dimanche 19 janvier 2025

THE MOON IS FOLLOWING US #5 (of 10) (Daniel Warren Johnson / Riley Rossmo & Daniel Warren Johnson)


Brio a rameuté ses troupes pour un nouveau combat qu'il espère décisif. Mais Duncan et Samantha sont à bout de forces et sont obligés de battre en retraite à bord d'un avion qui est vite abattu. Leur ennemi gagne impitoyablement... Tandis que dans notre dimension Tash Severin, qui veille sur leurs corps endormis, se retire dans une autre pièce...


Alors, nous voici arrivés à la moitié de cette mini-série. Le mois dernier, je vous disais que celle-ci semblait quand même marquer le pas, comme souvent avec les histoires écrites par Daniel Warren Johnson, qui, à mi-chemin, entrent dans une sorte de ventre mou. Parfois l'auteur rebondit magistralement, et parfois... Non.


Qu'en est-il pour The Moon is following us ? C'est compliqué. L'épisode est en vérité coupé en deux, pas littéralement, puisqu'on est dans une séquence mouvementée, avec beaucoup, mais alors beaucoup d'action, mais aussi avec une rupture nette dans la narration qui aboutit à un coup de théâtre que je n'avais vraiment pas vu venir et qui remet une pièce dans la machine, assez efficacement.


Bon, ne craignez rien, je ne vais pas vous spoiler, même si je crains de devoir le faire au prochain numéro car, même en résumant l'épisode, même en le critiquant le plus précautionneusement du monde, ça me paraît impossible de continuer sans devoir révéler ce qui se passe dans ce numéro. C'est même tout le vrai problème ici : Daniel Warren Johnson piège le critique.
 

Je pourrais dire que ce n'est pas très sympa, mais, d'une, ce serait puéril, et de deux, c'est quand même un peu l'avantage du créateur par rapport au commentateur : il peut, il doit même, lui rendre la vie impossible pour prouver que c'est bien lui, le maître du jeu et pas celui qui l'analyse. N'empêche, c'est emmerdant parce qu'il s'est tellement bien débrouillé qu'il me bloque.

En fait, la construction de son intrigue apparaît clairement : la série va certainement compter deux actes et comme on arrive à la moitié des dix épisodes, on va entrer dans le second acte au n°6. Jusqu'ici, on avait une histoire à la fois épique et déchirante sur deux parents dont la fille ne se réveillait plus et qui, grâce à l'aide d'un vieux monsieur, accédaient à la dimension où ils pouvaient comprendre la raison de son état.

Ce n'est jamais clairement dit qu'il s'agit d'une dimension des rêves, c'est une formule que j'ai choisie pour tenter de clarifier la structure de la narration. Mais au fond, on peut appeler ça comme on veut : ce procédé est vieux comme la bande dessinée - après tout, dans Little Nemo in Slumberland, quand le petit héros dormait, il déambulait dans ce que Winsor McKay appelait "le pays du sommeil".

Bizarrement, la partie action de l'épisode tire en longueur : on a droit à une énième bataille entre les jouets de Penny, la petite fille qui ne se réveille pas, et ceux qui la retiennent, la gardent endormie. Le combat vire au carnage, les jouets se font massacrer en bonne et due forme, et les parents de Penny, qui ont consenti à donner une grosse partie de leur énergie vitale pour être encore là sont inutiles, trop à plat pour aider ou faire basculer l'issue du conflit.

Riley Rossmo fait pourtant très bien le job : ses planches ont beaucoup d'énergie, il multiplie les angles de vue, la valeur des plans, ses compositions sont très dynamiques, ses personnages expressifs, tout en conservant à l'ensemble cette étrangeté. Mais on a quand même l'impression que le récit bégaie, que c'est encore une baston perdue d'avance, bref beaucoup de pages pour pas grand-chose de neuf.

Comme d'habitude, c'est Daniel Warren Johnson qui se charge des dessins de scènes dans notre dimension. Duncan, Samantha et leur fille Penny sont endormis au creux d'un arbre géant et Tash Severin, le vieil homme qui les aide depuis le début, veille sur eux. Et puis, c'est là qu'intervient le twist...

La dynamique du récit change complètement avec ce qui se passe ensuite : la situation des héros devient encore plus compromise tout en réservant un cliffhanger très malin... Trop malin ? Trop roublard ? Un peu quand même parce que DWJ abat ses cartes un peu comme un joueur qui sait qu'il doit faire durer la partie plutôt que comme un scénariste qui devrait penser à la conclusion.

