mercredi 31 décembre 2025

BONNE ANNEE 2026 !


Laissez-moi...


... Vous souhaiter...


... Avec quelques heures d'avance...


... Une excellente année 2026 !

RDB.

THE TIN CAN SOCIETY #9 (of 9) (Peter Warren / Francesco Mobili)


Sous la menace de Sharon Wagner et de ses mercenaires, Johnny Moore et ses amis se préparent à mourir... Ont-ils encore une chance d'échapper à ce sort funeste ? Et qu'adviendra-t-il de Moore Progress, la compagnie fondée par Johnny ?


Je le dis toujours, mais l'exercice de rédiger la critique du dernier épisode d'une série est le plus délicat. Il ne faut bien entendu pas spoiler le dénouement, révéler ce qui attend les héros, tout en donnant envie de lire la série qui sera disponible en album au mois de Février 2026 chez Image Comics (en attendant qu'un éditeur ici veuille bien la traduire ?).


Les planches qui illustrent cet article sont parmi les dernières de cet ultime épisode, et pourtant je crois qu'elles n'en disent pas trop. J'ai fait ce choix parce que toute la partie qui les précède me parait en dire trop. Il s'agit malgré tout d'un épisode qui gratifie le lecteur de scènes d'action très spectaculaires, avec des rebondissements intenses.


C'est d'ailleurs la première des qualités de cette série : elle est parvenue à combiner, avec un dosage idéal, de magnifiques portraits de personnages et un vrai récit mouvementé, qu'on suit sans s'ennuyer une seconde. Peter Warren est un débutant qu'il faudra suivre de près car, pour un premier essai, c'est un authentique coup de maître.
 

Il a conçu cette intrigue avec Rick Remender, crédité comme co-plotter, mais il n'y a aucun doute sur le fait que c'est l'oeuvre d'un auteur, Peter Warren. Si je devais supposer la répartition des tâches entre les deux hommes, je dirai que Remender a aidé Warren à construire le récit, mais que Warren l'a ensuite développé et écrit seul.

C'est une façon de faire inhabituelle dans les comics où lorsque deux auteurs s'associent, c'est soit pour travailler de manière très proche (comme les duos Jackson Lanzing-Collin Kelly, Dan Abnett-Andy Lanning ou Keith Giffen-J.M. DeMatteis), soit en respectant une sorte de hiérarchie préétablie (par eux-mêmes ou l'editor, comme Bendis et Hickman quand ce dernier a débuté sur Secret Warriors et que Bendis était surtout là pour superviser et soutenir le projet pour attirer les lecteurs).

Il y a une autre formule qui consiste pour deux scénaristes à se renvoyer la balle (comme Ed Brubaker et Matt Fraction avec Immortal Iron Fist), où le plus expérimenté (et le plus connu) des deux revoit la copie de l'autre, mais c'est une méthode peu courante dans la mesure où elle est très chronophage et qu'il faut une vraie complicité, une vraie confiance entre les partenaires.

Peter Warren a sûrement profité de l'expérience de Remender, mais ce qu'il a produit ne ressemble guère à ce qu'écrit Remender, souvent plus pessimiste (parfois complaisamment), alors que Warren n'affiche pas ce trait de caractère. C'est particulièrement frappant dans ce dernier épisode qui, s'il avait été écrit par Remender, aurait eu un dénouement bien plus tragique.

Dans la postface qu'il signe, Warren laisse entendre qu'il pourrait donner une suite à cette série car il a le sentiment que ses personnages pourraient être encore approfondis. Mais il dit aussi qu'il a besoin de souffler et qu'il veut que ses héros en profitent aussi. Mais qu'il y revienne, je ne serai pas contre, parce que c'est une série qui m'a emballé, impressionné.

Et Warren reconnait qu'il doit énormément à l'équipe qui l'a accompagné : Chris Chuckry est un coloriste exceptionnel, qui a accompli des merveilles sur chaque épisode, et le lettreur Russ Wooton est un professionnel impeccable. Mais surtout, le scénariste rend un vibrant hommage à son dessinateur, Francesco Mobili.

Le qualifier, comme il le fait, de génie n'est pas usurpé : jusqu'à présent, l'artiste italien était peu ou mal exploité par Marvel, ayant été remarqué comme suppléant de Marco Checchetto sur Old Man Hawkeye. Il a participé ensuite à des minis (Venom 2099) et avant cela, ce qui lui a certainement valu d'être choisi pour The Tin Can Society, il a réalisé un épisode de The Scumbag de Remender.

Si la série a connu des retards répétés sur la fin, c'est parce que d'une part Mobili a continué à signer des covers chez Marvel (histoire de toucher de l'argent) mais aussi, d'autre part, parce qu'on sent qu'il s'est investi comme jamais sur The Tin Can Society. Son art du détail, son trait réaliste, son exigence a nécessité du temps.

Je le dis souvent, là aussi, mais la condition pour que j'accepte les retards d'un artiste, c'est si le résultat en vaut la peine et, franchement, chaque numéro a été à la hauteur des attentes. Celui-ci ne fait pas exception. Mobili sort des pages de folie, ses personnages sont expressifs, ses décors fouillés, son découpage efficace. C'est évident qu'il a tout donné.

Il vient de poster sur Twitter la première page de son nouveau job, un retour chez Marvel, mais sans donner davantage d'indications. Il faut souhaiter que Marvel ait compris quel dessinateur prodigieux revient et j'espère que le projet sera à la hauteur, mais surtout que l'editor du titre en question sera assez intelligent pour le publier sans presser Mobili (c'est pas gagné, mais croisons les doigts).

Que dire de plus ? C'est une lecture mémorable et hautement conseillé. Si vous lisez de la vo, vous devez vous jeter sur le recueil dans deux mois. Si vous lisez de la vf, soit vous vous lancez sur la vo (qui ne présente aucune difficulté majeure), soit vous priez pour qu'un éditeur traduise The Tin Can Society et vous notez la date de sortie. Croyez-moi, ça en vaut la peine.

samedi 27 décembre 2025

LES 4 FANTASTIQUES : PREMIERS PAS (Matt Shakman, 2025)


Terre 828, 1964. Le monde célèbre les 4 Fantastiques, un groupe de quatre ex-astronautes formé apr Reed Richards, sa femme Sue, son beau-frère Johnny Storm et son meilleur ami Ben Grimm, qui, lors d'une mission spatiale, ont été exposés à des rayons cosmiques qui leur ont donné des super pouvoirs. Depuis, ils ont affronté des super vilains, oeuvré pour la paix dans le monde par des voies diplomatiques, fait progresser la science et la technologie et sont donc devenus des célébrités. C'est dans ce contexte que Sue apprend à Reed qu'elle attend leur premier enfant.


