lundi 23 mars 2026

CAPTAIN MARVEL, VOLUME 1 : RE-ENTRY (Kelly Thompson / Carmen Carnero)


CAPTAIN MARVEL, VOL. 1 : RE-ENTRY
(Captain Marvel #1-5)


Absente depuis plusieurs mois à cause de missions dans l'espace, Captain Marvel refait parler d'elle sur Terre en affrontant un kraken avec Spider-Woman, sa meilleure amie, à Manhattan. La créature neutralisée est récupérée pour être examinée par Iron Man. Tony Stark explique à Carol Danvers que le grand public ne sait plus quoi penser d'elle et il a organisé pour y remédier une interview avec une journaliste, Ripley Ryan.


Alors qu'elle retrouve autour d'un café James "Rhodey" Rhodes, son amant, Carol est interrompue par cette journaliste puis par l'Homme Nucléaire, un ancien ennemi des Fantastic Four. Elle le neutralise facilement mais lorsque les Avengers viennent le chercher, il active un portail dimensionnel par lequel il s'échappe en prenant Ryan en otage. Captain Marvel le poursuit, le portail se ferme et elle découvre de l'autre côté Manhattan dévasté, sous le joug de l'Homme Nucléaire, mais où plusieurs héroïnes ont organisé la résistance...


Je viens de faire l'acquisition pour un très bon prix des six premiers tomes de Captain Marvel et, en attendant de savoir si je pourrai compléter ce lot à des conditions aussi favorables, j'entreprends d'en faire la critique. Remontons donc le temps jusqu'en 2019 lorsque Marvel confie la série à Kelly Thompson, alors auréolée d'un Eisner award de meilleur scénariste pour Hawkeye...


Thompson a débuté au début des années 2010 en signant des articles pour le site CBR (ComicBookResources) puis s'est faite remarquer en participant à l'anthologie Womanthology : Heroic avec une histoire courte illustrée par Stephanie Hans. Elle obtient ainsi le poste de scénariste sur Jem and the Holograms chez IDW et Marvel l'attire dans ses filets.


Elle fait alors équipe avec Kelly Sue DeConnick sur la mini Captain Marvel and the Carol Corps, qui clôt le run de la première à l'issue de l'event Secret Wars. Puis ensuite donc c'est la consécration critique (plus que commerciale) avec Hawkeye. Marvel lui confie alors la série Captain Marvel. La boucle est bouclée.

Ce qui laisse songeur, c'est que la série en question va durer 50 numéros d'affilée, sans aucun relaunch ! C'était il y a peine sept ans alors qu'aujourd'hui l'éditeur lance n'importe quelle série en donnant 10 épisodes pour que les auteurs la rendent commercialement viable... La performance mérite donc d'être saluée.

En même temps, ce qui va distinguer le run de Thompson, c'est son insouciance. La scénariste avance sans pression, elle n'a rien à perdre et tout à gagner. Captain Marvel est alors un des piliers dans Avengers de Jason Aaron, et surtout le premier film avec l'héroïne sort la même année que le début de sa prestation sur le titre.

Juste avant cela, Marvel a procédé à une retcon sur les origines de Carol Danvers qui acquit initialement ses pouvoirs en étant exposé au psycho-magnitron qui modifia son ADN. Margaret Stohl avec Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage dans la mini The Life of Captain Marvel révèle que la mère de Carol était une kree tombée amoureuse d'un terrien, la prédisposant donc à devenir une surhumaine.

Thompson mentionne peu cette modification, même si elle la prendra en compte ensuite. Ce qui l'intéresse davantage, c'est de souligner que, kree ou pas, psycho-magnitron ou pas, Carol Danvers a toujours eu la fibre d'une héroïne : c'est à la fois une combattante, un soldat, une pilote de chasse, une guerrière, un leader, une icône. Mais avant tout une femme.

De fait, cet aspect féministe transpire dans tout son run, sans pourtant être revendicatif. Si Captain Marvel a du mérite, ce n'est pas parce qu'elle est une femme dans un monde de super héros essentiellement masculin, ni parce qu'elle est entourée d'autres femmes fortes, mais parce qu'elle prouve par l'exemple que la valeur n'a pas de sexe.

D'ailleurs, comme un symbole, son premier adversaire est le grotesque Homme Nucléaire, dont l'accoutrement, régulièrement (et justement) raillé, et l'ambition (se trouver une reine, c'est-à-dire la génitrice de ses enfants), représente tout ce qui cloche : vilain ridicule (mais coriace), soulignant de manière absurde les différences homme-femme.

Si parfois j'ai râlé contre le fait que Thompson, sous couvert d'écrire des séries avec un personnage principal, en profitait pour signer des team books qui ne disaient pas leur nom, dans Captain Marvel elle met en avant dès le départ une petite communauté autour de Carol Danvers. Elle est entourée par Jessica Drew/Spider-Woman, sa meilleure amie ; James "Rhodey" Rhodes/War Machine, son amant, et Jennifer Takeda/Hazmat, son élève.

Par la suite, cette famille de coeur aura l'occasion de compter d'autres membres, au gré des circonstances, mais sans jamais imposer de nouvelles entrées incongrues. Ici, par exemple, on croise également She-Hulk, Echo, mais elles restent au second plan dans une intrigue qui voit aussi apparaître Malicia, dont le passé est étroitement lié à celui de Captain Marvel.

Ce premier arc est dessiné par Carmen Carnero qui venait de signer son contrat d'exclusivité avec Marvel après avoir trainé chez DC sans s'y être imposée. Formée aux Beaux-Arts de Grenade, elle n'a pas trop attendu (six ans) avant d'être repérée et attachée à une série mensuelle. Si sa prestation a été remarquable, elle ne sera finalement pas tant restée que ça sur le titre (qu'elle quittera au #11).

N'empêche, elle fournit ici un boulot substantiel avec cette histoire où les personnages évoluent dans un décor à la Mad Max, avec des costumes redesignés en conséquence et des coupes de cheveux modifiés. Le trait vif et précis de Carnero plus son sens impeccable du storytelling avec un découpage dont le classicisme vole parfois en éclats sur de magnifiques doubles pages est un régal.

Tamra Bonvillain assure la colorisation dans sa palette énergique qui convient à la fois parfaitement au ton du récit et au style de Carnero.

C'est encore cette équipe qui sera aux commandes du tome suivant, après un diptyque en lien avec l'event War of Realms (issu du run de Jason Aaron sur Thor). Un bon début donc, dispo en vf chez Panini Comics.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire