


Et on n'a donc pas trop à attendre puisque, dès l'épisode 9, Marcio Takara revient au dessin et on a droit à un épisode done-in-one avec le retour également de Harley Quinn. Il paraît alors bien loin le temps où DC refusa à J.H. Williams III le mariage de Kate Kane/Batwoman avec Maggie Sawyer. Ici, on voit deux femmes qui s'aiment, couchent ensemble, et partagent même un trip hallucinogène !

Si Harley a rejoint Ivy à Seattle pour la convaincre de rentrer à Gotham, ce n'est pas pour tout de suite. Wilson enchaîne avec un récit en trois parties où elle traite des gourous new age californiens qui promettent le bien-être à leurs clients. Ce mélange d'affairisme et de spiritualisme donne moins lieu cependant à une critique en règle qu'à une intrigue échevelée et psychédélique.

On renoue alors avec l'esthétique horrifique de la série et Marcio Takara nous éblouit en passant sans transition de scènes a priori acides (et sous acide) à d'autres franchement cauchemardesques. Là aussi, la contribution du coloriste Arif Prianto ajoute considérablement au cachet de la série avec une palette nuancée et violente à la fois.

Le dénouement de cette aventure revient de manière habile sur les théories conspirationnistes attachées au vaccin (comme ce fut le cas lors de la pandémie de Covid) et nul doute que G. Willow Wilson va certainement exploiter cette femme qui refuse l'antidote de Ivy.

Ce qui est tout aussi certain, c'est que DC tient avec Poison Ivy une de ses meilleures séries actuelles mais aussi un véritable ovni, à mi-chemin entre une production indé qui rappelle ce que publiait le label Vertigo (dont il se dit qu'il pourrait renaître d'ici 2025) et quelque chose de plus mainstream. On va continuer à suivre ça avec attention.