vendredi 24 mai 2024

BOY KILLS WORLD (Moritz Mohr, 2024)


Boy, un adolescent sourd et muet, est recueilli dans la jungle par le chaman après avoir assisté à l'exécution de sa mère et de sa soeur cadette, Mina, dans le cadre de l'Abattage, rituel annuel organisé par la famille Van Der Koy pour s'assurer de l'obéissance des citoyens de la ville qu'ils contrôlent.


Le chaman entraîne le garçon pour en faire une véritable machine à tuer dans l'objectif de venger sa famille. Un jour qu'ils descendent en ville vendre des fruits qu'ils ont cueillis dans la jungle, ils assistent à la sélection par Gideon Van Der Koy et son beau-frère Glen des douze prochaines victimes de l'abattage. Mais une jeune femme dans la foule des badauds insulte Glen qui, en représailles, dégaine un pistolet et abat un civil.
 

Cela provoque une émeute violemment réprimée par June17, une tueuse à la solde de la famille, et l'armée. Bien que le chaman lui déconseille de s'en mêler car il ne le juge pas encore prêt au combat, Boy désobéit et décide d'en découdre. Il se glisse dans le coffre de la voiture de Glen et pénètre ainsi dans le quartier général des Van Der Koy. Peu après il découvre un atelier où des esclaves assemblent des armes automatiques pour l'armée et un des ouvriers, Bashi, lui propose de le guider jusqu'à Hilda en échange de sa liberté lorsque Glen les surprend.
 

Attention, ça va saigner !...


Sorti au début de ce mois aux Etats-Unis, Boy Kills World s'est méchamment ramassé au box office. Il faut dire que ce n'est pas un spectacle tout public : le film de Moritz Morhr est surtout un ovni complètement barjo, ultra-violent et sarcastique, une sorte de post-John Wick mais vraiment méchant et azimuté.


On s'étonne moins de la nature curieuse de l'objet quand on remarque le nom de Sam Raimi dans les producteurs parce que, justement, Boy Kills World renvoie aux premiers films du cinéaste, la trilogie Evil Dead en particulier, et ses manières débraillées, sans complexes, qui ne laissaient personne indemne tout en ricanant du genre investi (jadis le film de zombies, ici le film de baston).


L'intrigue tient sur un post-it : un garçon façonné par un chaman enfumé comme une machine à tuer (à mains nues la plupart du temps, mais qui vous fera aussi revoir votre façon de vous servir d'une rape à fromage par exemple) veut venger sa mère et sa soeur tuées par la matriarche d'une famille de tyrans. Et c'est parti pour 110' de bagarres folles, quasiment non-stop.

Ajoutez que le héros, Boy, est sourd muet (on lui a percé les tympans et coupé la langue), mais qu'il monologue en voix-off et croit voir sa petite soeur constamment. Les scénaristes, Tyler Burton et Arend Remmen, sur une idée originale du réalisateur, se sont complètement lâchés : rien n'est too much pour eux, ni les combats sanglants, ni les moyens d'éliminer les adversaires innombrables sur la route de Boy, ni la méchanceté et la bêtise crasses des méchants, ni même le twist final et le dénouement encore plus féroce et sentimental que ce qui a précédé.

En fait, Boy Kills World n'a qu'un seul vrai équivalent : celui des cartoons de Tex Avery. Car, même si dans sa dernière partie, l'humour se dissipe pour faire place à une ambiance plus primale, rien n'est réaliste. Le film se joue de lui-même et se vautre dans l'outrance comme un gamin saute dans les flaques pour embêter ses parents. Moritz Mohr pousse les potards à fond, il est grossier, il souligne l'absurdité totale de son projet en testant en permanence la tolérance du spectateur.

Mais le fait est qu'on rigole beaucoup à ces dingueries. Le personnage du résistant Benny s'exprime apr exemple dans un charabia hilarant que fait semblant de comprendre Boy, sur le conseil de sa soeur (ou plutôt du fantôme halluciné de celle-ci). Gideon est le dramaturge de la famille Van Der Koy mais les discours qu'il écrit pour son beau-frère Glen sont remplis de métaphores fumeuses et son vrai moment de gloire est le piège qu'il tend à Boy dans une mise en scène grotesque avant un retournement de situation qui en dit long sur la pathétique du bonhomme.

Même les personnages les plus coriaces sont affublés d'une part de loufoquerie : June27 porte un casque dont la visière voit défiler des propos laconiques remplaçant ses dialogues ("tu vas mourir", "casse-toi"). Melanie se rêve en productrice d'un jeu de massacre qui est surtout très contrariée quand cela ne se déroule pas comme elle l'avait écrit. Quant à Hilda, c'est l'archétype de la matriarche parano dépassée par ce qu'elle a conçu.

Et que dire du chaman ? Il est incarné par Yayan Ruhian qui joue comme s'il était sous LSD, grimaçant à qui mieux-mieux, il est flippant à souhait et révèle des talents de combattant bluffant comme seul un maître des arts martiaux qu'il est en réalité peut l'être (il a déjà brillé dans des actioneers comme The Raid, John Wick...). A tel point qu'il vole chacune des scènes dans lesquelles il apparaît par la folie de son regard et ses prouesses physiques.

Découvrir Boy Kills World après The Fall Guy est instructif car on voit vraiment à quel point les stuntmen créent de véritables exploits. Bill Skarsgard s'est sculpté un corps assez incroyable, tout comme Jessica Rothe dans le rôle de June27 (initialement prévue pour Samara Weaving), et ils ont tous deux assuré un maximum de scènes sans doublures. Mais ce que nous a montrés le film de David Leitch, c'est que si certains acteurs sont capables de faire leurs propres cascades (ou du moins certaines d'entre elles), c'est aussi grâce au travail préparatoire des stuntmen, dont le boulot consiste aussi à prévenir les accidents, à entraîner les comédiens, à superviser le tournage de ces scènes avec le réalisateur.

