SHE-HULK, VOL. 1 : JEN AGAIN
(She-Hulk #1-5)
Après avoir quitté les Avengers et recouvré sa puissance normale, Jennifer Walters/She-Hulk est recrutée dans le cabinet juridique de Mallory Book, une de ses anciennes ennemies, qui lui interdit d'avoir pour clients des super héros (ou vilains). Après une brève bagarre contre Titania, les deux femmes conviennent de se revoir pour s'entraîner ensemble. Janet Van Dyne/la Guêpe fournit à Jen un logement.
Mais à peine s'y est-elle installée que Jack Hart/le Valet de Coeur se crashe dans son salon. Celui-ci souffre d'amnésie partielle et ne tient pas à ce qu'on sache qu'il était vivant alors que la dernière fois qu'il a été vu, il a explosé dans le vide sidéral à cause d'une surcharge de ses pouvoirs nucléaires. Il se souvient seulement vaguement d'avoir été prisonnier quelque part et d'avoir pensé que seule Jen pourrait le recueillir.
Jen va alors s'investir, en dehors de ses heures de travail et de son entraînement avec Titania, pour aider Jack à découvrir ce qui lui est arrivé...
Quand les sorties de la semaine m'en laissent le temps parce qu'il n'y en a pas beaucoup sur ma liste d'achats, j'aime relire un run que j'ai apprécié mais que je n'ai pas pris la peine de critiquer. C'est l'occasion privilégiée pour examiner une série, souvent annulée plus ou moins prématurément, et espérer donner envie à d'autres de se pencher dessus.
Cette fois, mon choix s'est porté sur le run de Rainbow Rowell sur la série She-Hulk en 2022. Rowell vient du journalisme spécialisé, comme Kelly Thompson, mais s'est rapidement fait remarquer pour ses qualités de scénariste et Marvel lui a confié divers titres où elle a brillé, notamment sa reprise de Runaways, création de Brian K. Vaughan et Adrian Alphona.
Si j'avais apprécié sa manière de relancer le titre, de manière plus inspiré que les successeurs de Vaughan, ce qui m'avait beaucoup ennuyé relevait de la partie graphique car je n'aime pas le style de Kris Anka. En revanche, pour She-Hulk, elle a bénéficié dès le début d'artistes bien plus séduisants à mon goût.
Si on excepte la désastreuse série Disney +, le personnage de She-Hulk a toujours eu les faveurs des auteurs. John Byrne l'a écrite et dessinée dans une série exceptionnelle après l'avoir intégré aux Fantastic Four. Plus tard Dan Slott avec Juan Bobillo l'a remise sur le devant de la scène avec brio. Charles Soule et Javier Pulido ont eux aussi été excellents. Mariko Tamaki a été moins chanceuse.
Quand Rowell hérite de la série, nous sommes juste après que She-Hulk quitte les Avengers (alors écrits par Jason Aaron). La cousine de Bruce Banner a recouvré son intelligence et une apparence normale et des pouvoirs revus à la baisse. La scénariste peut donc revenir aux basiques et satisfaire les fans qui réclamaient cela.
Sans être aussi fantaisiste que Byrne, Rowell s'inscrit dans la continuité de Slott et Soule, alternant les moments où Jen Walters officie comme avocate et ceux où elle est impliquée dans une intrigue plus super héroïque. Toutefois il convient de prévenir que la série fuit volontairement le grand spectacle, l'action. Il n'y a pas de grand méchant au programme, au moins dans ces cinq premiers épisodes.
En fait, Rowell puise la matière de son intrigue en revenant au run de Geoff Johns sur Avengers de 2002 à 2004. Toutefois, inutile de vous (re)plonger là-dedans, ce qu'il faut savoir est parfaitement résumé dans l'histoire actuelle. Sachez juste que lors d'un arc de Johns, She-Hulk, blessée, est évacuée par le Valet de Coeur et les pouvoirs de ce dernier déclenche chez sa partenaire une réaction violente qui la rend aussi incontrôlable et violente que Hulk.
