samedi 31 janvier 2026

ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER #8 (of 12) (Deniz Camp / Javier Rodriguez)


La paranoïa a gagné Middleton dont les habitants se dénoncent tous les uns les autres aux autorités. John Jones doit retourner sur le terrain mais il a la tête ailleurs : sa femme et son fils lui manquent et il obtient du Martien de lui laisser une nuit pour tenter de recoller les morceaux avec Bridget et Tyler...


Un comic book devient plus grand que prévu quand il accède à une dimension quasi prophétique. Ainsi dans ce n°8 de Absolute Martian Manhunter, que Deniz Camp a dû écrire il y a plusieurs mois de cela, on peut constater que le scénariste parle de l'Amérique de Janvier 2026 et plus exactement des événements tragiques qui se sont déroulés ces derniers jours dans le Minnesota.


Comme vous devez le savoir, l'administration Trump a déployé l'I.C.E. (Immigration and Customs Enforcement) dans plusieurs Etats, majoritairement des Etats tenus par des Démocrates, pour traquer des immigrés clandestins. En vérité, ce coup de force s'est transformé en une chasse à l'homme en s'appuyant sur le délit de "sale gueule", et les membres de l'ICE ne se cachent plus pour appréhender des civils qui ont un accent ou une couleur de peau qui ne leur reviennent pas.
  

Deux bavures commises par les agents de l'ICE ont fait la "une" des journaux avec les morts de Renee Good, une mère de famille, et Alex Pretti, un infirmier, abattus en plein jour dans des conditions abominables et totalement arbitraires comme l'ont prouvé les images saisies par des témoins. Pourtant Trump qualifient les victimes d'"agitateurs" et octroient aux agents de l'ICE l'impunité.


On a assisté à des manifestations d'importance, Bruce Springsteen vient de composer une chanson ( Streets of Minneapolis ) sur le sujet. Mais curieusement les Démocrates sont bien silencieux, comme effarés par tout ce que se permet Trump, ou trop lâches pour s'aliéner une partie des américains avant les élections de mi-mandat à l'Automne prochain.

Dans Absolute Martian Manhunter #8, l'influence du Martien Blanc attise la paranoïa des habitants de Middleton et la délation bat son plein. John Jones doit retourner sur le terrain mais lui a d'autres préoccupations. Son couple a implosé et il espère encore recoller les morceaux avec sa femme et son fils. Pour cela, il a besoin que "son" Martien le laisse seul pour une nuit.

Tandis que John cherche le courage dans un bar en essayant de soûler (sans effet puisque son métabolisme dopé par sa fusion avec le Martien le rend insensible à l'abus d'alcool), le Martien part explorer la ville et tenter d'apaiser quelques-uns de ses citoyens. John parle à sa femme et admet qu'il reste dangereux de vivre avec lui. Le Martien, lui, se fait surprendre.

Le Martien Blanc n'agit pas seul et ses agents sur le terrain. Ceux-ci ressemblent à des agents de l'ICE, non pas visuellement (ils sont élégamment vêtus, pas comme des membres d'une milice digne de la Gestapo) mais dans leurs méthodes. Ils traquent le Martien comme l'ICE court après les clandestins, invoquant une sorte d'hyper patriotisme et désignant l'alien comme un parasite, un malfaisant, un nuisible.

Le parallèle est tellement troublant et puissant qu'on ne peut que le remarquer : l'histoire de Deniz Camp fait écho à l'actualité de ces derniers jours/semaines aux USA. C'est une lecture cruelle et douloureuse mais nécessaire. En une vingtaine de pages, c'est un réquisitoire implacable non seulement contre le trumpisme mais aussi contre la polarisation qui divise les Etats-Unis.

Toutefois, et c'est encore plus fort, si un lecteur français peut ressentir aussi fortement l'intensité du propos, c'est parce que cette situation, ces faits sont aussi visibles en Europe où les extrémismes gagnent du terrain un peu partout. Voyez ce qui s'est passé depuis le pogrom du 7 Octobre 2023 en Israël, la réplique contre le Hamas dans la bande de Gaza qu'on a voulu faire passer pour un génocide et qui a fait exploser les actes antisémites.

Le malaise que distille cet épisode est éloquent car il renvoie à la réalité actuelle. Visuellement aussi, la traduction de ce sentiment est on ne peut plus remarquable : Javier Rodriguez, qui colorise lui-même la série, fait feu de tout bois en soulignant à quel point le désespoir le dispute au ressentiment. Tout ici est fracturé, comme si à l'instar de John Jones on observait son reflet dans un miroir brisé.

Rodriguez joue aussi énormément et avec beaucoup de pertinence sur le lettrage et les onomatopées comme prolongement des dessins : la fumée des cigarettes retranscrit les pensées des personnages, le bruit d'un briquet qu'on actionne en dit plus long que les dialogues sur le fossé entre John et Bridget, et la façon dont l'artiste représente les membres de la mystérieuse Agence reprend les codes des affiches de propagande.

Le résultat est oppressant, inconfortable, mais virtuose. La ligne Absolute présente des versions corrompues des héros iconiques de DC, souvent dans l'outrance. Mais aucune des séries de cette gamme n'a la subtilité et l'aspect perçant d'Absolute Martian Manhunter qui préfère la distorsion à l'exagération pour réinventer ce personnage et parler de notre monde. Impressionnant.

vendredi 30 janvier 2026

SUPERMAN #34 (Joshua Williamson / Eddy Barrows)


Lois Lane et Superboy Prime ont achevé l'enregistrement des archives de la forteresse de solitude révélant qui pourrait vaincre Darkseid. Mais la Légion maudite est à leurs trousses et la Terre est en train de se transformer en nouvelle Apokolips. Sans compter que la Tout de Guet de la Justice League a été attaquée...


J'avais pensé mettre la lecture de Superman sur pause durant DC K.O. sachant que les épisodes seraient des tie-in à cet event, mais finalement j'ai préféré ne pas risquer de passer à côté d'éléments importants. Je peux dire aujourd'hui que j'aurai dû m'en tenir à mon idée première car même si ce que Joshua Williamson n'est pas dénué d'intérêt, c'est tout de même fastidieux.


En effet depuis qu'on sait ce que Lois Lane et Superboy Prime ont découvert dans les archives de la forteresse de solitude via les enregistrements de Lara Lor-Van, à savoir qu'il existe pour la force Oméga (de Darkseid) une force Alpha (incarnée par un autre individu dont je ne vais pas vous spoiler l'identité), on a la désagréable impression que le scénariste compte le temps avant de pouvoir reprendre le cours de sa série.


Le principe même du tie-in à un event est redoutable : il s'agit de raconter ce que l'event ne dit pas. Mais tant que dure l'event, il faut trouver de quoi remplir les séries impactées sans spoiler l'histoire de l'event tout en donnant au lecteur des séries de quoi phosphorer. Pas simple. D'autant moins quand l'auteur de l'event n'a pas exactement la même vision des personnages que l'auteur des séries impactées.


Dans le cas de Superman et de Williamson, ce qui diffère le plus, c'est surtout la manière de traiter Lex Luthor : pour Snyder, c'est le méchant absolu quand, pour Williamson, depuis le début de son run, sa relation avec Superman avait pris une direction aussi inattendue qu'intéressante. Et on sait ce qu'il est advenu : Williamson a dû se plier à ce que Snyder comptait faire de Luthor dans DC K.O..

Donc : retour à la case départ. Luthor est désormais retombé du côté obscur de la force. Plus de nuance, c'est à nouveau l'ennemi de Superman et il est avec ce dernier un des demi-finaliste du tournoi de DC K.O. (avec Wonder Woman et le Joker). C'est dommage. Sur ce coup, DC a tiré une balle dans le pied de Williamson et Snyder a imposé sa vision sans partage ni subtilité.

Mais l'autre problème est plus celui de Williamson. Comme je l'ai dit plus haut, une fois la révélation d'une force Alpha d'égale puissance à l'Oméga et l'identité de son porteur révélée, que dire de plus en attendant la fin de DC K.O. ? Il semble que le scénariste peine à trouver une réponse à ce problème comme en atteste particulièrement cet épisode laborieux qui tire sur la corde.

Williamson n'est pas bête : il exploite la Légion maudite (la Légion des Super Héros corrompue par Darkseid), il montre comment la force Oméga est en train de transformer la Terre en une réplique d'Apokolips, il suit Lois Lane et surtout Superboy Prime (amené à jouer un rôle majeur après DC K.O.). C'est du bon remplissage.

Mais c'est quand même longuet. Même en ayant un aperçu de ce que prépare Williamson après DC K.O. (avec ce qu'en dévoilent les sollicitations d'Avril de DC Comics), et qui ne manque pas d'originalité et d'audace, il subsiste ce sentiment de devoir attendre sagement que DC K.O. se termine pour que la série Superman revienne pleinement à son auteur actuel.

Côté visuel par contre, rien à redire : Eddy Barrows, toujours encré merveilleusement par Eber Ferreira et colorisé par Alejandro Sanchez, livre des planches sublimes, riches en détail, avec une narration au cordeau. Il anime la galerie de personnages avec le même dynamisme que s'il disposait de la distribution classique, et même une scène passablement tartignole comme celle avec le Royal Flush Gang passe crème.

Le mois prochain, on devrait au moins avoir droit à une grosse baston, ce qui nous tiendra éveillé. Mais bon, vous l'aurez compris, ce passage obligé pour la série n'est pas ce qu'il y a de plus inspiré.

DETECTIVE COMICS #1105 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Lorsqu'il s'est battu avec le Lion, Batman a reconnu sa technique de combat : celle qu'enseignait Ted Grant/Wildcat à ses élèves. Il en parle à Black Canary qui évoque Leo Kingsford, avec qui elle s'est entraînée. Bruce Wayne a aussi connu Leo à qui il avait attribué une bourse d'études après l'incarcération de son père, un homme de main de la famille Falcone...


Plus cette histoire avance, plus elle est séduisante et je me rends compte que j'ai manqué de patience avec elle au départ, estimant que Tom Taylor n'avait créé un nouveau vilain, le Lion, sans grand intérêt. Or je l'avoue, je me suis trompé : non seulement le Lion est un adversaire plus profond qu'il n'y paraît mais surtout Taylor a su construire une intrigue palpitante autour de lui.


Sans trop en dire, la chute de cet épisode fait penser à celle du onzième épisode de Watchmen lorsque Ozymandias révèle à Rorschach et le Hibou, après leur avoir expliqué son plan pour forcer les grandes puissances à une paix mondiale, qu'il l'a déclenché depuis plusieurs minutes. Le Lion n'est sans doute pas aussi machiavélique et génial que le personnage d'Alan Moore, mais Taylor a compris le principe.


Quand un méchant révèle son plan, c'est souvent un moment théâtral et aujourd'hui, c'est une convention narrative qui provoque le sarcasme à la fois du héros et du lecteur car la ficelle a été usée. Sauf dans le cas précis où le méchant a déjà activé son plan plusieurs minutes avant de le révéler au héros, laissant ce dernier impuissant et sidéré.


Réussir ce genre de coup montre que le scénariste a confiance en son histoire et sa capacité à surprendre le lecteur quand celui-ci pense que tout est déjà joué. Après tout, on en est droit de penser ainsi quand on vient de lire le cinquième chapitre d'un arc narratif et que le dénouement approche. Sauf que, donc, Taylor a réussi sa manoeuvre : on est aussi stupéfait que Batman.

Ce qui permettrait à Taylor de frapper encore plus fort, ce serait d'oser faire ce que Tom King (avec qui il entretient une fausse rivalité parce que des fans les confondent parce qu'ils ont le même prénom et qu'ils écrivent des séries attachées à Batman) : que l'action du Lion coûte la vie à un proche de Batman, comme lorsque Bane a tué Alfred Pennyworth.

