samedi 4 avril 2026

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 6 : STRANGE MAGIC (Kelly Thompson, Jamie McKelvie/ David Lopez, Jacopo Camagni, Jamie McKelvie)


CAPTAIN MARVEL, VOLUME 6 : STRANGE MAGIC
(Captain Marvel #27-30)


- STRANGE MAGIC (Kelly Thompson / David Lopez, Jacopo Camagni) - En 2052, Carol a rencontré la fille de James "Rhodey" Rhodes... Et découvert qu'elle n'était sa mère. Pour ne pas compromettre la paternité de Rhodey, Carol a préféré le quitter. Dévastée, elle ne quitte plus son appartement et ne répond plus aux appels de Jessica Drew. Celle-ci la force à se ressaisir en l'inscrivant à un speed dating. La soirée tourne au fiasco et Carol finit dans un bar où elle trouve Dr. Strange... Avec qui elle finit la nuit au lit !


Après cette aventure sans lendemain, Carol pense avoir trouvé une solution pour empêcher le futur apocalyptique qu'elle a connu de se produire. Ove tirait sa force d'une combinaison entre la magie de sa mère, Amora l'Enchanteresse asgardienne, et d'Atlantis. Carol demande donc à Strange de lui enseigner la magie pour retrouver et vaincre Ove. Il refuse catégoriquement.
 

Carol se tourne vers d'autres super héros aux pouvoirs magiques qui suivent l'avis de Strange. Elle décide alors de solliciter Amora elle-même, sans lui révéler qu'elle compte éliminer son futur fils...


C'est un tome très court que ce sixième volume de la série puisqu'il ne compte que quatre épisodes, quand bien même le trentième est plus long puisqu'il possède une back-up story. Toutefois, malgré sa brièveté, il est bien meilleur que le précédent tome.

A vrai dire, on regrette surtout que Kelly Thompson n'ait pas produit une seule et même histoire comprenant les épisodes 22 à 30 car on a bien là la suite et fin de l'arc The New World. Et ainsi composée, cette histoire devient plus complète, plus palpitante. C'est un peu un acte manqué, mais au final la scénariste réussit un exploit en rattrapant son coup.

A la fin de la précédente aventure donc, Carol décidait de rompre avec Rhodey car elle avait rencontré dans le futur la fille de ce dernier et elle n'en était pas la mère. On retrouve donc Carol en pleine dépression. Jusqu'à ce que Jessica Drew/Spider-Woman prenne les choses en main. Sans mesurer les conséquences.

L'épisode qui ouvre ce tome (le #27) est une merveille de drôlerie, qui prouve de quoi Kelly Thompson est capable quand elle s'adonne à la comédie, un registre où elle a déjà brillé (notamment quand elle écrivait West Coast Avengers). Les scènes s'enchaînent à un rythme soutenu, provoquant les rires par le drame qu'endure l'héroïne et les moyens que met en oeuvre sa meilleure amie pour qu'elle aille mieux.

Une soirée de speed dating calamiteuse plus tard, Carol finira dans le lit de Stephen Strange (qui, comme Matt Murdock, est quand même un gros queutard). Mais Thompson n'a pas fait cela que pour la déconne - au contraire : elle va exploiter cette péripétie pour construire le récit qui suit et où Captain Marvel doit s'initier à la magie pour espérer empêcher le futur catastrophique qu'elle a vu de se produire.

Le twist, assez épatant, que la scénariste va trouver, c'est de pousser Captain Marvel vers l'Enchanteresse pour neutraliser Ove, c'est-à-dire le futur fils d'Amora elle-même. La ruse fait long feu et aboutira à une confrontation musclée et une résolution trouble. Mais l'ensemble est redoutablement efficace et tordu à la fois.

David Lopez, qui avait été le partenaire privilégiée de Kelly Sue DeConnick lorsqu'elle écrivait Captain Marvel, revient donc sur le titre pour dessiner l'épisode 27. Ses personnages très expressifs, son trait rond, limite cartoony, sa narration simple et directe, font des merveilles jusqu'à la chute irrésistible. Il faudrait vraiment qu'un jour le run de DeConnick et Lopez soit réédité en vo.

