vendredi 13 mars 2026

SHE-HULK, VOLUME 3 : GIRL CAN'T HELP IT (Rainbow Rowell / Andrés Genolet, Joe Quinones)she-


SHE-HULK, VOL. 3 : GIRL CAN'T HELP IT
(She-Hulk #11-15)


Depuis que le Valet de Coeur a recouvré toute sa puissance, la relation qu'il a avec She-Hulk connaît une notable altération car il a peur de la blesser. Ben Grimm, avec qui elle s'entraîne dans le fight club qu'elle a mis en place en compagnie de Titania et Volcana, lui demande de venir aider les Fantastic Four pour une mission de surveillance au Baxter building. C'est ainsi qu'elle croise la route du Scoundrel, un cambrioleur venu dérober un appareil de Reed Richards.


Mise en échec par le Scoundrel, Jen doit composer avec les tourments de Jack Hart qui a renoncé à reprendre ses études comme il l'avait prévu, mais aussi avec Mallory Book qui accepte désormais de plus en plus de clients surhumains, héros comme vilains. Pour se détendre, elle peut encore compter sur le fight club mais elle y surprend le Scoundrel poursuivi par Reed Richards.


Jen se confie sur ses difficultés professionnelles, extra-professionnelles et sentimentales auprès de son amie Patsy Walker/Hellcat. Elle est la première à qui elle parle de son couple avec le Valet de Coeur lorsqu'elle aperçoit le Scoundrel, en civil, dans la rue. Mais qui est ce voleur charmeur qui réussit à la troubler au point qu'elle renonce à le livrer aux Fantastic Four ?


Ces cinq épisodes concluent le premier run de Rainbow Rowell sur la série She-Hulk. Suivant leur habitude stupide de relancer le titre en espérant à la fois conserver les lecteurs déjà assidus et en gagner de nouveaux, Marvel va rebaptiser ensuite la série sous le nom de Sensational She-Hulk... Tout en retirant cet adjectif lors de la collection des épisodes en recueils !


Si les deux premiers tomes étaient déjà excellents, celui-ci est encore meilleur. Rainbow Rowell a passé un an à personnaliser ce qu'elle avait envie de faire avec les personnages, mélangeant avec une habileté remarquable rom-com et super héroïsme, s'alignant sur ce qu'avait fait avant elle Dan Slott et Charles Soule, et créant une série formidablement attachante.

Toutefois, si on devait lui adresser un petit reproche, c'était de ne pas vraiment construire d'histoire qui bouleverse le statu quo de She-Hulk. Certes la romance entre Jen Walters et le Valet de Coeur était inattendue et accomplie, mais comment la scénariste allait-elle développer le twist narratif mis en place à la fin de l'arc précédent ?

Car Jack Hart, en affrontant le couple Booth, a récupéré ses pouvoirs. Il est à nouveau aussi puissant qu'avant sa disparition et cela modifie profondément la relation tissée entre lui et She-Hulk. A nouveau la peur domine : il a peur de la blesser, elle a peur de perdre le contrôle. Rowell en profite pour explorer cette crise et confronter son héroïne à la tentation d'aller voir ailleurs.

Et cet ailleurs se nomme le Scoundrel (traduisez : le Scélérat), un voleur séduisant qu'elle affronte d'abord dans le Baxter building, quartier général des Fantastic Four où il vient commettre un larcin. Celui-ci n'est pas qu'un monte-en-l'air : c'est un adversaire redoutable, capable de lui tenir tête et même de la repousser en combat singulier.

Rowell a créé ce personnage et va en faire un agent du désordre d'autant plus efficace qu'il n'a pas d'intention belliqueuse contre les héros : il est un mercenaire, louant ses services au plus offrant, mais pas un criminel dangereux. Il le dit lui-même : l'identité et les motivations de ses clients l'indiffèrent, il fait juste son boulot pour avoir la belle vie.