Faut-il y voir un présage quand on a découvert il y a quelques jours les couvertures des sollicitations de DC Comics pour Avril prochain où, pour Detective Comics, Batman est devant une pierre tombale avec à ses côtés Green Arrow et Black Canary ? En tout cas, dans cet épisode, deux membres de la Bat-famille finissent très mal en point...

Pour le reste, ce qui souligne l'efficacité du numéro, ce sont les dessins de Mikel Janin, même si il est à nouveau assisté de deux encreurs, Wayne Faucher et Norm Rapmund. L'artiste espagnol dessine, encre et colorise quelques planches sur la fin mais il est clair qu'il a besoin d'aide pour compléter l'épisode. Toutefois Faucher et Rapmund le soutiennent intelligemment (même si Rapmund, comme toujours, retouche quelques éléments, ce qui est pénible).

Janin doit illustrer des scènes exigeantes parfois, avec de la figuration importante et des cases aux dimensions généreuses (comme celle où Mr. Terrific présente son équipe de savants à Batman pour trouver un antidote au virus du Lion). Mais il s'en sort avec les honneurs, et Faucher surtout permet à son dessin de s'épanouir sans être "corrigé".

Tout cela aboutit à un épisode mais surtout un récit particulièrement haletant, très bien écrit et parfaitement mis en images.

jeudi 29 janvier 2026

IRON MAN #1 (Joshua Williamson / Carmen Carnero)


Tony Stark remet un prix qui porte son nom à un jeune inventeur, Adam Ware, inspiré par l'alter ego d'Iron Man. Mais la fête dégénère avec l'irruption de Madame Masque et d'agents de l'A.I.M. qui kidnappent Pepper Potts. Iron Man entre en action mais découvre vite qu'il s'agit d'un leurre...


C'est la grosse sortie de cette semaine (en tout cas chez Marvel) : un énième relaunch d'Iron Man, huit mois après la fin du run écrit Par Spencer Ackerman et dessiné par Julius Ohta qui n'a pas franchement marqué positivement les esprits. L'éditeur a voulu frapper un grand coup en offrant à Joshua Williamson, scénariste vedette chez DC, l'occasion d'écrire la série dont il rêvait.


Ce qui ne signifie pas que Williamson quitte DC au passage, mais visiblement le bonhomme est assez libre de faire ce qu'il veut et donc de travailler chez le concurrent... Pour ma part, la dernière fois que j'ai suivi un run d'Iron Man, ça remonte à 2018-2020 quand Dan Slott et Valerio Schiti s'en occupaient... Et que Slott s'est planté avec l'arc Iron Man 2020 et que Schiti a été réquisitionné pour dessiner Empyre (co-écrit par Slott et Al Ewing).
 

Comme j'aime beaucoup ce que fait Williamson sur Superman, j'étais curieux de savoir s'il pourrait rendre à nouveau Iron Man attrayant. Ce premier épisode est convaincant et prometteur, même s'il joue pour une partie sur du velours en convoquant une ennemie récurrente de Tony Stark. En revanche, le scénariste se montre nettement plus accrocheur et intrigant sur le reste.


De quoi s'agit-il alors ? Comme il l'explique dans le petit laïus qu'il signe à la fin de l'épisode, Williamson est un fan de longue date d'Iron Man pour une raison simple : c'est un héros qui, logiquement, aurait dû devenir un vilain. En effet, Tony Stark est apparu à l'origine comme étant un concepteur et un marchand d'armes, jusqu'à ce qu'il soit enlevé et retenu en otage.

Durant cette période, il a créé sa première armure d'Iron Man à la fois pour s'échapper mais aussi pour survivre car un éclat d'obus s'était logé près de son coeur, menaçant de le tuer à tout moment. Par la suite, durant sa carrière, Stark/Iron Man aura à plusieurs reprises l'occasion de montrer sa nature ambivalente, devenant le frère ennemi de Captain America.

Les deux partenaires au sein des Avengers croiseront souvent le fer à cause de leurs opinions différentes au sujet de la manière de rendre la justice et de mener leurs coéquipiers, jusqu'au climax de Civil War, avec le Registration Act, obligeant les héros masqués à déclarer leur identité secrète pour être supervisés par le SHIELD.

La réflexion de Williamson s'appuie donc là-dessus : Iron Man aurait facilement pu devenir un vilain car son métier originel traçait la voie pour cela et aussi parce que son attitude tout au long de son histoire a prouvé qu'il était loin d'être sympathique. A tel point qu'on peut se demander si, sans le MCU et Robert Downey Jr., Marvel n'aurait pas fini par franchir le Rubicon avec tête de fer...

L'épisode s'ouvre par une séquence où Tony remet un prix qui porte son nom à un jeune inventeur qu'il a inspiré, après s'être demandé pourquoi ce n'est pas à lui-même qu'il l'a attribué. Williamson trouve la bonne note : la mégalomanie de Stark mais aussi une touche d'ironie concentrées en quelques répliques. Puis, très vite, l'action prend le pas : le lauréat est enlevé au nez et à la barbe d'Iron Man.

On apprend ensuite que Madame Masque et l'AIM veulent recréer Iron Man et pour cela ils ont kidnappé des savants qui concouraient pour le prix remis par Tony. Recréer Iron Man, c'est reproduire une arme très dangereuse, et Tony le sait, qui avertit Captain America qui lui-même a averti... vous saurez qui dans un mois !

Williamson affiche toutes les qualités dont on le sait capable : sens du rythme, caractérisation directe, connaissance des personnages et de leur univers, intrigue palpitante. En soi, rien de révolutionnaire n'est proposé, mais cette accroche est suffisamment efficace pour qu'on ait envie de lire la suite. Surtout parce que, comme pour Superman, Williamson n'est pas impressionné par son héros.

Il l'appréhende avec naturel, simplicité, il rassure le lecteur qui souhaite renouer avec un héros qu'il a un peu perdu de vue à force de passer de main en main sans pitch excitant. On a là une sorte de back to the basics, confortable mais séduisant. Madame Masque, Melinda May, Pepper Potts, Captain America (et sûrement ensuite James Rhodes et d'autres) en attestent.