Famke Janssen, Michelle Dockery, Sharlto Copley et Brett Gelman (particulièrement déchaîné) composent des méchants bien allumés face à Skarsgard, impressionnant (même si c'est vrai que la voix off est parfois un peu envahissante et même superflu dans la dernière ligne droite).

Bref, vous l'aurez compris, Boy Kills World est un long métrage dément, flirtant volontiers avec la série Z mais avec une radicalité sauvage inouïe.

jeudi 23 mai 2024

THE IMMORTAL THOR #11 (Al Ewing / Valentina Pinti)


Thor a fui la Terre pour regagner Asgard. Captain America lui conseille de rester en retrait alors que tout le monde croit qu'il assassiné Dario Agger, le patron de Roxxon. Mais Thor est occupé par ailleurs et il a réuni les enfants d'Odin pour retrouver Tyr...


Mais qu'est-ce que c'est que cet épisode ?! Bon, d'abord, contrairement à ce que j'avais annoncé il y a un mois, non, Martin Coccolo n'est pas de retour au dessin pour ce numéro. D'ailleurs, il en a fini avec The Immortal Thor puisque Tom Brevoort, le nouvel editor de la franchise X-Men, l'a réquisitionné pour en faire l'artiste de la future série Wolverine. Coccolo s'en va donc après huit épisodes...


Je serai Al Ewing, je commencerai à en avoir marre puisqu'on lui fait régulièrement le même coup de pute en lui retirant le dessinateur avec lequel il débute une série. Si encore on lui filait à la place un remplaçant d'un bon niveau, mais non. Et c'est l'autre mauvaise nouvelle de cet épisode.
 

C.B. Cebulski, l'editor-in-chief de Marvel Comics ne s'en cache pas : il a l'intention de faire son marché en Italie, conscient que l'école des fumetti forme des artistes productifs et tout-terrain. Donc, il a sorti de son chapeau Valentina Pinti. Problème : ce n'est franchement pas jojo. C'est même ahurissant de médiocrité, et donc la chute est rude après Coccolo et l'intérim de Ibraim Roberson (déjà que Carlos Magno, c'était pas fameux le mois dernier, mais là, c'est encore pire).


Avec ces personnages qui ont des tronches pas possibles, l'absence quasi-générale de décors, un découpage brouillon et des compositions dégueulasses, qu'a-t-on fait pour mériter ça ? Alors oui, en Italie, on trouve Gigi Cavenago, Valerio Schiti, de grands artistes. Mais ça n'en fait pas le pays de Cocagne des comics.

Enfin, parce qu'on va pas y passer la journée : cet épisode est tout simplement wtf au possible. Le mois dernier, Al Ewing nous laissait sur un cliffhanger terrible. On imaginait qu'il allait enchaîner directement sur les conséquences de ce dénouement. Que nenni : Le scénariste part sur tout autre chose... En se greffant sur G.O.D.S. de Hickman et Schiti !

L'épisode s'ouvre bien sur une communication entre Captain America (Sam Wilson) et Thor qui a regagné Asgard pour échapper aux maléfices d'Amora l'Enchanteresse (et accessoirement à une arrestation pour meurtre puisque c'est sa hache Tormgod qui a tué Dario Agger - mais ça, visiblement aussi, ça peut attendre...). Captain America répond que c'est OK (ah bon ?!), qu'il le tient au courant des développements de l'affaire (donc les Avengers couvrent leur collègue soupçonné de meurtre... Cool...).

Thor a d'autres chats à fouetter. Au lieu de chercher à remédier aux maléfices de l'Enchanteresse, à confondre Skurge, le dieu du tonnerre, le Père-tout-puissant d'Asgard convoque tous les enfants d'Odin pour retrouver l'un d'eux, Tyr. Comment dire ? C'est sidérant de la part d'Ewing qui a l'air de se contrefoutre de l'intrigue en cours et part ailleurs, comme ça, sans se gêner. A se demander si un editor ne lui a pas imposé de quitter l'autoroute pour une départementale.

Tout ça est très curieux, ça ne ressemble pas à Ewing, qui est un auteur très attaché à une narration qui creuse son sujet sans en dévier... Vraiment, je m'interroge. Et c'est d'autant plus bizarre que donc Thor et ses demi-frères, demi-soeurs s'introduisent dans ce que Hickman a mis en place dans G.O.D.S., c'est donc un crossover. L'Intermédiaire avec ses boîtes qui apparaissent ici sans que rien ne nous y est préparé, ni Ewing, encore moins Hickman.

Encore plus troublant, Ewing qui a recaractérisé superbement Loki en fait à nouveau un individu fourbe, cachottier. Je ne veux pas en dire trop non plus au risque de spoiler, mais tout ici est lourdingue, maladroit, emprunté, bancal. Que Balder, Angela, Hermod, et Loki soient présents à cette réunion de famille, OK. Mais J'ignorai que Honir ? Ullr ? Bragi (avec un look improbable au possible de surfeur hawaïen)? Vidar ? Qu'est-ce que c'est que cette clique ? J'avoue volontiers ne pas connaître tout l'arbre généalogique de la famille d'Odin, mais tous ces personnage d'un coup, ça m'est resté sur l'estomac.

Et puis voir surgir dans The Immortal Thor ce que Hickman a mis en place dans G.O.D.S., ça m'a mis mal à l'aise. J'avais l'impression que Hickman avait le contrôle de tout ça et, bon, même si Ewing est le plus légitime pour l'exploiter (dans la mesure où Thor est un comic-book avec des dieux), j'aurai préféré que l'univers de G.O.D.S. reste (encore un peu) dans son coin, surtout à un mois de la fin de sa parution (et alors qu'on ignore toujours s'il y aura une suite).

