jeudi 22 mai 2025

WE ARE YESTERDAY, PART 4 (of 6) - BATMAN / SUPERMAN : WORLD'S FINEST #39 (Mark Waid / Clayton Henry)


(Grosso modo : ) Robin (du passé) surgit dans la TOur de Guet (de nos jours), ce qui surprend Batman et Superman mais aussi Nightwing (qui passait opportunément par là). Nightwing serre la main de Robin (donc de lui-même) et... se trouve propulsé dans le passé avec Superman et Batman... Dont les versions du passé se retrouvent du coup de nos jours... (j'ai mal à la tête...)
 

Bon, OK? c'est pas gentiment résumé, mais que voulez-vous que je vous dise ? Ces histoires de voyages dans le temps, de personnages déplacés d'une époque à l'autre avec les versions passées qui arrivent dans présent quand celles du présent sont envoyés dans le passé... C'est proprement imbuvable et impossible à résumer sérieusement.


Mais, pourtant... Il y a pire que ça. Et c'est quand c'est mal écrit. Et cet épisode est un festival de ce point de vue. Parce que, enfin, dans une situation pareille, normalement, on doit être surpris, tendu, ou si ce n'est pas nous, ce doit être les personnages, complétement déstabilisés par ce qui leur arrive. Sauf que là... Non.


Mark Waid traite sa propre intrigue par-dessus la jambe, il a l'air de s'en foutre à un point à peine croyable. C'est pourtant pas comme si on lui avait commandé d'écrire ce crossover : non, il est aux manettes des deux séries concernées, il est en train d'écrire une mini New History of the DC Universe (qui doit tout remettre dans l'ordre), il a la confiance de son éditeur...


Mais c'est comme s'il sabotait lui-même son projet ! Je l'ai déjà dit : We are Yesterday manque cruellement de rythme, mais il souffre aussi d'une absence totale d'intensité et je crois que c'est encore plus affligeant pour une histoire qui est censée bouleverser ses héros sur deux époques et avoir des répercussions dans les mois à venir sur la série Justice League Unlimited.

Je ne vais pas non plus feindre l'étonnement : ce crossover, je ne le sentais pas. Il arrivait bien trop tôt pour Justice League Unlimited et je me demande comment Waid va s'y prendre pour expliquer que ça ne laissera aucune trace dans World's Finest (dont le principe repose quand même sur le fait que ce qui s'y passe n'entraîne pas de retcon).

Mais surtout, ce qui m'inquiète davantage, parce que je suis JLU, c'est quelles conséquences pour cette série ? Parce que si c'est pour partir dans des retombées multiverselles, voire omniverselles, alors là, no way. Déjà, le multivers, c'est chiant. Mais alors l'omnivers, ça, c'est vraiment le truc le plus stupidement dispensable que DC a permis.

Encore une fois, je me trouve à ne pas partager l'exaltation de certains fans qui trouvent que depuis son retour chez DC Waid a renoué avec son meilleur niveau. Evidemment, World's Finest, c'est fun. JLU, c'est pas mal. Mais les events qu'il a signés sont calamiteux (Batman vs. Robin, Lazarus Planet, et We are Yesterday).

C'est tout de même très loin de ce qu'il a accompli sur Fantastic Four, Daredevil. Même son (début de) run sur Avengers (en 2016) avec l'histoire Kang War était mieux exécuté que ce jeu de chaises musicales assorti de jokes pas drôles. C'est incontestablement un grand connaisseur de l'histoire des comics (aussi bien Marvel que DC), sauf qu'il ne le prouve pas ici.

En vérité, on se contrefiche de ce qui se passe parce que rien n'a l'air grave et surtout on n'a pas jamais le sentiment que ça va bouleverser quoi que ce soit. Ou alors pas en bien (si on se fie aux couvertures de Dan Mora, la perspective de revoir le Batman-qui-rit, franchement qui en a envie ?). Non, le Mark Waid que j'aime n'est pas là mais dans Batman and Robin : Year One (et ça tombe bien, la série reprend cette semaine, critique à suivre).

Ajoutez à ça que, pour ménager Dan Mora (à moins que Dan Mora n'ait pas voulu être mêlé à ce désastre...), DC a fait appel à des dessinateurs loin de compenser la faiblesse du script. Clayton Henry est un artiste propre, mais qui n'apporte rien : c'est plat, c'est mou. La seule qualité, c'est que c'est lisible, facile, abordable. Mais quelle déception là encore !

C'est une grosse semaine en termes de sorties et c'est très contrasté de ce que j'ai déjà lui, avec du pas terrible jusqu'au fabuleux. La moyenne reste très bonne, mais je l'avoue, j'ai commencé par World's Finest en espérant un sursaut. Celui-ci ne s'étant pas produit, j'ai voulu écrire cette critique comme pour me débarrasser d'une corvée. 

samedi 17 mai 2025

CAPTAIN AMERICA : BRAVE NEW WORLD (Julius Onah, 2025)


Thaddeus Ross est devenu le nouveau Président des Etats-Unis et il espère, malgré leurs relations tendues dans le passé, que Sam Wilson/Captain America va l'aider à reformer les Avengers afin de protéger le pays. Cela intervient dans un climat politique bouleversé par le Céleste trouvé dans l'océan indien et dont la ressource principale, l'adamantium, attire toutes les convoitises mais que les USA souhaitent voir partagées équitablement.
 

Pour ce faire, Ross veut faire signer un traité international et convie plusieurs chefs d'Etats à la Maison-Blanche. Mais un attentat les vise dans lequel est impliqué Isaiah Bradley, un ami de Sam et ancien super-soldat qui est appréhendé avec plusieurs autres. Sam et Joaquin Torres/le Faucon enquêtent pour disculper leur ami et découvre qu'il a été conditionné mentalement avec les autres suspects grâce à son téléphone portable.
 

En remontant la piste du dernier appel reçu par Isaiah, Sam et Joaquin découvrent une base secrète dans laquelle est enfermé le savant Samuel Sterns, exposé aux rayons gamma, et qui souhaite se venger de Ross, responsable de sa condition. Sterns parvient à s'échapper alors même qu'à proximité du Céleste le Japon et les Etats-Unis sont au bord du conflit armé depuis que le premier ministre Ozaki accuse Ross de vouloir s'accaparer l'adamantium.