Mais Williamson est assez malin pour surprendre comme il l'a fait avec Superman, son alliance avec Luthor, sa relation avec Lois Lane. Il faut juste souhaiter que Marvel le laisse s'exprimer aussi librement que DC - ce n'est pas gagné quand on connaît l'interventionnisme des editors de la "maison des idées", mais on peut quand même espérer car si Williamson a signé, il a dû obtenir des garanties.

Parmi celles-ci, il y a sûrement eu celle d'avoir un bon artiste, et là, Marvel ne s'est pas moqué de lui (ni de nous) puisque c'est Carmen Carnero qui officie au dessin. Après l'arrêt d'Exceptional X-Men, j'attendais de savoir où elle rebondirait et c'est un plaisir de la retrouver ici, elle qui, auparavant, avait justement brillé sur... Captain America (lors du run de Jackson Lanzing et Collin Kelly).

J'aime beaucoup le trait de Carnero qui a cette particularité de conserver la fraîcheur du dessin au crayon. La technique de l'artiste fait le reste en quelque sorte : Carnero est désormais une graphiste accomplie, à maturité, elle maîtrise sa narration visuelle, son découpage est fluide et puissant à la fois, d'une belle élégance aussi.

On notera que comme pour Steve Rogers, elle a donné à Tony Stark un look moins guindé, avec des cheveux un peu plus long, le retour de la moustache. Elle le fait aussi plus grand (c'est flagrant sur une case en pied où il est face à Pepper Potts). Elle a aussi, comme c'est quasiment la tradition, designé une nouvelle armure, bien meilleure que celle de Ohta.

L'autre avantage d'avoir Carnero, c'est qu'elle est une des rares artistes chez Marvel à pouvoir enchaîner les épisodes, sans perdre en qualité ni en ponctualité. Sur Exceptional X-Men, elle avait produit dix épisodes d'affilée. Sur Captain America : Sentinel of Liberty, onze. Quand on tient une perle rare comme ça, c'est appréciable pour l'éditeur et le lecteur.

Enfin, ses pages sont colorisées par Nolan Woodard qui l'accompagnait déjà sur Exceptional X-Men et Captain America, et il valorise vraiment son dessin sans empiéter dessus, avec une palette riche et nuancée.

Bref, je suis confiant et conquis. Ce qui est devenu rare quand je lis du Marvel.

samedi 24 janvier 2026

WONDER WOMAN, VOLUME 4 : THE ISLAND OF MICE AND MEN (Tom King / Guillem March, Daniel Sampere, Caitlin Yarsky, Jorge Fornes)


WONDER WOMAN, VOL. 4 : THE ISLAND OF MICE AND MEN
(Wonder Woman #20-28)


- #20-21 : MEURTRE SUR LE MONT OLYMPE (Tom King / Guillem March) - Depuis son décès, Hippolyte, l'ex-reine des amazones, réside sur le mont Olympe, bien que sa présence ne soit que tolérée par les dieux. Cette situation va empirer quand elle est accusée d'avoir tué Arès, le dieu de la guerre. Wonder Woman demande à Batman d'enquêter à ce sujet. Mais Zeus pose ses conditions : s'ils n'ont pas prouvé l'innocence d'Hippolyte dans un délai de 24 heures, Batman sera sacrifié...


Ces deux épisodes ne sont pas bizarrement pas mentionnés dans le sommaire de l'album qui sortira en v.o. en Mai prochain (peut-être qu'Urban les traduira). Je veux quand même en parler car ils sont excellents. Il s'agit en surface d'un team-up classique entre Wonder Woman et Batman et d'une histoire écrite entre deux arcs plus importants (après la saga Outlaw-Sacrifice-Fury et la suivante). Sauf que, évidemment, Tom King en profite pour creuser son sillon.

Après la mort de Steve Trevor, c'est une Wonder Woman à nouveau éprouvée par l'accusation de meurtre qui pèse sur sa propre mère qu'on trouve ici. Le scénariste souligne la vulnérabilité de l'amazone et la compassion de Batman pour son cas. La partie enquête du récit est rondement menée et l'identité et le mobile du coupable sont habiles, les investigations étant parasitées par des fausses pistes et le comportement peu coopératif des dieux (Zeus en premier, mais aussi Dionysos, Aphrodite et Héphaïstos).

King s'amuse beaucoup à croquer ces divinités, notamment Aphrodite qui succombe au charme de Bruce Wayne ("avec toi, quand tu veux, où tu veux") et Dionysos dont la quête insatiable de plaisir est le point faible. La personnalité de la victime est elle aussi finement dépeinte, en creux.

Puis le scénariste interpelle le lecteur sur la foi de Batman (qui avoue n'avoir été frappé par elle qu'en rencontrant Wonder Woman). King a certainement été un des auteurs à vouloir le plus approfondir la psyché de Batman depuis des lustres, quand bien même ceux qui l'ont eu en main après son run ont fait peu de cas de ses réflexions, cassant même méthodiquement ce qu'il avait mis en place patiemment (comme le couple BatCat). Et ça se vérifie une fois de plus ici, y compris quand le world's greatest detective est hors-jeu.

Visuellement, le style de Guillem March a, je le sais, ses fans et ses détracteurs. Mais ici, il rend une copie superbe, magnifiée par les couleurs de Tomeu Morey. Il se plie aux contraintes du découpage en gaufrier de neuf cases si cher au scénariste sans que cela l'empêche de composer des scènes remarquablement fluides. Et bien entendu il se régale (et nous avec) en dessinant Wonder Woman et Aphrodite dans toute leur féminité.

C'est vraiment curieux que DC zappe ces deux épisodes.


- #22-28 : L'ÎLE DES SOURIS ET DES HOMMES (Tom King / Caitlin Yarsky, Daniel Sampere, Jorge Fornes) - Autrefois, au début de sa liaison avec Steve Trevor, Wonder Woman a affronté Mouse Man, un minable vilain mégalomane, passionné par les souris et les expériences qu'il pratiquait sur elles (en les dotant d'une taille gigantesque), comme cette fois où il tenta de prendre d'assaut le Capitole...
 