Je suis perturbé par tout ça : c'est mal écrit, très mal dessiné, toute la série semble d'un coup partir en cacahuète, ça ne me plaît pas. Ce n'est pas la première fois que Marvel fait n'importe quoi avec une série de qualité, surtout quand elle est écrite par Al Ewing (un des meilleurs auteurs de l'éditeur actuellement même s'il ne semble pas être estimé à sa juste valeur). Mais c'est quand même flippant. 

Le mois prochain, ce sera le n°12, donc la fin de la première année de publication de The Immortal Thor (et j'espère la fin de cette histoire). J'attends les sollicitations pour Août pour savoir qui sera le futur artiste régulier et des indices sur les intrigues à venir. Si je ne suis pas rassuré, j'arrête les frais.

mercredi 22 mai 2024

THE FALL GUY (David Leitch, 2024)


Colt Seavers, cascadeur à Hollywood, est la doublure officielle de la star du cinéma d'action Tom Ryder. Mais après s'être gravement blessé lors d'une chute, il abandonne sa carrière et sa petite amie, Jody Moreno, assistante réalisatrice. Dix-huit mois plus tard, Colt est devenu voiturier pour un petit restaurant mexicain quand il reçoit un appel de Gail Weber qui lui raconte que Jody met en scène son premier film et veut qu'il double à nouveau Tom Ryder



Colt arrive sur le tournage à Sydney, en Australie, où il retrouve son ami, coordinateur des cascades, Dan Tucker, mais découvre surtout que Jody n'a jamais demandé à ce qu'il vienne. Le scénario de son film est d'ailleurs un moyen d'exprimer ses griefs contre lui. Mais il y a plus embarrassant comme le lui révèle Gail : Tom Ryder a disparu après avoir eu des démêlés avec son dealer et elle lui demande de le retrouver avant que son absence soit remarquée par le studio qui pourrait alors arrêter le production.


Parce qu'il espère que cela lui vaudra à nouveau les bonnes grâces de Jody, Colt accepte de mener l'enquête et se rend à l'appartement qu'a loué Ryder à Sydney, où il tombe nez à nez avec la copine de ce dernier, Iggy Starr. Elle lui donne l'adresse d'un club en ville où il avait l'habitude de rencontrer son dealer, Dune. Mais celui-ci ignore où est passé l'acteur qui lui doit de l'argent. Une bagarre éclate pour que Colt paie à sa place mais il se débarrasse de Dune et de ses sbires.


Colt gagne l'hôtel où loge l'équipe du film et trouve dans la baignoire remplie de glace de sa chambre le cadavre de Ryder. Il ressort avertir la police qui, quand elle arrive sur les lieux, constate avec lui que le cadavre a disparu ! L'affaire prend une tournure encore plus inattendue quand, le lendemain, Gail renvoie Colt aux Etats-Unis en prétextant qu'on n'a plus besoin de lui. Evidemment, il refuse d'en rester là car tout ça l'intrigue trop et surtout parce que Jody est prête à lui pardonner...
 

Depuis la première bande-annonce de The Fall Guy, j'ai eu très envie de voir le nouveau film de David Leitch. J'avais déjà beaucoup aimé son précédent opus, Bullet Train (2022). Mais en vérité, cela remontait à plus loin...


Si, comme moi, vous avez grandi dans les années 80, alors vous avez sûrement regardé L'Homme qui tombe à pic, entre 1981 et 1986, avec Lee Majors et Heather Thomas - c'était diffusé en milieu d'après-midi le dimanche sur Antenne 2. J'étais un grand fan de Lee Majors depuis L'homme qui valait trois milliards et quand il devint le cascadeur chasseur de primes Colt Seavers, je ne ratais pas un épisode. Saviez-vous que c'était lui qui chantait la chanson du générique en vo ?


Le cinéma et les cascadeurs sont intimement liés, depuis les acrobaties insensées de Buster Keaton jusqu'à celles de Jackie Chan. En France, Jean-Paul Belmondo a été longtemps méprisé par certains critiques qui voyaient en lui davantage un casse-cou qu'un acteur parce qu'il n'était pas doublé. Dans les années 70, Burt Reynodls et Hal Needham formèrent un duo sur les plateaux qui en fit des stars chacun dans leurs parties. Récemment, Quentin Tarantino a créé un personnage immédiatement iconique avec Cliff Booth dans Il était une fois à Hollywood.

Pourtant, à l'heure où de plus en plus de cascades sont recréées grâce aux effets spéciaux, le statut des stuntmen est menacé. A part Tom Cruise, qui a bâti beaucoup de ses succès sur ses propres prises de risque, on ne sait plus qui fait quoi. Et donc The Fall Guy est une sorte de lettre d'amour aux travailleurs de l'ombre de l'industrie hollywoodienne, ces gars et ces filles qui risquent leur peau pour des cascades qu'on attribue aux stars.

David Leitch, le réalisateur, est lui-même un ancien stuntman, il a été la doublure de Brad Pitt, de Matt Damon, et il a filmé et entraîné Keanu Reeves sur le premier John Wick, le film d'action qui est devenu le nouveau standard du genre. 

De la série télé originale, Leitch et son scénariste Drew Pearce ont quasiment tout évacué, à l'exception du héros, Colt Seavers, même si celui-ci désormais n'arrondit plus ses fins de mois en jouant au chasseur de primes. Est-ce pour cela que le film a sous-performé au box office alors qu'il semblait promis à un score élevé ? Peut-être. Mais pas sûr.

