THE AVENGERS; VOL. 5 : MASTERS OF EVIL
(The Avengers #25-30)
- #25-28 : MASTERS OF EVIL (Jed MacKay / Valerio Schiti : #25, Andrea Broccardo : #26-28, Farid Karami : #27) - Dr. Fatalis est devenu empereur grâce aux pouvoirs qu'il a dérobés au Dr. Strange. Les Avengers sont en première ligne pour l'affronter. Mais le Penseur Fou refuse d'être au service du nouveau maître du monde et veut établir un baston indépendant. Pour cela, il a rassemblé Oubliette Midas, Mr. Hyde, MadCap et Dreadknight.
Pour établir sa propre nation, le Penseur Fou décide d'occuper la Cité Impossible, l'actuel repaire des Avengers, et une fois dans la place, de se servir du Cartel des Cendres comme arme de dissuasion si Fatalis venait à s'en prendre à son équipe. Mais ce qu'il ignore, c'est que Captain America (Sam Wilson), blessé durant un combat, a été renvoyé dans la Cité Impossible pour y recevoir des soins - et quand il découvre la présence des Maîtres du Mal, il entend les neutraliser...
Bigre ! Je me rends compte que la dernière fois que j'ai rédigé la critique d'un volume de The Avengers par Jed MacKay remonte à presque un an (si je ne compte pas l'article spécial que j'avais écrit à l'occasion du n°34 de la série avec la back-up écrite par Brian Michael Bendis et dessinée par Mark Bagley). Il fallait donc que je m'y remette...
... D'autant plus que le n°36 vient de sortir et marque la fin du run de Jed MacKay. Le scénariste conclut donc son passage après trois ans de bons et loyaux services et on peut lui reconnaître du mérite car il a eu les mains liées dès le départ par l'équipe éditoriale de Marvel quand au choix de la saga qu'il devait animer, avec Kang comme méchant.
Car Kang devait, à l'époque, encore être le grand antagoniste des Avengers au cinéma. Mais ça, c'était avant l'affaire Jonathan Majors (accusé et condamné pour des faits de harcèlement et agressions sexuelles, qui lui ont valu d'être renvoyé des studios Marvel et blacklisté à Hollywood). Malgré tout, MacKay a quand même poursuivi l'intrigue qu'il avait mise en place.
Ce cinquième tome est donc l'avant-dernier et il rassemble les épisodes 25 à 30. La série est directement impactée par l'event One World Under Doom et l'album est divisé en deux parties : un premier arc qui donne son titre au recueil et qui se déroule durant la période de l'event et un second qui reprend le fil de l'histoire en cours depuis le début du run de MacKay.
On notera tout d'abord la confusion que peut entretenir le titre de ce premier arc puisque, dans One World Under Doom, les Avengers s'allient à un moment à d'autres Maîtres du mal (le Baron Mordo, la Goblin Queen, Dr. Octopus, Arcade, MODOK et Mysterio). En même temps, le nom de Maîtres du mal renvoient de façon plus globale aux ennemis des Avengers (un peu comme le Crime Syndicate pour la Justice League).
MacKay réussit ce qu'il fait de mieux : ce n'est pas vraiment un extraordinaire scénariste de team books, mais plutôt un auteur à son avantage quand il se concentre sur un personnage principal (comme Black cat, Moon Knight). Cette fois, il met face à cette bande de vilains Sam Wilson/Captain America, seul contre tous, dans la Cité Impossible.
Black Panther le rejoint dans son combat sur les deux derniers épisodes avant le retour des Avengers. L'affrontement est mené très efficacement et permet, pour une fois, de montrer ce que vaut vraiment Sam Wilson dans son rôle de "Captain Falcon", d'autant qu'il doute, au début, de son utilité au sein de l'équipe, n'ayant ni grand pouvoir ni vrai rôle dans cette formation.
Lorsqu'il est aux côtés de Black Panther, il forme un duo épatant, d'autant qu'à aucun moment le scénariste ne joue la carte des deux hommes noirs unis contre une bande de malfrats - ça fait du bien de lire du comics qui ne se prend pas les pieds dans du wokisme de bas étage (oui, je pense à toi, Gail Simone).
Visuellement, l'arc est aussi de bonne tenue : Valerio Schiti signe le #25, son dernier, sans forcer son talent mais c'est toujours un plaisir. Puis il est remplacé par Andrea Broccardo, dont le style est moins affirmé et manque un peu d'adresse dans les compositions mais qui ne démérite cependant pas. Farid Karami intervient très brièvement sur le #27 pour montrer T'challa avant qu'il ne revienne dans la Cité Impossible.
Tout ça est classique, la fin est un peu rapidement expédié, il est sensible que MacKay s'acquitte de cet exercice du tie-in sans enthousiasme, mais ça se lit bien malgré tout.
- #29-30 : THE MISSING MOMENT + INTO THE RUPTURE (Jed MacKay / Farid Karami) - Vision a décrypté le Codex de Kang (dérobé durant leur aventure dans l'espace - voir le volume précédent) et a découvert ce que signifiait le fameux "Instant Manquant" après lequel le conquérant temporel et son rival Myrdinn courent depuis le début. Mais les Avengers doivent consulter Reed Richards avant d'aller plus loin car le leader des Fantastic Four est directement impliqué...
Jed MacKay reprend donc le fil de son histoire là où l'avait laissé, c'est-à-dire après le casse dans le casino spatial (histoire très divertissante du volume 4). Les Avengers avaient réussi à récupérer le Codex de Kang au nez et à la barbe de Myrdinn et du Grand Maître avec l'aide inopinée de Black Cat. Ce Codex devait leur apprendre ce qu'était ce mystérieux Instant Manquant qui intrigue tout le monde depuis le début et pour lequel Kang avait réclamé leur aide.
