SHE-HULK, VOL. 4 : JEN-SATIONAL
(Sensational She-Hulk #1-5)
Sur un petit nuage depuis qu'elle et le Valet de Coeur se sont retrouvés, She-Hulk se rend à son travail où deux clients peu communs l'attendent : Karkas et Ransak sont deux Déviants qui ont quitté leur communauté puis celle de Eternels pour vivre au milieu des humains. Ils demandent un droit d'asile. Puis Jen rejoint le "Punch Club" où Titania a eu la mauvaise idée d'inviter son compagnon, l'Homme Absorbant, dont l'agressivité ruine l'ambiance.
Alors qu'elle rentre chez elle, Jen est abordée par Hulk qui lui reproche de le suivre et le surveiller. Ne comprenant pas ce qu'il raconte, elle tente de le calmer mais c'est alors que resurgit April Booth. Une bagarre s'ensuit au cours de laquelle Mark Booth prélève du sang à Hulk pour, dit-il, soigner sa femme. Mais cette dernière refuse d'être guérie. La police arrive et Hulk s'enfuit avec sa cousine.
Hélas ! pour elle, toute la séquence a été filmée par des passants. Il faudra bien Patsy Walker et Carol Danvers pour qu'elle finisse la semaine mieux qu'elle ne l'a commencée. L'occasion pour les trois amies de sortir dans un night club... Truffé de démons !
2023 voit donc l'arrivée dans les bacs de Sensational She-Hulk. Marvel applique sa stupide méthode qui consiste à relancer une série en modifiant légèrement son titre dans l'espoir de conserver les lecteurs déjà acquis et d'en gagner quelques-uns. Une stratégie idiote car si elle fonctionne au n°1, elle s'effrite ensuite, précipitant souvent les ventes dans le fond du classement car les fans sont exaspérés.
C'est ainsi qu'après quinze numéros de She-Hulk (adjectiveless), un editor a eu la brillante idée de coller "Sensational" au titre (mais de le retirer ensuite pour l'édition reliée) et de le précipiter vers son annulation au bout de dix épisodes. Vraiment brillant... Rainbow Rowell a composé avec mais, j'y reviendrai, a vécu ce coup du sort avec amertume car il était évident qu'elle avait des plans à plus long terme.
La scénariste reprend donc où elle s'est arrêtée et il vaut donc mieux avoir lu les trois premiers tomes de She-Hulk (dispos en vf, contrairement à cette suite) pour mieux apprécier ce qui va arriver. Nous avions laissé She-Hulk alors qu'elle avait évité à Manhattan d'être rayé de la carte par un extraterrestre du nom de Drapurg à qui le voleur Scoundrel avait fourni les composants d'une bombe tout en essayant de séduire Jennifer Walters.
Grâce à l'intervention du Valet de Coeur, le pire fut évité mais surtout ce dernier et She-Hulk reprenaient leur relation amoureuse en la dévoilant à leurs amis (le Punch Club avec Titania, Volcana, Ben Grimm, mais aussi Luke Cage et Iron Fist). Tout semble donc aller pour le mieux pour l'héroïne mais évidemment les choses vont rapidement se gâter.
Ces cinq nouveaux épisodes sont divisés en deux parties : la première voit resurgir Hulk dans la vie de sa cousine. A cette époque, c'est Donny Cates qui écrit les aventures du colosse de jade et si son run n'a pas convaincu grand-monde, c'est parce qu'il faut bien avouer que son scénario était médiocre. Il passait après Al Ewing et son Immortal Hulk, ce qui est un sacré challenge.
Mais bon. Cates a séparé Hulk de Bruce Banner - je ne vais pas entrer plus que ça dans les détails car ça m'est tombé des mains. Banner est dans une autre dimension et Hulk se meut donc désormais sans être influencé par sa moitié. Et, plus asocial que jamais (si c'est possible), il vire carrément parano en accusant Jen de le suivre et de le surveiller.
