jeudi 15 janvier 2026

THE AVENGERS #34 (Legacy #800) (Brian Michael Bendis / Mark Bagley)


Captain America est à Madripoor, sur le toit d'un immeuble, et il observe avec une paire de jumelles Madame Hydra en train de s'adresser à ses troupes. Il est rejoint par Iron Man, puis Thor, puis Hulk. Madame Hydra présente un Mandroïde Adaptoïde à ses troupes...
 

Bon, je triche un peu sur cette critique car il ne s'agit pas d'un épisode complet de The Avengers mais d'une back-up story commandée pour fêter le 800ème numéro de la série, qui correspond au 34ème numéro écrit par Jed MacKay. Je parlerai plus tard du reste mais j'ai voulu consacrer une critique à cette back-up pour une raison précise.


Et cette raison, c'est le retour chez Marvel de Brian Michael Bendis huit ans après son départ. En 2018, il signait ses débuts chez DC Comics à l'occasion du millième épisode d'Action Comics dont il allait devenir le scénariste un mois après ainsi que de Superman. Tout avait bien commencé mais l'aventure a vite tourné à l'aigre quand David Zaslav, le patron de Warner Bros Discovery, restructure toute la compagnie.


Pour le département comics, ce sera ce qu'on appellera le bloodbath (le bain de sang) avec la rupture de contrats d'exclusivité d'auteurs importants, dont Bendis. Ce dernier claquera la porte en 2022 après avoir qu'on lui a retiré les séries Superman et Action Comics, puis dissous son label Wonder Comics, et que Justice League soit annulé (il n'écrira même pas le dernier n°, confié à Joshua Williamson).


Depuis 2022, Bendis s'est fait discret. Il a signé chez Dark Horse qui a réédité tous ses comics en creator-owned et pour qui il a produit des séries passées inaperçues (comme The Ones, Joy Operations, Masterpiece, Murder Inc., Phenomena). Bendis est riche (il a été co-producteur de nombreux films Marvel) et il pouvait profiter de la retraite sans se soucier de sa postérité.

Et puis, il y a peu, Marvel et lui annonçaient leurs retrouvailles. Depuis on n'en sait pas beaucoup plus, sin ce n'est que, dans un premier temps, le scénariste se consacrera surtout à des projets spéciaux, comme cette back-up pour Avengers #800 et un segment de Spider-Man/Superman qui paraîtra en Avril, où il collaborera à nouveau avec Sara Pichelli.

Mais il semble peu probable que Bendis et Marvel en restent là et les spéculations vont bon train. Le scénariste va-t-il reprendre une série régulière ? Un titre sur lequel il a déjà brillé ? La relance d'un autre ? Mystère, mais je serai attentif aux annonces dans les prochains mois. Mon rêve ? Ce serait qu'il reprenne en main Avengers ou relance un titre New Avengers bien sûr.

Aussi, cette back-up serait comme un avant-goût. Et si cet amuse-bouche ne compte que 14 pages, il a belle allure. D'abord parce que Bendis refait équipe avec Mark Bagley, son partenaire sur Ultimate Spider-Man (plus de 100 épisodes !), et Bagley affiche une forme épatante, loin de ses prestations moyennes de ces dernières années, comme revigoré par le retour de son ami.

Le scénario ici est un prétexte à l'alliance des Vengeurs historiques : Captain America (Steve Rogers), Iron Man, Hulk, Thor, Ant-Man, la Guêpe, Hawkeye, Scarlet Witch, Captain Marvel... Et la dernière page est un régal pour les yeux, mais je ne vais pas spoiler. 

Toutefois, ce que j'ai tant aimé chez Bendis et qui manque tant à Marvel est quand même bien là : les personnages sont incarnés, on sent leur complicité, leur histoire commune, il y a des traits d'humour... Ce sont des planches qui vous donnent la banane. Et qu'est-ce que ça fait du bien ! Je ne veux pas dire que depuis Bendis rien n'a été bon, mais... C'est autre chose.

Bendis, c'est vraiment un enfant de Marvel, sa bibliographie pour l'éditeur est longue comme le bras de Mr. Fantastic (ah, si Ryan North n'écrivait pas Fantastic Four, j'aurai adoré qu'il s'en occupe, les FF étant un des rares titres que n'a pas écrit Bendis), il a signé plus d'épisodes des Avengers que n'importe qui, et je suis revenu aux comics en lisant New Avengers et House of M.

Bendis, c'est toute une époque, celle des architectes (lui-même, Hickman, Brubaker, Aaron, Fraction - tous ceux qui ont co-écrit Avengers vs. X-Men - et Remender). Aujourd'hui, Fraction écrit Batman, Aaron Absolute Superman (et Bug Wars), Brubaker fait ses polars chez Image, Remender a créé son propre label, et Hickman ne fait plus que jeter des idées en l'air sans les développer. Tous ces talents ont quitté Marvel !

Je n'ai rien contre MacKay mais je le trouve plus à son avantage sur des séries comme Moon Knight. Ses Avengers sont corrects, mais il est évident qu'il a suivi les ordres (quand le MCU pensait que Kang serait le nouveau grand méchant des films). De manière générale, il n'y a plus chez Marvel d'auteurs de la dimension de Bendis, qui connaissent aussi bien la maison, ses personnages, et surtout comment exciter les fans.