Captain America et le Faucon s'emploient à désamorcer cette crise mais Joaquin est gravement blessé durant l'opération. Sam doute d'être à la hauteur du rôle dont il a hérité mais un médecin militaire, à qui il demandé d'analyser des pilules trouvées dans le labo de Sterns et identiques à celles que prend Ross, lui révèle le résultat qui va provoquer un nouvel incident terrible...
 

Pifouboy, cette critique est pour toi (même si ce film ne l'est peut-être pas...) puisque tu m'as fait part de ton regret de ne plus lire mes articles sur des films. Sache seulement que je n'ai pas tout à fait changé d'avis : je ne compte pas repartir sur des critiques de films régulières, je me contenterai certainement de parler d'adaptations de comics.


Quand Captain America : Brave New World est sorti en Février dernier, j'ai été le voir mais je n'avais donc pas voulu lui consacrer un article. Manque de motivation, d'énergie, d'inspiration. Mais donc, après Thunderbolts*, je me suis dit qu'il serait temps, même si, je le dis tout de suite, le plaisir que j'en ai retiré n'a rien de comparable.

Sans se ramasser au box office, le 35ème long métrage du MCU a été éreinté par la critique. On peut le comprendre au vu de sa qualité très moyenne, pour ne pas dire médiocre. Mais il s'agit en même temps d'une sorte de document synthétisant ce qu'a été la Phase V du MCU, un produit dont visiblement le studio n'a su que faire mais qu'il a quand même fallu sortir tout en étant certain que ça ne fonctionnerait pas.

Vous pouvez bien mettre l'équipe publicitaire qui avait encadré la sortie de Captain America : The Winter Soldier, tout ce qui s'en dégagera, c'est le gouffre qui sépare ces deux films dont l'ambition est de mêler espionnage et super-héroïsme mais qui, dans le premier cas, a abouti à un excellent opus et, dans le second, à un objet informe.

Pour peu que vous vous intéressiez aux coulisses des productions Marvel, vous savez que Brave New World a connu un tournage difficile qui a nécessité d'importants reshoots, si considérables qu'un personnage a été ajouté à l'intrigue, elle-même retricotée entre temps. Ce n'est jamais bon signe, même si les blockbusters connaissent souvent le tournage de scènes additionnelles ou corrigées in extremis.

Il n'empêche, le résultat est un film malade. Qui ne trouve jamais son équilibre. Et pour lequel le spectateur ne trouve jamais le divertissement qu'il espérait. Au bout du compte, tout ça ressemble à une tentative désespérée de recoller des morceaux non seulement dans le script dudit film mais aussi avec d'autres films plus anciens.

Par exemple, l'histoire démarre par l'élection à la présidence de la république du général Thaddeus Ross, bien qu'il reste connu comme un officier militaire colérique et impliqué dans le désastre de l'arrestation ratée de Hulk lors de son affrontement avec l'Abomination. Si, rappelez-vous : c'était dans le film The Incredible Hulk de Louis Leterrier... En 2008 !

Plus personne ne se souciait de cet opus mais Kevin Feige avait visiblement envie d'y revenir et de boucler ce dossier. Entre temps, l'interprète de Ross, William Hurt, est mort (en 2022) et Feige a convaincu, avec un gros chèque, Harrison Ford de le remplacer. La star d'Indiana Jones ne se cache pas d'ailleurs que c'est l'argent qui l'a motivé et qu'il ne compte pas rempiler.

Bon, ça, c'est fait, et ce n'est déjà pas glorieux. Mais Feige s'est aussi subitement souvenu que durant cette Phase V du MCU, il avait produit Les Eternels en 2021 et qu'à l'issue de ce film, un Céleste flottait dans l'océan indien sans que personne ne l'a évoqué depuis. Alors, tiens, si on casait ça dans ce scénario, histoire de montrer aux fans qu'on n'a pas oublié.

Hé bien, ne vous attendez pas à ce que cet élément soit bien traité ni même développé. Les scénaristes (pas moins de cinq dont je vous épargnerai l'énumération) ne s'en servent qu'a minima pour titiller ceux qui espèrent toujours voir un film sur les X-Men dans le MCU avant de partir à la retraite : le Céleste est une source d'adamantium, c'est-à-dire le métal du squelette et des griffes de Wolverine.

Vendu dans l'intrigue comme une ressource supérieure au vibranium wakandais, c'est en fait un gadget scénaristique qui n'est cité que pour aguicher le fan. Ôtez l'adamantium au script et remplacez-le par de la poudre de perlimpinpin et ce sera pareil. Le Céleste, lui, est devenu une espèce d'île où manque de se déclencher une guerre entre le Japon et les Etats-Unis et puis... Et puis c'est tout !

Les reshoots précités ont servi à introduire le personnage de Seth Volker alias Sidewinder de la Société des Serpents. Giancarlo Esposito a lui aussi cédé à un bon chèque pour participer à l'affaire puisque ce n'est pas son rôle, inutile et creux, qui a pu le motiver. Arrivé là, on se demande quand même s'il y a jamais eu un pilote dans cet avion...

L'intrigue proprement dite est cousue de fil blanc, mais Julius Onah a le mérite de ne pas faire traîner les choses (le film dure à peine plus de deux heures). Le vrai méchant du film est censé être un savant fou du Samuel Sterns mais son plan est d'une débilité effarante, fondé sur une vengeance très basique et que le héros découvre aussi vite que le spectateur.

Marvel a de toute façon spoilé, comme il ne peut s'empêcher de le faire, la véritable attraction du projet : le Hulk rouge, création crétine de Jeph Loeb dans les comics. Il apparaît très tard dans l'histoire et en disparaît aussi vite, l'issue de son combat contre Captain America étant d'une nullité rarement vue (ah, les cerisiers en fleur, que c'est joli...).

Comme je le disais plus haut, c'est un véritable concentré de ce qui n'a pas fonctionné dans la Phase V du MCU : des personnages issus d'une série déjà raté (Falcon et le Soldat de l'Hiver, censé imposer Sam Wilson comme nouveau Captain America et Joaquin Torres comme nouveau Faucon), trois méchants aussi mal écrits les uns que les autres, un récit d'une imbécilité à la limite de la parodie...

Mais là où, donc, Thunderbolts* a su transformer le plomb en or en ne cherchant pas à raccrocher les wagons et en osant s'aventurer dans des territoires inédits, Captain America : Brave New World s'épuise à expliquer, justifier, divertir, sans jamais réussir quoi que ce soit, comme si le film courait après ce qu'il pourrait bien le définir.

Harrison Ford et Giancarlo Esposito hors jeu, on s'accroche à Anthony Mackie qui est un très bon acteur mais qui doit se dépatouiller avec un rôle impossible, celui du successeur mais que les auteurs coincent dans la peau d'un type atteint du syndrome de l'imposteur. C'est dommage. Danny Ramirez joue son sidekick casse-couilles, là aussi un gâchis total.

Le pire cependant est à venir avec Shira Haas : elle campe Ruth Bat-Seraph, alias Sabra dans les comics, une héroïne israélienne, mais devenue embarrassante dans le contexte actuel de la guerre contre le Hamas. Résultat : ce n'est plus ici qu'une garde du corps grotesque qu'on veut faire passer pour une redoutable guerrière (car reliée aux Widows, comme Yelena Belova ou Natasha Romanoff).

Et puis il y a Tim Blake Nelson qui revient donc 17 ans après The Incredible Hulk pour jouer Samuel Sterns. Affublé d'un maquillage effarant tout droit sorti d'une série Z, chacune de ses apparitions génère une vraie gêne tellement c'est raté. Je ne sais pas si, lui, a été bien payé pour revenir, mais pour le coup, je l'espère parce que c'est vraiment terrible.

On croyait avoir touché le fond avec Thor : Love and Thunder et Ant-Man et la Guêpe : Quantumania. Mais Captain America : Brave New World a prouvé que non. Au moins, après ça, on est certain que ça ne peut pas être pire. Thunderbolts* l'a prouvé. Et souhaitons que Fantastic Four : First Steps le confirme.

vendredi 16 mai 2025

THE MOON IS FOLLOWING US #9 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Daniel Warren Johnson & Riley Rossmo)


La Cascade semble avoir brisé les derniers espoirs de Duncan et Samantha de retourner dans notre dimension avec leur fille Penny. Pourtant Jedediah Swano et ses troupes viennent les sauver et couvrir leur fuite. Mais celle-ci devra s'accomplir au prix d'un énième sacrifice...


Sorti la semaine dernière, j'ai repoussé, lâchement, autant que j'ai pu la critique du pénultième épisode de The Moon is following us. Et, pour être franc, je n'ai plus qu'une hâte : que ça soit terminé, ce qui sera fait le mois prochain. Encore une fois, ce n'est pas une mauvaise mini-série, elle a de grandes qualités. Mais aussi d'énormes défauts.


La leçon que j'en tire, avant même sa conclusion, c'est que plus jamais on ne prendra à lire une série de Daniel Warren Johnson mensuellement. Là encore, ce n'est pas parce que l'auteur ne maîtrise pas ce rythme, mais tout simplement parce que ses histoires sont trop tristes et que ça devient une épreuve. Pire, peut-être : un système.


Je ne veux pas être trop sévère avec Johnson qui est au auteur complet parmi les plus originaux actuellement. Contrairement, par exemple, à Sean Gordon Murphy, qui est devenu une vedette comme lui mais sans talent de scénariste, Johnson a pour lui une vraie maîtrise narrative et graphique, avec des thèmes récurrents qui sont la marque d'un conteur singulier et passionnant.


Là où Murphy s'appuie sur un dessin très puissant mais qui affiche de plus en plus ses limites, sans jamais sortir de sa zone de confort, sur des scénarios prétextes et des développements a minima, Johnson, lui, a vraiment des choses à dire et il les dit bien, avec conviction et surtout sincérité. Toutefois, il me semble que la machine commence à tourner sérieusement en rond.

Parce que bon, après Murder Falcon et Do a Powerbomb !, ses récits sur le deuil, la famille et l'évasion par l'imaginaire le plus débridé, ça va, j'ai compris. Je ne peux décemment pas reprocher à un auteur de parler de ce qui lui tient à coeur, de le faire avec franchise, mais j'aimerai quand même qu'il dépasse tout ça au lieu de commencer à s'y complaire.

En fait, c'est un sentiment de malaise qui m'a poursuivi durant ces neuf épisodes (et je doute qu'il se dissipe avec le dixième). Malaise de voir Johnson ressasser toujours les mêmes motifs, jusqu'à la nausée, en me demandant sérieusement s'il n'avait que ça à traiter ou s'il racontait toujours, peu ou prou, le même truc parce que ça fonctionnait.

Et bon, autant ce genre de récurrence dans des comics mainstream, ça passe parce que, par essence, la répétition fait partie du mode opératoire ; autant dans les comics indés où on attend, à mon avis légitimement, que l'auteur dépasse ça, ça créé un soupçon sur une forme de cynisme de la part du créatif qui exploite plus ses lubies/phobies qu'il le ne cherche à se diversifier.

Je choisis cependant d'accorder le bénéfice du doute à Johnson, mais The Moon is following us marque une limite. Si son prochain projet en creator-owned repart dans dans cette direction, ce sera sans moi. La fiction peut être une thérapie, mais les lecteurs ne sont pas obligés d'y participer. Il convient pour un auteur de consulter un bon psy s'il a vraiment des choses à évacuer au bout d'un moment.

Cet épisode affiche à la fois tout ce qui est bon et mauvais, dans le sens de désagréable, à la lecture de cette mini série. Ce qui est bon, c'est la partie graphique, époustouflante, imaginative, radicale, énergique : Riley Rossmo signe les 9/10èmes du numéro et le fait avec une vigueur, une inventivité remarquables.

Le lecteur a son comptant d'images fortes mais aussi de storytelling superbement ouvragés. Rossmo n'a certes pas un style qui peut séduire tout le monde, mais c'était le partenaire idéal pour Johnson sur ce projet. Leur collaboration a été une des grandes attractions et la grande réussite de cette BD. Et rien que pour ça, ça valait le détour.