Aujourd'hui, Wonder Woman est à la recherche d'Emelie, l'amazone responsable de la disgrâce de ses soeurs sur le territoire américain. Elle apprend par sa vieille amie Etta Candy qu'elle se trouve sur l'île Moray où elle vient d'accoucher d'une fille. Wonder Woman se voit pourtant interdire par les cadres de la Justice League de s'y rendre en vertu d'un traité signé entre les Etats-Unis et cette île qui ne tolère pas la présence des super héros, responsables selon son gouvernement des malheurs de ses résidents qui en ont fait leur refuge.


Mais Wonder Woman choisit d'ignorer cette interdiction et découvre sur place un système dictatorial mis en place par Mouse Man. Les civils qui s'y trouvent ne peuvent que s'exprimer par deux phrases ("Mouse Man knows", "Mice have ears" : l'Homme Souris sait, les souris ont des oreilles). Sa présence est vite signalée à Carl Dentor/Mouse Man qui envoie des soldats d'élite la stopper - en vain.


Wonder Woman retrouve Etta Candy et Emelie et leur confie Elizabeth, sa fille, le temps qu'elle règle son compte à Mouse Man. Mais l'opération va très mal tourner... Et dans une vingtaine d'années, la Matriarche se venge en éliminant les membres de la Justice League puis les ennemis les plus redoutables de l'amazone en attendant de pouvoir affronter cette dernière...
 

C'est une saga de sept épisodes (en comptant le prélude de l'épisode 22) dans laquelle nous entraîne Tom King avec cette Island of Mice and Men, référence évidente au livre de John Steinbeck, mais aussi parabole sur l'élection présidentielle de Janvier 2021 avec l'assaut du Capitole par les partisans de Donald Trump. C'est d'ailleurs très clairement signifié dans le prélude précité quand Mouse Man et ses souris s'invitent dans le temple de la démocratie américaine.


Toutefois, cette histoire doit aussi se lire comme un avant-goût au prochain arc de la série, qui débutera en Mars prochain en vo : The Wonder War - en Janvier et Février King et Daniel Sampere laissent la place à Stephanie Williams et Jeff Spokes (le temps pour Sampere de souffler et pour King de se consacrer à ses projets pour le DCU de James Gunn, notamment l'adaptation en dessin animé de Mister Miracle dont il sera le showrunner avec Mitch Gerads).


Pour l'heure donc, L'Île des Souris et des Hommes est une espèce de leçon de storytelling dans la manière dont King s'empare d'un vilain absolument grotesque comme Mouse Man et réussit à en faire un adversaire authentiquement flippant et dangereux pour Wonder Woman.

On découvre dans le prélude (#22) et plus tard (#26) les origines de ce qui s'est passé sur l'île Moray, censée être un refuge pour des civils atteints par les actions des super héros et devenue une dictature. Une milice en parcourt les rues, les habitants logent dans des bidonvilles, une police paramilitaire digne de la gestapo supervise le tout et Carl Dentor est le tyran qui a pris le contrôle.

Je ne veux pas vous spoiler le menu de l'ascension de ce vilain mais King abat un travail impressionnant pour nous faire croire comment ce type ridicule parvient à établir un régime de terreur sur une communauté en même temps que le projet initial est voué à l'échec (même en s'isolant, les hommes ne peuvent se prémunir de l'avidité de leurs semblables et donc de la délinquance, du crime).

King est un scénariste obsédé par le langage et si cela se traduit parfois, hélas ! par une tendance prononcée au bavardage, c'est aussi à l'occasion la démonstration que l'oralité est la première des expression que les tyrans musèlent pour asseoir leur autorité. Ai-je besoin de vous rappeler que tous les autocrates s'en prennent d'abord à la liberté d'expression quand ils arrivent aux responsabilités ? Pensez-y la prochaine fois que vous voterez en estimant que ce parti-là, on ne l'a pas essayé dont on ne sait jamais, peut-être fera-t-il mieux...

Sur l'île Moray, Mouse Man n'autorise que deux phrases à ses citoyens : Wonder Woman en fait la découverte avec effarement et le lecteur avec stupéfaction. On pourrait craindre que cette restriction dans le dialogue ne devienne vite exaspérante. En vérité, elle nous oppresse et nous fait sentir la façon dont Carl Dentor aliène la population, la déshumanise.

L'autre point fort de l'intrigue, ce sont ses conséquences directes, immédiates, et à long terme. Un événement tragique va se produire dans l'aventure de Wonder Woman qui créera une de ses futures ennemies pour des raisons évidentes. Qui est la Matriarche ? Vous le saurez en lisant ces épisodes et vous constaterez, médusé, son impact sur la Justice League.

En prédisant un futur très sombre à l'équipe et un duel au sommet avec Wonder Woman, King prend le risque de raconter une histoire qui a tout du What if...?, comme une sorte de saga qui aurait davantage sa place sous le Black Label. Il sera intéressant de voir comment tout cela va être développé - et éventuellement pris en compte par DC pour sa continuité. Tout ce qui semble certain, c'est que l'avènement de la Matriarche aura lieu dans 20 ans.

L'autre aspect qu'il faudra surveiller, car, là, il est plus immédiatement concret, c'est la situation de Wonder Woman vis-à-vis de la Justice League au terme de cet arc. Elle a désobéi aux ordres, enfreint un traité international, rompu clairement avec les préventions de Superman, Batman et Mr. Terrific. Si Mark Waid, en charge de Justice League Unlimited, est beau joueur, il en tiendra compte, mais rien n'est moins sûr (surtout dans une série aussi moyenne et faisant si peu de cas des situations de ses personnages dans leurs propres séries).

