vendredi 6 mars 2026

THE NICE HOUSE BY THE SEA #8 (of 12) (James Tynion IV / Alvaro Martinez Bueno)


Les habitants de la maison de la plage ont commencé à agresser ceux de la maison du lac. Témoins de tout cela, Norah Jacobs se trouve avec Max qui lui permet d'influer sur les événements - ce qu'elle fait en immobilisant les habitants de la maison de la plage...


Si je n'ai jamais rien eu contre ce qu'écrivait James Tynion IV, je sais en revanche qu'il y a finalement peu de choses dans son oeuvre à quoi je suis attaché. C'est certainement quand il produisait des comics purement super héroïques que je le préférais, à l'époque de Detective Comics puis de Justice League Dark


En cela je le rapprocherai de Rick Remender, un auteur que j'appréciai particulièrement quand il était chez Marvel, qu'il a quitté avec fracas pour ne plus produire que des oeuvres en creator owned. Ce n'est pas un reproche : tout scénariste, je pense, rêve de prendre son indépendance, d'être le propriétaire de ses créations, d'être reconnu pour ses oeuvres personnelles.
 

Le cas de Tynion IV est plus ambigu : il garde un pied dans le mainstream d'une grosse compagnie (DC) qui prend soin de lui offrir des conditions de travail privilégiées car il écrit une série rencontrant un énorme succès (The Nice House...), mais la réalité, c'est qu'il est désormais bien plus actif pour son propre label, "Tiny Onion", avec des BD qui se vendent encore mieux.


Comme il est très productif, on peut avoir le sentiment qu'il est partout, quelle que soit la direction dans laquelle on regarde. Il signe des titres en quantité astronomiques, lance des projets par paquets, le cinéma et la télé veulent les adapter. Il fait partie de ces noms à présent très courtisés, salués par la critique, le public, le milieu. Il est sur le toit du monde.

Quand un scénariste atteint cette position se pose inévitablement la question de savoir si tout ce qu'il sort se vaut, si la qualité est toujours au rendez-vous. Ou s'il se disperse, si le buzz autour de lui n'est pas un peu exagéré. Avec Tynion, l'interrogation est à mon avis d'autant plus légitime qu'il écrit principalement dans un genre : l'horreur.

Something is killing the Children et ses spin-off, Exquisite Corpses, The Department of Truth, The Deviant, La vie de Christopher Chaos, Worltr33, en passant par les adaptations des Universal Monsters, tout cela relève de près ou de loin à l'épouvante, au récit horrifique, avec son cortège de personnages, de situations monstrueux.

The Nice House on the Lake et By the Sea s'inscrivent aussi dans cette veine et avec ce 8ème épisode, on atteint le coeur de cette inspiration avec une tuerie organisée, des mutilations physiques, une ambiance sinistre et surnaturelle à la fois. Est-ce un souci ? Il m'apparaît que oui tant j'ai l'impression que Tynion commence sérieusement à radoter, répétant à l'envi le même motif.

C'est d'abord celui des histoires basées sur des groupes de personnages. Ensuite, du conflit organisé entre les membres de ces groupes. Enfin, de la façon brutale de régler ce conflit. Toute la palette y passe, du body horror à l'atmosphère lugubre, de l'action cantonnée à un espace restreint jusqu'aux armes en passant par la figure du/des manipulateur/s.

Après le registre de l'horreur, ce qui plait à Tynion, c'est la conspiration : dans la série des The Nice House..., des extraterrestres rassemblent des humains dans ce qui ressemblent à une sorte de show de real tv sadique (en l'occurrence, la fin du monde et comment dépasser la sidération qu'elle engendre). Walter a choisi des humains avec qui il était devenu ami. Max, des champions dans leur domaine.

Tout ce qui était prévisible se produit donc et les élus de Max veulent donc éliminer les agneaux de Walter. Ce dernier, présumé mort pour ses amis, a pris la forme d'un chien observant le carnage. Max, lui, regarde avec détachement ce qui se passe. Le lecteur, lui, se demande où veut en venir le scénariste, qui veut être à la fois Walter le compatissant et Max l'indifférent.

C'est un peu (beaucoup) où, pour moi, le bat blesse : Tynion joue aux marionnettes avec ses personnages et semble plus Max que Walter. Seul semble l'amuser le jeu de massacre, casser ses propres jouets. Conséquemment, le lecteur aussi finit par s'en ficher aussi : au fond, cela fait longtemps, je m'en rends compte, que tous ces gens ne sont plus attachants. Les victimes manquent cruellement de chair et leurs bourreaux sont d'imbuvables individus affichant un gros complexe de supériorité.

Il subsiste un malaise et si c'est ce que veut faire ressentir ces BD, alors, là, c'est réussi. Mais je doute que Tynion s'intéresse à la question morale : il reste un entertainer usant de grosses ficelles, ce qui semble beaucoup plaire et suffire à ses fans. Son récit en forme d'expérience sur les forts et les faibles à la fin du monde a fini de m'étonner.

A ce stade, je me fiche de qui va gagner, si un camp va gagner, et pourquoi, quelle suite (puisque Tynion a évoqué une troisième série pour boucler l'affaire). Je sais surtout que je ne prends plus de plaisir à lire ça, je n'attends plus les épisodes avec impatience. C'est formidablement dessiné et colorisé, indubitablement, mais c'est aussi écoeurant de cynisme. James Tynion IV a trouvé la formule gagnante : tant mieux pour lui. Mais elle m'a perdu en route.

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