The Fall Guy est vraiment réussi : les personnages sont superbement caractérisés, et même la partie romantique de l'intrigue entre Colt et Jody est étonnamment bien incarnée. Le complot au centre duquel Colt se trouve est très bien ficelé et le spectateur ne se doute de rien jusqu'à ce que les coupables soient identifiés. Les seconds rôles sont taillés sur mesure, le rythme est implacable, il y a un mix idéal d'action et d'humour. On sent vraiment que tout a été mis en oeuvre pour aboutir à un résultat solide, entraînant, divertissant, de qualité, avec une réalisation au cordeau par un type qui connaît son affaire sur le bout des doigts.

Alors pourquoi, sans être un bide, The Fall Guy rentrera à peine dans ses frais et n'aura donc sans doute jamais la (voire les) suite(s) espérée(s) ? Peut-être parce que le film explore quelque chose que ne voulait pas voir le public ou en a trop montré avant sa sortie. En effet, la promo a été intense, les acteurs et le réalisateur se sont beaucoup exprimés, notamment en voulant réhabiliter les cascadeurs - déjà, lors de la cérémonie des Oscars, où ils ont réclamé à l'Académie une statuette pour ces cols bleus de l'industrie.

Durant les interviews, les featurettes, les trailers, la campagne de pub de The Fall Guy a montré les coulisses des meilleures, des plus spectaculaires cascades du film et les stuntmen qui les ont accomplies. C'est jubilatoire, mais n'était-ce pas trop ? En tout cas, il faut bien reconnaître qu'il n'y avait plus grand-chose à découvrir une fois le film en salles après avoir appris les huit tonneaux et demi (record mondial) effectués en voiture par Logan Holladay (scène d'ailleurs montée de manière trop découpée pour qu'on l'apprécie à sa juste valeur) par exemple. C'est ballot.

Pour ma part, j'ai tout de même énormément apprécié le film, même s'il diffère beaucoup du matériel original. C'est palpitant, marrant, sentimental et servi par un casting quatre étoiles. Ryan Gosling se réinvente de plus en plus en néo king of cool et ça lui va à merveille, surtout depuis que Barbie a mis en lumière son sens du timing comique insoupçonné. Emily Blunt n'est pas pas comédienne favorite mais de toue façon Gosling sait valoriser n'importe laquelle de ses partenaires et c'est encore le cas ici. Hannah Waddingham compose une productrice magouilleuse jubilatoire et ça fait plaisir de la revoir après la fin de Ted Lasso. Aaron Taylor-Johnson est très drôle dans un numéro où il parodie les stars qui se comportent en divas. Duke Winston aurait mérité un peu plus de temps à l'écran.

Et, sans spoiler, oui, Lee Majors et Heather Thomas font une apparition à la fin, et ça, c'est top.

Si vous avez zappé The Fall Guy en salles, rattrapez-vous vite !

mardi 21 mai 2024

MOTHERS' INSTINCT (Benoît Delhomme, 2024)


Années 1960. Dans leur banlieue chic, Celine et Alice sont deux voisines, toutes deux mères de garçons du même âge. Alice organise une fête surprise pour l'anniversaire de Celine au cours de laquelle cette dernière et son mari, Damian, remarque des tensions dans le couple de leur amie et de son époux Simon (elle aimerait retravailler comme journaliste dans un quotidien de presse écrite, il est réticent). 


Le lendemain, Max, le fils de Celine et Damian, manque l'école, fiévreux. Mais Alice le remarque plus tard dans la matinée, debout sur le bord du balcon de sa chambre en train d'essayer d'accrocher à la branche d'un arbre le nichoir qu'il reçu en cadeau la veille. Elle court avertir Celine mais quand celle-ci atteint la chambre, son fils a fait une chute mortelle.


Après l'enterrement, Celine s'absente pendant un mois pour se remettre. A son retour, elle se réconcilie avec Alice qu'elle avait évité après le tragique accident de Max. Theo, le fils d'Alice et Simon, se rapproche de Celine au point de l'inviter à sa fête d'anniversaire, malgré les réserves de sa grand-mère qui ne trouve pas cela très approprié. D'ailleurs, cette dernière est foudroyée par un infarctus après les festivités.


Alice soupçonne quelque chose et demande à ce que soit pratiquée une autopsie qui révèle que sa belle-mère ne prenait plus ses médicamentes pour le coeur. Elle se met alors à soupçonner Celine dont le comportement envers son fils est de plus en plus invasif...


En dire plus serait criminel car Mothers's Instinct est un film positivement surprenant. Mais d'abord revenons sur sa genèse. Au départ, il y a le roman de Barbara Abel, Derrière la haine, qui est adapté une première fois en 2018 sous le titre Duelles, par le réalisateur Olivier Masset-Depasse, avec dans les rôles principaux Vicky Kripes et Anne Coesens.


Pas vraiment un gros succès au box office mais suffisant apparemment pour attirer l'attention de la société de production de Jessica Chastain qui en acquiert les droits pour un remake. Mieux même : la star souhaite que Masset-Depasse en reste le réalisateur. Sauf que celui-ci finit par décliner l'offre et c'est au directeur de la photographie Benoît Delhomme que revient le poste.
 

Delhomme est déjà connu aux Etats-Unis (on lui doit entre autres la photo sublime de Inside Llewyn Davis des frères Coen). Entre temps, Chastain convainc son amie Anne Hathaway (avec qui elle partagea l'affiche d'Insterstellar de Christopher Nolan, même si elles n'avaient aucune scène ensemble) de rejoindre le projet.