C'est cela qui me fait peur : j'ai bien l'impression que The Moon is following us s'annonce trop long. Dix épisodes, c'est beaucoup et le scénario s'essouffle depuis deux chapitres. Ce qui apparaît à la dernière page n'est pas un rebond, mais plutôt une astuce pour faire croire à un rebond. C'est ce qui s'est passé juste avant qui chamboule un peu l'affaire.

Murder Falcon, c'était 8 épisodes. Do a Powerbomb !, 7. La plus longue mini-série de Johnson, c'était The Extremity, avec 12 numéros - et je m'abstiendrai de critiquer puisque je ne l'ai pas lue. Là, je ne vois absolument pas comme il va faire pour tenir encore cinq numéros, je ne vois les idées qui pourraient justifier cinq nouveaux épisodes, sans que ça pique du nez, voire que ça se casse la figure.

Le maître de la mini en douze n°, c'est Tom King (bon, ce n'est pas le seul sur ce format, mais c'est celui, qui ces dernières années, le maîtrise le mieux). Et même lui, maintenant, écrit des mini en six, certainement pour sortir de sa zone de confort, ou aussi sûrement parce que six épisodes suffisent pour ses nouvelles histoires. Mais ça montre que c'est un format très spécial, où il faut avoir de la matière et en même temps laisser des respirations. Mais surtout de la matière.

L'histoire de The Moon is following us est touchante, et spectaculaire, Johnson et Rossmo forment un très bon duo. Mais, je le répète, ça me semble trop long pour ce qu'ils ont à raconter. J'ai trouvé que sur ces deux derniers numéros, ça tirait déjà la langue et on en n'est qu'à la moitié ! Après je peux me tromper, ça va peut-être redécoller, jusqu'à un final de qualité. Mais j'ai de gros doutes...

Je vais évidemment poursuivre, ce n'est pas non plus comme Jenny Sparks (de King et Spokes) qui m'a découragé (même si je relirai ça d'une traite, à tête reposée le moment venu). Il y a des atouts indéniables ici, j'ai quand même envie de continuer, de savoir la fin. Mais c'est sûr que, à partir de là, je vais être moins confiant, ou du moins très prudent.

samedi 18 janvier 2025

THE NEW GODS #2 (of 12) (Ram V / Evan Cagle & Jesse Lonergan)


Mister Miracle s'apprête à partir en douce pour trouver l'enfant-dieu dont Orion lui a parlé car le Haut-Père le veut mort, mais Big Barda et leur bébé, Olivia, vont l'accompagner. Cependant, en Inde, les parents adoptifs de l'enfant-dieu se cachent des mercenaires à la solde de Maxwell Lord qui les traquent. Metron, lui, rend visite à Desaad sur Apokolips dont le trône vacant aiguise les appétits...
 

Mes aïeux ! Cette mini-série est vraiment folle. Follement captivante et follement belle. Ram V tiendrait-il son chef d'oeuvre chez DC Comics ? En tout cas, le format de la série limitée semble le booster et sa narration s'en ressent, plus tonique, plus dense aussi, tout en restant fidèle aux thèmes de son oeuvre - la croyance, le pouvoir, les mythologies...


Avez-vous déjà entendu parler des Kirby crackles ? Sinon, on peut résumer la chose ainsi : Jack Kirby aimait la démesure et quand il s'agissait de représenter l'image de la puissance, il utilisait une technique visuelle avec une série de points superposés le long de l'effet montrant l'énergie projetée, comme une sorte de bord de type fractal.


Littéralement, ce crépitement allait bien au-delà du dessin : il résumait l'intention de Kirby qui était que tout était énergie - son écriture narrative et graphique. C'est devenu une telle référence que beaucoup de scénaristes et d'artistes l'ont reproduite en y apportant quelques variations. Mais le principe reste le même : les comics super-héroïques doivent crépiter, comme s'ils étaient toujours proches d'un point de rupture, d'une explosion.


Et ce crépitement, c'est celui par lequel Ram V et Evan Cagle ont choisi de montrer l'éruption des pouvoirs divins d'un enfant qui est au centre de l'intrigue de leur New Gods. En somme, on pourrait dire que si c'est bien la vision de Ram V et Evan Cagle sui dominent cette nouvelle version, c'est tout de même l'esprit de Kirby qui est respecté.