Puis c'est Jacopo Camagni qui s'occupe des trois épisodes suivants. C'est assez poignant de lire ses planches puisque ce jeune artiste est mort récemment (le 1er Mars 2026) à seulement 48 ans. Très actif, il avait une grande carrière devant lui et Marvel venait de lui confier une nouvelle série (Generation X-23).

J'ai découvert Camagni quand il a succédé à Valerio Schiti et Stefano Caselli sur le titre S.W.O.R.D. (écrit par Al Ewing). Il avait ce trait élégant et expressif, d'une suavité assez exceptionnelle, qui en faisait un excellent narrateur graphique. Ici, déjà, il faisait preuve d'un grand talent, notamment dans les passages les plus drôles, mais aussi dans les scènes d'action qu'il savait rendre très puissantes.

Tout concourt à faire de ces épisodes et de cet arc une franche réussite.  

*

- RIPPLES (Jamie McKelvie) - Après les récentes épreuves qu'elle a traversées, Captain Marvel décide de rendre visite à Ms. Marvel (Kamala Kahn). Elle veut savoir pourquoi la jeune fille la considère comme un modèle super héroïque alors qu'elle a l'impression d'accumuler les erreurs...


Pour fêter le trentième épisode de la série, Marvel a confié au dessinateur Jamie McKelvie (Young Avengers, The Wicked + The Divine) une back-up story d'une dizaine de pages où il est aussi scénariste. Et c'est une jolie démonstration.

McKelvie avait un sujet tout trouvé en montrant une rencontre entre Carol Danvers et sa super fan Kamala Kahn alias Ms. Marvel. Il interroge cette dernière sur les raisons pour lesquelles elle a repris l'ancien alias de Carol et pourquoi elle la trouve exemplaire. C'est l'occasion d'une balade dans le quartier où habite Kamala et d'un dialogue à bâtons rompus, à la fois touchant et franc.

Le résultat est vraiment concluant : si McKelvie est un peu bavard, il explicite clairement et intelligemment pourquoi Captain Marvel, en plein doute, inspire Ms. Marvel. Pas de grande déclaration grandiloquente ni d'effusion, mais un échange à la fois drôle et émouvant entre deux super héroïnes, deux générations, une même vocation.

Visuellement, c'est bien entendu magnifique. McKelvie est un artiste prodigieux et bien trop rare (sa série chez DSTLRY, One For Sorrow, est en suspens depuis Novembre 2024 !), raison de plus pour savourer chaque planche. C'est beau à tomber à la renverse tout simplement. Espérons qu'il refera vite parler de lui.

Voilà, c'était la dernière critique sur cette série, dont je n'ai pu me procurer que les six premiers tomes. Si je peux acquérir les suivants pour un bon prix, je reprendrai ces reviews en espérant boucler le run de Kelly Thompson. 

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 5 : THE NEW WORLD (Kelly Thompson / Lee Garbett)


CAPTAIN MARVEL, VOL. 5 : THE NEW WORLD
(Captain Marvel #22-26)


Alors qu'elle part récupérer un vaisseau spatial avec War Machine, Spider-Woman et Hazmat, Captain Marvel se trouve propulsée en 2052. Dans ce futur post-apocalyptique, elle retrouve des connaissances comme Emma Frost, des amies comme Jessica Drew et les enfants de plusieurs héros morts au champ d'honneur.


On lui apprend qu'un certain Ove a bâti une cité prospère mais qu'il n'est pas digne de confiance car il refuse d'expliquer comment il a réussi ce prodige dans un environnement devenu si hostile. Captain Marvel décide de le rencontrer et elle est accompagnée par un petit groupe de volontaires. Ils découvrent que Ove est le fils de Namor et d'Amor l'Enchanteresse...


Ce cinquième tome de Captain Marvel montre un net recul dans l'inspiration de sa scénariste, Kelly Thompson. En effet, l'intrigue rappelle furieusement celle du tout premier arc de son run quand, déjà, Captain Marvel se vit téléportée dans un New York complètement ravagé, sous la coupe d'un mâle alpha contre qui elle allait se rebeller avec ses meilleures amies.


Ici, on a peu ou prou la même situation, à ceci près que Thompson ne fait même pas l'effort de trouver une explication un peu fouillée pour envoyer son héroïne dans un futur post-apocalyptique (elle est piégée par des espèces de tentacules noires surgissant d'un vaisseau spatial échoué dans une forêt et hop !). On sent bien qu'il s'agit d'un artifice grossier pour aller au plus pressé.


Par ailleurs, il est fait référence à un récit qui n'est intégré ni dans le trade paperback en vo ni dans l'album en vf : il s'agit du one-shot Captain Marvel : The End, écrit par Thompson et dessiné par Carmen Carnero où, après des années passées loin de la Terre, Carol Danvers y revient et se sacrifie en régénérant le soleil pour éviter une nouvelle période glaciaire et fatale aux survivants de l'humanité.

Bref, c'est mal foutu, d'autant plus que Captain Marvel : The End ne sera disponible en recueil en vo que dans le premier omnibus de la série en 2023. Ou alors vous avez de la chance et vous réussissez à le choper d'occasion sur un site de vente en ligne, mais moi, je n'y suis pas arrivé.

La suite du scénario n'est pas plus brillante : l'histoire est décompressée au possible, manque cruellement de rythme, le dénouement est convenu. Des flashbacks émaillent le tout, de façon tout aussi poussive. Le casting met en scène quelques visages connus (Emma Frost, Jessica Drew, Luke Cage) et une multitude d'enfants de super héros morts mais sommairement caractérisés.

C'est donc une grosse déception, comme si Kelly Thompson était en panne et avait voulu gagner du temps en reproduisant un schéma que les fans de la série n'avait pu oublier. Alors certes on peut se dire que le fils de Namor et ses manigances ont un peu d'allure que l'Homme Nucléaire, mais en fait pas vraiment. Dans les deux cas, on a affaire à un méchant caricatural dont les plans machistes et mégalos font pitié.

Pour illustrer cet arc, Lee Garbett est de retour. Il fait ce qu'il peut mais il ne peut pas sauver une intrigue médiocre. Il s'est pourtant investi en designant les nouveaux personnages, mais le résultat est très inégal, on sent qu'il n'a pas disposé de beaucoup de temps ou alors qu'à lui aussi l'imagination a fait défaut.

C'est Belén Ortega qui signe les flashbacks et elle soigne ses planches : les décors sont fouillés, les compositions inventives, le trait souple même si un peu maladroit parfois (sur les expressions des visages ou les proportions). Depuis cette dernière se fait une petite place chez DC (où elle a récemment collaboré sur la mini Trinity Daughter of Wonder Woman, écrite par Tom King).

On ne peut même pas être méchant en critiquant ces épisodes, ça ne servirait à rien. On les lit en se demandant ce qui s'est passé, comment une telle sortie de route a pu se produire, et on achève l'histoire en espérant un sursaut pour la suite. Et je vous rassure, il aura lieu. Mais tout de même, quel dommage, quel gâchis.

BATMAN / SUPERMAN : WORLD'S FINEST #50 (Mark Waid / Dan Mora, Adrian Guttiriez)


- DREAM TEAM (Mark Waid / Dan Mora) - Dr. Destiny prive les habitants de la Terre de sommeil depuis plusieurs jours. Pour le neutraliser, Zatanna au moyen de la Pierre du Rêve envoie Batman et Superman sur le terrain de leur ennemi. Ils y font face à leurs fantasmes, leurs regrets, leurs rancoeurs...


