jeudi 10 septembre 2026

BATMAN AND ROBIN : YEAR ONE - DYNAMIC DUOS #2 (of 12) (Mark Waid / Chris Samnee)


Tandis que Dick Grayson infiltre la "meute de loups", ce gang de jeunes voleurs à qui Bruce Wayne a eu affaire, Batman est appelé par Jim Gordon sur le lieu du crime de Carl Volpe. Catwoman aussi est sur la piste du chef de la meute de loups...


Ce bref résumé suffit à révéler le fil rouge de cet épisode et certainement de cette nouvelle mini série : qui dirige cette bande de jeunes voleurs sévissant à Gotham ? Mark Waid apporte quelques réponses tout en laissant plusieurs questions ouvertes. Le résultat est efficace et plaisant et donne à voir ce qu'est vraiment un comic book Batman en mode détective (Tom Taylor, regarde bien comment on fait).


En outre ce nouveau numéro de Batman and Robin : Year One - Dynamic Duos (c'est un titre quand même très long et je me demande pourquoi Waid n'a pas appelé cette mini Batman and Robin : Year Two plus simplement ?), il devient clair que l'histoire a un troisième protagoniste avec Catwoman qui, elle aussi, mène sa propre enquête au sujet de la meute de loups.


Selina Kyle est en effet montrée à deux reprises, et dans la première, elle recueille une jeune fille qui a un oeil au beurre noir et la rassurant sur la protection qu'elle peut lui apporter - mais sans convaincre puisque la gamine détale avant de recevoir des soins. Or Selina a été elle-même une de ces gosses de la rue, voleuse, et se place comme une gardienne.


Waid écrit Catwoman moins comme une ennemie ou une rivale de Batman que comme une femme qui conduit ses propres affaires. Néanmoins, il ne fait aucun doute qu'elle va croiser la route du dark knight puisqu'elle croise déjà celle de Robin dans cet épisode. Batman est pour l'instant occupé ailleurs et a délégué à son sidekick sa propre mission.

La lecture de l'épisode peut s'avérer déroutante car elle prend plusieurs directions à la fois : quel rapport peut-il y avoir entre l'affaire pour laquelle Jim Gordon sollicite Batman (un meurtre en chambre close, sans effraction ni traces de violence) et cette fameuse meute de loups ? Et d'ailleurs qui est le chef, adulte lui, de cette meute ?

Waid en tout cas pose Batman comme un détective tandis que Robin est dans l'action, le mouvement, manière de souligner ce qu'il avait établi dans Batman and Robin : Year One, en opposant la jeunesse intrépide de Dick Grayson à la personnalité plus mûre de Bruce Wayne. C'est ce qui s'appelle avoir de la suite dans les idées.

Chris Samnee met tout cela en images avec sa dextérité habituelle. C'est évidemment un régal pour les yeux car Samnee est un narrateur à part entière : tout est intelligent dans son dessin - sa manière d'installer un décor pour que les personnages y évoluent, la mise en scène pour révéler un indice crucial, la façon de glisser un gag (le déguisement de Dick)...

Il n'est plus question de saluer la maturité d'un artiste qui est déjà au sommet de son art depuis de nombreuses années, mais bien d'admirer avec quelle fluidité il compose ses planches et tout un épisode. Chez Samnee, le soin apporté à la page n'est qu'un prélude à celui apporté à tout l'épisode, de sorte que tout s'enchaîne avec rythme et qualité.

On n'est pas là devant un dessinateur habile, techniquement compétent, mais bien devant quelqu'un qui a compris que chaque planche est à la fois un tout et une partie d'un plus grand tout. Ainsi se produit-il ce sentiment d'avoir un épisode complet, satisfaisant à chaque page et abouti dans son entièreté. C'est cela, être un excellent narrateur graphique.

Lire Waid et Samnee, c'est une leçon de storytelling. Lire Batman and Robin : Year One - Dynamic Duos, c'est un des grands plaisirs mensuels qu'offre la BD américaine.

mercredi 9 septembre 2026

RED ROOTS #5 (Lorenzo de Felici)


Dante se réveille chez Elliot qui habite dans une maison remplie de livres retraçant l'histoire du Barrage. Lorsqu'il lui parle de Kate qui est enseignante, elle pense qu'elle pourrait l'aider à en savoir plus sur ce lieu. Kate, elle, se réveille dans sa chambre et croit être revenue chez elle...