Mothers' Instinct commence comme un suburban drama classique, il évoque d'ailleurs ouvertement des séries comme Desperate Hosewives ou Why Women Kill, avec ses deux héroïnes névrosées dans les années 60. Celine et Alice sont des mères au foyer entretenues par leurs riches et beaux époux mais qui s'ennuient dans leur existence étriquée. En revanche, ce sont deux mères aimantes, très attachées à leur progéniture qu'un tragique accident va éprouver quand Celine perd son fils.

La riche idée du casting est de ne pas avoir donné les rôles aux actrices les plus prévisibles. Anne Hathaway endosse celui de Celine, la plus durement frappée, alors que Jessica Chastain interprète Alice, son amie. En brouillant ainsi les cartes, le récit devient plus imprévisible car on n'imagine pas la douce et belle Hathaway dans la peau d'une femme qui va dérailler tandis que Chastain joue celle qui sombre (à tort ? A raison ?) dans la paranoïa.

L'autre réussite du scénario, c'est d'écarter les maris. Damian s'isole et sort du cadre, on ne fait que deviner les tensions dans son couple, son alcoolisme suite au drame, ses reproches tacites contre sa femme. Simon est un peu plus présent avec Alice mais il se montre perplexe devant les soupçons de celle-ci et préfère rester à distance.

On se concentre donc sur les deux amies et entre elles sur Theo, le fils d'Alice, envers qui Celine adopte un comportement de plus en plus déroutant. Elle s'y attache démesurément d'abord, et le spectateur interprète ça comme une manière pour elle de rapporter l'amour qu'elle avait pour son enfant sur celui de sa meilleure amie. C'est dérangeant, mais pas choquant.

Toutefois, ça va le devenir à mesure que le script et la réalisation nous suggère que peut-être Celine est vraiment capable du pire. Et si, en fait, elle cherchait à éliminer Theo, comme si elle voulait que Alice éprouve la même peine atroce qu'elle ? La mort de la grand-mère du garçon, dans des circonstances troubles (l'autopsie révèle qu'elle ne prenait plus ses médicaments pour le coeur et le mari de Celine travaille justement dans l'industrie pharmaceutique), souligne le malaise.

Ne croyez pas pourtant que Mothers' Instinct a révélé toute sa perversité. Jusqu'au bout, le spectateur ne verra rien venir. On est aussi inquiet que Alice, tout en compatissant pour Celine. Il y a des scènes vertigineuses, comme lorsque Theo veut lui aussi se jeter du balcon de sa chambre et qui remettent une pièce dans la machine. On ne sait littéralement jamais sur quel pied danser dans cette histoire qui se mue en un suspense parfait.

Pour ses premiers pas derrière la caméra, Benoît Delhomme s'en sort donc magistralement. Il sait créer une ambiance perturbante, le rythme est parfaitement dosé, les rebondissements jamais outranciers. Et sa direction d'acteurs témoigne d'une vision aboutie.

Anne Hathaway est extraordinaire d'ambiguïté en Celine, cette femme que le deuil pourfend complètement. Face à elle, Jessica Chastain est également exceptionnelle en voisine les nerfs à vif (seule bizarrerie : pourquoi s'est-elle teinte en blonde alors que c'est une splendide rousse, dont l'enfant est également roux dans le film ? C'est un détail, mais ça n'a cessé de m'interroger pendant tout le film). Josh Charles et Anders Danielsen sont évidemment éclipsés mais c'est un choix dans la narration, pas un manque de talent.

En tout cas, la prochaine fois que vous verrez un gamin à un balcon, vous allez sérieusement flipper après avoir vu Mothers' Instinct.

dimanche 19 mai 2024

MINOR THREATS, VOLUME 1 : A QUICK END TO A LONG BEGINNING (Patton Oswalt & Jordan Blum / Scott Hepburn)


Twilight City. Frankie Follis est une ex-super vilaine qui a sévi sous le pseudonyme de Playtime aux côtés de sa mère, Toy Queen. A présent, cette dernière a raccroché et Frankie, après plusieurs séjours derrière les barreaux, est devenue barmaid dans un tripot fréquenté par des super malfrats. Son ex-mari élève leur fille à qui elle rend visite sans réussir à regagner leur confiance.



Un soir pourtant tout va basculer pour Frankie et ses clients quand Snake Stalker déboule dans le bar avec son partenaire Reptilian gravement blessé. Celui-ci a échappé de peu à la mort sous les coups de The Insomniac, un super-héros dont le sidekick, Kid Dusk, a été enlevé et assassiné par The Stickman, un déséquilibré.


L'équipe de super-héros The Continuum avertit Twilight City que The Stickman est activement recherché et quiconque l'aidera sera sévèrement puni. Frankie Follis craint pour sa sécurité, celle de ses proches, de tout son quartier et a alors une idée : convaincre quelques-uns de ses clients à débusquer The Sitckman avant The Continuum et le livrer aux héros, mort ou vif...


Alors que, actuellement, le deuxième volume de Minor Threats est publié (deux épisodes sur quatre déjà parus), j'ai eu envie de revenir sur cette série initialement sortie en 2022 et qui fut un de mes coups de coeur à l'époque.


A l'origine de ce projet, on trouve le comédien Patton Oswalt, un grand fan de comics super-héroïques (il a notamment prêté sa voix pour le dessin animé M.O.D.O.K. ou pour Matthew le corbeau dans la série Sandman, a incarné Pip le Troll dans Les Eternels de Chloe Zhao). Il s'est associé au scénariste Jordan Blum pour créer Minor Threats.

Leurs efforts leur ont valu les louanges de nombreuses célébrités (Neil Gaiman, Taïka Waititi...) et elles sont méritées. Toutefois, il vaut mieux prévenir le fan qui n'apprécie pas qu'on pastiche ses comics favoris car cette lecture s'amuse volontiers à revisiter quelques figures bien connues. On y croise ainsi un ersatz de Batman et du Punisher avec the Insomniac, de Robin avec Kid Dusk, the Continuum évoque la Justice League ou les Avengers, Frankie Follis/Playtime s'inspire clairement de Toybox (cf. Top 10 d'Alan Moore, Gene Ha et Zander Cannon), etc.