Mais cette bonne nouvelle est vite éclipsée par l'arrivée sur Terre de la Surfeuse d'Argent qui annonce à la population que leur monde va être détruit par Galactus le dévoreur. L'étude des planètes par Reed confirme les dires de cette messagère et renvoie les quatre héros dans l'espace où ils suivent sa signature énergétique pour aller au-devant de la menace et négocier qu'elle épargne la Terre. Happée par Galactus, leur navette entre dans le vaisseau gigantesque de la créature à laquelle la Surfeuse les mène. 


En sondant ses visiteurs, Galactus découvre la grossesse de Sue et propose un marché à l'équipe : l'enfant contre la Terre. Bien entendu, cette offre est refusée et les 4 Fantastiques rejoignent en courant leur navette, poursuivis par la Surfeuse. Ils arrivent à la semer et retournent chez eux. Ils annoncent aux médias les conditions exigées par le dévoreur pour épargner la Terre et la population se retourne contre eux, estimant que le sacrifice d'un bébé vaut bien la survie de tous les humains...
 

Quand il est sorti en salle en Juillet dernier, j'ai préféré ne pas aller voir Fantastic 4 : First Steps (en vo) parce que j'avais trop peur d'être déçu. J'avais bien aimé Thunderbolts*/New Avengers, sorti en Avril, parce qu'au contraire je n'en attendais rien et que cela avait été une agréable surprise. Mais les FF sont des personnages autrement plus importants.


Les comics qui leur ont été consacrés ont connu de fabuleux runs, comme celui de la paire originale Stan Lee/Jack Kirby, même si, moi, je leur préfère encore celui de John Byrne et de Mark Waid/Mike Wieringo. Alors même si Kevin Feige assurait que c'était aussi ses personnages préférés, je me méfiais car le grand architecte du MCU a tellement caviardé de projets depuis Avengers : Endgame qu'il n'a plus la même aura.


Finalement, Les 4 Fantastiques : Premiers Pas (en vf) s'est bien comporté au box office, et a même reçu des critiques positives, ce qui est toujours bon à prendre au moment d'entamer la Phase VI du MCU. Et donc, en cette fin d'année, j'ai finalement sauté le pas et décidé de vérifier si cela méritait le coup d'oeil ou si, au contraire, c'était un coup d'épée dans l'eau.


Le film réalisé par Matt Shakman, à qui l'on doit l'excellente série WandaVision, débute par une excellente initiative, dont j'ignore à qui en attribuer la paternité (pas moins de huit auteurs sont crédités pour le scénario, entre ceux qui ont conçu l'intrigue et ceux qui l'ont adapté pour le grand écran !). L'action se situe sur une Terre parallèle, dans le passé.

Cela affranchit immédiatement le projet de la continuité encombrante et écrasante du MCU, et explique qu'on n'ait jamais entendu parler des FF avant. L'autre bonne idée, c'est de confronter d'un côté la grossesse de Sue Richards et l'annonce de la fin du monde. D'un côté une naissance, de l'autre une mort. Cette dualité introduit une tension rapide et accrocheuse.

Mais ceci étant posé, il reste à développer et c'est là que le film échoue assez lamentablement. Parce que Fantastic 4 : First Steps arrive simplement avec 20 ans de retard. Il y a 20 ans (21 pour être précis) sortait en salles Les Indestructibles de Brad Bird, génial film d'animation, qui s'inspirait largement des 4F avec sa famille de super-héros retirée des affaires mais obligée d'y retourner.

Bird avait réussi l'exploit de réaliser une histoire captivante, émouvante, drôle, rythmée, sans jamais sombrer dans la parodie. Surtout il opposait à ses héros une menace à la fois simple et palpitante qui n'écrasait pas son intrigue sous des thématiques trop symboliques tout en élevant la situation de ses personnages.

Ici, en confrontant les Fantastiques à Galactus d'entrée de jeu, Marvel à fait le pari du spectaculaire avec l'adversaire le plus grandiose de l'équipe. Le premier épisode des FF les opposait à l'Homme-Taupe, qui fait d'ailleurs deux apparitions (assez minables), c'était moins dantesque mais ça laissait de la place pour de futurs combats plus mythiques.

Je vais me permettre de spoiler parce que ça fait quand même plusieurs mois que le film est disponible et je pense que ceux qui liront cette critique ne seront pas offensés par des révélations qui n'en sont plus. Mais donc, à la fin, Galactus est envoyé à perpète les andouillettes et celui qui suit l'actu du MCU va spéculer comme moi qu'on le retrouvera sûrement dans les prochains films, Avengers : Doomsday ou, plus sûrement, Secret Wars...

... Parce qu'il est impensable que Feige s'en passe définitivement après l'avoir présenté au grand public. Et que les frères Russo, qui réalisent Doomsday et Secret Wars ont déjà dit que leurs films mélangeraient des éléments des comics Secret Wars de 1984 (dans lesquels Galactus avait un rôle décisif) et 2015 (version Hickman donc, où là c'est Dr. Fatalis qui était le grand méchant).

La manière dont les FF se débarrassent donc de Galactus tient plus de la fin ouverte - et du retour programmé - que du dénouement véritable. Avant cela, et malgré donc tous les scénaristes cités, l'histoire manque cruellement d'action, de suspense, d'intensité. Comme si, en vérité, tous ces scribes n'avaient pas su quoi faire de leur intro quasi parfaite.

Tout n'est pas mauvais : la façon dont les 4F interagissent fait vraiment penser à une famille, on a l'impression de les découvrir dans leur intimité, comme s'ils nous ouvraient la porte de leur fondation du futur. Les rôles qu'ils tiennent vont au-delà du super héroïsme basique, avec Sue en diplomate par exemple, Reed en inventeur génial qui a fait profiter le monde entier de ses trouvailles.

Le couple Reed-Sue est d'ailleurs bien mieux caractérisé que le duo Ben-Johnny. Ben Grimm en particulier est trop sommairement dessiné pour qu'on s'y attache autant que dans les comics où il portait sa transformation comme une malédiction terrible, et cette espèce de romance avec le personnage joué par Natasha Lyonne ne ressemble à rien (non, elle ne joue pas Alicia Masters).

Johnny a quelques bons moments, il est même décisif quand il s'agit de retourner la Surfeuse contre Galactus, mais il n'a pas suffisamment ce côté garnement insupportable et immature des comics, ce qui fait que sa complicité turbulente avec Ben est absente. C'est dommage.

Le film a aussi l'avantage de ne pas être trop long (115', générique compris, avec une première scène post-générique de fin très paresseuse et une deuxième totalement dispensable). Visuellement, Shakman a travaillé avec le designer de la série Loki et c'est très réussi : le look rétro, avec l'architecture, le mobilier, les véhicules, c'est chouette.