Ce cinquième épisode clôt le premier arc de la série et Lorenzo de Felici annonce, à la fin du numéro, après le courrier des lecteurs, que le sixième épisode paraîtra en Novembre - entre temps sera sorti le premier trade paperback de Red Roots. Et, franchement, en refermant ce fascicule, je me suis dit que cette coupure était la bienvenue.


Pourquoi ? Parce qu'au fond je ne suis pas certain de reprendre la lecture de la série mensuellement. Si je poursuis l'aventure, ce sera plus sûrement en recueil. Red Roots est un projet intrigant, frustrant aussi car la narration est tout de même très décompressée, le scénario très énigmatique, et le dessin de plus en plus moyen.


Prenez les deux derniers épisodes : de Felici nous promet des révélations - elles sont en vérité mineures et on termine cet arc en restant encore beaucoup dans le flou. L'univers de la série est accrocheur, envoûtant, mais son déploiement est lent, et on n'a pas le sentiment d'avoir beaucoup progressé. Il est évident que l'auteur en garde beaucoup sous le pied.


Il le reconnaît d'ailleurs volontiers lorsqu'il nous donne rendez-vous en Novembre en s'excusant de nous faire patienter au motif qu'il veut livrer des épisodes les plus aboutis possible. Ce qui est louable mais qui trahit aussi ses intentions, à savoir faire durer le plaisir. Ou risquer de laisser les curieux sur le carreau, las d'attendre qu'il se passe quelque chose de conséquent ou d'avoir des explications franches.

Le pari de de Felici, c'est de mettre son lecteur dans la même situation que ses deux héros, qui sont complétement paumés dans un monde qu'ils ne comprennent pas et où ils ignorent pourquoi on les a entraînés. Kate est toujours aussi effrayée (c'est compréhensible), Dante commence à en avoir marre d'être ainsi baladé.

Et c'est un peu, je l'avoue, ce que je ressens aussi : voilà cinq mois que je lis Red Roots et je ne sais toujours pas vraiment de quoi ça parle, où ça veut en venir. Au départ, je trouvais excitant parce qu'imprévisible. Maintenant, je trouve ça nettement moins cool parce que c'est longuet. J'aurai vraiment apprécié que les enjeux soient plus clairs et les personnages un peu plus instruits sur cette aventure.

Par ailleurs, même si j'aime le dessin de de Felici, je ne peux pas cacher une certaine déception. Son style a changé depuis Void Rivals où je sentais qu'il faisait moins d'efforts. J'ai d'abord mis ça sur le compte d'une inspiration moins stimulée et les faits semblaient me donner raison puisqu'il a quitté la série écrite par Robert Kirkman pour se consacrer à Red Roots.

Mais, alors que j'ai pensé qu'il avait enchaîné peut-être un peu vite, son trait ne s'est pas amélioré au fil des épisodes. On est très loin de ce que de Felici a produit par le passé sur Oblivion Song et surtout sur Kroma où, comme ici, il assume écriture, dessin et colorisation. Le résultat est parfois franchement bâclé, rushé, méconnaissable.

Aussi quand il assure vouloir livrer des épisodes de la meilleure qualité possible en interrompant la parution pendant deux mois, j'ai envie d'y croire, mais ce que j'ai vu jusqu'à présent m'empêche d'être pleinement convaincu. De Felici semble avoir perdu beaucoup de ce qui me séduisait tant au profit d'un dessin trop moyen pour être comparable à ce qu'il a fait autrefois.

Peut-être aussi et enfin que j'ai perdu en route ma propre motivation à m'impliquer dans une histoire comme celle-ci. Aujourd'hui, j'ai été acheter mes comics de la semaine et j'en ai lu une bonne partie, et Red Roots est indubitablement celui qui m'a le plus laissé sur le bord de la route. Je l'ai lu et refermé en me disant "à quoi bon ?".

Bref, je ne pense pas reprendre en Novembre. Je lirai les reviews, je verrai ce qu'il en ressort, je verrai aussi où j'en suis par rapport au reste de mes lectures, et j'aviserai - continuer en albums ? Arrêter définitivement la série ? A cette heure, c'est plutôt cette dernière option qui prévaut.

samedi 5 septembre 2026

LEGION OF SUPER HEROES #1 (Joshua Williamson / Hayden Sherman)


A Superlopolis, capitale de la Terre au XXXIème siècle, Brainiac 5 et Matter-Eater Lad enquêtent sur la mort de R.J. Brande, un riche homme d'affaires, que les autorités cherchent à vite classer. Sur la planète Winath, le jeune et intrépide Lighting Lad enfreint, comme Cosmic Boy sur Braal, l'interdiction des activités super héroïques. Sur Titan, lune de Jupiter, la princesse Saturn Girl est assaillie par d'étranges visions mentales...
 

