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jeudi 3 avril 2025
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samedi 29 mars 2025
WONDER WOMAN, VOLUME 3 : FURY (Tom King / Daniel Sampere, Bruno Redondo)
Il faut donc bien considérer ces 19 premiers épisodes comme un acte entier, même si, dans le n°19, l'auteur prend soin de teaser des événements pour le futur, assez sinistre au demeurant. De toute manière, il a inscrit dès le début son run dans une perspective au long cours puisqu'on faisait la connaissance de Trinity, la fille de Wonder Woman, et de son prisonnier, le Souverain.
Je ne vais évidemment rien vous dévoiler de ce que King prévoit mais simplement suggérer qu'il ne faut peut-être pas le prendre littéralement. En effet, dans les comics, le futur est relatif puisque les héros ne vieillissent pas. Or, ce que prévoit King, c'est un avenir tellement improbable qu'il suppose que Jon Kent, Damian Wayne et Trinity ont remplacé leurs pères et sa mère. Avant que ça ne se réalise, il faudrait un sacré coup de tonnerre (ou la réalisation du projet 5G que désirait Dan Didio...).
Cela étant, King va lancer au mois de Juin prochain une nouvelle ongoing, Trinity daughter of Wonder Woman, dessinée par Belen Ortega (avec laquelle il collaborait sur les back-up stories de Wonder Woman, montrant la jeunesse de Trinity). Sans être débarqué de Wonder Woman, il pourra raconter la suite des aventures de la fille de l'amazone.
Ce tome 3 s'ouvre par une scène choc, comparable à celle qui vit Bane tuer Alfred Pennyworth : le Souverain abat de sang froid Steve Trevor. Son geste est motivé par la vengeance puisque Wonder Woman lui a échappé et qu'il veut lui faire du mal en s'en prenant à un être qui lui est cher. King n'a jamais caché qu'il n'appréciait guère Trevor, le considérant comme le love interest de l'amazone, mais dénué d'une vraie valeur autre.
Certains puristes auront beau jeu de trouver cet assassinat injuste, inutilement cruel, prétexte. Pourtant qui peut franchement regretter Steve Trevor à qui DC et d'autres scénaristes ont toujours essayé de trouver un rôle sans y parvenir ? Parfois, pour qu'un personnage grandisse, il faut le sacrifier. pensez à l'oncle Ben pour Spider-Man, à Karen Page pour Daredevil, à Captain Mar-Vell...
Non seulement en tuant Trevor, King lui donne une stature qu'il n'a jamais eue, mais cela rejaillit sur Wonder Woman, investie par le désir de venger son amour perdu. Evidemment, ce choix, fort, radical, est polémique parce que, soudain, c'est une bascule : Diana est moins concentrée sur la mission initiale de résoudre la crise entre les Etats-Unis et les amazones.
Mais on verra, là aussi, à la toute fin de cet album que King n'a pas oublié Emelie, celle par qui tout a commencé et qui va occuper au moins le début du prochain arc. Avec son retour sur le devant de la scène, ce sera le moment de dénouer cette crise diplomatique entre Themyscera et Washington, une intrigue au long cours, qui ne peut être réglée en claquant des doigts.
King fait un autre choix audacieux : la majorité des épisodes de ce tome 3 se déroule avec Diana en retrait. Les Wonder Girls (Cassie Sandsmarck, Yara Flor, Donna Troy) occupent le terrain, comme si elles le préparaient pour leur grande soeur. Il semble bien qu'elles ignorent vraiment où se trouve Wonder Woman, et dans combien de temps elle reviendra, comme elles le jurent à Batman et Superman.
Cela fournit au récit des moments spectaculaires où les trois filles brillent par leur complémentarité et où King souligne avec acuité leurs caractères. Cassie est la disciple appliquée, Yara l'effrontée, Donna la plus mûre du lot. Elles sont à la fois les suivantes de Wonder Woman tout en ayant leurs propres méthodes, leur propre façon d'agir, ensemble et séparément. Mais, lorsque la patronne revient...
... Elles lui laissent la scène. Avant cela toutefois, King sait, comme c'est son habitude, user d'ellipses pour montrer le temps qui passe et en quoi il marque son héroïne. La voilà au chevet de sa fille, la faisant baptiser, sculptant une statue représentant Trevor. Autant de moments intimes, parfois pas très subtils (la statue), parfois touchants (la comptine que chante Diana à sa fille).
Grand amateur de citations, King donne à Trinity l'identité d'Elizabeth Marston Prince. Liz Marston était l'épouse de William Moulton Marston, le créateur de Wonder Woman, mais également une avocate et psychologue. Avec Olive Byrne, elle formait un étonnant ménage à trois, qui donnera naissance à quatre enfants en union libre durant 40 ans. Après la mort de William, les deux femmes continueront à vivre ensemble (cela inspirera un film, My Wonder Women, de Angela Robinson, en 2018).
J'ai lu ici et là que la fin de cet arc était anti climatic, manquait de tension. Mais le Souverain n'est pas un ennemi physique et on ne pouvait attendre une bagarre entre lui et Wonder Woman. Pour ma part, j'ai trouvé que King a dénoué son histoire de manière intelligente, fidèle à l'éthique de l'amazone, quoiqu'en disent des fans de George Pérez qui estiment que la vision du scénariste contredit celle de son illustre aîné.
Ce qui est certain, en outre, c'est que King va devoir raconter quelque chose de très fort pour la suite, car après un an et demi, il a réussi à développer une vraie saga, intense, poignante, cruelle. Et c'est donc comme s'il repartait quasiment de zéro, ou en tout cas avec des obstacles importants à surmonter (la crise amazone, le cas Emelie, le deuil de Diana, sa maternité, etc.).
Mais il pourra compter sur Daniel Sampere qui a toujours dit vouloir rester longtemps sur la série. L'artiste livre une prestation remarquable sur cinq des six épisodes, enchaînant des planches d'une qualité sensationnelle, avec un haut niveau de détail, assumant l'encrage, et s'appuyant sur la colorisation magique de Tomeu Morey.
Il est remplacé par son ami Bruno Redondo sur l'épisode 16, dans lequel intervient le Détective Chimp, en forme d'hommage affiché à Columbo. Le résultat est très drôle sans jamais s'égarer dans le pastiche ou le pas de côté purement humoristique. Redondo est comme d'habitude impeccable, sa rigueur dans le découpage se mariant parfaitement à celle de King.
Tom King, Daniel Sampere et les fill-in (Guillem March, Tony Daniel) sont parvenus à me faire lire Wonder Woman sur la durée. Le personnage y a retrouvé une sorte de frâicheur et de densité, tout en étant éprouvé comme rarement. Le scénariste s'est surtout montré plus convaincant que sur ses récentes mini-séries (Jenny Sparks, Black Canary : Best of the Best). Chapeau !