Ce serait pourtant dommage. Mais DC peut aussi, légitimement, ne pas avoir envie de poursuivre sur cette voie dans le futur proche, en instaurant une sorte de nouvelle Identity Crisis, en cassant sa Trinité. Jim Lee et Scott Snyder ont d'ailleurs récemment dit qu'aucun nouvel event après DC K.O. ne serait planifié sans une histoire solide. Ce que propose la fin de cet arc de Wonder Woman en serait une, mais je doute quand même que les deux architectes en chef se lancent là-dedans...

Le prélude est dessiné par Caitlin Yarsky dans son style un peu naïf qui convient bien puisque cette partie se déroule dans le passé et vise surtout à montrer le grotesque que représente alors Mouse Man.

Puis Daniel Sampere revient aux commandes et livre une fois encore des numéros assez exceptionnels en termes de qualités narrative et esthétique. Son trait détaillé, notamment en ce qui concerne les décors, les vêtements, les objets, associé à son talent imparable pour camper les personnages aboutit à des planches d'un niveau incroyable. Si King a su insuffler un souffle épique et de la subtilité psychologique à la série, Sampere lui a donné une force graphique unique.

Pour les flashforwards montrant la Matriarche, Jorge Fornes est venu prêter main forte à Sampere. Le contraste entre leurs deux styles fonctionne parfaitement, Fornes élevant encore son niveau de jeu pour délivrer des scènes glaçantes, d'une violence sèche, avec ce qu'il faut de suggestion pour que le lecteur soit tout à fait saisi par la mort des membres de la Justice League ou de quelques méchants.

Et tout ça est encore une fois mis en valeur par les couleurs somptueuses de Tomeu Morey.

Avec ce quatrième tome, Tom King et compagnie opèrent une forme de synthèse en revenant sur des éléments quelque peu négligés lors des trois précédents volumes, en offrant une histoire tout à fait palpitante et en avançant leurs pions pour ce que la série va proposer dans les prochains mois. Une réussite totale.

samedi 17 janvier 2026

POISON IVY, VOLUME 6 : A DEATH IN MARSHVIEW (G. Willow Wilson / Marcio Takara, Brian Level, Ataghun Ilhan)


POISON IVY, VOL. 6 : A DEATH IN MARSHVIEW
(Poison Ivy #31-37)


Poison Ivy se cache désormais avec Janet Mitchell dans la ville fantôme de Marshview et souhaite en découvrir les origines. Elle fait appel à son ancien adversaire Peter Undine qui, grâce à ses pouvoirs, peut révéler les secrets de cet endroit, qui fut un chantier immobilier abandonné après l'échec des promoteurs pour en purger les marécages.


Un seul individu a survécu, au prix d'une atroce transformation, à la malédiction de Marshview. Poison Ivy et Peter Undine tentent de le combattre, sans succès. Janet se réfugie dans la forêt où elle invoque Bog Venus, l'esprit du Vert, qui résout le problème après avoir passé un marché avec la jeune femme pour obliger Ivy le servir...


Ignorant ce à quoi a consenti Janet, Ivy voit débarquer les forces du G.C.P.D. (Gotham Central Police Department) en se demandant comment elles ont pu trouver Marshview qui était à l'abri des regards grâce à un sortilège. Janet et Peter Undine s'enfuient, l'une à Gotham, l'autre à Seattle, pour chercher des renforts, du côté de Killer Croc d'une part, et des Chevaliers Verts de Bella Garten d'autre part.


Leur intervention se solde par l'arrestation de Killer Croc mais Ivy et Janet doivent quitter Marshview pour se réfugier à Seattle auprès de Bella Garten. Toutefois celle-ci n'apprécie pas le retour d'Ivy qu'elle soupçonne, à raison, de vouloir prendre les rênes des Chevaliers Verts. Cependant, l'état de santé de Janet se détériore gravement et Peter Undine prédit qu'elle va mourir...


Avant de passer à la critique de ce recueil, qui rassemble les épisodes 31 à 37, vous pourrez, en cliquant sur le tag Poison Ivy constater que j'ai remplacé les titres et les couvertures des précédents albums de la série par leur version originale. En effet, las d'attendre que Urban veuille bien annoncer les dates de parution de leurs tomes, j'ai vendu ma collection pour la racheter en vo, ce tome 6 compris qui est sorti le 13 Janvier 2026 (alors qu'en vf, il faudra attendre début Mars).


Comme Urban reprend le contenu des tpb vo, si vous suivez encore la série en vf, vous ne serez pas perdus avec mes critiques, même si elle risque de vous spoiler un peu, auquel cas attendez un peu avant de les lire. Bon, ça, c'est dit, c'est fait. Maintenant, place à la critique de ces sept nouveaux épisodes qui, je ne vais pas tourner autour du pot, confirment l'excellence de la série.


A l'heure où j'écris ces lignes, le 40ème numéro de Poison Ivy vient de paraître aux Etats-Unis. Rappelons encore une fois qu'au départ cette affaire ne devait durer que six puis douze épisodes. Je vais encore faire l'éloge de la politique éditoriale de DC qui non seulement ose miser sur des personnages qui n'ont jamais eu de série régulière mais qui soutient ces projets, leur fait de la pub, veille à la tranquillité des auteurs, etc.

Si j'insiste là-dessus, c'est parce que cette semaine je vous ai parlé de l'autre série qu'écrit G. Willow Wilson chez Marvel cette fois, Black Cat, sur laquelle pèse la menace d'une annulation (et quand la rumeur court en ce sens chez Marvel, c'est hélas ! souvent plus qu'une menace). Logiquement, Black Cat va donc s'achever au #10.

Marvel a une certaine franchise, il faut le reconnaître : ils annoncent que toutes leurs séries, en dehors des incontournables de leur catalogue (X-Men, Avengers, Spider-Man), sont signées pour dix épisodes. Si les ventes sont bonnes, elle est prolongée. Sinon, on en restera là. Même ça ne signifie pas que au-delà de dix, c'est gagné : ça peut s'arrêter au #15.