C'est LA grosse sortie de cette semaine, une autre série estampillée DC Next Level, mais dont l'équipe créative est composée de deux des stars de la maison d'édition : le scénariste de Superman, Joshua Williamson, et le dessinateur de Absolute Wonder Woman, Hayden Sherman. A eux deux la charge de ranimer un titre culte : Legion of Super Heroes.


Alors, d'entrée, je l'avoue, je n'ai jamais vraiment suivi cette série dans ces diverses itérations. Je me souviens de quelques épisodes écrits par Keith Giffen et dessinés par Steve Lightle dans une revue Arédit qui s'appelait Les Vengeurs, et du bref run de Brian Michael Bendis et Ryan Sook au début des années 2020. Mais ce doit être tout.


En vérité, cette série m'a toujours semblé l'archétype de la série qui s'adresse aux super fans de DC, et come beaucoup, moi, j'ai grandi avec Marvel via Lug, Semic et Panini, donc très loin de cette Légion des Super Héros. Et d'ailleurs quand j'ai lu les épisodes de Bendis et Sook, j'ai très vite ramé, car avec tous ces personnages, j'étais perdu.


Aussi quand Joshua Williamson a commencé à évoquer son projet de relancer le titre avec l'ambition de s'adresser d'abord à des lecteurs qui n'étaient pas familiers avec lui tout en restant attentif aux fans de plus longue date, et aussi parce que j'apprécie son travail sur Superman, je me suis dit que cette fois serait peut-être la bonne. Lorsque Hayden Sherman a été annoncé comme dessinateur, c'était un jeton de plus dans la machine.

Ce premier épisode est très généreux, avec plus de quarante pages, et effectivement une volonté affirmée et confirmée de rendre la série abordable. Williamson commence avec un nombre réduit de légionnaires - d'ailleurs il n'y a tout simplement pas encore de légion à proprement parler. les cinq protagonistes sont dispersés aux quatre coins de l'univers et ne se connaissent même pas.

Le fil rouge de l'épisode est le meurtre d'un affairiste influent sur lequel enquêtent Brainiac 5, un puissant télépathe, et Matter-Eater Lad, un gosse qui bouffe n'importe quoi. Il faut à présent préciser deux choses : l'action se déroule dans mille ans et les Planètes Unies (l'équivalent cosmique des Nations Unies) a prohibé les activités des créatures augmentées (les individus dotés de super pouvoirs).

Les investigations de Brainiac 5 et Matter-Eater Lad sont donc clandestines, mais le premier avance d'un pas assuré et le deuxième le suit avec insouciance. Ils vont découvrir que Brande, la victime, avait un projet concernant les créatures augmentées que redoutaient visiblement les Planètes Unies de longue date.

Et puis, pendant ce temps, sur trois autres mondes, on fait connaissance avec d'autres futurs légionnaires, tous jeunes, tous bravant l'interdit, tous risquant de compromettre leur famille. Il y a Lightning Lad que sa soeur gronde et qui idéalise son frère ainé. Il y a Cosmic Boy qui défie l'autorité de ses professeurs et de ses parents. Et il y a Saturn Girl, qui apprend encore à maîtriser ses pouvoirs.

Williamson choisit donc de souligner la jeunesse de ses héros pour mieux établir le contraste entre leur amateurisme et la rigueur que suggère une légion de super héros. Le scénariste a d'excellents idées pour les introduire : Lightning Lad est inconscient, Cosmic Boy insolent, Saturn Girl fragile. A propos de cette dernière, il la fait vivre sur Titan, dont les habitants, tous télépathes, ne parlent plus, communiquant exclusivement par la pensée - superbe !

Le fin mot sur la mort de Brande et l'identité de son assassin est dévoilé dès la fin de l'épisode. C'est surprenant, mais j'y vois la volonté de l'auteur de ne pas se lancer dans un whodunnit convenu mais plutôt dans ce qui permettra la fondation de la légion, le rassemblement des personnages présentés cette fois, en en attendant d'autres (et dieu sait qu'il y a beaucoup de légionnaires !).

Williamson écrit très justement ces jeunes héros, sans sombrer dans la facilité. En même temps, il est clair qu'il veut une bande dessinée tonique, où l'intrigue compte autant que ceux qui l'habitent, et c'est le vrai gros bon point du projet : n'importe qui (et j'en suis l'exemple) peut commencer cette série par cette version, très accessible, alerte, sympathique.