Et pour crépiter, ça crépite ! Le premier épisode nous exposait l'enjeu de l'histoire : Darkseid a disparu, tout le monde le pense mort. Metron se fait alors le messager d'une prophétie qu'il a reçu du Mur de la Source (la frontière cosmique entre les univers) et qui annonce la venue au monde sur Terre d'un enfant, d'un nouveau Dieu.

Est-il là pour remplacer Darkseid ? Ou incarne-t-il autre chose ? Pour le Haut-Père de New Genesis, sorte de planète paradisiaque, mieux vaut ne pas prendre de risque : il confie donc à Orion, son fils adoptif, enfant biologique de Darkseid, la mission de trouver l'enfant et de le tuer. Mais Orion a des remords : il parle à son demi-frère, Scott Free/Mister Miracle, de cette affaire et lui confie à son tour une mission : trouver l'enfant avant lui et le cacher pour qu'il grandisse sans danger.

Ce qu'ignorent Mister Miracle et Orion, c'est que Maxwell Lord recherche aussi cet enfant. Pourquoi ? Visiblement pas pour l'éliminer, comme on le devine dans ce nouvel épisode. Metron est défini, de manière plus prononcé, comme un manipulateur, qui ne sait peut-être pas tout des aboutissants de l'intrigue, mais implique une quatrième partie dans cette quête en prévenant Desaad, le conseiller de Darkseid. Mais Desaad peut-il seulement se permettre de courir après un enfant alors que des prétendants convoitent le trône laissé vacant par Darkseid ?

Apparemment extérieur à l'affaire de l'enfant, un nouveau personnage répondant au doux nom de Karok Ator le charognard se dirige vers Apokolips pour y commettre un massacre - confirmant ce que Metron dit à Desaad en affirmant que la planète est maudite, condamnée. Mais ce Karok Ator, à mon avis, veut aussi s'occuper, ensuite, de New Genesis...

Quand Ram V parle de Nouveaux Dieux (New Gods), il faut le prendre au pied de la lettre. Kirby avait imaginé ces personnages en évoquant d'anciens dieux, prolongeant des thèmes qu'il voulait explorer dans la série Thor chez Marvel. Ses New Gods étaient possiblement les successeurs des dieux nordiques donc.

Ram V, à son tour, introduit cette idée de succession, de remplacement. Ce divin enfant, objet de convoitises diverses, pourrait à son tour incarner une nouvelle génération, qui supplanterait les New Gods de New Genesis et Apokolips. Par la force, comme le craint le Haut-Père ? Ou plus subtilement, plus naturellement ? C'est ce qu'on découvrira sans doute au fur et à mesure, mais c'est accrocheur.

Le fait aussi d'intégrer l'histoire au reste de l'univers DC, via le personnage de Maxwell Lord (qui fut un temps le manager de la Justice League International, homme d'affaires puis espion), tout comme le fait que Ram V ait annoncé que des héros comme Green Lantern ou Superman apparaitraient, montrent bien que la création de Kirby, longtemps à la marge (hormis Darkseid et Mister Miracle), va jouer un rôle prépondérant (jusqu'à devenir une sorte de passerelle entre l'univers classique et l'univers Absolute ?).

En tout cas, c'est captivant et sublime. Car une fois encore, et il va falloir s'y habituer, les planches d'Evan Cagle sont magnifiques. Elles fourmillent de détails, alternant aussi bien dans le soin apporté à des moments intimistes (la tentative de départ de Mr. Miracle, les parents adoptifs de l'enfant qui se cachent) que d'autres plus épiques (ce qui se passe sur Apokolips - bref mais puissant).

Comme le mois dernier, un artiste est invité à signer quatre pages au début de l'épisode : après Jorge Fornés, c'est au tour de Jesse Lonergan (qui vient d'achever la mini-série Man's Best chez Boom ! Studios) qui s'occupe d'introduire Karok Ator le charognard. Son style fait penser à un improbable mix entre Philippe Druillet et Michel Fiffe, mais le résultat est frappant.

Si vous aimez Ram V, et que Evan Cagle vous a déjà impressionnés sur Dawn Runner, alors pas besoin de vous faire davantage l'article pour The New Gods : les deux acolytes sont inspirés. Si vous êtes plus méfiants, surtout vis-à-vis de Ram V (qui, il faut le dire, est plus inégal dans les comics mainstream), oubliez vos réserves : The New Gods est à la fois accessible et imposant.

