Black Cat et Venom sont arrivés dans la zone négative pour y chercher une vidéo compromettante pour Mary Jane Watson, l'hôte du symbiote. Pour accéder à la chambre forte où se trouve ce qu'elles cherchent, elles sont confrontées à un sphinx qui leur donne une énigme à résoudre...
On saura dans quelques jours (probablement à la fin de la semaine prochaine), avec la communication des sollicitations des comics Marvel pour le mois de Juin, si Black Cat sera encore au programme. Mais l'espoir est mince et il faut désormais se faire à l'idée que cette série va disparaître après dix numéros, le seuil que l'éditeur fixe à un titre pour savoir s'il est viable.
Quand on prend cette donnée en compte, on lit différemment chaque épisode qui reste, parce que d'abord on se demande si les auteurs resteront mobilisés jusqu'à la fin et, si c'est le cas, si, dans le temps imparti, ils sauront proposer une fin honorable. C'est une situation extrêmement ingrate que celle d'écrire une série condamnée tout en veillant à ce que ceux qui la lisent ne soient pas déçus.
G. Willow Wilson se trouve dans une position étonnante : elle connaît un succès d'uns stabilité remarquable chez DC avec Poison Ivy, personne à qui elle a apporté une crédibilité et une importance dépassant le cadre de sa série, tout en ayant échoué à convaincre les fans de Marvel à acheter Black Cat comme jadis ils avaient plébiscité sa réinvention de Ms. Marvel.
Elle pourrait s'en ficher et se contenter de livrer les épisodes de Black Cat qu'il lui reste à rédiger sans forcer, et, ma foi, qui pourrait lui en vouloir ? Quand vous signez une série dont tout le monde, ou presque, se moque, pourquoi faire des efforts ? Mais le professionnalisme d'un scénariste se vérifie aussi dans ces moments-là.
Pourtant G. Willow Wilson a choisi une option intermédiaire : s'il faut baisser le rideau sans s'épuiser, autant le faire, au moins, dans la bonne humeur. C'était son crédo depuis le début : transformer les (més)aventures de Black Cat en une production légère, ironique, un brin méta. Donc conclure ce run de la même manière a au moins le mérite de la cohérence.
Il ne se passe, objectivement, rien de consistant dans la vingtaine de pages de ce mois-ci : Black Cat et Venom/MJ Watson errent dans la zone négative, tentent d'échapper à l'ire d'un sphinx, entrent dans une chambre forte comme dans un moulin, y trouvent un artefact surpuissant... Mais, en vrai, il ne s'y passe délicieusement rien.
Son intrigue vouée aux oubliettes comme son projet, Wilson se concentre plutôt sur la relation entre MJ Watson et Felicia Hardy : les deux femmes ont beaucoup en commun tout en étant très différentes. Elles ont eu le même amant (Peter Parker/Spider-Man), mais MJ a aimé Peter tandis que Felicia était plus attirée par Spidey.
Aujourd'hui, Black Cat tente d'être une héroïne quand MJ est devenue l'hôte d'un symbiote considéré comme un méchant. Leurs trajectoires croisées nourrissent des dialogues piquants où le cynisme de l'une se heurte à la naïveté de l'autre et inversement. Les deux femmes apparaissent en fait comme les deux faces d'une même médaille, surtout à ce moment de leur existence.
Editorialement aussi, c'est intéressant à apprécier car pour que MJ ne soit plus réduite au love interest d'un homme, on en a fait l'hôte de Venom, tandis que, pour la relancer, on a misé sur une série qui ferait de Black Cat une authentique héroïne. La popularité de Venom, comme série et personnage, a permis à MJ d'être en quelque sorte transcendée, là où l'ambition héroïque de Black Cat n'a pas suffi.
Visuellement, c'est aussi plus troublant : Gleb Melnikov se détache de tout réalisme académique, le style dominant de tout comic-book super héroïque, mais, ce faisant, il souligne l'expressivité des personnages, leur humanité, leur côté décalé. C'est parfaitement raccord avec le traitement de Wilson et cela change du tout-venant de la production.
C'est bien dommage que les fans n'aient pas adhéré, même si ceux-ci ont peut-être aussi été échaudés par la direction "compliquée" de Marvel ces temps-ci. Dans ce contexte, une série atypique comme celle-ci a du mal à se faire une place, les lecteurs préférant des titres plus conventionnels, plus rassurants. Même s'il existera toujours des exceptions à cette règle, Black Cat n'en aura pas fait partie.





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