Récemment, on a découvert quels avaient été les comics les plus vendus de 2025 et il n'y a qu'un seul titre Marvel dans le lot, Deadpool/Batman. Tout le reste, c'est DC, et Battlebeast chez Image. C'est le résumé de ce qu'ont fait Brevoort et Cebulski depuis qu'ils sont seuls aux commandes : inonder le marché (quantitativement Marvel continue de vendre plus que DC), mais sans plus se soucier de la qualité et des récompenses artistiques.

Il y a encore des talents dans la "maison des idées", mais plus personne pour les mettre en valeur. Le retour de Bendis, sur une série phare, aurait valeur de symbole : celui de redonner l'espoir aux fans que quelqu'un d'expérimenté puisse encore faire rêver. Et pas seulement pisser de la copie, aligner les épisodes ou balancer des concepts en s'en fichant ensuite.

C'est pour ça que ces 14 pages me font plaisir : je me suis régalé en relisant du Bendis et me suis pris à rêver. Alors Cebuski et Brevoort, ne faîtes pas les cons, et donnez du taf à Bendis. Avec de la chance, ça donnera aux autres l'envie de se sortir les doigts !

mercredi 14 janvier 2026

BLACK CAT #6 (G. Willow Wilson / Andrés Genolet)


Surprise en pleine nuit au lit (en charmante compagnie), Black Cat doit se présenter  devant un tribunal de vampires à cause du préjudice qu'elle aurait infligé au baron Razumovski. Elle obtient un délai d'une heure pour trouver un avocat. Et son défenseur sera Matt Murdock...


Selon le site Bleeding Cool, la série Black Cat serait prochainement annulée, au n°10 - c'est le nombre d'épisodes que donne Marvel pour décider du sort d'un titre désormais. Comme Rich Johnston, le rédac' chef de ce site, est souvent bien informé, il y a tout à craindre que le couperet va tomber en Mai prochain. Et ce sera bien dommage.


Depuis le début de sa parution, et alors qu'elle ne figurait pas dans ma liste de lecture, Black Cat a été une des meilleures surprises de la Maison des idées moisies qu'est devenue Marvel. Un projet fun, bien écrit, bien dessiné, qui s'est efforcé d'exister alors que son héroïne est éditorialement liée à Spider-Man dont le run actuel oblige G. Willow Wilson à des références constantes.


Et pourtant, la scénariste s'en sort mieux que bien : elle qui a réussi, chez DC, à imposer Poison Ivy comme héroïne d'une série régulière, et qui a créé Ms. Marvel avant que Marvel en fasse n'importe quoi, a trouvé un ton original pour divertir le lecteur. Mais il semble donc que, de lecteurs, il n'y en ait pas assez pour satisfaire l'éditeur de la série.


Alors évidemment on peut choisir de voir le verre à moitié plein et se dire qu'il vaut mieux un petit run d'une dizaine d'épisodes bien troussé qu'un autre qui s'enliserait et pour lequel Marvel ne consentirait pas davantage d'effort de promotion. Mais tout de même, c'est bien désolant de voir qu'une série aussi sympa ne plaît pas. Faut-il que les "Marvel zombies" aient pris l'habitude de lire de mauvaises choses pour ne pas aimer un titre pareil...

C'est d'autant plus triste que ce sixième épisode est particulièrement réussi. Ce n'est jamais facile d'écrire un comic book de super héros avec humour sans tomber dans parodie, mais Wilson réussit cela avec brio. Depuis le début, elle croque une Black Cat malicieuse qui brise le quatrième mur, qui tente de convaincre qu'elle peut être héroïque en luttant contre les préjugés à son encontre.

Cette fois, Wilson exploite le contentieux qui oppose le baron Razumovski, un vampire, à Black Cat : il lui reproche d'avoir fait capoter un deal avec deux jeunes mafieux et exige réparation. Elle obtient d'avoir un avocat et comme elle a croisé précédemment Daredevil, elle lui demande de contacter Matt Murdock.

Pas évident de représenter une voleuse qui n'a pas sa langue dans sa poche. Qui plus face à un vampire qui a soudoyé les juges et fait valoir qu'il connaît mieux comment gérer les affaires que son adversaire grâce au privilège de l'âge (c'est pas faux). Les dialogues sont flamboyants, dignes d'une screwball comedy, tous les curseurs poussés à fond dans le burlesque pur.

Wilson sait surtout que pour bien réussir cet exercice il ne faut pas que ses personnages cherchent à être drôle et c'est précisément pour cela qu'on ne peut réprimer de vifs éclats de rire à plusieurs reprises, les situations étant plus loufoques les unes que les autres tandis que les "acteurs" jouent au premier degré. La chute de l'épisode souligne l'insouciance de Black Cat et l'affliction de Murdock à merveille.

Ce bijou est cette fois dessiné par Andrés Genolet, qui a auparavant fait valoir ses qualités sur des séries She-Hulk (écrites par Rainbow Rowell). Si j'ai apprécié ce qu'a fait Gleb Melnikov jusque-là (et il revient au prochain numéro), la prestation de Genolet est remarquable. Son trait est superbement expressif et plus réaliste que celui de Melnikov.

Quoiqu'il arrive à la série, j'espère vraiment qu'on reverra aussi bien Melnikov que Genolet. Quant à Wilson, elle poursuit Poison Ivy chez DC, vous savez cet éditeur qui ose et qui, surtout, laisse du temps aux séries pour s'installer, et au lecteur de les apprécier. 