Le sel de la situation provient évidemment du fait que She-Hulk, en sa qualité d'héroïne et de juriste, tolère difficilement qu'un tel individu se promène librement. Il n'est peut-être pas méchant mais il agit quand même en dehors de la loi. En même temps, elle est considérablement troublée par son charme canaille, son aplomb, d'autant plus qu'elle sent le Valet de Coeur s'éloigner.

Rowell joue admirablement la carte de la screwball comedy où deux individus que tout oppose sont irrésistiblement séduits l'un par l'autre. L'agacement le dispute à la confusion des sentiments. Le Scoundrel est une tête à claques, mais il parle à Jen avec une douceur qui la fait fondre, a raison de ses défenses.

Le secret qu'elle a conservé sur sa relation avec Jack Hart entretient le doute quand les FF remarquent qu'elle est distraite. Tous ses proches devinent qu'elle fréquente quelqu'un mais pas le Valet de Coeur, encore moins un voleur. Et, dans le même temps, ses amis souhaitent son bonheur, sincèrement. Et si elle tient à Jack Hart, elle se sent vaciller en présence du Scoundrel.

Les épisodes défilent, négligeant cette fois-ci de montrer Jen à son travail, mais Rowell accomplit un boulot d'écriture simplement jubilatoire. Et quand She-Hulk apprend le fin mot sur les intentions du Scoundrel, cela aboutit à un final spectaculaire mais aussi drôle, palpitant, émouvant, fleur bleue. La totale comme on l'attend d'une série qui a su nous toucher.

Et, pour ne rien gâcher, enfin, on a droit à un album entier avec un seul dessinateur. Et Rowell refait équipe avec l'excellent Andrés Genolet, avec qui elle a également collaboré sur Runaways. C'est un artiste trop peu connu mais qui mériterait vraiment à l'être davantage. Son trait est superbe, très expressif, élégant en toute circonstance, et sa complicité avec la scénariste est palpable à chaque scène.

J'espère vraiment qu'on les reverra travailler ensemble, chez Marvel ou ailleurs, mais Genolet est un artiste formidable, très doué, et c'est vraiment là que j'ai appris à le découvrir et l'apprécier.

Avant de conclure, un mot sur l'épisode 12 qui correspondant en numérotation "Legacy" au 175ème épisode de She-Hulk, tous volumes confondus. Pour l'occasion, on a droit à une pagination plus conséquente et une back-up story absolument divine. Rowell l'écrit bien sûr et c'est le trop rare Joe Quinones qui l'illustre. 


On assiste à la première session du club de lecture qu'organise She-Hulk dans son appartement : la Guêpe, Hellcat, Missty Knight et Colleen Wing, Sue Richards et Volcana sont invitées à parler d'un livre. Mais certaines ne l'ont pas lu, ou pas en entier. Et Janet Van Dyne ne peut s'empêcher de jouer les hôtesses, ce qui irrite Jen.

Les deux amies ont une explication en privé, histoire de pacifier l'ambiance. Jusqu'à ce qu'un invité surprise demande à ces dames un peu d'aide... 

C'est très drôle, les dialogues sont extraordinaires, et encore une fois Rowell nous épargne tous les clichés possibles sur la sororité. Elle met en scène ces femmes à la double vie dans des échanges délicieux mais loin d'être superficiels sur l'amitié, la solidarité, la bizarrerie de vies divisées entre super héroïsme et quotidien plus banal.

Quinones est un dessinateur sensationnel mais dont le rythme de production l'empêche d'enchaîner les épisodes mensuels. Alors il faut en profiter quand il peut s'exprimer, surtout sur la base d'un script aussi bien ouvragé. Il anime cette bande de meufs avec malice, d'une manière imparable, et c'est un régal absolu.

She-Hulk, c'est donc, en un sens fini... Pour mieux reprendre aussitôt après dans un quatrième tome dont je vous parle très vite.

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