Bon, les costumes des 4F sont par contre laids au possible, ce ne sont même pas des uniformes alors que Kirby les avaient voulus comme tels pour signifier que c'était une famille, et il s'était d'ailleurs inspirés des Challengers de l'Inconnu de DC pour cela. H.E.R.B.I.E. sort littéralement des pages des comics par contre.

La Surfeuse d'Argent est une drôle d'idée, mais elle fonctionne toutefois bien. Quant à Galactus, je trouve que si la silhouette est cette fois préservée, il manque quand même de couleurs (tout comme je regrette que son vaisseau, une sphère blanche à l'extérieur comme à l'intérieur, soit devenu un machin informe et sombre). Des détails peut-être, mais qui, dans un film aussi coloré, font tâche.

Venons-en au casting. Ralph Ineson prête son visage et sa voix de baryton à Galactus : parfait. Julia Garner interprète avec beaucoup de nuances la Surfeuse. Pedro Pascal fait un Reed trop insipide et il est vraiment déplorable que ses pouvoirs aient l'air aussi limités et peu exploités. Vanessa Kirby est bien meilleure, même si elle manque cruellement d'expressivité (son visage me paraît trop lisse pour être honnête...).

Joseph Quinn est lui aussi assez faible : comme je l'ai déjà dit, Johnny est un garçon immature, impulsif, même si loin d'être idiot. Sur ce dernier point, l'histoire lui rend justice, mais pas pour le reste. Quant à Ebon Moss-Bachrach, difficile de juger sa performance puisque l'aspect de la Chose ne laisse rien reconnaître de l'acteur, encore moins de la finesse de sa composition.

La musique est, comme pour Les Indestructibles, signée Michael Giacchino, mais cet excellent compositeur est loin d'être aussi inspiré qu'il le fut pour Brad Bird.

Vous l'avez compris, j'ai été très déçu. C'est à se demander si les 4 Fantastiques ne sont pas maudits au cinéma, et ni Kevin Feige ni Matt Shakman n'ont réussi à faire mieux que leurs prédécesseurs (pourtant ce n'était pas difficile). Il y a vraiment quelque chose de cassé dans le MCU, et comme ni Avengers : Doomsday ou Secret Wars ne m'attirent, je ne vais de sitôt repayer une place de cinéma pour voir la suite.

vendredi 26 décembre 2025

ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER #7 (of 12) (Deniz Camp / Javier Rodriguez)


3 mois se sont écoulés depuis l'attaque du martien blanc sur Middleton. John Jones s'est installé au Starlight Hotel et vit séparé de sa femme, Bridget, et leur fils, Tyler. Au travail après un congé, il est assigné à de la paperasse. Mais son martien l'avertit : leur ennemi n'est pas vaincu...


C'est la meilleure nouvelle rayon comics de cette fin 2025 : Absolute Martian Manhunter est de retour pour son acte II. Deniz Camp et DC ont laissé à Javier Rodriguez le temps de souffler un peu puis de prendre de l'avance pour les prochains épisodes afin que la suite de l'histoire soit publiée sans retard. C'est ce qu'on appelle du bon travail éditorial (prenez-en de la graine chez Marvel !).


Deniz Camp a choisi, malicieusement, de situer l'action de ce septième épisode trois mois après les événements du n°6, soit quasiment le temps écoulé depuis la parution du dernier chapitre. Rapidement, le scénariste va résumer ce qui s'est passé depuis : John Jones et sa femme se sont séparés, lui vit à l'hôtel et a été mis au repos forcé par sa hiérarchie.
 

Pourtant en retournant au boulot, il ne peut s'empêcher de passer en voiture devant chez lui et imaginer sa femme et son fils prenant leur petit-déjeuner, se demandant s'il leur manque, et surtout comment sa vie a pu déraper. Sur ce dernier point, il a quand même une réponse : il est l'hôte de l'esprit d'un extraterrestre, le martien (même si rien ne dit qu'il vient de Mars).


Au bureau, on lui donne de la paperasse à remplir, en attendant de l'autoriser à retourner sur le terrain. Son comportement erratique n'a pas échappé à un de ses supérieurs qui se méfie de lui et aimerait s'en débarrasser - ce que John devine facilement grâce au martien. Mais tout ça ne le préoccupe guère : sa famille lui manque plus que tout et il ignore si sa vie a encore un sens, si elle redeviendra normale.

C'est d'autant moins sûr que le martien blanc qui a provoqué une folie générale parmi les habitants de Middleton n'est pas mort ni même vaincu : il se cache et attend son heure, sans doute des renforts. Le martien de John le met en garde, mais John a décidément trop la tête ailleurs. Et le contraste est saisissant avec Bridget qui réfléchit au divorce en pensant que son mari est désormais dangereux pour elle et leur fils (qui, par ailleurs, semble très perturbé depuis 3 mois...).

Sur ce dernier point, je me garde de vous spoiler car si vous n'avez pas encore acheté le tome 1, disponible en vf chez Urban Comics (mais qu'attendez-vous donc ?!), vous ignorez la raison pour laquelle Tyler Jones est devenu si bizarre et flippant... Sans parler de ce qu'on découvre à la fin de ce septième numéro...

Deniz Camp joue très adroitement la carte du retour en douce : il ne se passe pas grand-chose, l'ambiance est calme, légèrement déprimée. Mais quelque chose plane dans l'air, quelque chose d'inquiétant, de sombre, qui oriente le récit vers le polar paranoïaque. C'est très subtilement mis en scène, avec un art consommé de l'allusion.

C'est ce qui rend la lecture si captivante : on progresse l'air de rien mais une angoisse sourde nous étreint, d'autant plus que John Jones a la tête ailleurs. Tout cela est comme depuis le début de la série merveilleusement traduit en images par le prodigieux Javier Rodriguez, qui nous fait une nouvelle fois le coup du n°1, avec un trucage qui ne peut s'apprécier qu'avec le comic book physique en main.

Le découpage est d'une inventivité toujours aussi exubérante, et les quelques pages que j'ai adjointes à cette critique pour l'illustrer vous en donnent un bon aperçu. Rodriguez n'est pas un artiste tape-à-l'oeil qui essaie d'épater la galerie : tous ses effets, de composition, de cadrage, d'enchaînement, de flux de lecture, sont d'abord pensés pour servir le récit.

Mais, et c'est le propre des grands dessinateurs, c'est si bien fichu que cela élève le récit en même temps qu'il le sert. Rodriguez et Camp ont conçu un objet unique dans sa narration écrite et graphique, et on sent une émulation jubilatoire entre les deux hommes, comme deux joueurs de tennis qui se renvoient la balle, plus vite, plus haut, plus fort, comme pour se tester et tester l'autre.