DC K.O. #3 (of 5) (Scott Snyder / Javi Fernandez)


Superman, Lex Luthor, Cyborg, Wonder Woman, Aquaman, Zatanna, Guy Gardner et le Joker sont les huit quarts de finalistes du tournoi pour la désignation du Roi Oméga. Pour cette nouvelle manche, le Joker qui a accumulé le plus d'énergie Oméga peut choisir un partenaire provenant de n'importe où/quand. Les autres peuvent rappeler un concurrent déjà vaincu...
 

Je ne vais pas dire que DC K.O. est un event génial, mais il est extrêmement divertissant en tout cas. Et rien que pour ça, merci à Scott Snyder. Oubliées les Crisis avec des intrigues tortueuses, les méchants qui se font dessouder à la fin de façon prévisible, les rebondissements convenues, le sentiment qu'un (ou plusieurs) editor(s) ont corrigé la copie du scénariste...


Avec DC K.O., on revient aux basiques. Les plus vieux d'entre vous se souviendront peut-être du Tournoi des Champions publié en 1984 par Marvel, écrit par Bill Mantlo et dessiné par John Romita Jr., traduit par Lug. A cette époque, on ne parlait pas encore d'event, mais ce fut pourtant le premier à en établir les règles. Je l'ai lu alors que j'avais 11-12 ans, ce fut une claque.


Pensez : on trouvait dans une même histoire en un seul album tous les héros connus (et d'autres moins connus) en train de se mettre joyeusement sur la tronche pour le plaisir du Collectionneur et de la Mort durant cinq épisodes (tiens, comme DC K.O.). Même si l'encrage de Pablo Marcos dénaturait beaucoup le dessin de JR Jr., c'était trop cool et Mantlo était quand même un fabuleux scénariste.


Scott Snyder n'est pas mal non plus. Non, d'accord, il a tendance à en faire trop, et encore une fois, ici, il se fait plaisir en s'abandonnant à toutes les outrances. Les quatre demi-finalistes à l'issue de cet épisode n'ont rien de très surprenant, on peut le lui reprocher, mais n'empêche quel spectacle, quelle générosité dans le wtf.

Au fond, en débarrassant l'event de tous ses oripeaux, en revenant à la baston et à la surenchère des rebondissements, Snyder a l'air de dire, en premier aux editors : "arrêtez d'inventer des histoires inutilement compliquées et prétendant révolutionner l'exercice. Donnez aux lecteurs du fun, allez-y à fond, et publiez un event juste pour le show."

Et ça marche. Si les deux premiers épisodes pouvaient faire craindre une succession de bagarres toujours plus spectaculaires, à mesure que ce troisième chapitre se déploie, toujours dans la démesure si propre à l'auteur, on comprend que DC K.O. avance vers une nouvelle étape, certes imparable, mais intense et amusante à la fois.

Ainsi, pas besoin de chercher bien loin pour deviner où Snyder va nous entraîner pour le prochain volet. Le suspense ne réside pas tant dans l'identité du challenger de Darkseid (en prévenant que cet event serait centré sur Superman, le scénariste a coupé l'herbe sous le pied de tout le monde) que dans les conséquences qu'amènerait la victoire de l'homme d'acier pour lui-même et le reste du DCU.

Dark Knights : Metal avait posé les fondations de l'Omnivers (l'ensemble cosmique des multivers), Death Metal avait élévé Wonder Woman au rang de divinité (en la retirant du monde des vivants un temps). Qu'adviendra-t-il de Superman ? Et de Darkseid ? La question pour ce dernier n'est pas rhétorique quand on a lu The New Gods de Ram V (même si la suite n'arrivera pas de sitôt).

Pour ce mois-ci, Javi Fernandez a eu encore du pain sur la planche en mettant en images de affrontements complètement barrés. La seule présence du Joker assure au lecteur des surprises et le dessinateur sert à merveille les délires de Snyder pour que le clown du crime ne soit pas qu'un simple outsider face à des adversaires plus puissants a priori.

Le retour de héros tombés lors de rounds précédents ou absents du tournoi est l'occasion pour Fernandez de produire des pages où les pouvoirs de chacun sont illustrés de manière toujours puissante et originale, mais dans le respect des capacités de chacun - même si Supergirl prend quand même cher à cause d'un Luthor au sommet de son machiavélisme.

Même si la vf que proposera Urban sera certainement lesté de tie-in diluant l'énergie et la rapidité du récit, DC K.O. sera quand même un plaisir à ne pas zapper. Ce n'est certes ni fin ni subtil, mais ça ne signifie pas que la qualité est absente. Et quand Jim Lee et Scott Snyder jurent que désormais, après ça, il n'y aura des events DC que s'il y a un motif valable, on a envie d'y croire.  

*

La couverture undressed de Javi Fernandez :

vendredi 9 janvier 2026

GREEN LANTERN, VOLUME 3 : POWER OF WILL (Jeremy Adams / Fernando Pasarin, Marco Santucci)


GREEN LANTERN, VOL. 3 : POWER OF WILL
(Green Lantern #13-15 + Absolute Power Task Force VII #3 +
Zero Hour 30th Anniversary Special #1)


Amanda Waller a déclenché sa guerre contre les métahumains avec ses alliés Failsafe, la Reine Brainiac et une armée d'Amazo qui ôtent aux super héros leurs pouvoirs. Hal Jordan a été capturé et il est détenu sur l'île de Gamora avec d'autres surhommes. Pendant ce temps, sur Oa, la résistance s'organise contre Thaaros qui réprime les rebelles implacablement.