Rowell exploite cette situation vraiment brillamment compte tenu de l'état dans lequel Cates a mis Hulk. Elle en profite pour ramener April et Mark Booth, les deux scientifiques qui ont voulu devenir les équivalents de She-Hulk (forts, intelligents, beaux). Si Mark a recouvré apparence humaine et intellect, April est devenue Anathème, aussi forte et stupide que Hulk à l'origine.
C'est certainement une intrigue sur laquelle Rowell avait prévue de revenir plus tard puisque April prend la poudre d'escampette et on ne la reverra plus nulle part (ce qui fait qu'il y a une Hulk complètement enragée qui se promène dans la nature et dont personne chez Marvel ne se soucie plus). En attendant la scénariste organise un dialogue à la fois tendu et tendre entre Hulk et She-Hulk.
L'épisode 3 de ce tome est de fait un des plus brillants qu'on ait lu sur ces deux personnages, leur relation, leur dynamique - il ne faut pas oublier que si Bruce Banner a fait de Jen Walters She-Hulk, c'était pour la sauver après une tentative d'assassinat. Mais ni l'un ni l'autre en fait n'ont choisi d'être un Hulk. En revanche, Jen a incontestablement mieux géré sa condition que son cousin.
Et, voyez-vous, c'est là qu'on distingue un bon d'un mauvais scénariste : car le bon (ou en l'occurrence la bonne) scénariste, elle vous laisse faire les calculs, elle vous laisse tirer les conclusions, sans rien vous asséner. Ici, Rowell nous fait comprendre, sans rien nous dicter, que Jen est une héroïne parce qu'elle sert le Bien, mais surtout parce qu'elle a surmonté son "handicap".
Et elle le fait bien parce que tout passe non pas par des affirmations du personnage ou des symboles lourdingues, mais juste par un échange, des dialogues admirablement incarnés, entre Hulk et She-Hulk sur l'autodétermination, la volonté, et l'acceptation. Pas de grand discours, pas de grandes phrases, mais un sens de la nuance qui détone et réjouit.
Le second arc, plus court (deux épisodes), tire les conséquences du précédent : Jen est à nouveau perçue comme une menace parce qu'elle s'est mise en colère contre Hulk, un coup de sang vite assimilée à une perte de contrôle. Ses meilleures amies, Patsy Walker/Hellcat et Carol Danvers/Captain Marvel, l'invitent à une soirée en boîte. Le Valet de Coeur doit accompagner Jen mais se défile au dernier moment, craignant la réaction de Carol (qui ignore qu'il est revenu).
Rowell accorde au lecteur un moment de détente tout en plongeant le trio dans une folle soirée avec des démons échappés de l'enfer, l'apparition de Daimon Hellstrom (qui est l'ex de Patsy). C'est très drôle, très punchy aussi. Ig Guara illustre ce diptyque avec énergie, dans un style plus rushé que ce que la série a pris l'habitude de livrer.
Les trois premiers épisodes sont à nouveau dessinés par l'excellent Andrés Genolet, qui sera donc l'artiste ayant signé le plus de numéros sur le run de Rowell. Si j'aime tant Genolet, c'est parce qu'il me rappelle Stuart Immonen, référence écrasante mais dont il se montre digne. Même trait précis et fluide, même expressivité des personnages, même soin apporté à la composition des images, même découpage impeccable (quoique plus classique).
Comme avant lui Rogê Antônio, Luca Maresca et Takeshi Miyazawa, Genolet est un artiste sur lequel Marvel devrait miser davantage. D'abord parce qu'il est régulier dans l'effort, ensuite parce que son storytelling est juste parfait, enfin parce qu'au lieu de promouvoir des dessinateurs incomplets chaque année (ou de faire passer des artistes expérimentés pour des révélations), Marvel serait mieux inspiré de donner vraiment leur chance à des dessinateurs peut-être moins flamboyants mais plus compétents.
She-Hulk, c'est bientôt fini, mais croyez-moi quand je vous promets que le dernier tome est plus qu'à la hauteur (et mériterait que Panini traduise la fin du run de Rainbow Rowell avec Andrés Genolet - sous la forme d'un omnibus par exemple).






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