Le gagnant de cette partie est pourtant le lecteur qui a affaire à un objet stimulant, qui sollicite toute son attention et lui en donne pour son argent. Alors si vous ne l'avez pas commandé pour Noël, ne tardez pas à dépenser quelques euros (de vos étrennes) pour vous procurer fissa le tome 1 et vous régaler avec une des séries les plus colorées et imaginatives du moment. Croyez-moi, la suite promet d'être largement à la hauteur de l'acte I.

DETECTIVE COMICS #1104 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Il reste à Batman 4 heures avant qu'il ne soit obligé de se mettre en quarantaine, après quoi le poison qui efface la peur le dominera. Il s'emploie avant cela à localiser Jonathan Crane/ l'Epouvantail enlevé par le Lion. Puis il s'assure auprès de Superman que ce dernier saura le stopper s'il perd le contrôle de la situation...


C'est exactement le type d'épisode que Tom Taylor excelle à écrire, celui où ses qualités d'auteur brillent. Taylor, je l'ai déjà dit, n'est pas, selon moi, un grand concepteur d'intrigues, il est efficace, mais guère original et sa manie de créer des vilains que personne ne réutilisera plombe un peu ses efforts en ce sens.


Par contre, là où il est très bon, c'est dans sa manière de traiter les personnages. Je dirai même que ça va plus loin que ça : un peu comme Bendis, il se fiche des vilains, mais il adore ses héros, et donc il s'évertue à nous communiquer cet amour pour eux. Par exemple, Batman dans Detective Comics devient étonnamment attachant.


Parce que Taylor refuse de le traiter comme une sorte de super détective, le bonhomme qui a toujours un (ou même plusieurs) coup(s) d'avance sur les autres, qui pense à tout. Non, son Batman est un homme vulnérable, dans les cordes, et qui dos au mur laisse tomber le masque, au propre comme au figuré, accepte de montrer sa vulnérabilité, ses doutes.


Trois scènes illustrent cela dans cet épisode : il reste à Batman quelques petites heures avant qu'il soit obligé de se mettre en quarantaine à cause du virus conçu par le Lion et qui désinhibe ceux qui sont atteints au point qu'ils perdent toute notion de peur, qu'ils se sentent inarrêtables, courent des risques insensés.

Dans sa Batcave, Batman téléphone à Catwoman mais sans oser lui dire la véritable raison de cet appel. Elle devine que quelque chose cloche, mais leur conversation est abrégée par l'arrivée de Superman. Batman raccroche et il fournit à Superman une clé USB contenant trois plans pour l'arrêter au cas où il deviendrait incontrôlable.

Enfin, et c'est le moment le plus touchant, le plus sentimental aussi car Taylor n'a pas peur de l'être, Bruce est avec son fils Damian alors qu'il achève la construction d'une armure dans laquelle il pourra se mettre en quarantaine tout en restant mobile. Damian avoue qu'il a peur de perdre son père et le serre dans ses bras, "au cas où". Un geste tendre, intime, émouvant.

En trois scènes, Taylor fend l'armure de Batman et nous le montre sous un jour peu courant. Cela le rend non seulement plus fragile, plus sympathique, mais relance aussi habilement le suspense de l'histoire en nous convaincant que Batman pourrait non pas ne pas s'en sortir, mais être durablement atteint par ce qui lui arrive et qu'il n'a pas su anticiper.

Vers la fin de l'épisode, on a droit aussi à un beau, bien que bref, combat, une sorte de quota d'action, qui prouve que le Lion est familier pour Batman - mais sans que Taylor n'en dise plus. Nightwing, Batgirl et Damian resurgissent pour cette bataille - Taylor semble parti pour utiliser la Bat-famille de temps en temps, comme ce fut le cas dans son premier arc et c'est bien fichu.

Actuellement, les deux scénaristes qui écrivent Batman, dans la série éponyme et dans Detective Comics, ont opté pour une approche semblable, visant à le ramener dans la rue et à le montrer plus humain, moins calculateur. Mais là où Matt Fraction tente d'appliquer ce qu'il avait fait sur Hawkeye avec à mes yeux un résultat inégal, Taylor est plus convaincant.

Ce qui est certain en revanche, c'est qu'aussi bien Fraction avec Jorge Jimenez que Taylor avec Mikel Janin, les deux séries gâtent le lecteur visuellement. Janin maîtrise parfaitement son sujet  et sa colorisation est impeccable. Sur les 16 premières pages, il reçoit le renfort de l'encreur Wayne Faucher pour le soulager, et leur association est très réussie (plus que celle avec Norman Rapmund).

Janin en prime réussit à servir ces scènes dont j'ai parlées plus haut, trouvant à chaque fois la bonne distance, le bon dosage. J'aimerai tant que lui et Taylor utilisent plus Catwoman, dont le couple avec Batman a été bêtement supprimé après le run de Tom King. Les moments avec Superman et surtout avec Damian sont superbes, avec un découpage serré, qui évite toute effusion inutile.

J'aime beaucoup ce qu'est cette série sous la direction de Taylor et Janin et je sais que DC ne va pas risquer de la gâcher.

SUPERMAN #33 (Joshua Williamson / Hayden Sherman) - Tie-in à DC K.O.


Un affrontement oppose Lex Luthor à Etrigan le démon dans le tournoi pour devenir le Roi Oméga en vue du combat contre Darkseid. Cependant, dans la forteresse de solitude de Superman, Superboy Prime et Lois Lane enregistre les archives de Lara Lor-Van dans une des répliques robotiques de Superman...


Plus encore que les derniers épisodes, ce 33ème n° de Superman est impacté par l'event DC K.O. dont il est un tie-in direct. Le héros kryptonien n'y apparaît d'ailleurs pas et Joshua Williamson va et vient entre deux sites : le terrain de l'affrontement entre Lex Luthor et Etrigan le démon et la forteresse de solitude où se trouvent Lois Lane et Superboy Prime.


Sur la première partie, je dois avouer que j'ai été déçu. D'abord parce que le combat entre Luthor et Etrigan n'est guère palpitant, même si son issue modifie profondément la nature du démon. On sent surtout que le Luthor de Williamson diffère largement de celui qu'écrit Scott Snyder dans DC K.O. (et avant dans son run sur Justice League).


Pour Snyder, Luthor est l'ennemi définitif de Superman ; pour Williamson, leur relation est plus complexe et subtile et l'event DC K.O. l'a à l'évidence obligé à changer ses plans en revenant au Lex de Snyder, plus manichéen. C'est dommage parce que Williamson avait, depuis le début de son run sur Superman, réussi à explorer une direction moins classique.