G.I. JOE #3 (Joshua Williamson / Tom Reilly)


Clutch a non seulement survécu à l'attaque menée par l'équipe Cobra mais il a réussi à s'infiltrer en prenant la place d'un de leurs soldats. Il lui faut maintenant ne pas éveiller les soupçons et trouver un moyen de contacter les Joes pour les prévenir du plan de l'ennemi : kidnapper le professeur Menov pour récupérer son scanner...


En Juin prochain paraîtra le premier recueil de la série G.I. Joe écrite par Joshua Williamson et qui collectera les six premiers épisodes, ce qui signifie qu'on est à la moitié de ce premier arc. Et je pense qu'une fois ce premier arc terminé, j'arrêterai de suivre la série mensuellement pour la poursuivre uniquement en albums.


Pourquoi ? Je reste enthousiasmé par ce que Williamson écrit et sa manière de familiariser le lecteur qui ne le connaissait avec cet univers, ce n'est donc pas un problème de ce côté-ci. Mais il faut bien reconnaître que chaque épisode se déroule à toute vitesse et qu'on en sort avec une impression récurrente, celle en vérité de ne pas avoir lu grand-chose de consistant.
 

Le parti-pris de Williamson, mais je pense que c'est dans l'ADN de la franchise G.I. Joe (car la série historique, sous-titrée A Real American Hero, fonctionne de la même manière), c'est de tout miser sur l'action et l'énergie. Et c'est logique puisque l'argument est très simple, avec ses deux camps ennemis qui entrent en guerre, avec des méchants et des gentils bien définis.
 

Il y a donc des espèces de quotas à respecter : un peu d'exposition pour éclaircir les enjeux et annoncer où va l'intrigue, un peu de caractérisation (même si ça reste très sommaire vu le manichéisme assumé de l'ensemble), et beaucoup d'action. Sur ce dernier point, tout est bon pour qu'il y en ait, au point que c'est presque comique.

Par exemple, au début de cet épisode, le Cobra Commander sent qu'un espion a infiltré ses troupes. Le lecteur craint alors qu'il ne démasque Clutch. Mais il s'avère que c'est un des scientifiques travaillant pour Destro qui sort du bois et tente de tuer le Cobra Commander. Ce dernier le maîtrise dans souci, l'estropie et le jette dans une trappe au fond de laquelle grouillent des serpents.

Un peu après, on est au QG des G.I. Joe (the Pit/la Fosse), et la scène démarre là où on avait laissé nos héros, c'est-à-dire au milieu d'une bagarre entre Duke (toujours aussi remonté - le mec ne se calme jamais !) et Risk (qui est l'archétype du type qui cherche - et trouve). Williamson traite ça avec humour puisque la baston se passe sous les regards de la Baronne et du colonel Hawk, lequel laisse faire car il sait que rien ne saurait calmer ces deux enragés.

On est à peine à la moitié de l'épisode et déjà vous avez eu deux scènes d'action pure. Il y en aura une troisième encore à la fin. Tout ça en vingt pages, ça ne chôme pas. Mais tout ça fait un peu écran de fumée parce que sinon la narration est décompressée. C'est de bonne guerre : le scénariste divertit le lecteur avec de la baston, ce qui lui fait oublier que l'histoire avance à pas comptés.

Il y a plus de chance que ça progresse le mois prochain puisque le nouvel enjeu, aussi bien pour les Joes que pour les Cobras, c'est ce fameux scanner d'ondes cérébrales conçu par le Pr. Menov (ce qui, à l'envers, donne Pr. Venom...). Qui, cette fois, mettra la main dessus le premier ? Les vilains ? Ou les bons ? C'est comme ça dans l'univers de G.I. Joe, ça ne vole pas plus haut.

Mais c'est le jeu, car tout le principe d'une série pareille, c'est d'être ludique. De ramener le lecteur en enfance, quand il s'amusait avec ses figurines. Et Williamson y va à fond les ballons. Si vous jugez ça trop primaire, alors autant ne pas y aller du tout parce que ça va vous tomber des mains. Mais si vous avez envie d'un plaisir régressif, alors c'est très marrant - et je dis ça sans condescendance.

Donc, oui, je pense que ça gagne à être lu en album, parce que critiquer ça en single issue revient à analyser quelque chose qui n'est vraiment pas très substantiel. Il n'y a rien à disséquer, pas de discours, pas de sous-entendu, pas de sens caché. C'est très premier degré et c'est pour ça qu'on aime - ou pas du tout. J'aime bien parler de G.I. Joe depuis trois mois parce que c'est fun, mais honnêtement, je ne sais pas trop quoi dire de plus numéro après numéro, alors qu'avec un album de six épisodes, ce serait plus facile.