Ce n'est pas si fréquent qu'une série arrive à 50 numéros, même si chez DC la manie du relaunch est quand même beaucoup moins habituelle que chez Marvel. Depuis 2022, Mark Waid est aux commandes de Batman / Superman : World's Finest, la relance d'un vieux titre qu'il a contribué à remettre au goût du jour grâce à Dan Mora.


Et justement, à cette occasion, le dessinateur revient exceptionnellement pour illustrer la première des deux histoires qui composent ce n° anniversaire de près de quarante pages. Mora est souvent fidèle à ce qui l'a rendu célèbre (il signe encore fréquemment des couvertures pour Power Rangers sur lequel il a débuté) et surtout il s'amuse toujours.


Waid lui a concocté un récit complet qui met en valeur ses compétences : un découpage absolument dément, de l'action à gogo, une ambiance légère et intense à la fois. Le scénariste a parsemé l'épisode de clins d'oeil à son run avec des apparitions de la Doom Patrol, de Metamorpho, de Thunder Boy et Mora fait feu de tout bois. Une réussite jubilatoire.

*

- STURM AND DRANG (Mark Waid / Adrian Guttierez) - Après avoir capturé Condiment King, Robin et Jimmy Olsen s'attirent les foudres de Batgirl et Supergirl qui pensent être les vraies héroïnes de ce coup de filet. Pour départager les deux tandems, Jimmy Olsen propose de relever un défi en trouvant la statue égyptienne de Dhur-La...
 

Ce second segment met à l'honneur l'équipe en charge de la série depuis le départ de Dan Mora (au #30). C'est donc Adrian Guttierez qui signe les dessins depuis 2024. Il a un style aussi tonique que son prédécesseur mais qui demande encore à être un peu canalisé et c'est pourquoi ses dernières prestations ont été accompagnés par un encreur.


Mark Waid imagine un challenge entre les duos formés par Robin (Dick Grayson puisque World's Finest est une série qui se passe dans le passé) et Jimmy Olsen d'un côté et par Batgirl et Supergirl de l'autre. Tout cela est surtout un prétexte pour souligner les différences entre les deux garçons et les deux filles mais aussi le fait que les uns ne sont pas insensibles au charme des autres.


Waid là encore fait référence à des épisodes passés où il a soulignés les relations contrastées notamment entre Supergirl et Robin, en compétition permanente pour prouver leur valeur, tandis que leurs aînés, Superman et Batman, les observent avec amusement. C'est encore plus savoureux quand on découvre que Batgirl trouve Jimmy Olsen assez mignon.

L'ensemble est évidemment assez anecdotique, il ne s'agit pas ici d'initier des intrigues pour le futur, mais de célébrer la longévité d'un titre qui joue sur la corde nostalgique sans sombrer dans le passéisme. J'avoue que ça m'a donné envie de relire les albums de la série et peut-être d'en rédiger des critiques...

vendredi 3 avril 2026

CATWOMAN #85 (Torunn Gronbekk / Davide Gianfelice)


Absente depuis des mois de Gotham, Selina Kyle y revient. Sa présence est vite remarquée et notifiée à Roman Sionis/Black Mask qui la fait suivre. Holly Robinson demande l'aide de Catwoman pour de l'argent et Carmine Falcone la sollicite pour casse audacieux au commissariat central...


Ce numéro était caché depuis depuis deux semaines sous ma pile à lire et je l'ai donc lu pour vous en faire la critique. A vrai dire, j'ai acheté cet épisode qui démarre un nouvel arc avec l'espoir que, cette fois, ce serait la bonne. Car depuis qu'elle écrit Catwoman, la scénariste Torunn Gronbekk a joué de malchance tout en gagnant sa place chèrement.


Elle en a effet pris le titre en main en Octobre 2024 au #69 et elle était très bien accompagnée par la dessinatrice italienne Fabiana Mascolo. Mais patatras ! après deux épisodes, cette dernière a quitté la série sans explications. Lui ont succédée Marianna Ignazzi, Patricio Delpeche, Danilo Beyruth sans me convaincre de replonger.