Enfin, comme c'est indiqué sur la couverture, il s'agit du 7ème Round : DC a procédé bizarrement en publiant une série de one-shots avec les duels opposant plusieurs prétendants au titre de Roi Oméga. Ainsi a-t-on eu droit à Superman vs Captain Atom, Wonder Woman vs Lobo, Harley Quinn vs Zatanna, Red Hood vs le Joker. Des épisodes détachés de toutes séries régulières.

Et puis, de manière inexplicable, on se trouve, comme ici, avec des épisodes de séries régulières qui sont aussi des combats du tournoi, avec donc Lex contre Etrigan, mais aussi dans Aquaman #12, Titans #30 et The Flash #28. Editorialement, c'est mal fichu et pour le lecteur, ça donne des épisodes peu passionnants à lire, réduits à de la baston, souvent avec des duos improbables.

On sent là aussi que Williamson se prête à l'exercice sans passion, même si évidemment le sort du combat a dû être convenu en interne - et c'est heureux puisqu'on sait qu'Etrigan le démon va avoir droit à sa propre série dans les prochains mois (par James Harren au dessin et, peut-être, au scénario) et que sa situation s'en trouve largement affectée.

Williamson en revanche trouve la place, le temps de quelques pages, pour développer l'intrigue sur laquelle il a la main, à savoir ce qui occupe Lois Lane et Superboy Prime dans la forteresse de solitude où ils ont mis la main sur des archives de la mère de Kal-El contenant une révélation de taille sur celui qui pourrait vraiment vaincre Darkseid.

Ce mois-ci, Eddy Barrows et Dan Mora laissent leur place au dessin à Hayden Sherman, l'artiste régulier d'Absolute Wonder Woman (qui a dû réaliser ce numéro pendant les deux mois de "break" sur ce titre où lui-même a été remplacé par Matias Bergara). Sherman déploie le grand jeu avec un découpage toujours aussi ahurissant, multipliant les cadres de toutes les formes.

Cela n'est jamais gratuit car le duel Luthor-Etrigan se passe dans un environnement où les lois physiques sont abolies et permettent donc à l'artiste de s'amuser avec les dimensions des cases, leur enchaînement, leur physionomie. Le résultat est à la fois jubilatoire, virtuose et très dynamique. En outre, Sherman s'amuse même à imiter le trait anguleux de Mora et prouve encore une fois sa plasticité technique.

Sur le fond donc, ce n'est guère passionnant. Sur la forme, c'est franchement jouissif. Et sur le plan de l'édition, DC aurait gagné à cantonner les duels dans des one-shots.

mercredi 24 décembre 2025

JOYEUX NOËL !

 

Je vous souhaite
(avec Elizabeth Montgomery en charge de la livraison des cadeaux)...


Un très JOYEUX NOËL !


RDB.

vendredi 19 décembre 2025

THE NEW AVENGERS, VOLUME 1 : KILLUMINATI (Sam Humphries / Ton Lima, Tiago Palma)


THE NEW AVENGERS, VOL. 1 : KILLUMINATI
(The New Avengers #1-5)


Black Widow aborde le Soldat de l'Hiver qui s'est posé au Nouveau-Mexique. Elle évoque une base secrète située au Kamchatka en Russie où seraient pratiquées des expériences sur des villageois kidnappés dans les environs. Ils se rendent sur place avec Wolverine (Laura Kinney) et découvre que le savant derrière ces opérations est le Chacal qui a créé des clones dégénérés des Illuminati : Apex Iron, Luke Charles, Professeur X-Tinction, Mr. Ouroboros, Imperius Rex, Bolt et Guru Strange !


Tandis que Bolt s'occupe du trio de héros, les autres en profitent pour filer avant que Namor, appelé en renfort, arrive sur place et tue le clone de Flèche Noire. Clea Strange surgit à son tour, ayant pisté la trace magique de Guru Strange. Le Soldat de l'Hiver convainc tout le monde de former une équipe provisoire pour rattraper les fugitifs. Mais Bucky Barnes pense qu'un ancien adversaire des Illuminati d'origine pourrait les aider à traquer les clones : Bruce Banner.


Problème : Banner est prisonnier du HulkSpace pendant que son alter ego évolue dans notre dimension. Il faut donc occuper Hulk pour pouvoir parler à Banner sans être remarqué. Quant à Clea, elle priorise sa recherche de Guru Strange alors que Wolverine veut règler son compte au Pr. X-Tinction et Namor à Imperius Rex... Et c'est sans compter le dernier membre de ce groupe qui ne va pas faire l'unanimité...


Je dois la découverte de cette série à un ami qui m'a certifié que c'était une production Marvel suffisamment détonante pour mériter qu'on la lise. The New Avengers a commencé sa publication en Mai dernier pour accompagner la sortie du film Thunderbolts qui a été ensuite rebaptisé The New Avengers


Pourtant ne vous attendez pas à retrouver les personnages du film, en dehors du Soldat de l'Hiver. Sam Humphries, le scénariste, a eu apparemment carte blanche pour choisir des protagonistes venus de tous les horizons, sans trop se soucier de savoir s'ils étaient occupés ailleurs, ce qui donne au résultat final un air de série parallèle, quasiment hors continuité.

Quasiment seulement parce que lorsque l'histoire débute, une discrète allusion au contexte est fournie au lecteur : en Mai dernier, Marvel est en pleine publication de l'event One World Under Doom, dans lequel le Dr. Fatalis est devenu le maître du monde après avoir obtenu (à la fin de l'event Blood Hunt) la cape et l'Oeil d'Agamotto de Dr. Strange.

Mais finalement cela n'a aucune incidence sérieuse sur la série, sinon pour justifier que Bucky Barnes s'est isolé au Nouveau-Mexique pour ne pas d'attirer l'attention de Fatalis. C'est précisément à ce moment que Black Widow resurgit dans sa vie, couche avec lui et obtient qu'il l'aide pour une mission qui va les mener en Russie.

C'est là qu'entrent en scène les Killuminati du titre de ce volume : il s'agit de clones des Illuminati, ces conspirateurs du Bien créés à l'époque par Brian Michael Bendis en marge de son run sur New Avengers, et composés de Charles Xavier, Namor, Black Panther, Flèche Noire, Iron Man et Dr. Strange (Captain America en sera écarté, le cerveau dûment lavé, pour avoir critiqué leurs choix).

Humphries fait de ces clones des versions dégénérés et grotesques, mais tout de même assez flippantes, avec des pouvoirs morbides (le Pr. X-Tinction par exemple se gave en vidant les esprits, Luke Charles est un assassin - qui fait en vérité davantage penser à un Blade psychopathe qu'à Black Panther - , Mr. Ouroboros est un Reed Richards complètement dément, etc.).