Toutefois, Minor Threats ne saurait se résumer à un exercice de style : Oswalt et Blum ont élaboré une intrigue solide et nerveuse, établi un univers dense, et si ce premier volume ne compte que quatre numéros, c'est très mouvementé et donc, un deuxième tome est en cours de publication et des spin-off sont déjà annoncés.

L'argument est simple et accrocheur : que se passerait-il si un super criminel fou (the Stickman, le Joker de Twilight City) tuait le partenaire d'un super-héros aux méthodes expéditives (the Insomniac remplaçant Batman) ? Fou de chagrin et de colère, ce dernier se lancerait à la poursuite du tueur avec, ici, l'intention de le supprimer tandis que ses acolytes ratisseraient les bas-fonds. Mais surtout les super-vilains pourraient se liguer pour mettre la main les premiers sur le fugitif, histoire que les justiciers ne s'en prennent à eux, ne détruisent leur quartier, ne ruinent leurs trafics, ne menacent leurs proches, etc.

Evidemment, pour pimenter tout ça, c'est à des vilains de second ordre que Oswalt et Blum vont s'intéresser, afin que l'issue de leur récit soit imprévisible. Les Menaces Mineures sont donc ici Playtime, une voleuse qui a raccroché après plusieurs séjours en prison ; Brain Tease, un gredin aussi vantard que ridicule ; Scalpel, une chirurgienne clandestine ; Pigeon Pete, un vétéran dépassé ; et Snake Stalker, un malabar dont l'ami (amant) a été rudoyé par the Insomniac.

Tous les cinq s'aventurent donc dans les bas quartiers en quête de the Stickman en devant déjouer la surveillance des super-héros et sans éveiller les soupçons de la communauté des super-bandits. On découvre que, poussés dans leurs retranchements, cette bande de seconds couteaux aux pouvoirs improbables, s'avère très complémentaire et ingénieuse, même si elle se trouve souvent prise entre deux feux et risque constamment sa peau. Par ailleurs, on apprend qu'il y a un traître dans leurs rangs...

Oswalt et Blum ne se contentent pas de servir un divertissement plaisant, marrant souvent, dramatique aussi : ils réfléchissent à ce qui sépare héros et vilains, bons et méchants dans une situation de crises. Et on mesure que dans ce contexte un justicier peut devenir aussi cinglé et violent que celui qu'il traque, qu'une équipe de super-héros adopte volontiers l'attitude d'une milice se moquant des procédures alors que leurs adversaires répondent encore à un code d'honneur. Surtout, ils dépeignent cette communauté de voyous costumés comme une famille de coeur, soudée, solidaire, n'appréciant pas qu'en leur sein se trouve un maniaque ou traître, et sachant négocier une paix des braves à l'issue de la bataille.

Scott Hepburn est l'artiste parfait pour cette série : voilà encore un dessinateur dont les Big Two n'ont su que faire, l'utilisant comme doublure ou le plaçant sur des titres sans avenir. Hepburn a ainsi suppléé Chris Bachalo sur Spider-Man/Deadpool ou illustré les aventures modernes de Drax the destroyer. Puis quand les scénaristes de Minor Threats ont fait appel à lui en lui proposant d'être co-créateur, il s'est investi avec passion dans ce projet.

Son dessin regorge d'énergie et appuie sur un sens certain de l'exagération dans les physionomies et les expressions. On est à la limite du cartoon, sans y tomber complètement. En témoigne le soin apporté aux designs des personnages, de leurs costumes, la diversité de leur apparence, mais aussi des décors (la ville existe vraiment, et les bas quartiers sont très détaillés). Le découpage encadre avec rigueur cette folie et assure une lisibilité de tous les instants.

A ce jour pourtant, aucun éditeur français (à ma connaissance en tout cas) ne s'est préoccupé de traduire Minor Threats alors que c'est quand même publié en vo chez Dark Horse. Donc, en attendant un éventuel tome en français, procurez-vous le trade paperback, qui propose son lot de bonus. 

samedi 18 mai 2024

CHALLENGERS (Luca Guadagnino, 2024)


2006. Patrick Sweig et Art Donaldson , amis d'enfance, remportent le tournoi junior de l'U.S. Open en double messieurs. Lors d'une soirée, ils font la connaissance de Tashi Ducun, jeune joueuse très prometteuse dont ils sont tous les deux amoureux et qu'ils invitent à boire un verre dans la chambre qu'ils partagent pour parler tennis. Mais l'ambiance se réchauffe quand elle les invitent à ses côtés sur le lit et qu'ils l'embrassent à tour de rôle. Elle promet alors de donner son numéro de téléphone à celui qui gagnera la finale junior en simple messieurs le lendemain.

 


C'est Patrick qui remporte la partie et le coeur de la jeune femme. Il rejoint le circuit professionnel alors que Art et Tashi s'inscrivent dans la même académie pour s'améliorer. Art pense que Patrick, souvent absent, ne prend pas son couple au sérieux et quand il rejoint Tashi, ils se disputent sur leurs ambitions sportives et sentimentales. Fâché, Patrick n'assiste pas au match que dispute Tashi et au cours duquel elle se blesse gravement au genou droit. Quand il resurgit à l'infirmerie, avec Art déjà là, Patrick est congédié sans ménagement par la jeune femme.