Mais le problème n'est pas là. Quand un éditeur prévient à l'avance que, de toute façon, dix n°, c'est le minimum, est-ce que le lecteur a vraiment envie d'investir dans une série à l'avenir aussi précaire ? Ne vaut-il pas mieux attendre le tpb et lire les dix épisodes d'une traite ? Ou carrément zapper le titre ? 

DC fonctionne différemment. Chez eux aussi, des séries sont annulées, mais au moins ils croient à celles qu'ils lancent, ils font de la pub, du teasing, ils essaient aussi de trouver des équipes créatives attractives. Poison Ivy en est un brillant exemple. Et en ce moment, la campagne DC Next Level, le statu quo qui suivra la fin de DC K.O., bat son plein avec des annonces alléchantes (relances de Batwoman, Lobo, Firestorm, Zatanna, en attendant d'autres titres).

Et la preuve que DC mise dessus, c'est que les stars de la compagnie en parlent : Scott Snyder, Jim Lee, préparent le terrain, se démènent pour que les fans aient envie de lire ce qui arrive. Ce n'est pas le cas chez Marvel : personne n'a parlé de Black Cat par exemple. Et aucune nouvelle série n'est annoncée (par contre vous allez bouffer du Venom).

Mais bref, revenons à Poison Ivy. G. Willow Wilson consacre une partie de ces nouveaux épisodes à Marshview, cette ville fantôme invisible de tous sauf de Poison Ivy et Killer Croc (et de ceux qu'ils invitent là). Les deux premiers chapitres résolvent ce mystère en opposant Peter Undine et Poison Ivy à l'unique survivant d'une opération immobilière qui a viré à la catastrophe des années auparavant.

En soi, cette petite intrigue n'a rien de franchement passionnant (même si le flashback de l'épisode 31 est soigneusement construit). En revanche, il se passe quelque chose de décisif pour la suite quand Janet Mitchell, pour aider Ivy, fait appel l'esprit du Vert, Bog Venus. Les deux passent un marché faustien pour sauver Ivy et en même temps en faire l'alliée du Vert.

Ces deux premières parties sont dessinées par Brian Level. Je ne suis pas fan de son trait, mais il faut avouer que c'est un choix habile pour les illustrations de ce petit arc car il traduit parfaitement le côté flippant, horrifique, pourri de l'endroit. En somme, la laideur du dessin de Level correspond à celle du passé de Marshview.

Puis les trois épisodes suivants exploitent ce qu'a fait Janet à l'insu de Ivy. Marshview est désormais visible de tous, ce qui provoque l'arrivée du GCPD, désormais commandé par Vandal Savage, et qui a donc des méthodes beaucoup plus violentes. Ivy tente de contenir les forces de l'ordre pendant que Janet et Undine vont chercher des renforts chacun de leur côté.

G. Willow Wilson se sert habilement de l'aspect magique de la forêt entourant Marshview avec ces espèces d'accès spatiaux qui peuvent téléporter en un clin d'oeil qui à Gotham, qui à Seattle. Undine se trouve à Seattle et convainc les Chevaliers Verts d'aider Ivy, au grand dam de Bella Garten, la Jardinière, qui n'a toujours pas digéré que Ivy ait refusé de rejoindre sa secte d'écoterroristes.

Marcio Takara revient pour trois épisodes et une fois de plus, il accomplit un travail remarquable, d'une grande beauté, réhaussé par les couleurs somptueuses d'Arif Prianto. J'adore ce que Takara fait sur cette série depuis le début et s'il a besoin de souffler, il revient toujours à son meilleur niveau, gratifiant le lecteur d'images mémorables, avec une narration graphique simple mais éclatante.

Il y a quelque chose de faussement classique chez Takara, qui convoque à la fois l'élégance du trait et un goût pour l'horrifique, sans sombrer jamais dans la facilité, dans la complaisance. Il sait doser ses effets, rendre ses personnages charismatiques, l'action fluide, et on se trouve pris dans ce qu'il raconte parce qu'il sert admirablement, intelligemment le script de Wilson.

Enfin, les deux derniers chapitres se penchent sur Janet qui tombe malade gravement, elle est même à l'article de la mort. Ivy a négligé son amie dont elle ignore la trahison et qu'elle veut absolument sauver donc. Le dilemme est palpitant : le lecteur en sait plus que l'héroïne et attend de voir à quand cette dernière va découvrir la vérité et quelle sera sa réaction.

Wilson nous montre une Poison Ivy rattrapée par ses démons, grisée par le pouvoir, l'emprise qu'elle a sur les Chevaliers Verts, le châtiment atroce qu'elle inflige à Bella Garten. L'ambiguïté du personnage est parfaitement cernée : est-elle vraiment une ancienne méchante qui veut se racheter ? Ou une égoïste qui sacrifie ses amies pour son propre intérêt ? Ou encore une vilaine prête à basculer de nouveau du mauvais côté, lasse qu'on la persécute ?

Ataghun Ilhan, qui avait signé les dessins de Knight Terrors : Poison Ivy, revient pour conclure cette histoire en deux épisodes. On sent qu'il a à coeur de se rattraper après son premier passage calamiteux, et effectivement il produit des pages plus abouties. Il subsiste de grosses maladresses, mais globalement la copie est nettement meilleure.

Le dénouement, que je ne vais spoiler, ouvre la porte à de nouveaux rebondissements spectaculaires. Et DC comme G. Willow Wilson ont déjà teasé de grands et prometteurs développements pour l'année à venir. Qu'on se le dise : Poison Ivy n'a pas fini  de nous étonner et de nous épater. C'est décidément une sacrée série !

jeudi 15 janvier 2026

GREEN LANTERN, VOLUME 4 : CIVIL CORPS (Jeremy Adams, Philip Kennedy Johnson / Salvador Larroca, Xermanico, V. Ken Marion)


GREEN LANTERN, VOL. 4 : CIVIL CORPS
(Green Lantern : Civil Corps Special #1 +
Green Lantern #16-18 +
Green Lantern : Fractured Spectrum #1)


- GREEN LANTERN : CIVIL CORPS SPECIAL #1 (Jeremy Adams & Philip Kennedy Johnson / Salvador Larroca) - Kilowog, désormais devenu un Yellow Lantern, attaque John Stewart sur Terre et lui prend son anneau Darkstar. Avec Star Sapphire et John Stewart, Hal Jordan part pour Thanagar afin de prévenir les habitants de cette planète ainsi que ceux de Rann des manigances de Thaaros. De leur côté, Guy Gardner et Caolan Sheperd entrent en contact avec les résistants sur Oa tandis que Alan Scott affrontent les Oracles complices de Thaaros...