Mais en contrepartie, donc, je trouve qu'il y a quelque chose de profondément dérangeant dans la répétition ad nauseam de motifs narratifs, de thèmes abordés, de mise en scène dans les rebondissements. Etalé sur dix épisodes, c'est qui plus est beaucoup trop long, surtout avec un début aussi laborieux mais également avec une fin qui n'en finit plus.

J'ai découvert Johnson avec Murder Falcon et ce fut une claque, un bouquin vraiment magnifique, poignant, généreux, triste déjà mais très beau. Do a Powerbomb ! m'a paru déjà plus faible, même si le spectacle était jubilatoire. Mais The Moon is following us ressemble au combat de trop (allant jusqu'à l'autocitation grotesque). Dommage, malgré des instants magiques.

jeudi 15 mai 2025

SUPERGIRL #1 (Sophie Campbell)


Après avoir éloigné Princess Shark de Metropolis, Supergirl rejoint la forteresse de solitude de son cousin Superman pour effectuer sa ronde régulière dans la cité miniature de Kandor. Elle doit raisonner La-ron mais refuse, comme le conseil scientifique le lui propose, de le l'encadrer. Elle part ensuite rejoindre ses parents adoptifs à Midvale où une surprise désagréable l'attend...


Comme la couverture l'indique, cette relance de la série Supergirl intervient dans le cadre du Summer of Superman, qui a débuté avec un one-shot (dont j'ai parlé ici il y a peu) et avant le début de la série Superman Unlimited (par Dan Slott et Rafael Albuquerque) et d'autres parutions qui accompagneront la sortie du film de James Gunn (et se poursuivront ensuite).


Kara Zor-El n'avait plus eu droit à sa propre série depuis 2016, au tout début de l'ère Rebirth. Tom King l'avait toutefois remise sous le feu des projecteurs avec sa mini Supergirl : Woman of Tomorrow (qui vient d'être adaptée en film dont le tournage s'est achevé cette semaine). Et la cousine de Superman a été intégrée au titre Action Comics avec les autres membres de la Super famille.


On pouvait légitimement s'attendre à ce qu'elle récupère un mensuel quand le long métrage de Craig Gillespie sortira l'an prochain, mais DC a préféré donner le feu vert plus tôt en confiant le projet à Sophie Campbell. Celle-ci n'est pas une débutante : à 45 ans, elle a déjà dessiné et écrit pas mal de comics en indé et elle assume d'ailleurs les deux postes sur cette série.


Reste que passer après Tom King et Bilquis Evely n'est pas une mince affaire tant la réussite de leur collaboration a redonné du lustre à la kryptonienne. Mais Sophie Campbell a choisi, intelligemment, de ne pas marcher dans leurs pas tout en proposant une histoire qui explore des thèmes qu'elle a elle-même expérimentés, en particulier la quête d'identité.

En effet, avant d'être Sophie, elle était Ross Campbell et ce n'est qu'il y a dix ans qu'il est devenue elle et a changé de prénom et de sexe. Que les anti-trans ne s'emportent pas : Supergirl ne va pas devenir un garçon et sa série une sorte de manifeste sur la transexualité. Mais, en même temps, je pense qu'en sachant le parcours de l'auteur, chacun aura déjà choisi son camp.

Campbell pose rapidement les enjeux qu'elle compte creuser : Supergirl a toujours vécu dans l'ombre de son cousin. Elle est même arrivée sur Terre après lui (car la capsule qui la transportait a mis plus de temps à la rallier). Et actuellement elle s'interroge sur sa place : doit-elle rester dans l'entourage de Superman ? S'en émanciper ? Et pour cela prouver qu'elle peut le faire, qu'elle peut exister en tant que Supergirl ?

Cela va d'autant moins de soi que dans le civil elle a adopté un nom, Linda Danvers, dont elle se demande si elle ne doit pas désormais le modifier, au risque que cela paraisse étrange. Et le comble de ses interrogations arrivera quand, de retour à Midvale, où elle a grandi avec les Danvers, elle découvre qu'une impostrice se fait passer pour Supergirl.

La situation devient encore plus compliquée quand Eliza et Jeremiah Danvers ne la reconnaissent même pas... En outre, lors de la séquence d'ouverture, on suit Supergirl à Kandor (la cité dans une bouteille abritant des survivants de Krypton) et le conseil scientifique lui demande de chaperonner un lycanthrope hors de contrôle. Ce qu'elle refuse, préférant trouver une nouvelle idée.

Campbell propose donc un portrait dense pour ce premier numéro : on a une héroïne qui souffre d'un manque de reconnaissance, qui a envie de s'affirmer (mais sans trop savoir comment), qui ne veut pas copier son célèbre cousin, qui est face à une usurpatrice... Mais pourtant, la narration est d'une fluidité remarquable, englobant tous ces éléments sans aucune lourdeur.

Cette fluidité se traduit aussi dans le dessin : grâce aux couleurs pimpantes de Tamra Bonvillain (habituelle partenaire de Dan Mora), Supergirl se pose là comme BD aux teintes légères. Le trait rond de Campbell, son découpage classique, son storytelling tonique, tout ça rend la lecture très agréable, enlevée.

La question qu'on peut se poser, c'est si cet équilibre entre des thèmes tout de même multiples et complexes et cette esthétique lumineuse, cette manière de raconter aérienne, peut durer et aboutir à une série qui dépasse son côté gentil, un peu "girly". Le mélange n'est pas du tout choquant, mais peut dérouter.

Ce qui est certain en revanche, c'est que les titres rattachés à l'univers de Superman ont tous ce côté lumineux, solaire, sans occulter leur part d'action, de drama. Et donc cette Supergirl ne dépareille pas. Sophie Campbell, en tout cas, ne manque pas d'aplomb ni d'ambition et c'est ce qu'il faut pour que sa série perdure (chose qui n'a jamais été facile pour les kryptoniennes, comme l'a prouvé l'annulation récente du titre Power Girl).

THUNDERBOLTS* (Jake Schreier, 2025)


Valentina Allegra de Dontaine, directrice de la C.I.A., est interrogée par une commission parlementaire qui lui reproche d'être restée conseillère pour O.X.E., une compagnie privée, impliquée dans des expériences sur des êtres humains. Afin de ne pas être destituée, elle commande à plusieurs de ses agents de détruire tout ce qui pourrait la rattacher à ses activités passées.