Malgré ses efforts pour renouer avec son plus haut niveau, Tashi renonce à sa carrière et Art la convainc de devenir son coach. Les années passent et ils deviennent amants puis époux et parents d'une petite fille. La carrière de Art en fait un champion que les sponsors s'arrachent. Mais la compétition la lasse. Pour le motiver avant l'U.S. Open, Tashi l'inscrit au tournoi de New Rochelle. Où Patrick, dont la trajectoire décline depuis longtemps, espère bien décrocher une invitation pour l'US Open...
 

Depuis le succès de Call me by your name, la carrière de Luca Guadagnino a, comme celle du personnage de Patrick Zweig, décliné sérieusement. Pourtant, ça ne l'empêche pas d'attirer des acteurs renommés. Ainsi, il a signé un remake de Suspiria (un classique de Dario Argento) puis une romance cannibale (Love and Bones, avec à nouveau Timothée Chalamet), et dans les prochains mois il sortira un nouvel opus avec Daniel Craig puis encore un autre avec Andrew Garfield et Julia Roberts.


Challengers est donc l'occasion pour Guadagnino de se refaire une santé avec de jeunes comédiens en plein boum. La critique a bien accueilli cet effort tout comme le public. Désormais disponible en VOD, j'en ai profité pour découvrir ce long métrage et vérifier s'il méritait ces louanges.


Sans être parfait, loin s'en faut, c'est effectivement concluant. Bon, c'est bien trop long pour ce que ça raconte (131' !), le cinéaste ne peut s'empêcher de racoler quelque peu avec un homo-érotisme facile, et sa réalisation semble davantage se concentrer sur la manière de rendre les matchs de tennis visuellement distrayant que sur la direction des acteurs et le traitement du script. Mais dans l'ensemble, ça fonctionne.


Ce qui m'a frappé, c'est que, justement, le scénario  de Justin Kuritzkes aurait pu raconter bien des choses sur le tennis, ses joueurs, leur rivalité, leurs amours, mais finalement, cela aboutit à une histoire de triangle amoureux très classique, une sorte de Jules et Jim dans le milieu de la petite balle jaune, sans le lyrisme du classique de Truffaut, encore moins son aspect romantique et tragique.

Au centre de l'intrigue, la belle Tashi, destinée à devenir une championne, joue avec les coeurs de deux beaux et jeunes tennismen. Elle se donne à l'un avant de le quitter pour un motif très artificiel (le punissant pour une blessure dont il n'est aucunement responsable et qui met fin prématurément à sa carrière). Inévitablement, elle tombe dans les bras de l'autre dont elle devient le coach, puis la maîtresse, puis la femme. Avant que le premier prétendant ne resurgisse et ne sème le trouble dans leur "trouple"...

Tout ça est cousu de fil blanc, et ni le scénariste ni le réalisateur ne font même semblant d'essayer de déjouer les attentes du public. Sauf qu'ils créent presque sans le faire attention un personnage plus attachant que les deux autres et qui fait dérailler cette mécanique pour raconter quelque chose de plus touchant, de plus vibrant aussi, de plus trouble surtout.

Le personnage de Tashi rappelle des championnes précoces au destin plus ou moins contrariés (j'ai pensé à Monica Seles, dont la carrière ne se remit jamais d'une agression au couteau par un fan dérangé). Celui de Art évoque les machines à gagner imperturbables comme Borg, Federer (même si son interprète, lui, dit s'être inspiré d'Agassi - c'est complètement loupé car Agassi était bien plus extravagant même s'il a avoué, une fois retraité, avoir souvent détesté la compétition). Mais c'est bien Patrick qui s'avère le plus intéressant, celui qu'on aime le plus, parce que c'est l'archétype du loser magnifique, celui dont on souhaite qu'il prenne sa revanche.

Guadagnino s'échine donc comme un beau diable à filmer les échanges sur les court avec le plus d'imagination possible : on a droit à la caméra-balle (qui aurait tendance à vous donner la nausée), à des panotages de caméra hyper rapides (pas génial pour la lisibilité de l'action), moult plongées et contre-plongées, des plans filmés à travers des transparences (comme si les joueurs étaient debout sur une surface transparente comme du verre)... Tout ça est rigolo au début, lassant à la fin. Dans le même genre, il existe un film, méconnu et charmant, La Plus Belle Victoire (Richard Loncraine, 2004, avec Kirsten Dunst et Paul Bettany), qui était bien plus sobre et tout aussi efficace.

Construit de façon non-linéaire (avec de fréquents allers-retours présent-passé), le film produit un effet de superficialité constante, comme s'il fallait absolument compliquer quelque chose qui est pourtant très simple mais qui tue dans l'oeuf beaucoup de l'émotion potentielle.

Reste donc les trois acteurs principaux. Zendaya est une nouvelle impeccable, cabotine jusque ce qu'il faut, avec ce charme affolant, cette présence, ce charisme indéniables. Mike Faist est un peu fade en champion fatigué. Par contre, Josh O'Connor domine tout le film avec une composition d'ex-espoir déchu, dont on ne sait jamais s'il est un tire-au-flanc provocateur ou simplement un type brisé par un chagrin d'amour jamais cicatrisé. C'est lui le meilleur personnage du film, son meilleur joueur.

Parfois horripilant, parfois fulgurant, frimeur mais prenant, Challengers a vraiment les qualités de ses défauts (à moins que ce ne soit le contraire). Pas suffisant pour faire de Guadagnino le grand cinéaste qu'il pense être. Mais largement pour confirmer que Zendaya et Josh O'Connor sont, eux, déjà en haut du classement ATP.

vendredi 17 mai 2024

FREE FIRE (Ben Wheatley, 2016)

 

Par une nuit froide de 1978, alors qu'ils rejoignent en camionnette leurs camarades de l'I.R.A. Chris et Frank, Stevo raconte à Bernie comment la veille il a été frappé par le cousin d'une fille à laquelle il demandait une faveur sexuelle. Les deux jeunes hommes retrouvent à l'extérieur d'un entrepôt Chris et Frank en compagnie de Justine, qui a organisé leur rencontre avec des marchands d'armes. Ord, le représentant de ces derniers, les fait entrer dans l'entrepôt.