- GREEN LANTERN #16-18 (Jeremy Adams / Xermanico) - Devenue une Red Lantern, Mogo dévaste Thanagar. Hal, John et Star Sapphire sauvent le plus de monde possible avec la flotte de Rann. Thaaros retourne sur Oa pour la détruire. 


Sur place, avec Sojourner Mullein, Simon Baz, Guy Gardner et Caolan Sheperd, Alan Scott élimine les Oracles mais Varron, un durlan (comme Thaaros), en profite pour s'évader de sa cellule de prison et pénètre dans la batterie centrale, suivi par Kyle Rayner.


Le Green Lantern Corps affrontent les Shadow Lanterns de Thaaros tandis que Kyle Rayner combat Varron au coeur de la batterie centrale d'Oa et que Sinestro absorbe l'énergie de Mogo pour l'empêcher de détruire Oa...


- GREEN LANTERN :  FRACTURED SPECTRUM #1 (Jeremy Adams / V. Ken Marion) - Où le Green Lantern Corps fait le point sur la situation après la bataille...

Ce quatrième tome de la série clôt en quelque sorte un premier cycle dans le run de Jeremy Adams. A la fin du numéro spécial Fractured Spectrum (qui sera aussi le titre du tome 5, à paraître le mois prochain), un nouveau statu quo et une nouvelle saga démarre pour lesquels il faudra évidemment avoir lu ce qui précède pour tout comprendre.

Jeremy Adams est donc depuis un an et demi sur la série Green Lantern quand on atteint ce stade, et force est de constater qu'il n'a pas perdu son temps ni ménagé ses efforts pour redonner un vrai souffle épique au titre. Graduellement, il a sur faire monter la tension, augmenter les enjeux, convoquer les personnages emblématiques attachés aux aventures de Hal Jordan, sans oublier de boucler quelques arcs.

Cependant, ce tome 4 propose une narration un peu hachée du fait de deux numéros spéciaux au début et à la fin. Le premier, Civil Corps, ne méritait à mon humble avis pas les quarante pages que lui consacrent Adams et Philip Kennedy Johnson (qui avait écrit John Stewart : War Journal, la back-up story des premiers épisodes de la relance de Green Lantern).

On en retient deux choses : la première, c'est que non, Kilowog n'est pas mort, mais on s'en doutait bien ; et la seconde, c'est que Thaaros lance son assaut final. Mais 40 pages pour ça ? Non, c'est inutilement décompressé et surtout ça ne mérite pas un épisode spécial puisque rien ne distingue particulièrement le contenu du reste de la série.

Enfin, ce chapitre est dessiné par Salvador Larroca et comme je déteste ce qu'il fait depuis toujours, ça a été une vraie punition de devoir me colleter ses planches immondes. 

Heureusement, après ça, on a droit au retour du tandem Jeremy Adams - Xermanico et les deux partenaires font feu de tout bois pendant trois numéros spectaculaires. Tout le monde est là : Hal Jordan, Carol Ferris, John Stewart, Guy Gardner, Kyle Rayner, Simon Baz, Jessica Cruz, Keli Quintela, Sojourner Mullein et même le premier de tous les Green Lantern, Alan Scott, sans oublier Sinestro et même Mogo.

Je peux vous certifier que ça envoie du bois. Xermanico aligne des doubles pages splendides, l'action est permanente, il y a des combats dantesques, des méchants flippants, Kyle Rayner joue les sauveurs, Varron fout les pétoches, Thaaros est déchaîné, Sinestro a droit à une scène grandiose. Vraiment, on est gâté !

On constate surtout que Adams avait un plan qu'il a parfaitement déroulé pendant 18 épisodes et le climax est à la hauteur des attentes. Dans le genre, c'est un modèle et on voit à quel point les editors chez DC sont forts, en soutien des auteurs et non pas en train de les corriger en étant dans leur dos. La preuve ? La série Green Lantern Corps est relancée !

Et puis personne chez DC ne vient alarmer le lecteur en le prévenant que ça risque de s'arrêter au bout de dix numéros si les ventes déçoivent l'éditeur. Du coup, le fan a envie d'investir, de soutenir la série, il n'avance pas la boule au ventre en craignant un dénouement prématuré et bâclé. C'est aussi ça, la qualité éditoriale.

En tout cas, on apprécie que de jeunes auteurs comme Adams, Williamson grandissent et s'affirment aux commandes de séries avec des héros iconiques, cohabitant avec des vétérans (comme Snyder, Waid). Cette diversité chez DC (avec aussi Lemire, Taylor, King, Wilson...), c'est ce qui rend cet éditeur sexy, cool, bien plus que Marvel à mes yeux.

Enfin le dernier Special du tome, Fractured Spectrum, dresse à la fois une sorte de bilan et offre une rampe de lancement pour ce qui va suivre. C'est hélas ! affreusement dessiné par V. Ken Marion. Mais Adams, encore une fois, prouve qu'il a de la suite dans les idées et qu'il n'est pas prêt de lâcher Hal Jordan et compagnie.

Il est vraiment déplorable qu'Urban Comics ait fait n'importe quoi avec cette relance de Green Lantern, qui méritait mieux que ça, et qui, en vf, ne ressemblera plus à grand-chose, avec des épisodes zappés, et un avenir compromis. Mais si vous voulez en profiter, et il ne faut pas hésiter, procurez-vous les tpb (promis, ça ne nécessite pas un niveau d'anglais exigeant).