A partir de là, le récit développe trois aspects : d'abord comment venir à bout d'une telle bande de vilains ? Réponse : en les éliminant le plus vite possible et sur ce point la série ne perd pas de temps et ne fait pas dans la dentelle. Ensuite, qui a commandé leur création ? On n'a la réponse qu'à la toute fin du 5ème épisode (qui conclut ce tome 1). Et enfin, comment vont fonctionner ces New Avengers ?

Et là il faut reconnaître à Humphries d'avoir relevé brillamment le défi parce qu'il ose ce que Marvel n'a plus osé depuis belle lurette (Dark Avengers de Bendis ?) : il assemble une équipe de fous furieux, qui passent autant de temps à zigouiller des vilains qu'à s'engueuler en eux ou à se charrier. L'improbabilité du casting fait en vérité la qualité du projet.

Réunir Black Widow et le Soldat de l'Hiver, ça, OK. Mais y ajouter Wolverine (Laura Kinney), Clea Strange, Namor, Carnage et, un peu, Hulk, c'est littéralement un groupe si hétéroclite, si dépareillé, si débraillé même qu'il est impossible de croire que des caractères aussi forts peuvent travailler ensemble. Sauf, précisément, pour buter des clones complètement pétés.

Et Humphries réussit surtout cela grâce à l'humour car, oui, The New Avengers est un bouquin très marrant. C'est tellement too much de toute façon qu'on ne peut qu'en rire. Si vous lisez ça au premier degré, c'est juste impossible. Mais par contre si vous le prenez pour ce que c'est, une série B qui flirte avec le Z en l'assumant, alors c'est très rigolo.

Il ne se passe pas une scène sans que l'un des membres ne menace l'autre de l'assassiner après s'être payé sa tronche (Namor qui appelle Laura Kinney "Girlverine" par exemple). Cette tension permanente est contrebalancée par des répliques savoureuses (ainsi, à chaque retour à la base de Bucky, lui et Natasha s'envoient en l'air et les autres s'amusent en disant que "papa et maman sont en train de baiser").

Visuellement, les trois premiers épisodes sont dessinés par Ton Lima, inconnu au bataillon mais qui pourrait bien ne pas le rester longtemps. Le garçon est doué, il emprunte à Immonen, certes sans en avoir le génie, mais on gagne toujours à copier les meilleurs. Puis sur les deux derniers chapitres, il est remplacé par Tiago Palma, moins doué, mais convenable. Lima revient à partir du #6.

C'est très dynamique en tout cas, avec un récit qui exige des artistes de ne pas avoir peur de mettre en images de grosses bastons, et d'animer un casting fourni (on sait que les team books sont énergivores pour les dessinateurs, alors quand on en a qui tiennent les délais, mieux vaut les chouchouter). Lima en particulier se débrouille comme un chef, et on sent qu'il en a encore sous le pied.

J'ignore si une telle série peut durer tant elle est atypique et dans une certaine mesure extrême. Si le film avait gardé son nom de Thunderbolts, ça aurait été un comic book Thunderbolts, mais même sur ce plan, Humphries réussit malicieusement à contourner l'obstacle. La série en est actuellement au #7, ce qui signifie qu'il faudra attendre quelques mois pour un deuxième recueil, que je surveillerai.

jeudi 18 décembre 2025

BLACK CAT #5 (G. Willow Wilson / Gleb Melnikov)


Black Cat est arrêtée par l'inspecteur Shari Sebbens et les caméras sont là pour saisir la scène. J. Jonah Jameson savoure : il était convaincu qu'elle jouait la comédie et se ferait prendre. Au poste, elle retrouve en cellule le Lézard puis apprend que quelqu'un a payé sa caution : Mary Jane Watson !


C'est, normalement, avec ce cinquième épisode que la relance de Black Cat devait s'achever puisque Marvel ne croyait visiblement pas trop au projet. Et puis ils se sont donc rendu compte de leur erreur : les lecteurs ont apprécié et la série va continuer. G. Willow Wilson a refait le coup de Poison Ivy en transformant une mini-série en succès inattendu.


Bon, après rien ne dit que Marvel croit davantage à la série, mais l'éditeur devrait parce que Wilson a trouvé ce qui manquait aux précédents tentatives pour faire exister un titre Black Cat sur la durée : du style, un ton. Et surtout cette scénariste elle-même a sur se relancer, alors qu'après le succès fulgurant de la création de Ms. Marvel/Kamala Kahn, elle semblait avoir perdu son mojo.


La politique éditoriale de C.B. Cebulski est désormais de planifier au moins dix épisodes, donc on verra au mois de Mai 2026 si Black Cat survit à cette échéance. Wilson, elle, a des idées pour le personnage mais il faudra maintenant qu'elle réussisse à détacher Black Cat d'un simple spin-off d'Amazing Spider-Man, en cessant de faire référence à ce qui s'y passe.


Elle boucle donc ce premier arc narratif en concluant ce qui se jouait entre Black Cat et Tombstone. Rien ne dit que c'est définitif, mais au moins on voit les deux antagonistes régler leurs comptes - et Tombstone partir de son côté. Reste le cas Felicia Hardy/Black Cat. Et la fin ouverte de l'épisode donne une indication nette sur ce qui nous attend le mois prochain.

Black Cat a donc été arrêtée puis libérée sous caution. Wilson s'amuse (et nous amuse) en montrant que c'est Mary Jane Watson qui a payé ladite caution, avec une réplique qui fait mouche en prime. C'est amusant parce que les deux femmes ont toujours été (depuis la mort de Gwen Stacy) les deux amantes favorites de Spider-Man.

Mais ce que cela indique donc, c'est que Black Cat n'en a pas terminé pour autant avec la justice : libérée sous caution, cela signifie qu'elle va devoir faire face à un juge et donc avoir recours à un avocat pour se défendre. Comme Daredevil a fait une apparition dans le n°3, il est évident qu'elle va appel à Matt Murdock (même si elle ignore qu'il est DD).

Wilson est étonnante parce que si on compare Black Cat à Poison Ivy, on a du mal à croire que c'est la même qui écrit les deux séries. Ici, un peu à la manière de ce qu'elle faisait avec Ms. Marvel, elle est dans le registre de la comédie, elle brise le quatrième mur, elle va à toute allure. Mais ça ne l'empêche pas de développer tout un discours sur une ancienne vilaine qui veut devenir meilleure, une héroïne, alors que tout se ligue contre elle (méchants, médias, opinion publique...).

Gleb Melnikov épate : il tient le rythme et ses planches ne souffrent d'aucune baisse de qualité. Lui aussi prend un plaisir visible à participer à cette série. Ses personnages sont expressifs, son découpage dynamique. Son trait emprunte au semi-réalisme, avec quelques exagérations, qui confirment le registre léger mais pas superficiel de Black Cat.