Mais cette fois, on dirait que DC a trouvé (enfin !) un dessinateur à la hauteur, régulier et plus solide que ses prédécesseurs, le revenant Davide Gianfelice. Lui aussi est italien et son style émule celui des grands comme Gigi Cavenago, ce qui n'est pas pour me déplaire. Surtout il a l'expérience qui manquait aux autres et cela se sent dans ses planches.


Torunn Gronbekk se lance dans une intrigue qui est vraiment un excellent point d'entrée : après avoir éloigné Catwoman de Gotham, elle la rend à la cité et la replonge tête la première dans un vol audacieux et spectaculaire tandis qu'en coulisses Black Mask et une mystérieuse femme, hors champ, conspirent ensemble pour l'attaquer en visant ses proches.

On peut donc vraiment y aller sans avoir rien lu de ce qui a précédé. Rien ne dit que ce sera génial car Gronbekk est une scénariste qui n'a jamais vraiment brillé mais qui a aussi dû composer avec des missions périlleuses (comme remplacer au pied levé Donny Cates sur toute la fin de son run sur Thor). Toutefois, elle écrit Catwoman depuis plus de 20 n° maintenant et DC lui fait confiance.

Par ailleurs elle ne se sert pas de la série ni de son héroïne pour faire passer un message féministe, préférant se concentrer sur Selina Kyle, la femme fatale, la voleuse, l'amie loyale. Le fait que Black Mask soit lui aussi remis au premier plan ne peut que ravir le nostalgique de la période Brubaker quand il écrivit une saga restée dans toutes les mémoires au début des années 2000.

Gianfelice illustre ça avec beaucoup de tonus, ses planches ont cette énergie que les italiens maîtrisent souvent mieux que quiconque, transformant le script en un page turner redoutable, d'un trait souple. Sa Catwoman est peut-être un peu trop pulpeuse, mais laissons-lui le temps de se faire la main et surtout espérons qu'il est là pour un bon moment car il la représente impeccablement.

Et puis, en cas de réussite, cela fera la paire avec Black Cat chez Marvel, qui semble finalement ne pas être annulée...

JSA #18 (Jeff Lemire / Gavin Guidry)


La JSA se forme enfin lorsque tous ses membres comprennent qu'ils ne peuvent gagner qu'ensemble contre Ultra-Humanite et ses acolytes...


Ce 18ème épisode conclut donc l'arc Year One de JSA et le moins qu'on puisse dire est que ça aura été laborieux. Au bout de six mois, Jeff Lemire assemble enfin l'équipe dont les héros admettent qu'ils ne pourront venir à bout de leurs ennemis qu'ensemble. C'est le propre de toutes les équipes de super héros, mais c'est amené sans inspiration, sans souffle.


Comme j'ai déjà exprimé mon insatisfaction à plusieurs reprises sur cette histoire et la manière dont le scénariste l'a conduite, je ne vais pas me répéter. C'est un ratage dans les grandes largeurs mais d'abord parce que Jeff Lemire n'a su, à aucun moment, justifier la nécessité de raconter ce qu'il nous a livrés. Et c'est bien connu, quand on n'a rien à dire, on ferme sa g....


Passe encore qu'il ait voulu réviser les circonstances dans lesquelles les membres de la JSA ont décidé de former un groupe, mais encore eut-il fallu l'écrire avec un peu d'intensité. Or ce qui a cruellement fait défaut aussi à ces six épisodes, c'est bien cette absence de rythme, d'énergie -  ce qui maintient le lecteur en éveil, lui donne envie de lire le prochain numéro.


Surtout, et pour en finir sur ces points narratifs, on aurait pu croire que revenir sur les origines de la JSA contiendrait quelque chose pour une histoire à venir, comme si, dans le passé, se trouvait un élément à exploiter pour la série. Mais ça n'a même pas été le cas, d'où ce sentiment de remplissage, d'un arc pour meubler avant de revenir aux affaires courantes.

