POISON IVY, VOL. 6 : A DEATH IN MARSHVIEW
(Poison Ivy #31-37)
Poison Ivy se cache désormais avec Janet Mitchell dans la ville fantôme de Marshview et souhaite en découvrir les origines. Elle fait appel à son ancien adversaire Peter Undine qui, grâce à ses pouvoirs, peut révéler les secrets de cet endroit, qui fut un chantier immobilier abandonné après l'échec des promoteurs pour en purger les marécages.
Un seul individu a survécu, au prix d'une atroce transformation, à la malédiction de Marshview. Poison Ivy et Peter Undine tentent de le combattre, sans succès. Janet se réfugie dans la forêt où elle invoque Bog Venus, l'esprit du Vert, qui résout le problème après avoir passé un marché avec la jeune femme pour obliger Ivy le servir...
Ignorant ce à quoi a consenti Janet, Ivy voit débarquer les forces du G.C.P.D. (Gotham Central Police Department) en se demandant comment elles ont pu trouver Marshview qui était à l'abri des regards grâce à un sortilège. Janet et Peter Undine s'enfuient, l'une à Gotham, l'autre à Seattle, pour chercher des renforts, du côté de Killer Croc d'une part, et des Chevaliers Verts de Bella Garten d'autre part.
Leur intervention se solde par l'arrestation de Killer Croc mais Ivy et Janet doivent quitter Marshview pour se réfugier à Seattle auprès de Bella Garten. Toutefois celle-ci n'apprécie pas le retour d'Ivy qu'elle soupçonne, à raison, de vouloir prendre les rênes des Chevaliers Verts. Cependant, l'état de santé de Janet se détériore gravement et Peter Undine prédit qu'elle va mourir...
Avant de passer à la critique de ce recueil, qui rassemble les épisodes 31 à 37, vous pourrez, en cliquant sur le tag Poison Ivy constater que j'ai remplacé les titres et les couvertures des précédents albums de la série par leur version originale. En effet, las d'attendre que Urban veuille bien annoncer les dates de parution de leurs tomes, j'ai vendu ma collection pour la racheter en vo, ce tome 6 compris qui est sorti le 13 Janvier 2026 (alors qu'en vf, il faudra attendre début Mars).
Comme Urban reprend le contenu des tpb vo, si vous suivez encore la série en vf, vous ne serez pas perdus avec mes critiques, même si elle risque de vous spoiler un peu, auquel cas attendez un peu avant de les lire. Bon, ça, c'est dit, c'est fait. Maintenant, place à la critique de ces sept nouveaux épisodes qui, je ne vais pas tourner autour du pot, confirment l'excellence de la série.
A l'heure où j'écris ces lignes, le 40ème numéro de Poison Ivy vient de paraître aux Etats-Unis. Rappelons encore une fois qu'au départ cette affaire ne devait durer que six puis douze épisodes. Je vais encore faire l'éloge de la politique éditoriale de DC qui non seulement ose miser sur des personnages qui n'ont jamais eu de série régulière mais qui soutient ces projets, leur fait de la pub, veille à la tranquillité des auteurs, etc.
Si j'insiste là-dessus, c'est parce que cette semaine je vous ai parlé de l'autre série qu'écrit G. Willow Wilson chez Marvel cette fois, Black Cat, sur laquelle pèse la menace d'une annulation (et quand la rumeur court en ce sens chez Marvel, c'est hélas ! souvent plus qu'une menace). Logiquement, Black Cat va donc s'achever au #10.
Marvel a une certaine franchise, il faut le reconnaître : ils annoncent que toutes leurs séries, en dehors des incontournables de leur catalogue (X-Men, Avengers, Spider-Man), sont signées pour dix épisodes. Si les ventes sont bonnes, elle est prolongée. Sinon, on en restera là. Même ça ne signifie pas que au-delà de dix, c'est gagné : ça peut s'arrêter au #15.
Mais le problème n'est pas là. Quand un éditeur prévient à l'avance que, de toute façon, dix n°, c'est le minimum, est-ce que le lecteur a vraiment envie d'investir dans une série à l'avenir aussi précaire ? Ne vaut-il pas mieux attendre le tpb et lire les dix épisodes d'une traite ? Ou carrément zapper le titre ?
DC fonctionne différemment. Chez eux aussi, des séries sont annulées, mais au moins ils croient à celles qu'ils lancent, ils font de la pub, du teasing, ils essaient aussi de trouver des équipes créatives attractives. Poison Ivy en est un brillant exemple. Et en ce moment, la campagne DC Next Level, le statu quo qui suivra la fin de DC K.O., bat son plein avec des annonces alléchantes (relances de Batwoman, Lobo, Firestorm, Zatanna, en attendant d'autres titres).
