Sous la menace de Sharon Wagner et de ses mercenaires, Johnny Moore et ses amis se préparent à mourir... Ont-ils encore une chance d'échapper à ce sort funeste ? Et qu'adviendra-t-il de Moore Progress, la compagnie fondée par Johnny ?
Je le dis toujours, mais l'exercice de rédiger la critique du dernier épisode d'une série est le plus délicat. Il ne faut bien entendu pas spoiler le dénouement, révéler ce qui attend les héros, tout en donnant envie de lire la série qui sera disponible en album au mois de Février 2026 chez Image Comics (en attendant qu'un éditeur ici veuille bien la traduire ?).
Les planches qui illustrent cet article sont parmi les dernières de cet ultime épisode, et pourtant je crois qu'elles n'en disent pas trop. J'ai fait ce choix parce que toute la partie qui les précède me parait en dire trop. Il s'agit malgré tout d'un épisode qui gratifie le lecteur de scènes d'action très spectaculaires, avec des rebondissements intenses.
C'est d'ailleurs la première des qualités de cette série : elle est parvenue à combiner, avec un dosage idéal, de magnifiques portraits de personnages et un vrai récit mouvementé, qu'on suit sans s'ennuyer une seconde. Peter Warren est un débutant qu'il faudra suivre de près car, pour un premier essai, c'est un authentique coup de maître.
Il a conçu cette intrigue avec Rick Remender, crédité comme co-plotter, mais il n'y a aucun doute sur le fait que c'est l'oeuvre d'un auteur, Peter Warren. Si je devais supposer la répartition des tâches entre les deux hommes, je dirai que Remender a aidé Warren à construire le récit, mais que Warren l'a ensuite développé et écrit seul.
C'est une façon de faire inhabituelle dans les comics où lorsque deux auteurs s'associent, c'est soit pour travailler de manière très proche (comme les duos Jackson Lanzing-Collin Kelly, Dan Abnett-Andy Lanning ou Keith Giffen-J.M. DeMatteis), soit en respectant une sorte de hiérarchie préétablie (par eux-mêmes ou l'editor, comme Bendis et Hickman quand ce dernier a débuté sur Secret Warriors et que Bendis était surtout là pour superviser et soutenir le projet pour attirer les lecteurs).
Il y a une autre formule qui consiste pour deux scénaristes à se renvoyer la balle (comme Ed Brubaker et Matt Fraction avec Immortal Iron Fist), où le plus expérimenté (et le plus connu) des deux revoit la copie de l'autre, mais c'est une méthode peu courante dans la mesure où elle est très chronophage et qu'il faut une vraie complicité, une vraie confiance entre les partenaires.
Peter Warren a sûrement profité de l'expérience de Remender, mais ce qu'il a produit ne ressemble guère à ce qu'écrit Remender, souvent plus pessimiste (parfois complaisamment), alors que Warren n'affiche pas ce trait de caractère. C'est particulièrement frappant dans ce dernier épisode qui, s'il avait été écrit par Remender, aurait eu un dénouement bien plus tragique.
Dans la postface qu'il signe, Warren laisse entendre qu'il pourrait donner une suite à cette série car il a le sentiment que ses personnages pourraient être encore approfondis. Mais il dit aussi qu'il a besoin de souffler et qu'il veut que ses héros en profitent aussi. Mais qu'il y revienne, je ne serai pas contre, parce que c'est une série qui m'a emballé, impressionné.
Et Warren reconnait qu'il doit énormément à l'équipe qui l'a accompagné : Chris Chuckry est un coloriste exceptionnel, qui a accompli des merveilles sur chaque épisode, et le lettreur Russ Wooton est un professionnel impeccable. Mais surtout, le scénariste rend un vibrant hommage à son dessinateur, Francesco Mobili.
Le qualifier, comme il le fait, de génie n'est pas usurpé : jusqu'à présent, l'artiste italien était peu ou mal exploité par Marvel, ayant été remarqué comme suppléant de Marco Checchetto sur Old Man Hawkeye. Il a participé ensuite à des minis (Venom 2099) et avant cela, ce qui lui a certainement valu d'être choisi pour The Tin Can Society, il a réalisé un épisode de The Scumbag de Remender.
Si la série a connu des retards répétés sur la fin, c'est parce que d'une part Mobili a continué à signer des covers chez Marvel (histoire de toucher de l'argent) mais aussi, d'autre part, parce qu'on sent qu'il s'est investi comme jamais sur The Tin Can Society. Son art du détail, son trait réaliste, son exigence a nécessité du temps.
Je le dis souvent, là aussi, mais la condition pour que j'accepte les retards d'un artiste, c'est si le résultat en vaut la peine et, franchement, chaque numéro a été à la hauteur des attentes. Celui-ci ne fait pas exception. Mobili sort des pages de folie, ses personnages sont expressifs, ses décors fouillés, son découpage efficace. C'est évident qu'il a tout donné.
Il vient de poster sur Twitter la première page de son nouveau job, un retour chez Marvel, mais sans donner davantage d'indications. Il faut souhaiter que Marvel ait compris quel dessinateur prodigieux revient et j'espère que le projet sera à la hauteur, mais surtout que l'editor du titre en question sera assez intelligent pour le publier sans presser Mobili (c'est pas gagné, mais croisons les doigts).
Que dire de plus ? C'est une lecture mémorable et hautement conseillé. Si vous lisez de la vo, vous devez vous jeter sur le recueil dans deux mois. Si vous lisez de la vf, soit vous vous lancez sur la vo (qui ne présente aucune difficulté majeure), soit vous priez pour qu'un éditeur traduise The Tin Can Society et vous notez la date de sortie. Croyez-moi, ça en vaut la peine.





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