La vérité, c'est que DC, dans une production globale de qualité, a un problème avec ses team books : Justice League Unlimited semble n'être qu'un vaisseau supportant les events (la série étant elle-même issue de l'un d'eux, Absolute Power) et Mark Waid n'utilisant que très peu le potentiel de ce qu'une telle série permet (avec des héros tous réunis sous la bannière de la Justice League).

Titans a également beaucoup de mal à décoller : Tom Taylor n'en a rien fait, John Layman a produit un grand arc inégal mais efficace avant de céder sa place récemment à Tate Brombal qui procède à une redistribution des rôles. Birds of Prey a été annulée après avoir sombré péniblement. Le bilan est tout de même désastreux.

Je ne pense pas continuer à suivre JSA même si le prochain arc revient au présent, avec le retour du Spectre et celui du dessinateur Diego Olortegui (mais qui, on le sait, ne peut enchaîner les épisodes comme Dan Mora sur JLU). Jeff Lemire m'a découragé avec Year One, je ne pense pas qu'il soit l'homme de la situation pour cette série à cause de sa gestion du casting et de ses intrigues.

L'échec de cette histoire revient aussi à Gavin Guidry. Sans vouloir l'accabler davantage alors qu'il est devenu entre temps le nouvel artiste de la série Flash (reprise par le scénariste Ryan North), il résume bien le problème des team books en général chez DC (mais pas que), à savoir qu'il est devenu très dur de trouver un artiste capable de soutenir ce genre d'exercice.

Bien sûr, il y a le talent et Guidry, sans en manquer, me semble surtout trop tendre, encore en progrès. Mais DC n'a pas, à l'exception de Mora donc, quelqu'un en mesure de livrer des épisodes avec une série de ce calibre. Désormais les editors doivent avoir au moins deux dessinateurs en alternance sur un team book sinon c'est un défilé de fill-in. (Marvel est confronté au même problème.)

Quand James Robinson et David Goyer puis Geoff Johns écrivaient JSA puis Justice Society of America, ils avaient à leur disposition des Stephen Sadowski, Leonard Kirk, Peter Snejbjerg, Dale Eaglesham, Fernando Pasarin, Jerry Ordway, c'est-à-dire soit des artistes très solides et réguliers, soit moins rapides mais complémentaires.

Tout cela, ces six épisodes l'ont démontré : la nécessité de trouver au moins deux dessinateurs de qualité équivalente se partageant le tâche, l'urgence pour Lemire de raconter des histoires plus compactes et inspirées, et le besoin pour DC de se pencher sérieusement sur ce qu'ils ambitionnent pour leurs séries d'équipe.

jeudi 2 avril 2026

DAREDEVIL #1 (Stephanie Phillips / Lee Garbett)


Matt Murdock s'est reconverti en professeur de Droit à l'Empire State University où il enseigne à ses élèves les subtilités des contrats. Il a pour collègues Sari Ellison, spécialiste en éthique, et James, qui l'a recommandé - même si celui qui l'a employé est en vérité Harlan Vale, un magnat de la tech... Sans qu'il sache pourquoi. L'inspecteur Forte du NYPD enquête sur le meurtre d'un passager du métro...


C'est un peu, en tout cas pour moi, l'événement de la semaine : le lancement d'un nouveau volume de Daredevil. Depuis le run de Chip Zdarsky, j'avais arrêté de suivre les aventures du diable de Hell's Kitchen. Ou plus exactement, j'avais arrêté après avoir lu les deux-trois premiers épisodes écrits par Saladin Ahmed.


Vous ne trouverez pas grand-monde pour défendre le travail de Ahmed et donc Marvel semble avoir voulu laisser passer quelques mois (depuis Septembre 2025) pour réfléchir au moyen de reconquérir les fans. Ce n'est pas si fréquent, mais finalement l'éditeur a confié la tâche à Stephanie Phillips (seulement la deuxième femme à écrire le titre) et à Lee Garbett.