Yelena Belova détruit ainsi un laboratoire en Malaisie avant d'être envoyée dans une base secrète où était développé le projet Sentry. Sur place, elle trouve John Walker/U.S.Agent et Ava Starr/le Fantôme et le Maître de Corvée avec lesquels elle se bat avant de (leur faire) comprendre que de Fontaine comptait qu'ils s'entretuent. C'est alors que surgit Bob, un jeune homme placé dans un caisson en animation suspendue... Et que toutes les issues du complexe se referment sur eux !
 

Ils décident de s'allier pour sortir de là et, une fois dehors, pour passer les barrages mis en place par des soldats appelés en renfort par de Fontaine, ils s'échappent grâce au sacrifice de Bob qui est fusillé. Alexei Shostakov/Red Guardian vient récupérer Yelena et ses compagnons avant qu'ils ne soient tous capturés par Bucky Barnes/le Soldat de l'Hiver qui veut qu'ils témoignent contre de Fontaine. En route pour New York où leur cible les attend avec un atout décisif mais très instable en main...


En Octobre dernier, j'écrivais dans ce blog ce qui allait être ma dernière critique de film. Ce n'était pas prémédité mais je voyais bien que ce genre d'article n'intéressait pas beaucoup ceux qui lisaient mes compte-rendu sur les comics et, de fil en aiguille, j'ai abandonné le projet de parler de longs métrages. Je ne pense d'ailleurs pas revenir sur cette position.
 

Mais je me suis quand même dit que j'allais rédiger quelque chose sur Thunderbolts* puisqu'il s'agit d'une adaptation d'un comic-book, et accessoirement le 36ème film du MCU. J'avais envie de le défendre alors que, jusqu'à présent, j'ai surtout des analyses assez tièdes à son sujet alors que, de mon côté, j'ai particulièrement apprécié cet opus.


J'ai même presque envie de dire que c'est mon film Marvel préféré depuis des lustres, mais plus encore que c'est un film que j'apprécie au-delà de son appartenance au catalogue de son studio. Parce que j'ai le sentiment que, chose rare, il traite d'autre chose que de simples super-héros, du folklore qui leur est associé, et que, rien que pour ça, il mérite une place à part.

Thunderbolts* clôt la Phase V du MCU (la Phase VI sera inaugurée avec Fantastic Four : First Steps), mais qui s'en soucie encore ? Depuis Avengers : Endgame, même les fans les plus mordus du MCU ont perdu la flamme. Trop de films moyens ou médiocres, trop de séries sans intérêt, trop d'interconnections entre le cinéma et Disney+... La fatigue a gagné les rangs des supporters.

Aujourd'hui, le studio veut se refaire la cerise et mise tout sur les FF d'abord puis le diptyque Avengers : Doomsday/Secret Wars, pour lequel Kevin Feige a convaincu les frères Russo de revenir (et Robert Downey Jr. de jouer le Dr. Fatalis, contre un casting gargantuesque). En vérité, le gâteau apparaît davantage trop garni qu'appétissant.

En face, du côté du DCU, James Gunn se prépare à sortir son Superman et veut revenir aux bonnes histoires, privilégier la qualité à la quantité. On verra qui sortira gagnant de ce match, mais, pour moi, la vraie hype, au ciné comme dans les comics, est plus du côté de DC que de Marvel. Marvel qui semble ainsi avoir distribué Thunderbolts* un peu à la sauvette, impatient de passer à autre chose...

Et c'est injuste même si le réalisateur, Jake Schreier, est déjà pressenti pour introduire les X-Men dans le MCU après Avengers : Secret Wars (mais ce ne sera pas avant 2028...). Qu'attendre d'un film ainsi projeté, sans star, sans grosse promotion, sans grande attente, juste avant la saison estivale ? Pas vraiment la production que les fans attendaient avec gourmandise.

Pourtant, allez savoir pourquoi, c'est justement cette modestie, ce côté outsider, qui m'a attiré depuis plusieurs mois. Si personne n'en avait envie, moi, si. Un simple film de super-héros ou d'anti-héros, sans multivers, sans tout ce qui a provoqué l'enlisement du MCU, inspiré d'une série imaginée à la fin des 90's par Kurt Busiek sur des super vilains qui se faisaient passer pour des justiciers en l'absence des vrais gentils.

Le film n'a pas grand-chose à voir avec ce concept initial, mais il n'en est pas complètement détaché non plus dans la mesure où tous ses protagonistes sont effectivement des vilains ou des méchants réformés, des individus ayant opéré dans l'ombre, la clandestinité, et pour le compte d'une manipulatrice en chef contre laquelle ils vont devoir se liguer alors même qu'elle dispose d'un joker imprévisible.

Le script de Eric Pearson et Joanna Calo compte trois actes : le premier met en scène la rencontre et l'alliance de ces outsiders quand ils comprennent qu'on veut se débarrasser d'eux ; le deuxième les voit récupérer par un de leurs semblables qui souhaitent en faire des témoins à charge ; et le troisième orchestre une confrontation inattendue moins contre un adversaire que contre leurs propres démons.

C'est la grande originalité du projet : ici, on ne va pas se battre pour éliminer un méchant classique, mais pour lui survivre car il est nettement trop fort, trop puissant. Et la solution ne passera pas par le tuer, par une grosse baston spectaculaire mais par une sorte de thérapie collective, dans le néant littéralement. 

Car ce qui lie tous ces personnages, c'est la dépression. Combien de films avec des super-héros avez-vous vu là-dessus ? Yelena est une espionne qui a passé sa vie à tuer sur commande, Bucky est un ancien assassin, Alexei est un pauvre type, Ava est un ancien rat de laboratoire, et le fameux Bob est un bipolaire transformé en dieu/diable.

Les héros sont fatigués et de ce point de vue, le film commente de manière subtile l'état du public de ce genre de divertissement. Les fans aussi se sont fatigués, lassés, ils n'ont plus la foi, ils traînent des pieds pour aller dans une salle de cinéma quand avant ils s'y précipitaient. Mais Marvel les a déçus, les a perdus, les a abandonnés. Ils n'ont plus le moral, ils n'y croient plus. Comme les Thunderbolts.