Enfin, et ce n'est pas la moindre de ses qualités, la série bénéficie de dessins extraordinaires -et je pèse mes mots. J'avais déjà adoré ce que Hayden Sherman produisait sur Absolute Wonder Woman (qu'il n'abandonne pas) mais ce qu'il réalise ici est encore plus éblouissant. J'ai envie de dire, même si c'est un peu futile, que Sherman, c'est comme JH Williams III sans les délais.

Qui, aujourd'hui, peut signer de telles planches, aussi inventives dans le découpage, élégante dans le trait (sous influence Moebius), avec une telle régularité ? Personne ! Sherman est un prodige, qui s'est complètement réinventé en explosant chez DC (il suffit de comparer ce qu'il fait maintenant avec ce qu'il faisait avant, en indé).

Ses cases aux formes les plus diverses ne sont pas une fantaisie de dessinateur surdoué, mais une forme de narration dense et fluide à la fois, qui a l'immense mérite d'obliger le lecteur à s'y attarder pour en admirer la virtuosité et l'intelligence. C'est un régal parce que ça stimule le regard et ça augmente la lecture - c'est de la BD augmentée !

On parle beaucoup, et à raison, de Dan Mora, l'inépuisable, mais Sherman est à mon avis le vrai grand génie actuel parmi les dessinateurs de DC, comme peut l'être Devamlya Pramanik (Moon Knight) chez Marvel. Il y a chez eux une joie à dessiner, une joie contagieuse, en plus d'un talent impressionnant, d'une technique ébouriffante.

Ajoutez-y les couleurs pétantes de Tamra Bonvillain et c'est la félicité ! Sans oublier ce magnifique lettrage de Hassan Ostmane-Elhaou ! C'est un comic book admirablement confectionné - et c'est pour ça que ça doit (que ça va !) cartonner.

Vous l'aurez compris, j'ai adoré. Si Urban ne traduit pas ça l'an prochain, alors jamais les lecteurs de vf ne sauront à quel bonheur ils auraient eu droit.

ARCHIE #1 (Ben H. Winters / Fabio Moon)


- Rude Awakening ! - Archie Andrews se réveille en retard ce matin-là et doit se presser pour aller au lycée. Mais pourquoi a-t-il cette étrange impression d'être dans une boucle temporelle ?


Un petit amuse-bouche de 6 pages qui joue sur l'idée d'une boucle temporelle, à la manière du film Un Jour sans fin. Très vif, trop bref - car cela avait du potentiel, mais peut-être Ben H. Winters développera-t-il cela plus tard... Le tout servi chaud par le dessin plein de pep's de Fabio Moon qui semble beaucoup s'amuser à mixer la charte graphique reconnaissable entre mille des comics Archie et son propre style.


- Yes, We Cannes ! - Les élèves de la classe d'Archie au lycée de Riverdale reçoivent comme devoir de réaliser chacun un court métrage pour le festival du film de la ville. Archie ne manque pas d'idées mais de temps car tous ses camarades le veulent dans le rôle principal de leur projet. Réussira-t-il à tourner le sien ?
 

Le plat de résistance de ce n° 1. Mais avant cela, revenons un peu sur cette relance d'Archie. Véritable institution aux Etats-Unis, Archie est moins connu par chez nous, sinon grâce au succès de la série Riverdale disponible sur Netflix qui en adaptait les personnages et l'univers dans une veine teen drama. Aujourd'hui, l'éditeur Archie Comics est en proie à une crise sévère, au bord de la faillite.
 

Dans ce contexte, les séries ont été confiées à Oni Press pour en livrer de nouvelles itérations, plus susceptibles de plaire au public actuel, en attirant des auteurs et des artistes qu'on n'imaginait pas travailler dessus (après Archie, on a ainsi droit à un relaunch de Sabrina the teenage witch par Corinna Bechko et Kano et à celui de Archie in Hell par Patrick Horvath et Tyler Crook).

Ben H. Winters vient de la littérature policière où il a reçu plusieurs prix et Fabio Moon est le frère jumeau de Gabriel Ba avec qui il a signé Daytripper. Ces deux noms, avec leur curriculum vitae, sont inattendus pour s'occuper d'Archie, mais c'est l'effet recherché. Et les deux paraissent avoir voulu respecter la franchise tout en y apportant ce qui fait leur personnalité.

Ainsi, après le premier court récit qui ouvre ce n°1, Winters enchaîne sur une histoire plus consistante mais toujours aussi alerte où Archie est accaparé par ses amis pour tourner dans leur court métrage sans avoir le temps de réaliser le sien. Cette mécanique est typique des canons du titre.

