CAPTAIN MARVEL, VOL. 4 : ACCUSED
(Captain Marvel #17-21)
Carol Danvers a invité Wolverine, Spectrum, Hazmat et Spider-Woman chez elle pour disputer une partie de poker. Ms. Marvel arrive en retard et découvre qu'il ne s'agit pas du tout du jeu de société auquel elle pensait. Elle propose à toute la tablée un autre divertissement : participer à un escape game à New Jersey...
Depuis le n°51 de Marvel Two-in-One de Mai 1979, les parties de poker entre héros sont devenues une sorte de tradition (au moins autant que les matchs de baseball chez les X-Men). Kelly Thompson offre donc à ses personnages favoris une pause avec cet épisode où Carol Danvers (qui était présente dans le fameux épisode initial) invite à sa table Wolverine, Spider-Woman, Spectrum et Hazmat.
La scénariste, avec malice, détourne l'exercice avec Ms. Marvel, la plus grande fan de Captain Marvel et qui ne pensait pas du tout que c'était à ce genre de jeu que s'adonnait son idole. La soirée entraîne la bande dans un escape game à New Jersey et la suite est aussi farfelue qu'on peut le souhaiter. Certes, c'est sans aucune ambition, mais ça reste marrant et c'est tout ce qui compte.
Francesco Manna illustre cet épisode léger comme une bulle avec un trait très expressif qui achève tout tentative de prendre cela au sérieux. Parfois l'artiste frise la caricature, mais on ne s'en formalisera pas. Sa narration est dynamique et souligne la bonne humeur du script et la complicité des protagonistes. Avec à la fin un clin d'oeil rigolo à Captain America...
Sous le règne de Dorrek VIII alias Hulkling, les kree et les skrulls, ennemis héréditaires, se sont réunis en un seul empire. Mais celui-ci est à présent menacé par les Cotati, autrefois réduits en esclavage par les kree. Tandis que les Avengers et les Fantastic Four tentent de mettre fin au conflit, Captain Marvel se voit nommer Accusatrice kree, la plus haute autorité après l'empereur.
Dorrek VIII lui confie la mission d'aller sur une planète où se trouve K'in-Al, une cité sanctuaire dévastée récemment. Captain Marvel arrête rapidement la coupable, un soldat kree mais découvre qu'il s'agit de sa demi-soeur, Lauri-Ell, dont elle ignorait l'existence. Refusant de croire qu'elle a pu commettre une telle atrocité, elle décide d'enquêter avec l'aide de War Machine, Spider-Woman et Hazmat...
Le reste du sommaire est exclusivement consacré à des épisodes tie-in à l'event Empyre. Quand celui-ci paraît, le monde est en pleine pandémie de Covid et l'industrie des comics subit un brusque coup d'arrêt. De nombreux numéros prévus pour accompagner cette saga resteront longtemps sans être publiés et pour certains même, inachevés (tout ce matériel est désormais disponible dans la version Absolute de l'event).
Empyre n'a pas été un bon event : co-écrit par Al Ewing et Dan Slott (et dessiné par Valerio Schiti), l'histoire partait dans tous les sens, entre la vengeance des Cotati (anciens esclaves des kree) et résolution drastique proposée par l'alliance kree-skrull (rien de moins que l'explosion de notre soleil pour débarrasser l'univers des Cotati !).
Kelly Thompson a eu de la chance : les épisodes qu'elle a écrits ont tous été finalisés et mis en vente sans problème. Et la scénariste a été maligne : au lieu de concocter une intrigue trop connectée à la saga principale, elle a développé un récit rapide et bien fichu qui reste concentré sur son héroïne, promue en pleine crise Accusatrice kree.
Les Accusateurs kree sont à la fois des flics, des procureurs et des bourreaux. Munis d'un marteau imposant, ils peuvent déterminer si l'accusé qu'il désigne est vraiment coupable ou non et donc le châtier. Mais leur arme est si puissante qu'elle fausse souvent leur jugement en faveur d'une justice plus expéditive.
Dans un premier temps on est amené à constater l'influence du marteau sur Carol Danvers, alors d'autant plus mal à l'aise dans son rôle. Puis quand elle se découvre une demi-soeur, dont elle ignorait l'existence et qui serait responsable de crimes abominables, elle s'en remet davantage à son coeur qu'à son instrument et préfère mener l'enquête.
Lauri-Ell séjourne donc sur Terre et Thompson brille dans ce qu'elle fait très bien : montrer tout le décalage, souvent comique, entre notre monde et un élément qui lui est extérieur. Par exemple, ici, Lauri-Ell est convaincue que Carol tente d'empoisonner son chat car sa pâté sent affreusement mauvais. Elle décide donc d'aller lui acheter des aliments plus appétissants, alors que Carol lui a interdit de sortir.
En parallèle, Carol réunit sa bande - Spider-Woman, Hazmat, War Machine - pour qu'ils l'aident dans ses investigations. Avec le concours de Dr. Strange, les voilà à leur tour équipés d'avatars de marteau d'accusateur. Cette partie-là se dénoue rapidement avec beaucoup d'action, mais un vilain comme souvent avec Thompson décevant.
Puis les deux lignes narratives se recoupent à la fin quand la bande rentre sur Terre et retrouvent Lauri-Ell en pleine baston avec les Cotati. L'ensemble est donc inégal mais demeure quand même très plaisant. Thompson n'est pas la scénariste la plus douée pour construire des intrigues originales avec des adversaires d'envergure intéressants. En revanche, elle s'en sort bien mieux quand elle se concentre sur les liens amicaux/amoureux entre ses héros.
Autour de Captain Marvel, chacun a son rôle : Hazmat est l'apprentie, Spider-Woman la bonne copine, War Machine l'amant. Et désormais Carol a une demi-soeur, introduite de façon habile et attachante. Alors qu'on pourrait déplorer l'absence de personnages normaux, simplement humains, sans super pouvoir, Thompson fait de ce groupe une petite famille très sympathique.
Cory Smith est un jeune dessinateur qui a débuté professionnellement en 2015 mais que Marvel a su exploiter très vite en lui confiant surtout des séries cosmiques (Guardians of the Galaxy, Star Wars, Thanos Legacy). Il est ici encré par Adriano di Benedetto et leur duo fonctionne excellemment. Les planches sont très ouvragées, riches en détails, sans jamais perdre en énergie et en fluidité.
Depuis le départ prématuré de Carmen Carnero de la série, c'est sans nul doute le meilleur artiste à avoir illustré les scripts de Thompson. Pourtant, il ne sera resté que sur ces quatre numéros (Lee Garbett revient ensuite). C'est dommage, mais au moins ça donne envie de suivre le travail de ce dessinateur très solide, très complet.
Un bon tome, très abouti, et qui ne souffre pas d'être rattaché à un event puisqu'on l'apprécie même sans avoir aimé Empyre.






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