Et quand ceux-ci se trouvent face à un type avec des pouvoirs (alors qu'eux n'en ont pas), aussi puissant que tous les Avengers, manipulé par une garce, hé bien, ils sont résignés, ils savent qu'ils n'ont aucune chance. Sauf à l'affronter en faisant face à leurs propres tourments, en revivant leur passé douloureux et peu héroïque.

Alors, oui, Jake Schreier n'est pas un grand cinéaste (un peu comme Shawn Levy avec Deadpool/Wolverine), il emballe ça sans génie, mais proprement, en deux heures. Le film n'est pas trop long, en tout cas pas assez pour qu'on regarde sa montre, pas lourdingue au point de jouer la surenchère. Pas de débauche d'effets spéciaux, pas de tralala.

On est presque étonné de voir autant de scènes d'affilée tournées dans des décors réels, sans fond vert. On est ravi de suivre des personnages qui morflent physiquement, qui saignent, qui pleurent, qui gueulent, qui s'engueulent, qui ne font pas des blagues pourries pour ponctuer les moments vraiment perturbants. C'est peut-être la première fois que le MCU ose ça et ça fait du bien, un bien fou.

Si le film est plombé, il n'est pas plombant : il ose seulement, simplement, observer des héros qui ne vont pas bien, pour qui l'héroïsme ne va pas de soi, qui forment une équipe dysfonctionnelle, qui sont usés par leur drôle de vie. Qui sont sûrs de perdre. Jusqu'à ce qu'ils soient réunis par leur mal-être commun et l'intègre, se soutiennent, le partagent.

Drôle d'attelage que cette bande de dépressifs issus de films moyens ou de séries à peine passables, mais joués par des acteurs qui, sans partenaires plus prestigieux qu'eux, défendent leur partition avec une vraie motivation. Et ça aussi, ça fait du bien. Au fond, assez vite, on se fiche de savoir d'où ils sortent, s'il faut avoir vu le film ou la série d'où ils viennent : nous aussi, on a envie de les supporter, de les soutenir.

A ce compte, c'est Florence Pugh, la plus connue du lot, qui donne le la. Elle est comme toujours formidable, en en faisant ni trop ni trop peu. Débarrassée de Scarlett Johansson, elle anime sa Yelena avec sa propre sensibilité, dirigée par un réal' qui sait qu'elle a le talent pour tirer le reste du casting vers le haut.

Wyatt Russell, si transparent dans Falcon et le Soldat de l'Hiver, est ici impeccable. Sebastian Stan est également parfait dans le rôle de Bucky, même si, forcément, c'est lui qui est le moins creusé (car l'histoire de son personnage a déjà été bien creusé auparavant). Hannah John-Kamen s'impose autrement mieux que dans Ant-Man et la Guêpe. David Harbour est bien moins lourdingue que ce que j'ai lu sur sa prestation : sa balourdise souligne en vérité le pathétique de son personnage.

Julia Louis-Dreyfuss a réussi, pour la première fois, à me convaincre qu'elle était Valentina Allegra de Fontaine. Et Lewis Pullman est formidable dans la peau de Bob, aisément le rôle le plus casse-gueule qui soit.

On pourra déplorer que Olga Kurylenko soit si vite sacrifiée ou que Geraldine Vishwanathan ne soit pas mieux mise en valeur (mais elle brille à chaque fois qu'elle apparaît), mais on ne peut pas gagner sur tous les tableaux. Et surtout l'équilibre du film devait sans doute passer par là. Sans oublier de mentionner une bande-son magnifique de Son Lux.

Je ne vais pas vous dire de vous ruer dans votre cinéma le plus proche. Allez voir le film comme vous lisez un comic book seulement si vous en avez envie, c'est la condition sine qua non pour l'apprécier. Pour ma part, c'est une excellente surprise, d'autant plus grande que je n'en attendais rien, ou du moins pas autant. J'espère que ce sera aussi votre cas.

samedi 10 mai 2025

BLACK CANARY : BEST OF THE BEST (Tom King / Ryan Sook)


BLACK CANARY : BEST OF THE BEST
(#1-6)


Black Canary a accepté d'affronter Lady Shiva à Las Vegas pour savoir qui est la meilleure combattante à mains nues de l'univers. Le match comptera six rounds et les deux adversaires ont accepté que l'issue soit fatale au vaincu sans poursuite judiciaire mais avec une récompense financière au terme de la rencontre. Dinah Lance va chez sa mère pour s'entraîner, seule avec elle, car elle refuse l'aide de Ted Grant/Wildcat ou tout autre super-héros.


Durant les jours qui précédent le combat, Dinah subit des exercices intensifs. Sa mère souffre d'un cancer en stade terminal mais refuse d'aborder le sujet. La fille se souvient du passé héroïque de sa mère, même si elle s'inquiétait de ne pas la voir revenir d'une mission et que son père la rassurait. Aujourd'hui, la mère demande à sa fille d'honorer son héritage en gagnant le match.


Dinah se souvient aussi de sa première rencontre avec Oliver Queen/Green Arrow dans la salle d'entraînement de Ted Grant, bien avant qu'ils ne deviennent amants puis époux. Puis des premières missions où elle a accompagnées sa mère en constatant, toutes deux, leurs différences d'appréciation sur la manière de rendre la justice... Le combat débute et d'entrée de jeu, Black Canary est dominée par Lady Shiva au point que le match tourne au jeu de massacre. Les amis de Dinah sont sidérés...


Tout d'abord, le recueil en vo paraîtra le 9 Septembre prochain. J'ignore si et quand Urban Comics le proposera, l'éditeur n'a toujours pas communiqué à ce sujet, mais je vois mal comment il ferait l'impasse sur du Tom King, une valeur sûre. Et c'est vrai que, sur le papier, l'affiche est alléchante : une mini en six épisodes, par un scénariste réputé, avec un dessinateur rare, au sujet d'une héroïne iconique...


Mais je dois bien avouer que, pour moi, ça a été une déception. J'avais lu le premier épisode à sa sortie et je n'avais pas accroché. Ne voulant pas subir la suite, j'avais alors décidé d'attendre la fin de la parution pour lire tout ça d'une traite et voir si mon avis avait changé. Et ça n'a pas été le cas. C'est même, certainement, le pire truc que j'ai lu écrit par Tom King.