Et la preuve que DC mise dessus, c'est que les stars de la compagnie en parlent : Scott Snyder, Jim Lee, préparent le terrain, se démènent pour que les fans aient envie de lire ce qui arrive. Ce n'est pas le cas chez Marvel : personne n'a parlé de Black Cat par exemple. Et aucune nouvelle série n'est annoncée (par contre vous allez bouffer du Venom).
Mais bref, revenons à Poison Ivy. G. Willow Wilson consacre une partie de ces nouveaux épisodes à Marshview, cette ville fantôme invisible de tous sauf de Poison Ivy et Killer Croc (et de ceux qu'ils invitent là). Les deux premiers chapitres résolvent ce mystère en opposant Peter Undine et Poison Ivy à l'unique survivant d'une opération immobilière qui a viré à la catastrophe des années auparavant.
En soi, cette petite intrigue n'a rien de franchement passionnant (même si le flashback de l'épisode 31 est soigneusement construit). En revanche, il se passe quelque chose de décisif pour la suite quand Janet Mitchell, pour aider Ivy, fait appel l'esprit du Vert, Bog Venus. Les deux passent un marché faustien pour sauver Ivy et en même temps en faire l'alliée du Vert.
Ces deux premières parties sont dessinées par Brian Level. Je ne suis pas fan de son trait, mais il faut avouer que c'est un choix habile pour les illustrations de ce petit arc car il traduit parfaitement le côté flippant, horrifique, pourri de l'endroit. En somme, la laideur du dessin de Level correspond à celle du passé de Marshview.
Puis les trois épisodes suivants exploitent ce qu'a fait Janet à l'insu de Ivy. Marshview est désormais visible de tous, ce qui provoque l'arrivée du GCPD, désormais commandé par Vandal Savage, et qui a donc des méthodes beaucoup plus violentes. Ivy tente de contenir les forces de l'ordre pendant que Janet et Undine vont chercher des renforts chacun de leur côté.
G. Willow Wilson se sert habilement de l'aspect magique de la forêt entourant Marshview avec ces espèces d'accès spatiaux qui peuvent téléporter en un clin d'oeil qui à Gotham, qui à Seattle. Undine se trouve à Seattle et convainc les Chevaliers Verts d'aider Ivy, au grand dam de Bella Garten, la Jardinière, qui n'a toujours pas digéré que Ivy ait refusé de rejoindre sa secte d'écoterroristes.
Marcio Takara revient pour trois épisodes et une fois de plus, il accomplit un travail remarquable, d'une grande beauté, réhaussé par les couleurs somptueuses d'Arif Prianto. J'adore ce que Takara fait sur cette série depuis le début et s'il a besoin de souffler, il revient toujours à son meilleur niveau, gratifiant le lecteur d'images mémorables, avec une narration graphique simple mais éclatante.
Il y a quelque chose de faussement classique chez Takara, qui convoque à la fois l'élégance du trait et un goût pour l'horrifique, sans sombrer jamais dans la facilité, dans la complaisance. Il sait doser ses effets, rendre ses personnages charismatiques, l'action fluide, et on se trouve pris dans ce qu'il raconte parce qu'il sert admirablement, intelligemment le script de Wilson.
Enfin, les deux derniers chapitres se penchent sur Janet qui tombe malade gravement, elle est même à l'article de la mort. Ivy a négligé son amie dont elle ignore la trahison et qu'elle veut absolument sauver donc. Le dilemme est palpitant : le lecteur en sait plus que l'héroïne et attend de voir à quand cette dernière va découvrir la vérité et quelle sera sa réaction.
Wilson nous montre une Poison Ivy rattrapée par ses démons, grisée par le pouvoir, l'emprise qu'elle a sur les Chevaliers Verts, le châtiment atroce qu'elle inflige à Bella Garten. L'ambiguïté du personnage est parfaitement cernée : est-elle vraiment une ancienne méchante qui veut se racheter ? Ou une égoïste qui sacrifie ses amies pour son propre intérêt ? Ou encore une vilaine prête à basculer de nouveau du mauvais côté, lasse qu'on la persécute ?
Ataghun Ilhan, qui avait signé les dessins de Knight Terrors : Poison Ivy, revient pour conclure cette histoire en deux épisodes. On sent qu'il a à coeur de se rattraper après son premier passage calamiteux, et effectivement il produit des pages plus abouties. Il subsiste de grosses maladresses, mais globalement la copie est nettement meilleure.
Le dénouement, que je ne vais spoiler, ouvre la porte à de nouveaux rebondissements spectaculaires. Et DC comme G. Willow Wilson ont déjà teasé de grands et prometteurs développements pour l'année à venir. Qu'on se le dise : Poison Ivy n'a pas fini de nous étonner et de nous épater. C'est décidément une sacrée série !








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