A Las Vegas, inconsolable depuis le départ de Carol Ferris, Nathan Broome se voit investi des pouvoirs d'un anneau de puissance. Sur Korugar, la destruction de la batterie de son anneau jaune provoque la rage de Sinestro, résolu à se venger. Carol Ferris a, elle, été secourue par la JSA qui se réfugie dans la tour du Dr. Fate. La Justice League s'est établie sur l'île de Themyscera...


Au programme de ce tome 3, Jeremy Adams se plie à l'exercice du tie-in. Nous sommes alors en pleine publication d'Absolute Power, l'event écrit par Mark Waid et dessiné par Dan Mora et qui narre la guerre éclair lancée par Amanda Waller contre les métahumains qu'elle rend responsable des catastrophes endurées par les civils.


J'ai déjà écrit ce que je pensais de cette histoire qui, sur une idée efficace, manquait singulièrement de souffle vu son format (quatre épisodes). Mais les séries impactées ont permis d'ausculter les répercussions sur l'univers DC avec plus ou moins d'inspiration. Et il faut bien le dire : Jeremy Adams ne se montre guère motivé.

Il n'avait déjà pas fait d'étincelles en devant s'interrompre au moment de Knight Terrors, et s'il fait mieux ici, c'est sans se montrer plus passionné par le sujet. On peut le comprendre : il s'emploie à redonner de la vigueur à sa série et DC le court-circuite en lui imposant de s'aligner sur une intrigue qui ne l'intéresse pas car elle est à des lieues des préoccupations de son héros.

De fait, la capture et la détention de Hal Jordan semblent être des passages un peu forcées dans le déroulement d'Absolute Power : alors que Green Lantern doit déjouer les manoeuvres de Thaaros sur Oa, le voilà détourné de sa mission et éloigné de ses amis résistants pour être mêlé à la guerre d'Amanda Waller.

Ce n'est pas déplaisant à lire, mais à tout prendre, on préfère les moments, trop brefs hélas !, où Adams nous rappelle ce qui se passe sur Oa et combien l'absence de Hal Jordan risque de coûter cher aux autres membres du Green Lantern Corps opposés à Thaaros. Par ailleurs, ce qu'il traverse est pour le moins convenu.

Bien entendu, il s'évade vite de l'île de Gamora et rejoint la Justice League alors basée sur l'île de Themyscera où il va faire équipe avec Wally West (Barry Allen ayant perdu ses pouvoirs) pour saboter des installations de Waller. C'est l'occasion de belles scènes d'action et de camaraderie entre Flash et Green Lantern (même si Hal et Wally, ce n'est pas pareil que Hal et Barry).

Le recueil comprend aussi l'épisode 3 de Absolute Task Force VII qui permet de découvrir où est passée Carol Ferris pendant ce temps. Prise en charge par la JSA, réfugiée dans la tour du Dr. Fate, elle ne peut se résoudre à rester les bras croisés et en part pour se battre. Elle aide Dove (du duo Hawk & Dove) et retrouve Nathan Broome dans une situation pour le moins inattendue (et, à mes yeux, assez grotesque)...

En fin de volume, DC a ajouté au sommaire le numéro spécial du 30ème anniversaire de Zero Hour, un des pires events de l'éditeur. Jeremy Adams n'y participe pas, laissant l'écriture à Peter J. Tomasi et Dan Jurgens. C'est tout à fait dispensable sauf à considérer que Zero Hour est une histoire qui méritait qu'on y revienne, ce que je ne pense pas. Mais bon, ca remplit un album un peu maigre.

Les dessins sont assurés par Fernando Pasarin pour les épisodes de Green Lantern : j'ai découvert cet artiste lorsque Geoff Johns écrivait Justice Society of America en 2007-2009 et qu'il alternait les épisodes avec Dale Eaglesham et Jerry Ordway. C'est un graphiste de grande valeur, très professionnel, qui a déjà pas mal roulé sa bosse chez DC.

Sa prestation est une fois de plus irréprochable, même si son trait n'a rien perdu de sa raideur. Toutefois, Pasarin soigne les décors et est à l'aise avec n'importe quel personnage, on a le sentiment qu'il arrive sur la série comme s'il la dessinait depuis toujours, sans effort, et c'est tout de même assez remarquable.

Pour le n° d'Absolute Task Force, c'est Marco Santucci qui s'y colle et comme Pasarin, c'est un bonhomme sérieux, très compétent, techniquement très solide. Son trait est plus rond, mais s'inscrit dans ce registre réaliste classique très agréable à lire. Lui aussi est impeccable quoi qu'on lui donne à faire.