On pense avec un combo pareil à l'association Ann Nocenti-John Romita Jr.-Al Williamson. Mais il faudra quand même attendre pour savoir si la nouvelle équipe se hisse à ce niveau (et ce n'est pas une petite affaire). Toutefois, on ne peut s'empêcher de penser que ça ne pourra pas être pire que ce qu'a commis Ahmed.


J'ai un bon a priori sur Phillips car j'ai beaucoup aimé ses séries en creator-owned, Grim et Red Before Black. Je connais moins son travail mainstream, mais elle a un enthousiasme communicatif et elle a vraiment fait une grosse campagne sur les réseaux sociaux pour séduire les lecteurs. Quand à Garbett, c'est un artiste que j'apprécie beaucoup et qui me semble taillé pour le job.

Comme Phillips a donc beaucoup fait de pub en amont, on sait déjà avant d'ouvrir ce n°1 ce qu'elle ambitionne : un nouveau vilain, qui cible non pas Daredevil mais Matt Murdock, qui s'appelle Omen. On ne voit pas (pas encore) Foggy Nelson ou d'autres visages familiers (Cole North ? Kristen McDuffie ? Le Caïd ?) et le récit en joue habilement.

Matt est devenu prof de Droit dans une université et on sent que la scénariste a buché son sujet puisqu'il instruit ses élèves sur les contrats (dieu sait que les créateurs de comics sont bien plus soucieux de ça aujourd'hui qu'autrefois). Il a une jolie collègue, Sari Ellison, mais qui ne s'en laisse pas conter (et d'ailleurs Matt se montre maladroit en disant avoir accepté le poste en espérant être recruté par un cabinet).

Et il y a James, un ami également enseignant qui l'a recommandé mais qui lui confie que s'il a été engagé, c'est parce qu'un certain Harlan Vale a insisté pour cela. Phillips pique notre curiosité (et celle de Matt) car on se demande pourquoi un magnat de la tech a fait cela alors que Murdock ne le connait pas.

Le troisième personnage inédit est un inspecteur de police nouvellement affecté à New York, Forte. Il enquête sur le meurtre d'un passager du métro à qui on a retiré les yeux. Evidemment le symbole, lugubre, renvoie à la cécité de Matt et on se doute que le tueur va croiser Daredevil. Serait-ce ce fameux Omen ? Peut-être. Ou pas. Car celui-ci donc en veut à Matt et pas à DD (même s'il les sait liés).

L'épisode présente donc pas mal d'éléments et nous gratifie même de trois belles scènes d'action pour ponctuer l'ensemble. Sur tous les tableaux, Lee Garbett affiche ses compétences : les bastons sont bien chorégraphiées, il a conservé le design du costume rouge de DD mais avec le côté spandex, et quand il représente Matt, la référence à Romita Jr.-Williamson est évidente (c'est loin d'être un reproche).

Phillips et Garbett fonctionnent très bien ensemble, on sent qu'ils partagent la même vision du personnage, de la série. C'est assez dense pour régaler le lecteur qui apprécie un épisode d'introduction qui survole les choses sans les rendre superficiels (chaque élément est là pour la suite) et en même temps, c'est très fluide, très dynamique.

A l'évidence, le titre ne veut pas s'inscrire dans un aspect trop sinistre (même si le meurtre du passager du métro est horrible). Disons que le graphisme de Garbett agit un peu comme celui de Samnee avec Waid : il évite de sombrer dans le noir profond. Toutefois, Phillips ne cache pas que ses plans sont ambitieux (la première page est un teaser à la fois mystérieux et inquiétant).

