mercredi 7 janvier 2026

JSA #15 (Jeff Lemire / Gavin Guidry)


Tandis que plusieurs magiciens s'interrogent pour savoir si Jim Corrigan est un hôte fiable pour le Spectre, Flash voit Green Lantern refuser de faire équipe avec lui, puis croiser à nouveau Johnny Thunder. Cependant Wonder Woman et Atom continuent d'investiguer sur le réseau nazi et découvre son lien avec StarCo dans les locaux de laquelle Hourman et Sandman font face à Cyclotron...


Ce quinzième épisode de JSA et le troisième consacré à l'arc Year One est en vérité symptomatique de ce qui fonctionne ou pas avec cette série mais aussi plus largement avec de récentes mises à jour de la continuité chez DC. Mises à jour établies par Mark Waid dans la mini-série New History of The DC Universe, censée dresser tout l'inventaire de l'éditeur.


La démarche de Waid n'est pas inintéressante, même si elle forme une lecture très ennuyeuse (il s'agit non pas de bande dessinée, mais plutôt d'un texte rétrospectif avec des illustrations, comme ce qu'il avait fait pour Marvel avec Javier Rodriguez). La culture encyclopédique de Waid présente un gage pour l'éditeur comme le lecteur que tout est pris en compte et unifié.
 

Mais le projet, pour ambitieux qu'il est, se heurte à deux écueils (qui rendent donc sa lecture peu entraînante) : d'abord, il s'arrête à un instant T et exigera des suppléments dans le futur s'il devait être republié ; et ensuite, en voulant absolument tout justifier, il oblige à des contorsions historiques pas simples à assimiler ni à accepter.


Dans JSA #15, par exemple, on continue de suivre, parmi les différents fils narratifs, l'enquête de Wonder Woman et Atom sur un réseau de nazis américains. Seulement la Wonder Woman qu'on voit ici n'est pas Diana Prince mais sa mère Hippolyte, la reine des amazones. C'est doublement curieux  parce qu'il a été dit précédemment (par Scott Snyder) que Diana avait toujours été la seule Wonder Woman.

Poser que Hippolyte aurait été Wonder Woman ne fait donc que compliquer inutilement les choses, même si, à la décharge de Jeff Lemire, ce n'est pas le premier scénariste à utiliser cette fausse bonne astuce. On devine qu'en faisant de la sorte Lemire a voulu souligner l'aspect générationnel des héros de l'âge d'or, et que donc Diana a pris le relève de sa mère, comme Barry Allen a pris celle de Jay Garrick, Hal Jordan de Alan Scott, etc.

Mais ça montre surtout qu'il existe deux manières d'écrire des histoires chez DC : il y a les auteurs qui écrivent juste de nouvelles histoires, sans vouloir être écrasés par la continuité (ni en voulant embêter le lecteur avec elle), et il y a ceux qui écrivent des histoires qui sont la continuité, littéralement, comme Lemire ou Mark Waid, comme si les reboots chez DC n'avaient en fait été que des expériences éditoriales, comme si les Crisis n'avaient rien affecté en profondeur.

Chacun appréciera mais pour ma part, je trouve (j'ai toujours trouvé) que la continuité, si elle était respectable, ne devait pas non plus être les tables de la loi, immuables. Sinon que vaudraient Batman : Year One de Miller et Mazzucchelli ? Ou, plus récemment, Batman and Robin : Year One de Waid (pourtant un des spécialistes les plus pointilleux de la continuité) et Samnee ?

A l'origine, dans All-Star Comics #3, la JSA se formait grâce à Johnny Thunder et Lemire ne l'oublie pas complètement en se servant du personnage comme de quelqu'un qui tente de devenir le partenaire de Flash (Jay Garrick). Mais l'intrigue de JSA : Year One insiste davantage sur l'idée d'une enquête que mènent différents héros masqués chacun de leur côté avant de comprendre qu'ils sont tous sur la même affaire.

Lemire exploite ce ressort policier pour justifier que des héros masqués découvrent que le nazisme a des adeptes sur le sol américain et représente une menace pour le pays (alors que l'Europe est déjà en guerre). C'est malin car cela explique le dégoût qu'inspire cette idéologie aux héros et le fait que certains traverseront ensuite l'Atlantique pour combattre Hitler sur le vieux continent.

C'est aussi, sans doute, une façon pour Lemire de pointer du doigt que le danger n'a pas disparu aujourd'hui en Amérique et donc de rendre cette histoire accrocheuse même si elle se déroule en 1940. Toutefois, malgré ces efforts louables, le scénariste ajoute des éléments superflus qui ralentissent le rythme (l'apparition du groupe de magiciens au début, même si cela justifie l'intervention de Dr. Fate).

Et puis il faut bien noter que depuis trois mois que cet arc a débuté, on n'a guère progressé. Lemire aime la narration décompressée, mais là, vraiment, ça ne progresse pas beaucoup. Au point d'ailleurs que si des personnages apparaissent (Fate, Mme Xanadu, Dr. Occult, Giovanni Zatara, Blue Beetle I), d'autres sont aux abonnés absents (où est passée la partie avec Hawkman et Hawkgirl ?).

C'est comme si Lemire oubliait qu'il ne disposait que de 20 pages par mois et qu'il est inutile d'ajouter des personnages si pour en oublier d'autres. En même temps, malgré la pagination comptée, Lemire fait traîner la réunion attendue entre ses héros (si Wonder Woman accepte de faire équipe avec Atom et que Sandman et Hourman sont déjà en duo, on ne comprend pas pourquoi Green Lantern tourne si catégoriquement le dos à Flash ).

Gavin Guidry prend, c'est évident, plus de plaisir que nous à raconter cette histoire et sa capacité à la rendre au moins visuellement attrayante lui a sans doute valu de devenir le prochain artiste régulier de la série Flash (qui sera écrite par Ryan North, à partir de mars prochain). Toutefois, là encore, on a souvent le sentiment que le dessin manque de consistance pour une histoire pareille, alors que les couvertures de Dave Johnson sont si délicieusement rétro.

J'ai hésité à lire cet arc mensuellement ou en attendant son édition en recueil, mais je sais maintenant que la seconde option aurait été préférable. Lemire n'est définitivement pas un auteur à qui la périodicité mensuelle rend justice, surtout quand traîne aussi complaisamment.

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