Est-ce qu'on peut se passer de ce tome ? Difficile à dire. Dans le cadre de l'intrigue propre à Green Lantern, on s'écarte du sujet, c'est indéniable. Cependant, c'est toujours risqué de zapper des épisodes quand un scénariste construit une histoire sur le long terme. Et puis on reste gâté sur le plan visuel.

mercredi 7 janvier 2026

JSA #15 (Jeff Lemire / Gavin Guidry)


Tandis que plusieurs magiciens s'interrogent pour savoir si Jim Corrigan est un hôte fiable pour le Spectre, Flash voit Green Lantern refuser de faire équipe avec lui, puis croiser à nouveau Johnny Thunder. Cependant Wonder Woman et Atom continuent d'investiguer sur le réseau nazi et découvre son lien avec StarCo dans les locaux de laquelle Hourman et Sandman font face à Cyclotron...


Ce quinzième épisode de JSA et le troisième consacré à l'arc Year One est en vérité symptomatique de ce qui fonctionne ou pas avec cette série mais aussi plus largement avec de récentes mises à jour de la continuité chez DC. Mises à jour établies par Mark Waid dans la mini-série New History of The DC Universe, censée dresser tout l'inventaire de l'éditeur.


La démarche de Waid n'est pas inintéressante, même si elle forme une lecture très ennuyeuse (il s'agit non pas de bande dessinée, mais plutôt d'un texte rétrospectif avec des illustrations, comme ce qu'il avait fait pour Marvel avec Javier Rodriguez). La culture encyclopédique de Waid présente un gage pour l'éditeur comme le lecteur que tout est pris en compte et unifié.
 

Mais le projet, pour ambitieux qu'il est, se heurte à deux écueils (qui rendent donc sa lecture peu entraînante) : d'abord, il s'arrête à un instant T et exigera des suppléments dans le futur s'il devait être republié ; et ensuite, en voulant absolument tout justifier, il oblige à des contorsions historiques pas simples à assimiler ni à accepter.


Dans JSA #15, par exemple, on continue de suivre, parmi les différents fils narratifs, l'enquête de Wonder Woman et Atom sur un réseau de nazis américains. Seulement la Wonder Woman qu'on voit ici n'est pas Diana Prince mais sa mère Hippolyte, la reine des amazones. C'est doublement curieux  parce qu'il a été dit précédemment (par Scott Snyder) que Diana avait toujours été la seule Wonder Woman.

Poser que Hippolyte aurait été Wonder Woman ne fait donc que compliquer inutilement les choses, même si, à la décharge de Jeff Lemire, ce n'est pas le premier scénariste à utiliser cette fausse bonne astuce. On devine qu'en faisant de la sorte Lemire a voulu souligner l'aspect générationnel des héros de l'âge d'or, et que donc Diana a pris le relève de sa mère, comme Barry Allen a pris celle de Jay Garrick, Hal Jordan de Alan Scott, etc.

Mais ça montre surtout qu'il existe deux manières d'écrire des histoires chez DC : il y a les auteurs qui écrivent juste de nouvelles histoires, sans vouloir être écrasés par la continuité (ni en voulant embêter le lecteur avec elle), et il y a ceux qui écrivent des histoires qui sont la continuité, littéralement, comme Lemire ou Mark Waid, comme si les reboots chez DC n'avaient en fait été que des expériences éditoriales, comme si les Crisis n'avaient rien affecté en profondeur.

Chacun appréciera mais pour ma part, je trouve (j'ai toujours trouvé) que la continuité, si elle était respectable, ne devait pas non plus être les tables de la loi, immuables. Sinon que vaudraient Batman : Year One de Miller et Mazzucchelli ? Ou, plus récemment, Batman and Robin : Year One de Waid (pourtant un des spécialistes les plus pointilleux de la continuité) et Samnee ?

A l'origine, dans All-Star Comics #3, la JSA se formait grâce à Johnny Thunder et Lemire ne l'oublie pas complètement en se servant du personnage comme de quelqu'un qui tente de devenir le partenaire de Flash (Jay Garrick). Mais l'intrigue de JSA : Year One insiste davantage sur l'idée d'une enquête que mènent différents héros masqués chacun de leur côté avant de comprendre qu'ils sont tous sur la même affaire.

Lemire exploite ce ressort policier pour justifier que des héros masqués découvrent que le nazisme a des adeptes sur le sol américain et représente une menace pour le pays (alors que l'Europe est déjà en guerre). C'est malin car cela explique le dégoût qu'inspire cette idéologie aux héros et le fait que certains traverseront ensuite l'Atlantique pour combattre Hitler sur le vieux continent.

C'est aussi, sans doute, une façon pour Lemire de pointer du doigt que le danger n'a pas disparu aujourd'hui en Amérique et donc de rendre cette histoire accrocheuse même si elle se déroule en 1940. Toutefois, malgré ces efforts louables, le scénariste ajoute des éléments superflus qui ralentissent le rythme (l'apparition du groupe de magiciens au début, même si cela justifie l'intervention de Dr. Fate).

Et puis il faut bien noter que depuis trois mois que cet arc a débuté, on n'a guère progressé. Lemire aime la narration décompressée, mais là, vraiment, ça ne progresse pas beaucoup. Au point d'ailleurs que si des personnages apparaissent (Fate, Mme Xanadu, Dr. Occult, Giovanni Zatara, Blue Beetle I), d'autres sont aux abonnés absents (où est passée la partie avec Hawkman et Hawkgirl ?).

C'est comme si Lemire oubliait qu'il ne disposait que de 20 pages par mois et qu'il est inutile d'ajouter des personnages si pour en oublier d'autres. En même temps, malgré la pagination comptée, Lemire fait traîner la réunion attendue entre ses héros (si Wonder Woman accepte de faire équipe avec Atom et que Sandman et Hourman sont déjà en duo, on ne comprend pas pourquoi Green Lantern tourne si catégoriquement le dos à Flash ).

Gavin Guidry prend, c'est évident, plus de plaisir que nous à raconter cette histoire et sa capacité à la rendre au moins visuellement attrayante lui a sans doute valu de devenir le prochain artiste régulier de la série Flash (qui sera écrite par Ryan North, à partir de mars prochain). Toutefois, là encore, on a souvent le sentiment que le dessin manque de consistance pour une histoire pareille, alors que les couvertures de Dave Johnson sont si délicieusement rétro.

J'ai hésité à lire cet arc mensuellement ou en attendant son édition en recueil, mais je sais maintenant que la seconde option aurait été préférable. Lemire n'est définitivement pas un auteur à qui la périodicité mensuelle rend justice, surtout quand traîne aussi complaisamment.

lundi 5 janvier 2026

GREEN LANTERN, VOLUME 2 : LOVE AND WAR (Jeremy Adams / Amacay Nahuelpan, Xermanico)


GREEN LANTERN, VOL. 2 : LOVE AND WAR
(Green Lantern #7-12)


Il y a quelques mois. La disparition des Gardiens de Oa entraîne la nomination de Thaaros à la tête du Green Lantern Corps. Il prend des mesures drastiques d'entrée de jeu : mise en quarantaine du secteur 2814 (donc de la Terre), redéploiement des Green Lanterns terriens à travers l'univers (Guy Gardner est chargé d'aller arrêter Lobo par exemple). Il demande à Kilowog et Hal Jordan de l'escorter sur Korugar, le monde gouverné par Sinestro qu'il veut convaincre de rejoindre les Planètes Unies. 


Mais sur place, Thaaros est la cible d'un attentat que Kilowog déjoue in extremis. Sinestro jure n'y être pour rien et accepte de se joindre aux Planètes Unies comme gage de sa bonne foi... Aujourd'hui, Hal Jordan, coincé sur Terre, reçoit la visite de Razer qui lui explique que quelqu'un manoeuvre pour détruire toutes les batteries rechargeant les anneaux des Lanterns. Il leur faut enquêter mais Hal ne peut quitter la Terre. Il sollicite l'aide de Madame Xanadu.


Celle-ci a déjà reçu, quelque semaines auparavant, la visite de Sinestro pour les mêmes raisons. C'est alors que des agents de Thaaros surgissent et arrêtent Razer. Hal s'enfuit avec le conseil de Mme Xanadu d'aller là où, pour la dernière fois sur Terre, il a senti que son anneau était au maximum de sa puissance... Cependant, Carol Ferris convainc Nathan Broome d'aller se marier à Las Vegas...


Disons-le tout net : ce deuxième tome est en deçà du premier. Du moins sur le plan graphique car, commençons par là, pour laisser à Xermanico le temps de souffler un peu, DC a choisi de le remplacer par Amancay Nahuelpan, un artiste sur lequel l'éditeur semble miser en lui ayant confié auparavant des épisodes de Justice League Dark et, après ce fill-in sur Green Lantern, une mini-série sur Hawkgirl.
 

Il se peut que Nahuelpan révèle un vrai potentiel s'il travaille encore et améliore sa technique, ce qui est le cas de beaucoup de dessinateurs qui ont démarré moyennement pour atteindre un excellent niveau, mais en attendant, la copie qu'il rend pique un peu les yeux. Il y a beaucoup d'erreurs, des approximations, une narration maladroite.


La comparaison est cruelle après avoir admiré les six premiers épisodes de Xermanico et les quatre derniers qu'il signe sur cet album. C'est d'autant plus dur que Nahuelpan vient prêter main forte à Xermanico sur l'épisode 11 et quand on passe des planches de l'un à l'autre, on ne peut que constater le gouffre qui les sépare.

Xermanico est, lui, en pleine possession de ses moyens. On sent qu'il s'éclate sur cette série et donne tout pour elle. Les décors sont majestueux, les personnages charismatiques, la mise en scène pleine d'énergie, le trait élégant et racé à la fois. Il jongle avec le casting, fourni, sans difficulté, réussissant à donner à chacun une identité graphique forte.

Même quand il doit composer avec des moments plus calmes, sa maîtrise saute aux yeux : c'est la marque des grands. Et puis sa complicité avec le coloriste Romulo Fajardo Jr. fait plaisir à voir : la palette employée est à la fois nuancée et intense, la découverte d'une batterie cachée dans une grotte avec une lumière resplendissante est magnifique, tout comme l'entrée en scène de Star Sapphire.

Mais, donc, si l'ensemble est inégal visuellement, Jeremy Adams confirme, lui, tout le bien qu'il inspirait sur la relance du titre. Comme prévu, l'intrigue se déploie, prend une envergure impressionnante et le rythme est palpitant. Les manigances de Thaaros se font jour, la présence de résistants sur Oa est puissamment evoquée.

Adams injecte un dynamisme de tous les instants dans son récit : il sait faire monter la sauce, puis lever le pied, juste assez pour frustrer le lecteur avant de revenir à la charge et de produire de vrais morceaux de bravoure super héroïques. Green Lantern retrouve un souffle épique et coloré qui rappelle ses grandes heures.

Bien entendu, Adams ne révolutionne rien : les Lanterns de couleurs différentes, les intrigues de palais, le conflit qui couve, la convocation de personnages déjà familiers, tout cela forme une trame qu'il n'a pas inventée. Mais il a au moins le talent pour agréger ces éléments de manière efficace et accrocheuse. Il est impossible de ne pas être pris par cette histoire qui s'accélère fréquemment.

La façon de faire de ce scénariste me fait penser à celle qu'a adopté Joshua Williamson sur Superman, qu'il conduit avec brio : dans les deux cas, on a affaire à des auteurs qui ne sont pas intimidés par la mythologie de leur série, qui embrassent le travail de leurs prédécesseurs, mais ont surtout à coeur d'avancer, re raconter leur propre histoire.

Et ce style décomplexé rend la lecture extrêmement prenante : c'est comme si, littéralement, on revenait aux basiques, ni le scénariste ni le lecteur ne sont écrasés par le héros, ses aventures. C'est un vent de fraîcheur où personne ne prétend réinventer la roue, mais juste avancer, progresser, rendre le tout agréable, divertissant, en intégrant juste ce qu'il faut de nouveauté pour qu'on n'ait pas l'impression d'avoir déjà lu ça avant.

Ce n'est pas un mince exploit quand on a la charge d'un personnage né dans les années 50, dans le cas de Hal Jordan. Pour la suite immédiate, il faudra être un peu plus indulgent et patient puisque le tome 3 est uniquement composé d'épisodes tie-in à l'event Absolute Power. Ensuite, il sera temps de replonger dans le coeur du réacteur....

*

P.S. : N'allez pas vous ruiner en lisant ces épisodes en vf chez Urban Comics. L'éditeur français a fait n'importe quoi : les six premiers n° ont été traduits dans Dawn of Green Lantern tome 1 (25 Euros !) et les six suivants (ceux de ce vol. 2 donc) plus les 12 de Green Lantern : War Journal (avec John Stewart en vedette, par Philip Kennedy Johnson et Montos) dans le tome 2 (35 E !). 
Urban reprend la traduction de la série au n° 16 (!) sous le titre Green Lantern One Corps United, présenté comme un "récit complet" et rien ne dit donc que la suite est prévue. L'éditeur a considérablement réduit la voilure de ses parutions, mais la manière dont il publie Green Lantern est une honte. Mettez-vous à la v.o., vous ne le regretterez pas !

samedi 3 janvier 2026

GREEN LANTERN, VOLUME 1 : BACK IN ACTION ! (Jeremy Adams / Xermanico, Scott Godlewski)


GREEN LANTERN, VOL. 1 : BACK IN ACTION !
(Green Lantern #1-6 + Knight Terrors : Green Lantern #1-2)


Les Gardiens de Oa ont disparu et le conseil des Planètes Unies a pris leur place à la tête du Green Lantern Corps, via son représentant Thaaros. Ce dernier a placé le secteur 2814 et donc la Terre en quarantaine, estimant qu'il y a assez de super héros pour la protéger. Mais Hal Jordan a refusé d'obéir aux ordres et rendu son anneau. Depuis un mois, il vit dans le mobil'home que lui a laissé son frère, sur les hauteurs de Coast City.


Alors qu'un super vilain nommé Steel Fury sème la panique en ville, Hal s'interpose et réussit à contrer ses attaques en formant un nouvel anneau par la seule force de sa volonté. Toutefois, il ne peut voler au-delà de la couche atmosphérique. Pour subvenir à ses besoins, il postule pour redevenir pilote d'essai chez Ferris Aircraft où Carol lui donne sa chance pour diriger des drones. Hal la drague mais apprend qu'elle s'est fiancée à un ingénieur, Nathan Broome.


Pendant ce temps, Sinestro erre lui aussi en ville à la recherche d'un moyen de quitter la Terre. Il attaque les entrepôts de Ferris Air pour attirer l'attention de Hal qui le rencontre dans un bar. Sinestro menace de commettre d'autres attentats si Hal ne lui donne pas sa nouvelle bague...
 

En Mai prochain, cela fera 3 ans que Jeremy Adams a relancé la série Green Lantern. Depuis que Geoff Johns a cessé d'écrire les aventures de Hal Jordan en 2013, le héros a connu des hauts et des bas éditoriaux, quand bien même de bons scénaristes se sont occupés de lui (comme Robert Venditti par exemple). Mais il semble bien qu'avec Jeremy Adams, DC a trouvé l'homme de la situation.


Ce premier tome réunit les 6 premiers épisodes de la série relancée au n°1 après l'event Dark Crisis on Infinite Earths (2022) plus les deux numéros tie-in à l'event Knight Terrors. Adams plonge le lecteur immédiatement dans le feu de l'action comme l'indique le titre de l'album, tout en déstructurant sa narration afin de préserver quelques rebondissements.


Ainsi, le récit va et vient entre des moments forts au présent et d'autres survenus un mois avant. Les Gardiens de Oa ont disparu et le Green Lantern Corps est placé sous la tutelle des Planètes Unies (un reliquat du run de Brian Michael Bendis sur Superman, l'équivalent de l'O.N.U. pour les mondes extraterrestres). Thaaros prend les commandes.

Et ses premières décisions sont radicales : la Terre a assez de super héros pour se passer de Green Lanterns pour la protéger  - d'ailleurs, il y a déjà un gros contingent humain parmi les Lanterns (Hal Jordan, John Stewart, Guy Gardner, Jessica Cruz, Simon Baz, Sojourner Mullein, Keli Quintela). Donc, ils vont tous être repositionnés dans d'autres secteurs de l'univers.

Mais Hal, on l'apprendra dans le tome 2, finira par rendre son anneau et retourner sur Terre, placée en quarantaine. On découvre qu'il se créé un nouvel anneau de puissance dans des circonstances extrêmes puis retrouve un job chez Ferris Air, mais Carol Ferris a refait sa vie avec Nathan Broome (son nom est une dédicace à l'auteur John Broome, qui créa Hal Jordan dans les 50's), un ingénieur.

Et, pour rester en terrain connu, Sinestro rode dans les parages, ainsi que Kilowog (d'une certaine manière...). Adams pose ses jalons méthodiquement, sans beaucoup se presser, ce qui rend la lecture en recueil plus agréable qu'en floppy mensuel. Toutefois il gratifie le lecteur de nombreuses et fréquentes scènes d'action, avec même Flash en guest-star (Barry Allen étant un ami de longue date de Hal Jordan).

Surtout, et c'est la grande réussite de cette première histoire, on voit que Adams en garde sous le pied et voit loin. Un peu comme Johns en son temps, il consacre d'abord ses efforts à réintroduire Hal Jordan après Dark Crisis, lui réservant plusieurs surprises, mais il suggère une intrigue qui s'inscrit sur le long terme, avec les Planètes Unies sur Oa, la disparition des Gardiens, la quarantaine de la Terre...

Les team books privilégient, pour des questions de place, l'histoire aux personnages, tandis que les séries consacrées à un héros doivent être soignées avec la caractérisation. Hal Jordan n'est pas toujours le Green Lantern préféré des fans (qui favorisent John Stewart à cause du cartoon La Ligue des Justiciers ou Guy Gardner à cause de Justice League International). Adams s'efforce de le rendre sympathique.

Ainsi à plusieurs reprises, pour l'humaniser, en faire un personnage plus attachant, il le met dans des situations inconfortables pour son ego (quand il découvre les limites de son nouvel anneau, le fiancé de Carol). Le beau parleur séduisant, arrogant même, est alors obligé de composer avec ce qu'il ne peut changer et le lecteur apprécie de le voir perdre un peu de sa superbe tout en s'accrochant pour lutter dans l'adversité.

La présence de Flash dans l'épisode 4 est une pépite : la complicité entre Barry Allen et Hal Jordan est parfaitement traduite, et là encore si Barry n'est pas/plus forcément le Flash préféré des fans (à l'inverse de Wally West), ça reste le mien et j'aime voir ces deux héros se vanner mais aussi se confier l'un à l'autre. N'oublions pas que ce sont eux qui ont incarné le silver age de DC et donc révolutionné la continuité de l'éditeur.

Au dessin, Adams peut s'appuyer sur un artiste de première classe avec Xermanico, sans doute le dessinateur qu'il fallait pour que les lecteurs ne pensent plus à Ivan Reis, le partenaire de Johns. Il signe d'abord de superbes couvertures peintes, et ses planches sont magnifiques, pleines d'énergie, avec des personnages bien campés et des décors très fouillés.

Le talent de Xermanico éblouit aussi quand il met en scène des scènes comme la séance de simulation de vol avec des avions de chasse et des drones dans un décor de canyons. Le découpage de cette séquence est tellement dynamique qu'on a l'impression d'être avec Hal Jordan dans la cabine d'un jet. De même l'épisode avec Flash montre que l'artiste maîtrise aussi bien le scarlet speedster que le Green Lantern.

Xermanico peut lui-même compter sur l'aide d'un coloriste remarquable avec Romulo Fajardo Jr. dont la palette fait des merveilles pour rendre compte des effets divers représentant les forces en puissance, les paysages, la sensation de vitesse. Scott Godlewski arrive durant le dernier épisode pour aider Xermanico à boucler ses planches à l'heure sans que cela ne jure trop (bon, après c'est vrai que Godleswki est un bon cran en dessous).

Le programme serait parfait si la série, à peine lancée, n'avait pas interrompue dès le deuxième épisode par l'event Knight Terrors et deux épisodes assez ternes, bien que toujours écrits par Jeremy Adams.


Eduardo Pansica les met en images, mais ne termine pas le second, qui est complété de manière très gauche par l'encreur Jordi Terragona. Contrairement à d'autres séries impactées par cet event, l'inspiration n'est pas au rendez-vous et se contente de revenir sur des peurs bien connues de Hal Jordan, qu'il n'a guère de difficultés à surmonter.

Mais cela ne suffit néanmoins pas à gâcher le plaisir qu'on a eu à lire l'album. C'est une excellente reprise qui a été saluée par la critique et surtout plébiscité par le public, refaisant de Green Lantern un vrai hit (pas encore au niveau où l'avait menée Johns mais suffisamment pour que DC laisse le scénariste tranquille). Le Père Noël ayant été généreux pour me laisser plusieurs volumes sous le sapin, à bientôt pour de nouvelles critiques de ce run prometteur...