Les gags fusent, légers, désuets même, dans un décor évoquant une Amérique des 50's idéalisée, avec son lycée, deux belles filles amoureuses du héros mais aux caractères opposés (la blonde ingénue Betty Cooper et la brune piquante Veronica Lodge), le meilleur copain toujours là en soutien (Jughead Jones), et quelques autres (Dilton, Reggie...).

J'aurai aimé un peu plus d'audace, à l'image de l'histoire qui ouvre le numéro et dont je pensais qu'elle constituait l'intrigue principal. Mais en même temps tout cela a un charme indéniable. Il faudra vérifier si cela tient sur la durée ou si cette équipe créative si prometteuse sur le papier ne fait que rester dans les clous.

Mais, comme le dessin de Moon, Archie profite plutôt bien de cet air frais. Mark Waid, il y a une dizaine d'années, avait tenté quelque chose de plus disruptif, avec le concours de dessinatrices très douées (Fiona Staples, Annie Wu, Veronica Fish). Là, c'est plus classique, voire plus frileux, mais c'est aussi parce que Oni Press doit tout reprendre pour conquérir à nouveau des lecteurs.


- Jughead's Journal, part 1. - Jughead Jones s'arrête dans la soirée au diner de Terry Tate pour manger quelque chose mais ce dernier lui annonce qu'il songe à fermer son commerce pour déménager près de sa fille...

Ce dernier segment, de 5 pages, est aussi un excellente surprise, avec son ton très mélancolique, qui voit Jughead Jones, le meilleur ami d'Archie, s'inquiéter de la possible fermeture du diner où il aime se restaurer parce que son propriétaire songe à se rapprocher géographiquement de sa fille. Winters fait parler la corde sensible, mais sans aucune mièvrerie.

Et l'on se dit qu'entre l'hommage à Un Jour sans fin et cette partie, c'est de ces côtés-là que le scénariste devrait aller pour régénérer Archie, lui donner un véritable nouvel élan, plus intimiste et aussi plus aventureux. Sans compter que ces ambiances conviennent idéalement à Fabio Moon, son trait à la fois minimaliste et si expressif.

J'ai plutôt envie de retenir les bonnes intentions visibles pour cette relance. D'autant que, pour ne rien gâcher, c'est rien moins que Stuart Immonen qui signera les couvertures de la série (c'est trop peu, mais toujours mieux que rien).

DOOM PATROL #1 (Darcy Van Porlgeest / Niko Henrichon)


Le Chef Niles Caulder, hanté par un cauchemar récurrent, accepte de venir en aide à une jeune femme prénommée Evelyn, même si cela risque de tuer la Doom Patrol. Les membres de l'équipe - Elasti-Girl, Robotman et Negative Man - louent leurs services et doivent retrouver le chat d'une vieille dame, convaincue qu'il a été enlevé par des extraterrestres...


Dix ans après Gerald Way et Nick Derington et trois après Dennis Culver et Chris Burnham, Doom Patrol revient dans le cadre de DC Next Level, l'initiative de l'éditeur pour relancer des séries dont le public forme une niche peu fournie mais fidèle. Mais cette fois-ci, DC a décidé d'y croire en lançant une série régulière.


Depuis sa création par Arnold Drake et Bruno Premiani en 1964, la Doom Patrol est comparée aux X-Men de Marvel : il s'agit de freaks dans le milieu des super héros, avec un mentor en chaise roulante, et leur premier scénariste travailla aussi sur les mutants de la concurrence. Mais comparaison n'est pas raison et la Doom Patrol est en vérité bien différente des X-Men.


Revivifiée par Grant Morrison en 1987, la série est devenue l'archétype de la bizarrerie avec des histoires surréalistes et des héros atypiques, des créatures brisées par le destin : un coureur automobile dont seul le cerveau a pu être sauvé dans la carcasse d'un robot, un pilote de l'US Air Force qui est l'hôte d'un alien et une actrice intoxiquée par des vapeurs en pleine jungle aux membres extensibles.


C'est à ce drôle de groupe que Darcy Van Poelgeest, scénariste et cinéaste devenu auteur de comics, doit donner un nouvel élan. Et il semble avoir parfaitement cerné ces personnages qu'il place, sans tarder, dans des situations loufoques, extravagantes, avec un don certain pour accrocher l'intérêt du lecteur en quête de sensations inédites.

Larry Trainor, Rita Farr et Cliff Steele louent leurs services, à la manière des Heroes for Hire de Marvel, mais pour des missions peu gratifiantes comme retrouver le chaton d'une vieille dame timbrée qui croit son animal enlevé par des aliens. Problème : le minou est mort. Alors, pour ne pas briser le coeur de leur cliente (et qu'elle les paye), ils s'arrêtent à une animalerie pour en acheter un qui lui ressemble.