Le scénariste a donc beaucoup attendu avant d'en arriver là et on peut sans doute trouver qu'il a trop attendu. Mais avec les épisodes tie-in à Blood Hunt (event qu'il a écrit et donc dont il est responsable) puis ceux de One World Under Doom (qu'il n'a pas écrit mais sur lequel il a dû se caler), c'est autant de délais avec lesquels il a jonglés.
Souvenez-vous : quand le run de MacKay débute, les Avengers découvrent Kang agonisant et suppliant qu'il l'aide à retrouver l'Instant Manquant. S'ils ne le font pas, alors des événements dramatiques surviendront, menaçant non seulement leur équipe, mais la Terre et l'univers (et au-delà). Blood Hunt fut l'un de ces Tribulations Events - ce qui est une façon pour le scénariste de dire : "hé, mon event n'était pas si débile" (même s'il l'était quand même...).
Vision décode donc tout ça et prévient ses coéquipiers qu'il leur faut en parler à Reed Richards. Pourquoi ? Hé bien, c'est là que MacKay fait quand même fort car il ne se contente pas d'expliquer cet élément constitutif de son run - non, il va plus loin et le relie à Secret Wars de 2015 écrit par Jonathan Hickman.
Là aussi, un rappel est nécessaire : à l'issue de Secret Wars, les Fantastic Four disparaissait (à l'exception de Ben Grimm et Johnny Storm). C'était en vérité moins un geste créatif provocant qu'une conséquence des caprices de Ike Permulter, à l'époque encore un des cadres dirigeants de Marvel qui, vexé de ne pas pouvoir récupérer les droits pour le cinéma des FF, avait ordonné qu'on cesse de publier leur série (les X-Men faillirent connaître le même sort pour la même raison et il en résulta une mise en avant des Inhumains, mais qui ne conquit pas les lecteurs).
Puis Disney s'offrit la 20th Century Fox et avec les droits des FF et des X-Men (mais Permulter n'avait alors plus de responsabilités au sein de Marvel). Pour en revenir alors au volet purement artistique et narratif, Dan Slott récupéra la série Fantastic Four (pour un run que tout le monde préfère oublier) avant que Ryan North n'en hérite.
Ce qu'on apprit néanmoins, c'est que Reed Richards, sa femme Sue et leurs enfants Valeria et Franklin, n'avaient pas perdu leur temps durant leur absence puisque l'univers post-Secret Wars 2015, hé bien, c'était leur oeuvre. Ils l'avaient refaçonné, ce qui en faisaient des architectes divins en somme. Mais quel rapport avec l'Instant Manquant ?
A proprement parler, il ne s'agit pas vraiment d'un "instant", mais plutôt d'un morceau, d'une faille, laissée consciemment par Reed Richards, comme une trace pour se rappeler que, même s'il a joué à Dieu, il a voulu laisser un fragment inachevé, un morceau manquant. On apprend aussi (en tout j'ai appris) que c'était le 8ème cosmos créé dans la grande temporalité Marvel.
Alors que se passera-t-il si on retrouve cet "instant" manquant ? Tout simplement (si je puis dire), c'est la possibilité pour celui qui le trouvera de créer un nouveau cosmos, le 9ème, entièrement de sa conception. Et comme Myrdinn n'a pas l'air d'être un individu plus fiable que Kang, il convient de le devancer dans cette quête.
Et le mot "quête" est à dessein puisque trouver l'instant manquant, c'est littéralement partir en quête du Graal - le vrai nom de ce qui peut recréer le cosmos. MacKay prouve qu'il a de la suite dans les idées à défaut d'avoir toujours des idées et une narration brillantes) puisqu'il a plusieurs fois pioché dans le vocabulaire des légendes arthuriennes, avec la Cour du Crépuscule, la Cité Impossible/Camelot, Myrdinn (un barde), et maintenant l'instant manquant/le Graal.
Soyons clair : je ne cherche pas à dire que ce run vaut finalement mieux que ce qu'on pouvait en lire jusqu'alors, juste qu'il déploie une intrigue qui tient quand même debout, qui ne s'égare pas trop. Si MacKay avait eu comme Jason Aaron avant lui la liberté de raconter tout ça sans être parasité par des events, ça aurait gagné en dynamisme, en lisibilité.
En même temps, MacKay a su se différencier de Aaron qui partait dans un délire multiversel, parfois réjouissant, parfois exténuant, et il a dû composer avec un vilain imposé par l'éditorial, et il s'en sort quand même bien. Kang, les tribulations temporelles, c'est toujours compliqué de toute façon - à part Avengers Forever (de Busiek, Stern et Pacheco), peu d'auteurs ont réussi à en tirer quelque chose d'à la fois épique et resserré. Maintenant, on va voir comment MacKay conclura tout ça...
Sur ces deux épisodes, il retrouve en tout cas le formidable Farid Karami, qui aura été la grande révélation de ce run. J'espère vraiment que Marvel a pris conscience de l'immense talent de ce mec, sorti un peu de nulle part, et qui aura produit des épisodes d'une qualité redoutable. Certes son style très détaillé ne lui permet pas d'enchaîner beaucoup d'épisodes d'affilée, mais quand il est aux commandes, c'est vraiment un régal.
L'album s'achève sur la révélation de l'identité de Myrdinn - et donc je serai certainement obligé de la spoiler dans la critique du volume 6 (qui arrive très vite). Souhaitons à ce run, mal aimé, écrit avec application et honnêteté par Jed MacKay, de bien se finir. D'autant que Marvel a choisi de ne pas relancer Avengers dans la foulée (il faudra certainement patienter jusqu'à la fin de l'event Armageddon pour connaître la nouvelle équipe créative et les personnages qui incarneront cette nouvelle version).







Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire