jeudi 29 janvier 2026

IRON MAN #1 (Joshua Williamson / Carmen Carnero)


Tony Stark remet un prix qui porte son nom à un jeune inventeur, Adam Ware, inspiré par l'alter ego d'Iron Man. Mais la fête dégénère avec l'irruption de Madame Masque et d'agents de l'A.I.M. qui kidnappent Pepper Potts. Iron Man entre en action mais découvre vite qu'il s'agit d'un leurre...


C'est la grosse sortie de cette semaine (en tout cas chez Marvel) : un énième relaunch d'Iron Man, huit mois après la fin du run écrit Par Spencer Ackerman et dessiné par Julius Ohta qui n'a pas franchement marqué positivement les esprits. L'éditeur a voulu frapper un grand coup en offrant à Joshua Williamson, scénariste vedette chez DC, l'occasion d'écrire la série dont il rêvait.


Ce qui ne signifie pas que Williamson quitte DC au passage, mais visiblement le bonhomme est assez libre de faire ce qu'il veut et donc de travailler chez le concurrent... Pour ma part, la dernière fois que j'ai suivi un run d'Iron Man, ça remonte à 2018-2020 quand Dan Slott et Valerio Schiti s'en occupaient... Et que Slott s'est planté avec l'arc Iron Man 2020 et que Schiti a été réquisitionné pour dessiner Empyre (co-écrit par Slott et Al Ewing).
 

Comme j'aime beaucoup ce que fait Williamson sur Superman, j'étais curieux de savoir s'il pourrait rendre à nouveau Iron Man attrayant. Ce premier épisode est convaincant et prometteur, même s'il joue pour une partie sur du velours en convoquant une ennemie récurrente de Tony Stark. En revanche, le scénariste se montre nettement plus accrocheur et intrigant sur le reste.


De quoi s'agit-il alors ? Comme il l'explique dans le petit laïus qu'il signe à la fin de l'épisode, Williamson est un fan de longue date d'Iron Man pour une raison simple : c'est un héros qui, logiquement, aurait dû devenir un vilain. En effet, Tony Stark est apparu à l'origine comme étant un concepteur et un marchand d'armes, jusqu'à ce qu'il soit enlevé et retenu en otage.

Durant cette période, il a créé sa première armure d'Iron Man à la fois pour s'échapper mais aussi pour survivre car un éclat d'obus s'était logé près de son coeur, menaçant de le tuer à tout moment. Par la suite, durant sa carrière, Stark/Iron Man aura à plusieurs reprises l'occasion de montrer sa nature ambivalente, devenant le frère ennemi de Captain America.

Les deux partenaires au sein des Avengers croiseront souvent le fer à cause de leurs opinions différentes au sujet de la manière de rendre la justice et de mener leurs coéquipiers, jusqu'au climax de Civil War, avec le Registration Act, obligeant les héros masqués à déclarer leur identité secrète pour être supervisés par le SHIELD.

La réflexion de Williamson s'appuie donc là-dessus : Iron Man aurait facilement pu devenir un vilain car son métier originel traçait la voie pour cela et aussi parce que son attitude tout au long de son histoire a prouvé qu'il était loin d'être sympathique. A tel point qu'on peut se demander si, sans le MCU et Robert Downey Jr., Marvel n'aurait pas fini par franchir le Rubicon avec tête de fer...

L'épisode s'ouvre par une séquence où Tony remet un prix qui porte son nom à un jeune inventeur qu'il a inspiré, après s'être demandé pourquoi ce n'est pas à lui-même qu'il l'a attribué. Williamson trouve la bonne note : la mégalomanie de Stark mais aussi une touche d'ironie concentrées en quelques répliques. Puis, très vite, l'action prend le pas : le lauréat est enlevé au nez et à la barbe d'Iron Man.

On apprend ensuite que Madame Masque et l'AIM veulent recréer Iron Man et pour cela ils ont kidnappé des savants qui concouraient pour le prix remis par Tony. Recréer Iron Man, c'est reproduire une arme très dangereuse, et Tony le sait, qui avertit Captain America qui lui-même a averti... vous saurez qui dans un mois !

Williamson affiche toutes les qualités dont on le sait capable : sens du rythme, caractérisation directe, connaissance des personnages et de leur univers, intrigue palpitante. En soi, rien de révolutionnaire n'est proposé, mais cette accroche est suffisamment efficace pour qu'on ait envie de lire la suite. Surtout parce que, comme pour Superman, Williamson n'est pas impressionné par son héros.

Il l'appréhende avec naturel, simplicité, il rassure le lecteur qui souhaite renouer avec un héros qu'il a un peu perdu de vue à force de passer de main en main sans pitch excitant. On a là une sorte de back to the basics, confortable mais séduisant. Madame Masque, Melinda May, Pepper Potts, Captain America (et sûrement ensuite James Rhodes et d'autres) en attestent.

Mais Williamson est assez malin pour surprendre comme il l'a fait avec Superman, son alliance avec Luthor, sa relation avec Lois Lane. Il faut juste souhaiter que Marvel le laisse s'exprimer aussi librement que DC - ce n'est pas gagné quand on connaît l'interventionnisme des editors de la "maison des idées", mais on peut quand même espérer car si Williamson a signé, il a dû obtenir des garanties.

Parmi celles-ci, il y a sûrement eu celle d'avoir un bon artiste, et là, Marvel ne s'est pas moqué de lui (ni de nous) puisque c'est Carmen Carnero qui officie au dessin. Après l'arrêt d'Exceptional X-Men, j'attendais de savoir où elle rebondirait et c'est un plaisir de la retrouver ici, elle qui, auparavant, avait justement brillé sur... Captain America (lors du run de Jackson Lanzing et Collin Kelly).

J'aime beaucoup le trait de Carnero qui a cette particularité de conserver la fraîcheur du dessin au crayon. La technique de l'artiste fait le reste en quelque sorte : Carnero est désormais une graphiste accomplie, à maturité, elle maîtrise sa narration visuelle, son découpage est fluide et puissant à la fois, d'une belle élégance aussi.

On notera que comme pour Steve Rogers, elle a donné à Tony Stark un look moins guindé, avec des cheveux un peu plus long, le retour de la moustache. Elle le fait aussi plus grand (c'est flagrant sur une case en pied où il est face à Pepper Potts). Elle a aussi, comme c'est quasiment la tradition, designé une nouvelle armure, bien meilleure que celle de Ohta.

L'autre avantage d'avoir Carnero, c'est qu'elle est une des rares artistes chez Marvel à pouvoir enchaîner les épisodes, sans perdre en qualité ni en ponctualité. Sur Exceptional X-Men, elle avait produit dix épisodes d'affilée. Sur Captain America : Sentinel of Liberty, onze. Quand on tient une perle rare comme ça, c'est appréciable pour l'éditeur et le lecteur.

Enfin, ses pages sont colorisées par Nolan Woodard qui l'accompagnait déjà sur Exceptional X-Men et Captain America, et il valorise vraiment son dessin sans empiéter dessus, avec une palette riche et nuancée.

Bref, je suis confiant et conquis. Ce qui est devenu rare quand je lis du Marvel.

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