Je vous laisse découvrir si la mémé avait raison ou si elle est complètement givrée, mais il se dégage des pages, somptueusement dessinées par le génial et trop rare Niko Henrichon (canadien comme Van Poelgeest), une mélancolie assez poignante sous la comédie loufoque et les scènes absurdes de ce premier épisode.

Si vous aimez lire des comics qui ne ressemblent à rien de ce qui se fait habituellement, alors Doom Patrol est pour vous - ça l'a toujours été, mais cette itération autant que ses prédécesseurs. Le scénario glisse un subplot en relation avec le "chef" Niles Caulder qui cauchemarde au sujet d'une jeune femme qui le tue mais qu'il accepte d'aider... Même si cela risque de coûter la vie à la Doom Patrol.

Si j'ai apprécié les planches de Henrichon, nul doute que ce ne sera pas le cas de tous : l'artiste a souvent changé de style depuis le succès de Pride of Baghdad et désormais il privilégie un trait généreux en hachures, en assumant aussi la colorisation. Ce n'est donc pas forcément très beau, très joli, mais c'est juste, c'est approprié pour traduire visuellement la folie d'une telle bande dessinée, avec ses protagonistes cabossés.

Surtout, cette Doom Patrol entre parfaitement dans le "cahier des charges" du DC Next Level, qui ambitionne d'être à la croisée des mondes, entre comics indés et mainstream, projetant la lumière sur des héros moins populaires de l'éditeur. Et qu'un major comme DC ose cela est un miracle toujours aussi épatant.

VENOM #261 (Al Ewing / Carlos Gomez) - Tie-in à Queen in Black


Au Baxter building. Reed Richards pense que les soldats d'Hela étant liés à des symbiotes comme Venom à Mary Jane Watson, il faudrait réussir à séparer ces derniers pour neutraliser l'armée de la déesse asgardienne. Seul problème : Venom a déjà été séparé de Peter Parker par Reed dans le passé et n'en a pas gardé un bon souvenir...


C'est le pénultième épisode de Venom par Al Ewing  et le scénariste revient aux débuts des aventures du symbiote dans l'univers Marvel, quand Mr. Fantastic découvrit qu'il s'agissait d'une entité extraterrestre ramenée des Guerres Secrètes du Beyonder et non d'un simple costume noir et adaptable pour Spider-Man.


Dans le contexte actuelle, évidemment, rien de tout cela n'est nouveau, mais Ewing relie habilement cette histoire à la guerre déclenchée par Hela pour conquérir la Terre avec une armée de symbiotes collés à tout un tas de soldats extraterrestres (kree, skrulls, etc.). Reed Richards pense donc que s'il trouve le moyen de séparer Venom de Mary Jane, il saura comment libérer les soldats d'Hela de leurs symbiotes.


Tout aussi prévisible est le fait que l'expérience va mal tourner, d'abord parce que Venom en veut encore à Richards de l'avoir séparé de Peter Parker et il ne veut pas davantage aujourd'hui être détaché de Mary Jane Watson avec laquelle le lien est encore plus délicat (leur survie mutuelle en dépend). Et puis Richards a beau être un génie scientifique, il l'est à la manière des génies des comics...


C'est-à-dire qu'il expérimente in vivo avant de procéder (faute de temps) à des essais préliminaires. Donc la catastrophe est inévitable et elle atteint à la fin de l'épisode des proportions dantesques... Infiniment plus inspiré sur la série Venom que sur Queen in Black, Ewing parvient ici à instiller un suspense absent de la saga en cours avec Hela.

Bien entendu, il y a surtout dans ces pages l'obligation pour Ewing de commencer à ranger les jouets dans leur coffre avant de passer le relais à Charles Soule sur le titre. On sait donc que Mary Jane ne restera pas l'hôte de Venom. Cela se joue entre Dylan et son père Eddie Brock et comme Marvel adore s'auto-spoiler, on sait tous que Eddie va récupérer le symbiote.

Le tout est de savoir quelle sera leur relation après avoir été séparé depuis un petit moment. Va-t-on assister au retour d'un Venom plus agressif ? Ou sa personnalité restera-t-elle affectée par sa "liaison" avec MJ ? A Charles Soule de jouer bientôt avec cela - et je dois avouer que la preview du futur Venom #1 (car bien entendu la série repart au #1) n'a pas l'air si mal...

