samedi 28 mars 2026

ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER #10 (of 12) (Deniz Camp / Javier Rodriguez)


Assiégé dans le motel où il réside par Rainbow, un vétéran de la guerre en plein trip hallucinogène, John Jones tente de résister bien que Désespoir-le-zéro lui glisse à l'oreille qu'il n'y a plus d'issue pour lui ou le reste de l'humanité. De son côté le Martien, toujours aux mains de l'Agence, tente de se reconnecter à John...


Je mentirai si je vous disais que cet épisode n'a pas eu du mal à passer. Et, à dire vrai, il me semble qu'il représente une sorte de trait récurrent depuis la reprise de cette série. J'avais déjà pu en parler le mois dernier en soulignant à quel point Deniz Camp versait dans la veine la plus sombre. Et si sa volonté de témoigner ainsi du malaise qu'il ressent vis-à-vis de son pays est légitime, c'est tout de même lourd.


Je ne vais pas dire qu'Absolute Martian Manhunter a perdu ses qualités en route, mais il est clair que sa lecture est devenue plus laborieuse, pour ne pas dire pénible par moment. Comme Absolute Batman, on tient là un cas de comics où l'ambition frise en vérité la prétention à force d'une surenchère d'effets, de discours.


Peut-être mon ressenti est-il influencé par l'ambiance générale actuelle qui, c'est indéniable, ne prête pas à la légèreté. On peut, en tant que fan de comics, avoir envie, dans ce genre de période, d'un peu plus de futilité, ou du moins d'une lecture qui ne donne pas le sentiment de vous maintenir la tête sous l'eau. Et Absolute Martian Manhunter a perdu beaucoup de sa fantaisie. Et donc de son charme.


Je préférai quand cette bande dessinée assumait son côté zinzin sans se départir de sa lucidité : cela formait un bel équilibre entre comédie barjo et commentaire acide. Par ailleurs l'intrigue affichait une ligne relativement claire, qui s'est brouillée. Le récit s'est mué en commentaire, en métaphore, en parabole, pas très subtils. De quoi parle encore Absolute Martian Manhunter ?

Ce qui faisait le sel du projet, c'était cette version radicale et atypique d'un personnage. C'est encore le cas, mais de façon plus chargé, moins fine, à l'image de la séparation/réunion de John Jones et du Martien auquel vient se greffer Désespoir-le-zéro, transformant le binôme en "trouple". Peut-être John y gagne-t-il en lucidité mais la série y perd en fluidité.

On avait donc une BD étrange mais marrante et flippante à la fois. On a désormais une BD très (trop) métaphorique, bavarde, comme écrasée par son envie d'être totale, d'être à la fois un drôle d'objet et un quasi manifeste où justement l'aspect le plus bizarre, le plus foutraque devient une revendication - "regardez comme je ne ressemble pas au reste des titres Absolute".

Or cette revendication joue contre le projet. Il n'en a pas besoin. Avec un graphisme aussi spécial et somptueux, on sait pertinemment qu'on a là le titre le plus à part de la gamme. Javier Rodriguez dépasse de plusieurs têtes toutes les propositions graphiques non seulement de la ligne Absolute mais de la production DC. Pas besoin d'en rajouter dans l'histoire.

Deniz Camp aurait tout à gagner à revenir aux fondamentaux de son projet pour espérer me surprendre et offrir un final aussi intense que ce qu'il avait initié ? Ou bien, un peu comme toutes les séries Absolute, celle-ci sera elle aussi victime d'une tendance à la boursouflure ?

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