On peut dire qu'il n'y a jamais de mauvais moments pour sortir une série, mais Black Canary partait quand même avec un handicap sérieux en sortant après Do a Powerbomb ! de Daniel Warren Johnson, pour lequel j'avais été déjà été mitigé, mais qui s'avère cent fois mieux que Black Canary : Best of the Best.

Quel rapport entre ces deux histoires ? Principalement le fait qu'une partie du récit repose sur un combat au féminin, qui évoque beaucoup le catch, même si ici c'est mélangé avec des arts martiaux, de la boxe et tout un tas d'autres techniques que je connais pas. Comme dans la mini de DWJ, on va assister à des raclées d'anthologie.

Le scénario alterne donc les six rounds du match opposant Black Canary à Lady Shiva avec des flashbacks. Les plus récents remontent à quelques jours avant l'affrontement, quand Dinah est entraînée par sa mère (la première Black Canary, de l'âge d'or), et reçoit la visite de Batman, jusqu'à l'enfance de Dinah quand sa mère était encore une super-héroïne, puis qu'elle lui a succédée après avoir été entraînée par Ted Grant / Wildcat et avoir rencontré Oliver Queen / Green Arrow.

Tom King a une bibliographie majoritairement porté sur les super-héros : Batman, Mister Miracle, Human Target, Rorschach... Pourtant c'est un auteur qui, malgré ça, a toujours soigné les femmes, au point d'en faire des personnages aussi importants : Catwoman, Big barda, Ice... Et bien sûr Supegirl : Woman of Tomorrow. Ou Helen of Wyndhorn.

Donc, en aucun cas, on ne peut parler d'un auteur misogyne, masculiniste, viriliste, tant ses héros sont des hommes vulnérables et ses héroïnes des femmes fortes. Tout était donc là pour que Black Canary : Best of the Best lui inspire une histoire épatante, avec un background consistant et un argument narratif à la fois simple (le combat) et complexe (son passé de fille, épouse, justicière).

Mais alors pourquoi ça ne fonctionne pas ? Mais alors pas du tout. Les flashbacks étaient l'occasion de dire quelque chose d'inédit ou du moins d'étonnant sur Dinah Lance, et/ou sa mère. A la place, on a droit à une collection de scènes clichés qui ne révèlent rien de nouveau, de singulier, ni même de particulièrement émouvant.

Si vous voulez lire une bonne histoire sur (un avatar de) Black Canary, alors relisez les chapitres de Watchmen consacrés aux Spectres Soyeux : Alan Moore dissèque tout avec une acuité bien meilleure, bien plus pertinente, trouble et troublante, que les six épisodes que King a rédigés. Tout est là : la relation mère-fille, la difficulté de succéder à une mère héroïque, les amours contrariées...

C'est une comparaison d'autant plus cruelle que King a marché volontiers sur les plates-bandes de Moore en copiant son "gaufrier", en revisitant (habilement) Rorschach, en explorant la psyché des super-héros, etc. Mais là, King est renvoyé, c'est le cas de le dire, dans les cordes. Moore reste supérieur à sa piteuse tentative. Et de très loin.

Je ne dis pas par plaisir : je suis un fan de King depuis Grayson, mais je suis un lecteur honnête et un critique intègre, et là, il s'est planté dans les grandes largeurs. Tout sonne faux, creux, il n'a rien d'intéressant, de neuf à dire sur Black Canary. Mais les flashbacks ne sont qu'une partie du problème, et pas la plus accablante.

Je citais Do a Powerbomb ! pour son approche, sa mise en scène de combats exécutés par une héroïne. J'aurai dû surtout dire pour l'émotion que cette histoire exprimait, car Daniel Warren Johnson ne se contentait pas de bastons fantastiques, elles étaient le véhicule pour un récit initiatique, sur le deuil, une mère, sa fille, l'héritage.

Si on s'en tient au niveau visuel, la grande erreur ici, c'est d'avoir confié le dessin à Ryan Sook. Déjà qu'il ne signe pas beaucoup de pages intérieures (il s'est spécialisé dans les illustrations de couvertures), il n'a jamais été un narrateur graphique renversant. Et ce qu'il fait là le démontre. Car là où DWJ explose tout, Sook écrase tout.

Ses planches, son découpage, ses compositions, tout manque d'énergie, de relief. C'est d'une platitude, d'une faiblesse terribles. Tout ça manque terriblement de patate. Et on se retrouve à lire des pages et des pages où deux femmes se mettent sur la gueule sans génie. C'est même, disons-le tout net, pénible. Pas pénible au sens de poussif (quoique aussi), mais pénible au sens de dérangeant.

Quand on prend un artiste au style réaliste classique et dépourvu de tout dynamisme, l'effet immédiat est que chaque coup, chaque acte de violence deviennent dérangeant parce qu'il n'y pas de distance visuelle entre ce qui est montré et ce qui est vu. Donc à moins que le spectacle de deux femmes s'infligeant des sévices physiques abominables vous ravisse, vous allez être vite écoeuré.

Quand vous lisez Do a Powerbomb !, la démesure, l'exagération introduisent une distance naturelle et immédiate qui fait que la violence montrée est supportable et même fun parce qu'incroyable, caricaturale, outrancière. Quand vous lisez Black Canary : Best of the Best, c'est simplement insupportable.

Et je dois ajouter que c'est, à mes yeux, de mauvais goût. Quand on compte le nombre de féminicides, où des mecs sûrs de leur fait massacrent leurs femmes (ou les femmes en général) jusqu'à la mort, faire une série où le spectacle consiste à accumuler les scènes à la limite de la torture entre deux femmes n'a rien de fameux. C'est juste dégueulasse et déplacé.

Honnêtement, c'est difficile de tenir jusqu'au bout. Non pas parce que c'est la BD la plus violente que j'ai lue, mais parce que sa mise en images a quelque chose de profondément abject, obscène même. Quand Tom King, interrogé sur la raison pour laquelle la série ne faisait que six n° au lieu des douze qu'il apprécie tant, il n'a rien trouvé de mieux à répondre que : "douze rounds, ça aurait too much"...

Mais six rounds où deux femmes se massacrent, ça passe... C'est juste à gerber. Irresponsable. Je n'ai jamais aimé ça, je ne m'y ferai jamais. C'est ça, la violence gratuite. C'est ce qu'il y a de plus crétin. Et quand c'est fait comme ça, à dessein, ce n'est pas pour prouver quoi que ce soit sur la laideur de la violence. C'est juste complaisant. Et inexcusable par conséquent.

Je sais que certains ont trouvé la série poignante, touchante, subtile. On n'a juste pas dû lire la même. Mais le pire peut-être, c'est que Tom King soit tombé si bas, et pour ne rien dire. Pour une histoire putassière jusqu'au bout, n'assumant même pas un dénouement logique. Je ne vous recommande donc pas Black Canary : Best of the Best. Epargnez-vous ça : ça vous évitera des haut-le-coeur.

jeudi 8 mai 2025

RESURRECTION MAN : QUANTUM KARMA #2 (of 6) (Ram V / Anand RK, Butch Guice) - Hommage à Jackson "Butch" Guice


A Samsara, Mitch Shelley raconte à son double venu d'une autre dimension comment, à la fin de la seconde guerre mondiale, il s'est fait un ami d'un soldat indien, Ashar Singh, mort dans des circonstances affreuses mais après lui avoir promis d'annoncer son décès à sa famille. Puis, plus tard, il a rencontré le super-héros Atom qui lui a confié la mission de protéger une scientifique...


Ce ne sera pas vraiment une critique de l'épisode que je vais écrire. Non pas qu'il ne le mérite pas, au contraire : pour aller vite, Resurrection Man : Quantum Karma #2 explore avec beaucoup de sensibilité le thème du deuil par le prisme d'un individu qui revient constamment à la vie et est donc confronté à la disparition de ceux qu'il aime.


Il y a dans cet épisode des moments bouleversants et l'écriture, sensible, pudique, de Ram V en fait des passages de toute beauté. Encore une fois, si vous avez aimé Toutes les morts de Laila Starr, vous avez de grandes chances d'être touché par cette série, bien qu'elle aborde des sujets similaires d'une manière complètement différentes.


Ram V s'impose pour moi comme un auteur qui, à l'instar d'un Jonathan Hickman, réussit l'exploit d'aborder les genres avec une touche très personnelle, avec une philosophie existentielle très singulière. Hickman est plus un world-builder alors que Ram V excelle dans le character's driven, mais tous deux ont cette façon d'appréhender l'histoire sous un angle unique et immédiatement identifiable.


Ce qui les réunit vraiment, c'est le rapport au temps, et au temps long spécialement. Ici, Ram V nous balade dans le passé puis dans le futur (jusqu'en 2046, le temps d'une séquence poignante, avec une métaphore sur le destin, les marionnettes, vraiment inspirée). Et c'est dans cette appréciation du temps qu'on mesure ce qui affecte les personnages, ce qui façonne leur destin, ce qui orchestre les coïncidences.

Ajoutez-y les planches de Anand RK dont le style est à la fois bizarre et beau, ne ressemblant à rien de connu et embrassant l'étrangeté avec une élégance étonnante, avec des couleurs extraordinaires (et je pèse mes mots) de Mike Spicer... Et vous obtenez un comic-book à nul autre pareil. C'est une expérience, c'est expérimental d'ailleurs, mais si vous aimez voyager, alors vous serez servi.

Bon, finalement, il y a quand une critique pour cet épisode.

Mais l'autre partie dont je voulais parler est toute autre. Jackson "Butch" Guice vient de nous quitter, à l'âge de 63 ans. C'était, avec Dan Abnett, le co-créateur de Resurrection Man, et il avait accepté de revenir sur ce personnage à l'occasion de cette mini-série en signant la première page de chaque épisode.

J'ignore s'il a eu le temps d'en réaliser six, j'en doute. Je sais qu'il sera encore là le mois prochain, mais après, je ne sais pas. Il est mort d'une pneumonie qui s'est aggravée après avoir été pourtant soignée avec succès. Mais il a été réhospitalisé et n'a pas survécu à une rechute. DC n'a pas eu le temps de lui rendre hommage dans ce numéro mais gageons que ce sera le cas au prochain.

Ram V a salué sa mémoire et lui a dédié ce numéro et les suivants. Je n'oserai parler de coïncidence mais c'est troublant qu'il soit parti en dessinant Resurrection Man, un héros qui ne peut pas mourir et qui le vit comme une sorte de croix, de malédiction, qui estime même que ce pouvoir ne lui a pas permis d'améliorer le monde au gré de ses aventures.

J'aimai beaucoup Butch Guice : il a eu une carrière prolifique démarrée dans les années 80 sur la série Micronauts de Bill Mantlo. Il a fait la navette constamment entre Marvel et DC, il a aussi travaillé en Europe (sa dernière vraie série était d'ailleurs française, Amber Blake - pas très bonne, mais formidablement dessinée), puis chez des indépendants.

Ce qu'on sait moins et ce dont je ne me suis rendu compte récemment, c'est le volume de sa bibliographie. Il dessinait souvent deux séries en même temps, plus les couvertures, et s'encrait lui-même quand on le lui permettait. D'ailleurs, il a aussi encré d'autres artistes, comme Bryan Hitch par exemple. 

Comme l'avait raconté Mark Waid à propos de Mike Wieringo quand ce dernier est parti, il semblait toujours avoir peur de ne plus trouver de travail et donc il acceptait parfois des jobs qui ne le comblait pas mais le rassurait. Je crois que Guice était comme ça aussi : il n'a jamais été une star, mais un artisan, boulimique, détestant le vide.

Et ça lui a permis d'inspirer beaucoup de monde, d'aider beaucoup d'amis. Il a collaboré avec des auteurs qui, sans lui, étaient parfois dans la sauce (comme Chuck Dixon), il a mis le pied à l'étrier d'autres artistes (comme Kelley Jones ou Mike Perkins), et les éditeurs savaient qu'ils pouvaient compter sur sa ponctualité, son professionnalisme.

Quand j'ai démarré ce blog, contrairement au précédent que je tenais, je m'étais posé comme règle de ne plus faire d'hommage quand un auteur/artiste disparaissait. Mais j'aimai ce que faisait Butch Guice, sa personnalité, son style, sa longévité, sa régularité. Et parler de ce n° de Resurrection Man : Quantum Karma sans l'évoquer était impensable.