Carlos Gomez aura brillé sur le titre en étant très régulier - et d'ailleurs il n'en a pas complètement fini avec Venom puisqu'une fois le run d'Ewing terminé, il enchaînera avec une mini série Venom P.O.V. en cinq parties, écrite par Ryan Stegman, à partir de Décembre. Cette fois encore, sa prestation est impeccable, rien à redire. J'espère juste que Marvel lui permettra de s'exprimer sur d'autres personnages intéressants, à la mesure de son talent et sa ponctualité.

Rendez-vous le 30 Septembre pour la conclusion de Queen in Black et Venom #262.

vendredi 4 septembre 2026

FURIOUS (Saison 1) (Elizabeth Meriwether, 2026)


Ancienne inspectrice à la brigade criminelle, Alice Black a démissionné après avoir dénoncé la violence de son compagnon Marshall Connelly, également flic, soutenu par ses collègues. Elle est désormais agent du FBI et c'est en cette qualité qu'un de ses amis, Danny Kelly, lui demande de le rejoindre sur une scène de crime. La victime est Caleb Easton, fils du milliardaire Jay Easton, dont on a voulu maquiller le meurtre par un suicide par overdose. L'affaire est délicate à plus d'un titre et le FBI et la police décident de travailler conjointement dessus.


L'assassin de Caleb Easton est Catherine Grace, une ancienne prostituée qui a fait partie d'un trafic d'êtres humains avec sa meilleure amie Isabel Luna, morte dans des circonstances mystérieuses, et dont le dossier a été classé rapidement. Nora Washington, la supérieure de Alice, a enquêté à son sujet, à l'époque sous les ordres de l'agent spécial Ed George. La modus operandi du meurtre de Caleb Easton rappelle à Alice la mort d'Adrian Murado, un dealer et proxénète, sur lequel elle avait investigué un an auparavant et elle est certaine qu'il s'agit du même tueur.


Tandis que Catherine met du temps à être identifiée et continue à cibler des hommes riches, tous en relation avec la famille Easton, Alice doit collaborer avec Marshall mais peut compter sur le soutien de Danny. Nora, elle, soupçonne Ed George, qui a été promu à sa place, de couvrir les responsables dans cette affaire tortueuse...


J'ai pris l'habitude de binge-watcher des séries par impatience - comment faisait-on autrefois avec des saisons à vingt épisodes, à raison d'un ou deux diffusés chaque semaine ? Toutefois, il arrive qu'on tombe sur un show assez exigeant et à la tonalité plus lourde pour qu'on prenne son temps. C'est le cas de Furious, un polar disponible sur Hulu et donc Disney+.


Elizabeth Meriwether s'est librement inspiré d'un roman de Ronald Bass qui avait déjà été adapté au cinéma en 1987 par Bob Rafelson sous le titre La Veuve Noire, avec Theresa Russell et Debra Winger. Mais elle en a tiré quelque chose d'infiniment plus riche, complexe, éprouvant et magistral. Suffisamment pour que le souvenir du long métrage s'efface complètement.


Une autre histoire à laquelle on pense d'abord en suivant Furious est Killing Eve, la série écrite par Phoebe Waller-Bridge, avec son duo flic-tueuse. Mais là encore, la comparaison est vite supplantée par la réussite de Furious où la dimension saphique entre les deux héroïnes est supprimée et l'humour absent.


Avec des références pareilles, qu'est-ce qui fait de Furious un tel succès (au point qu'une saison 2 vient d'être annoncée) ? Bien entendu, il y a la qualité de l'écriture : des personnages fouillés, des situations traitées en profondeur, une intrigue très dense, très rythmée, très sombre. Et puis une réalisation au cordeau, nerveuse, fébrile, tendue, haletante.


Moi qui râle souvent sur le nombre d'épisodes des séries actuelles, là, les huit qui composent cette saison 1 sont un chiffre idéal, parfait. Rien n'est en trop, tout est à l'os. Mais, et c'est précisément pourquoi il ne faut pas binge-watcher cette série, ils réclament de l'attention et surtout de l'estomac. Car ce qui s'y passe est dur, perturbant. Par pitié, prenez votre temps pour regarder Furious !


Le vrai coeur de la série n'est pas tant finalement l'intrigue policière, le jeu du chat et de la souris entre Alice Black et Catherine Grace, ou même l'apport de seconds rôles formidables (l'ex-petit copain violent, le collègue solidaire, le supérieur suspect, la supérieure excentrique, les victimes qui s'accumulent). Non, c'est autre chose.

Nous vivons une époque où les abus sexistes et sexuels sur les femmes sont à un tournant. Parfois pour le pire, quand cela aboutit à la cancel culture - et c'est rapide : il suffit de jeter un nom en pâture et la présomption d'innocence n'existe plus. Même si l'accusé est finalement reconnu innocent, le mal est irréparable.

Parfois pour le meilleur, quand cela amène à révéler des comportements inacceptables, intolérables, quelquefois un système entier, par des gens dans le déni le plus absolu de leurs agissements, face à des victimes traumatisées, longtemps ostracisées. Avec une justice lente, parce que ce genre d'affaires ne se résout pas rapidement et que la réparation ne sera que partielle.

Furious raconte cela : Alice, à la fin de la série, est face à Catherine et celle-ci sait que l'agent du FBI a un secret. En vérité, comme elle, elle en a plusieurs. Je ne vais rien spoiler, sinon celui qui est dévoilé le plus tôt : Alice a été victime de violences domestiques, à plusieurs reprises - enceinte à 14 ans, elle a été mise à la porte par ses parents ; puis ensuite en couple avec un flic alcoolique.

Aujourd'hui, on la voit donner rendez-vous à des inconnus trouvés sur une appli de rencontres pour qu'il la brutalise. Puis elle les fiche dehors et se masturbe sans arriver à y trouver le même plaisir. Elle s'est enfermée dans un cercle vicieux où être maltraitée la rend phobique (elle ne peut plus aller sous la douche dont son compagnon la tirait pour la frapper) et la stimule sexuellement.

Catherine, elle aussi, est prisonnière de ses démons. Elle tue les hommes qui, croit-elle se rappeler, l'ont violée, prostituée, en les droguant, les affamant, les achevant. Elle tue pour se venger, mais aussi pour venger sa meilleure amie/amante, pour sauver la fille de celle-ci qui est à la merci d'un proxénète. Elle tue pour essayer de se souvenir, sans certitude, et donc en désespoir de cause.

La violence à laquelle Alice et Catherine ont été soumises les a forgées. Et détruites. Elles refusent d'être des victimes et pourtant en présentent les symptômes, parfois étrangement similaires - Alice a les mains tremblantes, Catherine ne sent plus le bout de ses doigts, Alice continue de se faire du mal, Catherine en fait comme on lui en fait.

C'est finalement moins un jeu du chat et de la souris (comme c'était le cas dans Killing Eve) qu'un effet miroir, une chambre d'écho. D'ailleurs la série, au moins jusqu'à la rencontre entre Alice et Catherine, montre autant l'une que l'autre, donne autant de temps de présence à l'écran à la flic qu'à la tueuse, comme une volonté affirmée, assumée, radicale, de ne rien cacher.

Cette narration étonne et séduit tout autant qu'elle trouble et dérange : on n'est pas habitué à suivre une meurtrière dans son quotidien. Catherine n'est pas vraiment une tueuse en série. Et Alice n'est pas vraiment une flic. Toutes deux cherchent à (se) punir, à faire justice, en étant entravées - l'une par sa hiérarchie, l'autre par la présence de la police qui se resserre autour d'elle.

Il n'est pas exagéré d'estimer qu'elles sont toutes deux engagées dans une forme de mission suicide : Alice enfreint les règles, s'attire les foudres de ses collègues, de ses supérieurs, elle se voit même retirer l'affaire ; et Catherine prend des risques insensés pour atteindre les hommes qu'elle vise, improvisant souvent, osant toujours, jusqu'à se brûler - et brûler d'autres personnes, innocentes, au passage.

Dire qu'Emmy Rossum (qu'on n'avait plus vue aussi bien servie depuis des lustres) et Lola Petticrew (une révélation ahurissante) sont phénoménales relève de l'euphémisme. Toutes deux portent la série à des sommets rarement atteints. C'est aussi ce qui rend Furious tellement addictif et intense : l'interprétation de ces deux actrices est habitée, incarnée.

Dans des seconds rôles, on trouve l'excellent Scoot McNairy, dont chaque scène avec Rossum a une tendresse, une chaleur, vibrantes. Quincy Tyler Bernstine est également formidable en supérieur direct d'Alice, agent vétéran alcoolique et pugnace, pleine d'humanité. Campbell Scott et Hope Davis jouent deux ordures incroyables avec subtilité.

Vraisemblablement, la saison 2 verra Alice Black traquer un nouveau tueur, à l'image d'une autre épatante série (The Sinner, avec Bill Pullman, hélas ! annulée). Mais si le résultat est aussi puissant que ces huit épisodes-là, Furious deviendra un classique.