C'est toujours plaisant de lire une série qui se bonifie de mois en mois, et qui rencontre son public. Surtout chez Marvel où ce genre d'expérience n'est guère soutenue et apporte un vrai vent de fraîcheur sur une production globalement médiocre. Espérons donc que l'on fiche la paix à G. Willow Wilson, Gleb Melnikov et Black Cat : c'est à ce prix-là qu'on pourra continuer à les apprécier.

THE ADVENTURES OF LUMEN N. #4 (of 4) (James Robinson / Phil Hester)


Robur le conquérant s'apprête à bombarder Paris et l'inspecteur Juve vient d'arrêter le capitaine Nemo, pourtant là pour stopper Robur. N'écoutant que son courage et profitant de la confusion, Lumen prend les commandes de l'Allonautilus pour défier Robur...


Et c'est - déjà - fini !... Ou presque. Car la bonne nouvelle de ce quatrième épisode, outre qu'il est aussi bon que les trois précédents, c'est l'annonce faite par le scénariste James Robinson dans sa postface qu'il conclut là le premier volume des Adventures of Lumen N.. Et donc, vous l'aurez compris, il prépare la suite.


Je dois dire que cela me réjouit car lire cette mini-série m'a comblé et franchement j'aurai trouvé ça frustrant d'en rester là. J'aimerai, tant qu'à faire, que Robinson donne aussi une suite à Welcome to the Maynard, qu'il a écrit juste avant, mais bon, on va se satisfaire de revoir Lumen Nemo dans un futur, je l'espère, proche.


C'est très plaisant aussi parce que, même si j'ai déjà eu l'occasion de le dire, James Robinson était quand même un peu donné pour fini, voire has-been. Il n'a guère brillé lors de ses dernières expériences chez Marvel ou DC, et pour beaucoup de fans, c'est comme si ses plus belles années étaient définitivement derrière lui.


Mais avec Welcome to the Maynard et The Adventures of Lumen N. (mais aussi The Monsters, que je j'ai pas lu), Robinson a non seulement prouvé qu'il n'était pas grillé, mais surtout qu'il semblait avoir trouvé un nouveau souffle en renouant avec de jeunes héroïnes comme à l'époque de Leave it to Chance (à ce propos, quand est-ce qu'un éditeur français va rééditer cette série, limité à ses premiers épisodes en vf du temps de Semic ?).

Dans ce quatrième épisode, Lumen doit affronter Robur le conquérant sur le point de bombarder Paris depuis son Albatros tandis qu'à terre, l'inspecteur Juve a arrêté le capitaine Nemo pour ses anciens actes de terreur. Le rythme du récit est très vif et, bien que l'issue ne fasse guère de doute, Robinson parvient à susciter chez le lecteur un véritable émoi, à provoquer un réel suspense.

Surtout on s'est attaché à cette dynastie des Nemo et à sa petite dernière. Robinson a toujours eu talent fou pour rendre ses héros humains avant d'être exceptionnels, et c'est ce qui leur donne une épaisseur, mais encore une vulnérabilité si précieuses. Grâce à cela, des thèmes comme la transmission, au coeur de son oeuvre, brillent d'un éclat particulièrement émouvant.

Avec Phil Hester au dessin, le scénariste a trouvé un partenaire à même de traduire en images son histoire parfaitement. Je n'étais pourtant pas acquis à ce choix mais ici Hester a accompli un merveilleux travail, son style épuré convient à ce genre d'aventures et correspond au récit initiatique et exotique de la série.

Hester est lui aussi un vétéran mais son enthousiasme et son énergie infusent ce projet. Son sens du design donne lieu à des apparitions magiques, comme quand l'Allonautilus s'envole, avec sa forme inspirée d'une raie manta. En peu de traits, mais avec une puissance évocatrice indéniable, ses plans suggèrent ce que d'autres artistes auraient dessinés en misant sur une profusion de détails.

Par ailleurs, je trouve que Marc Deering valorise vraiment le trait de Hester, et les couleurs de Bill Crabtree, subtiles, nuancées, ajoutent au charme qu'elles produisent.

The Adventures of Lumen N. sera, je croise les doigts, traduit en France parce que c'est un comic book qui mérite d'être lu par chez nous, notamment pour ses références à notre littérature (celle de Jules Verne en premier lieu). Et donc, à bientôt Lumen Nemo !

mercredi 17 décembre 2025

PLAY DIRTY (Shane Black, 2025)


Parker et Philly commettent un braquage avec leur équipe dans une salle de comptage d'un hippodrome lorsqu'un agent de sécurité tire sur eux quand ils en sortent. Philly est blessé mais Parker court après l'agent, réussit à le rattraper, le tue et récupère le sac d'argent qu'il leur avait pris. Plus tard, dans leur planque alors qu'ils partagent le butin, les complices de Parker sont abattus par Zen, qui leur servait de chauffeur. Elle blesse également Parker qui réussit à s'échapper. Il se remet dans un motel tenu par une amie puis promet à Grace, la veuve de Philly, qu'il vengera ce dernier.


Avec l'aide de son ami Grofield, Parker retrouve Reggie, un partenaire de Zen, qui lui donne son adresse. Alors qu'il lui réclame l'argent qu'elle lui a volé, elle lui explique l'avoir dépensé pour une opération ambitieuse : elle compte dérober un trésor récupéré dans une épave que le général De La Paz, un dictateur, a promis de vendre pour le bien de son peuple mais en vérité pour son compte personnel. La pièce maîtresse de ce trésor est la figure de proue du navire échoué mais pour que De La Paz ne soit pas soupçonné, il a contracté avec l'Organisation pour qu'elle la vole durant son exposition au siège de l'O.N.U. et la revende ensuite à un riche collectionneur.


Parker et Grofield rencontrent le colonel rebelle Ortiz et lui soumet un contre plan : laisser l'Organisation voler la figure de proue pour la lui dérober ensuite. Parker exige 30% de la valeur du trésor et la liberté de recruter son équipe. Il engage donc Ed et Brenda MacKey et Steve Devers puis ciblent Kincaid, le bras droit du chef de l'Organisation à New York, qui détient le plan de l'endroit où sera entreposée la figure de proue...
  

Play Dirty, nous apprend le générique, est adapté non pas d'un roman de Richard Stark (pseudonyme de l'auteur Donald Westlake) mais "basé sur les personnages de" ce dernier. La nuance a de quoi faire sourire puisque Stark a quand même signé 24 livres ayant pour héros le voleur Parker, mais il n'est apparemment venu à l'idée de personne d'en adapter un.