Ils font la connaissance de Vernon et de son partenaire Martin, suivis de Harry et Gordon. Malgré le tension ambiante et le fait que Vernon se soit trompé de marque de fusils, la transaction s'opère. Harry et Gordon déchargent les caisses d'un van tandis que Chriss remet une mallette pleine d'argent à Martin qui vérifie que la somme correspond au prix fixé.


Mais la situation dérape brusquement car Stevo reconnaît Harry, l'homme qui l'a frappé la veille, et réciproquement. Justine et Ord cherchent à calmer les deux hommes et Stevo accepte de présenter des excuses pour son comportement. Avant de se vanter de ce qu'il a fait à la cousine de Harry. Celui-ci dégaine alors son revolver et tire sur Stevo, le blessant à l'épaule. Les deux groupes se séparent et commencent à se tirer dessus. Martin est touché à la tête et s'effondre, la mallette d'argent tombe à côté de lui.
 

Pour ne rien arranger, deux tireurs postés en hauteur ouvrent le feu sur les deux groupes  - sans lien avec aucun des deux...


J'ai procédé par ricochet : après avoir vu le dernier film de Guy Ritchie avec Henry Cavill (The Ministry of Ungentlemanly Warfare), j'ai enchaîné avec leur précédente collaboration (Des Agents très spéciaux - Code : U.N.C.L.E.) où Cavill donnait la réplique à Armie Hammer. Lequel tient un des premiers rôles de ce Free Fire.


C'est la deuxième fois que je vois de film que j'avais découvert il y a quelques années, un peu par hasard, en apprenant qu'il avait été co-produit par Martin Scorsese. C'est un polar à tout petit budget (7 M $), dont l'action se situe à la fin des années 70, en forme d'exercice de style. Ou comment tenir 90' avec pour quasiment seul argument une longue fusillade entre des hommes de l'IRA et des trafiquants d'armes.


En réalité, il n'y a évidemment pas que ça. Déjà, la fusillade dantesque à laquelle se livrent les personnages ne débute qu'à la trentième minute. Mais surtout on ne fait pas que se tirer dessus dans Free Fire puisqu'il s'agit, un peu comme Reservoir Dogs auquel il est fait explicitement référence, d'un huis clos où le spectateur est invité à parier sur the last man standing (le dernier survivant).

Ben Wheatley est un drôle de cinéaste : révélé en 2011 par Kill List, ce monteur de formation a fait ses classes à la télévision anglaise. Amoureux du cinéma bis, il a visiblement mis toute son énergie dans Free Fire, mélange de film d'exploitation et de néo-film noir. Le résultat ne connaîtra pas le succès en salles (n'engrangeant qu'un peu plus de 2 M $ de bénéfices) et condamnant Wheatley à renoncer à un plus gros projet ensuite (un film sur des chasseurs de monstres qui devait réunir Armie Hammer et Alicia Vikander) déjà bien avancé en pré-production. Depuis, il a signé un remake dispensable de Rebecca de Hitchcock d'après Daphné du Maurier pour Netflix et la suite d'un nanar, En Eaux troubles.

Free Fire restera donc sûrement un coup d'éclat unique dans sa filmographie. Wheatley méritait certainement mieux quand on voit avec quelle inventivité il transforme ce script minimaliste en divertissement complètement barjo où très vite tous les personnages sont contraints de ramper dans un entrepôt désaffecté, tous ayant pris au moins une balle dès le début des hostilités.

Ces hostilités trouvent leurs origines dans une affaire qui n'a rien à voir avec le deal qui réunit des irlandais et des américains, dégénérant sans retour jusqu'à ce que tous doivent trouver la mort au terme de souffrances absurdes. Pourtant, cela n'empêche pas Wheatley et sa co-scénariste Amy Jump de caractériser savoureusement chacun des héros, d'en faire des bandits à la fois attachants, idiots, incorrigiblement dédiés à en finir avec ceux avec lesquels ils voulaient faire affaire.

Tout cela aurait pu suffire mais le récit réserve des surprises, à commencer par la révélation insoupçonnable du commanditaire des deux tueurs embusqués dans les étages de l'entrepôt et le suspense autour de la mallette pleine de billets que tous convoitent. Il est rigoureusement impossible de savoir qui mettra la main dessus ni d'identifier celui qui a voulu doubler tout ce beau monde.

Wheatley filme avec imagination ce qui n'aurait pu être qu'une interminable fusillade et son expérience de monteur rend tout toujours très lisible, malgré la profusion de personnages et l'unique décor. Et puis surtout le casting est royal, même si le réalisateur a dû changer ses plans jusque peu de temps avant le tournage.

Ainsi Sharlto Copley a remplacé Luke Evans dans le rôle de Vernon et lui a apporté certainement plus d'exubérance. Olivia Wilde a, elle, laissé sa place à Brie Larson dans le rôle de Justine, la seule femme de cette histoire mais pas la moins coriace. Armie Hammer est irrésistible en négociateur complètement embrumé par la marijuana qu'il fume pour se détendre entre deux coups de feu. Et Cillian Murphy est comme d'habitude magnétique en soldat de l'IRA bien décidé à rentrer à la maison avec les armes qu'il est venu chercher. Dans des seconds rôles mémorables, on notera Jack Reynor (Harry), Baboo Ceesay (Martin) et surtout Sam Riley (Stevo).

Pan ! T'es mort ! - Toi d'abord !