Peu après, le Valet de Coeur, qui est en fait un réacteur nucléaire vivant, ce qui l'oblige à passer de plus en plus de temps dans une cellule sécurisée pour contenir sa puissance, décide d'en finir et s'envole dans l'espace où il explose. Mais son calvaire ne s'arrête pourtant pas là : durant la saga Avengers : Disassembled, il est ramené à la vie par Scarlet Witch, devenue folle, et il tue accidentellement Scott Lang/Ant-Man.
Quand Rowell démarre son run, le Valet de Coeur revient chez She-Hulk et elle décide de l'aider, ne le tenant pas pour responsable de ce qu'il a déclenché jadis chez elle, mais aussi parce qu'il est partiellement devenu amnésique et que ses pouvoirs semblent avoir quasiment disparu. L'enquête peut commencer.
L'histoire est ponctuée par des scènes où Jen créé une sorte de fight club où elle s'entraîne avec son ex-ennemie Titania, d'autres où elle travaille dans le cabinet juridique de Mallory Book - qui, bien qu'elle lui ait interdit d'accepter de défendre des surhumains, ne peut pas faire grand-chose quand ces derniers réclament l'aide de leur amie.
Très subtilement, Rowell suggère un rapprochement romantique entre Jen et Jack. Bien qu'il craigne encore de la blesser, elle le rassure. Un sous-texte sibyllin traverse le récit : Jen est une Hulk accomplie, contrairement à Bruce Banner elle se maîtrise, elle a un emploi, et même si elle a la peau verte et une taille imposante quand elle se transforme, elle est séduisante, apprêtée, sympathique.
Jack, lui, est, depuis toujours, à cause de sa condition même, tourmenté : ses pouvoirs en ont fait une sorte de paria et aujourd'hui il a perdu la mémoire. Il ne veut pas s'adresser aux Avengers car il pense que Tony Stark/Iron Man le contraindra à rester de nouveau enfermé. Il songe à rentrer au Connecticut, dans l'ancienne maison de son père, pour vivre en ermite à écrire de la poésie.
Et c'est ce mélange entre l'être et le paraître qui fait le sel du propos de Rowell : si Jen a tout pour elle, paraissant sûre d'elle, elle reste complexée (comme on le verra plus tard, ses liaisons amoureuses ont toujours été contrariées, certains hommes préférant Jen, d'autres She-Hulk, mais jamais les deux à la fois). Jack, lui, savoure presque l'opportunité de repartir de zéro, sans pouvoirs, sans attaches, sans passé, après avoir été un héros menaçant, dangereux.
Cette finesse dans la caractérisation est magnifiquement traduite par les dessins : Rogê Antônio quitte brusquement le titre après seulement deux numéros. C'est un artiste talentueux, au trait très expressif, influencé par Stuart Immonen, mais qui n'a jamais réussi à s'installer durablement quelque part et donc à gagner la reconnaissance qu'il mérite.
Marvel fait alors appel à Luca Maresca, alors inconnu, pour le remplacer et c'est une très bonne pioche : il se coule dans le moule de la série avec une formidable aisance et produit des épisodes de grande qualité, avec un dessin tout aussi tonique. Il a un côté old school, à la Sal Buscema, l'archétype du pro qui peut tout dessiner facilement.
La colorisation est assurée par Rico Renzi qui compose une palette aux teintes vives mais jamais criardes, tout à fait raccord avec l'esprit, la tonalité de la série.
Cette reprise est donc épatante et ce premier run de Rainbow Rowell comptera 15 épisodes recueillis en trois tomes (traduits en 100% Marvel chez Panini Comics). Le titre sera relaunché ensuite sous le titre Sensational She-Hulk mais ne survivra que pour 10 numéros supplémentaires (ce qui prouve bien que les relaunches ne sont absolument pas une garantie pour gagner ou fidéliser des lecteurs). La suite, très vite !






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