Qui faut-il blâmer ? Les ayant-droits de Stark/Westlake qui ont dû recevoir un beau chèque d'Amazon MGM, producteur-diffuseur du film ? Ou bien Shane Black, réalisateur et scénariste (avec Charles Mondry et Anthony Bagarozzi), qui, visiblement, n'a jamais dû lire un seul roman de Stark ? En tout cas, si vous aimez Stark, Parker, passez votre chemin, ce n'est pas ici que vous le trouverez.
 

La bande annonce de Play Dirty nous alertait déjà : ça ressemblait davantage à une aventure de Dortmunder (l'autre voleur créé par Westlake, mais à l'opposé de Parker). Hélas ! le film n'est même aussi drôle et réussi qu'une adaptation de Dortmunder (pour cela, revoyez plutôt Les Quatre Malfrats, de Peter Yates avec Robert Redford, dont j'ai déjà parlé).


Mais d'abord présentons au moins Parker. Parker est un voleur mais aussi un type méchant, froid, violent, implacable, méthodique. Il a été immortalisé au cinéma par Lee Marvin dans Le Point de Non-Retour de John Boorman entre autres, et Darwyn Cooke en fait le héros de quatre adaptations très fidèles et magistrales dans des romans graphiques (en vo chez IDW et en vf chez Delcourt).

Ici, il est incarné par Mark Wahlberg qui, quand il était dirigé par James Gray (dans The Yards ou La Nuit nous appartient), était un acteur intéressant, mais qui, autrement, n'a jamais brillé par la qualité de son jeu. Il a même refusé de jouer dans Ocean's 11 parce qu'à l'époque des tabloïds suggéraient qu'il était l'amant de George Clooney - c'est Brad Pitt qui a hérité de son rôle.

Comparer Wahlberg à Lee Marvin est cruellement injuste pour le premier tant Marvin en imposait là où Wahlberg est absolument incapable de nous faire croire à la dureté de Parker. Toutefois ce n'est pas seulement une question de qualité de jeu, c'est aussi une question de qualité d'écriture et Shane Black et ses scénaristes n'ont donc certainement jamais lu un roman de Richard Stark.

Pourquoi j'ose affirmer cela ? Hé bien, lisez un roman de Stark et vous comprendrez. Lisez un des romans graphiques de Darwyn Cooke et vous verrez. A ce stade-là, c'est plus du sabotage qu'autre chose. Même en précisant que le film est basé sur les personnages de Stark, on vous ment : rien n'est basé sur Stark. Le héros du film s'appelle Parker, sauf que ce n'est pas du tout Parker.

Ensuite donc, Black et Amazon MGM ont dû penser que 24 romans sur ce personnage, ce n'était pas suffisant pour un film, alors autant inventer une histoire originale. Mais c'est un désastre. Les braquages de Parker sont des modèles d'organisation, même quand la situation dégénère, Parker a un plan B. Et il peut compter sur des complices aussi professionnels que lui.

Là, ses complices sont de vrais baltringues, traités comme tels. Shane Black adore les baltringues (cf. Kiss Kiss Bang Bang, The Nice Guys) et il est apprécié pour la coolitude de ses films avec des losers sympathiques. Il a dû penser que faire de Parker et sa bande des losers sympas, ça serait cool. Ce qui prouve sa profonde ignorance du matériel qu'il adapte et son je-m'en-foutisme total.

Tout, absolument tout, et c'est assez prodigieux en un sens, sonne faux là-dedans : par exemple, l'intrigue se déroule dans les Etats de New York et du New Jersey en hiver. Or le tournage a eu lieu en Australie, principalement en studio. Les effets spéciaux son d'une laideur sans nom, avec des scènes spectaculaires et catastrophe qui ne se donnent même pas la peine de ne pas paraître complètement artificielles, entièrement en CGI.

L'histoire est d'une débilité abyssale avec cette histoire de voler des voleurs qui volent pour un dictateur et revendent à un collectionneur milliardaire (attention, satire ! Ce doit être une pique envoyée à Jeff Bezos, le boss de... Amazon MGM). La somme versée par le nabab sert en fait à renflouer les comptes de la pègre en faillite et à remplir les poches du dictateur (grand patron = tyran... Message subversif bis !).

Ah oui, j'oubliai : le prologue de l'histoire montre le gang de Parker se faire dessouder par leur chauffeuse et cette fille vient du pays du dictateur et veut aider les rebelles à le renverser en lui volant donc son trésor. Parker veut tuer la fille parce qu'elle lui a tué ses copains et volé son fric, mais là où dans un roman, il commencerait par se débarrasser d'elle sans cérémonie, là, il accepte d'être son allié pour 30% du montant estimé du trésor. Le vrai Parker, croyez-moi, ne se contenterait pas de 30%...

Oh, et encore ceci : Parker rechigne à venir à new York à cause d'un certain Lozini, chez de la pègre locale. C'est presque drôle quand on a lu Le Chasseur et L'Organisation, adaptés en BD par Darwyn Cooke et qui ont inspiré Le Point de Non-Retour de Boorman, où Parker défie toute la pègre pour récupérer du pognon qu'elle lui doit et y parvient. Alors le voir craindre ce Lozini...

Comment peut-on accoucher d'un aussi mauvais film ? Et pourquoi faire ça à l'oeuvre de Richard Stark (en dehors pour ses ayant-droit de toucher un gros chèque) ? Bon sang, Westlake doit se retourner dans sa tombe ! C'est nul ! Et même la sympathie qu'a pu inspirer Shane Black n'excuse pas ce qu'il a commis ici !

Un mot sur les autres acteurs : Lakeith Stanfield joue Grofield (à ma connaissance, c'est la première fois qu'un acteur black l'incarne), et c'est le seul à s'en sortir convenablement, parce qu'il montre que le personnage est davantage un (mauvais) comédien qu'un voleur (en fait, il participe aux braquages de Parker pour financer son théâtre).

Rosa Salazar a toutes les peines du monde à nous persuader qu'elle est une ancienne des escadrons de la mort, assez dur-à-cuire pour tenir tête à Parker - même si avoir l'air plus dure que Wahlberg n'est pas difficile... Et Tony Shalhoub est pathétique dans la peau de Lozini, incapable de le rendre inquiétant pour justifier que Parker l'évite.

Play Dirty devrait au moins vous convaincre d'une chose : si vous aimez les bons heist movies avec des voleurs flippants, alors fuyez, et cherchez dans le passé, quand les acteurs qui les jouaient étaient meilleurs, plus crédibles, que les cinéastes étaient plus sérieux, et que les studios n'étaient pas dirigés par des fumistes pour qui s'offrir le catalogue d'un romancier revient à le sodomiser post-mortem.