Et finalement c'est tout ça qui intrigue et accroche. On est happé sans mal, ça a de la gueule mais sans prétention. Il y a un vrai souci de reconquête des fans et une volonté affichée de proposer quelque chose de consistant et de singulier. Commencer ainsi témoigne d'un vrai aplomb, surtout sans passer par les cases prévisibles (Foggy, Fisk, etc.) : en bref, ça sent plutôt bon.

mercredi 1 avril 2026

VENOM #256 : DEATH SPIRAL #6 (of 9) (Al Ewing / Carlos Gomez)


Torment est à la porte de l'appartement de Paul Rabin et il va tuer Dylan Brock. Paul s'interpose et tente d'atteindre le tueur avec un couteau de cuisine, mais il est vite désarmé et poignardé. Dylan prend la fuite alors que Venom, Spider-Man et Carnage surgissent pour arrêter Torment...


Le deuxième acte de ce crossover s'achève sur un twist qui, bien que prévisible, reste tout de même très efficace. Mais avant cela, l'épisode en lui-même est redoutable tant il est supérieur à ce que font Joe Kelly avec ou sans Charles Soule. Al Ewing domine de la tête et des épaules ses deux confrères comme si c'était lui le vrai chef d'orchestre de cette histoire.


A quoi voit-on ça ? C'est simple : l'épisode défile à toute allure, il se lit donc vite, mais en même temps il a une densité que les autres n'ont pas. Plusieurs événements se succèdent et tiennent le lecteur en haleine, le récit ne sacrifie personne ni aucune situation - au contraire : il les exploite tous avec intensité, de sorte qu'on achève sa lecture repu.


C'est seulement le deuxième épisode de Venom dans ce crossover et pourtant à chaque fois on observe à quel point la série de Al Ewing survole celle de Joe Kelly (Amazing Spider-Man). J'entends bien que ça ne plait pas à tout le monde que Mary Jane Watson soit le nouvel hôte de Venom, et pourtant Ewing réussit à imposer ce fait avec intelligence et à exploiter la spécificité.


Ici, par exemple, Mary Jane n'apparaît pas, seul Venom est à l'image tout du long, mais entre ce qui arrive à Paul Rabin et ce qui arrive à Dylan Brock, le binôme MJ-Venom rend chaque situation plus personnelle, plus puissante. Et on comprend alors pourquoi ce n'est pas une mauvaise idée - une idée curieuse, étrange, improbable : oui. Mais pas mauvaise.

Si on devait minuter l'action de cet épisode, cela tiendrait en quelques minutes à peine. Ewing ne s'arrête pas en route pour que ses personnages bavardent sur ce qui est en train de se passer : il file tout droit, fait avancer l'intrigue, accumule les péripéties. Et c'est imparable : le rythme est haletant, on n'a pas le temps de réfléchir.

La réflexion, la prise de conscience ne surviennent qu'après la lecture. On mesure ce qui vient de se dérouler et on constate la progression narrative hyper compressée de l'épisode. Si tout le crossover avait cette énergie, cette explosivité, non seulement il ne durerait pas 9 numéros, mais surtout il serait bien meilleur car plus prenant.

Et puis si Ed McGuinness produit de superbes planches sur Amazing Spider-Man, Carlos Gomez est lui en état de grâce. Il plie le game avec des scènes spectaculaires, à coup de plans qui ont une patate d'enfer, des compositions impeccables. C'est superbe de voir comment cet excellent artiste qui jusque-là devait se contenter de faire ses preuves est en train d'exploser.

Ce n'était pas gagné parce que Gomez était catalogué comme un dessinateur très à son avantage avec des héroïnes plantureuses (Red Sonja, America Chavez...). Alors qu'allait-il faire avec Venom ? Et puis avec les dix épisodes d'affilée de All-New Venom, il a calmé tout le monde en prouvant qu'il savait faire autre chose, qu'il était un spécialiste insoupçonné de l'action et des monstres.

Sa complicité avec Ewing fait plaisir à voir : on sent que le scénariste a trouvé un partenaire capable de soutenir ses scripts et que l'artiste relève le défi avec panache et talent. Perso, j'adore ce "VenoMJ", et sur ce crossover, encore une fois, ce sont les épisodes de Ewing et Gomez qui survolent les débats. Rendez-vous la semaine prochaine pour le 7ème chapitre de Death Spiral dans Amazing Spider-Man #26...