Visuellement, Tom Reilly semble un peu chercher son deuxième souffle, et heureusement le scénario lui donne de quoi lever un peu le pied sur le dessin des véhicules et des armes (il n'y a guère que la double page du début - voir plus haut - qui requiert un effort de ce côté-là). Il peut alors se concentrer sur les personnages, leur expressivité, comme dans la scène avec le Pr. Menov dans la voiture qui le conduit, sous bonne escorte, au congrès pour y être auditionné.

En revanche, c'est toujours aussi surprenant de voir Jordie Bellaire mettre tout ça en couleurs, surtout quand on a lu quelque jours avant The Nice House by the Sea où son travail est tellement différent, tellement plus audacieux, radical. Mais c'est une artiste à part entière dans sa partie et l'aisance avec laquelle elle remplit sa mission dans les deux cas est prodigieuse.

Marrant comme tout, donc, mais très simple. Et donc frustrant pour la critique. Que dire sinon que c'est du bon entertainment ? Et c'est déjà pas mal.

vendredi 17 janvier 2025

BATMAN AND ROBIN : YEAR ONE #4 (of 12) (Mark Waid / Chris Samnee)


Ayant échappé de peu à une noyade, Batman rentre, avec Robin, à son manoir. Peu après Laura Lyn, des services sociaux, s'y présente pour s'assurer que Dick se porte bien et que Bruce s'en occupe sérieusement. Le soir venu, Batman, seul, rend visite au général Grimaldi...
 

Que dire ? Lire chaque mois un nouvel épisode de cette mini-série ne me donne qu'un seul regret : qu'il ne s'agisse que d'une mini-série. Autant certains aspects de Batman/Superman : World's Finest du même Mark Waid me dérangeait parce que je savais que les histoires ne pouvaient pas se permettre de bousculer la continuité, autant ici je m'en fiche royalement.


Pourquoi ? Tout simplement parce que, déjà, ce que nous raconte Waid, on ne l'a jamais lu, alors qu'on croyait pourtant tout savoir des débuts de Batman et Robin. Mais à la rigueur, c'est accessoire. J'irai même plus loin : on s'en fiche de cet Année Un de Batman et Robin, de l'intrigue avec le général Grimaldi. Ce sera peut-être passionnant à la longue, mais pour le moment, peu importe.


Car ce qui emballe dans cette série est ailleurs, et je défie quiconque de ne pas être charmé, enthousiasmé par cet ailleurs. En fait, ce qui est génial, ce n'est pas l'année 1 de Batman et Robin, mais plutôt l'année 1 de Bruce Wayne et Dick Grayson. Et ça, parce qu'on ne l'avait pas vu venir, c'est encore plus réjouissant.


C'est peut-être subjectif, mais quand on devient, par la force des choses, les années passant, un "vieux" lecteur de comics, qui en a lu un paquet, qui s'est arrêté d'en lire, puis qui a replongé, ce qui finit par compter, ce n'est plus tant le folklore qui entoure les comics de super-héros, c'est ce qui se passe à la marge. Ou, disons-le autrement, ce qui peut encore surprendre avec des personnages octogénaires.

Si je suis honnête, Batman, Robin et tout le reste de cet univers, ça ne représente pas/plus grand-chose pour moi. Bon, il reste des intrigues intéressantes, le savoir-faire de certains auteurs, le talent de certains artistes, mais en vrai, c'est secondaire : Batman va affronter un vilain, il va gagner (parfois difficilement), et puis au suivant.

En plus Batman, le dark knight, le caped crusader, le solitaire, tout le monde a compris que c'était une grosse arnaque. Le gars, c'est un pilier de la Justice League, il a créé les Outsiders, il a dirigé sa Justice League of America, il a monté les Arkham Knights : c'est un solitaire quand il le veut bien. Mais c'est du flan : au-delà de toutes ces formations, il y a la Bat-family, avec les Robin, Nightwing, Oracle, Batwoman, le Signal, les Batgirls, Red Hood, et même, tiens, James Gordon...

Robin, c'est le sidekick originel, qui deviendra le chef des Teen Titans, des New Teen Titans, des Titans, qui remplacera Bruce Wayne dans le costume de Batman, c'est l'amant d'Oracle, de Starfire, c'est devenu récemment le symbole du DCU (le héros lumineux, positif, incarnant l'espoir). Bref, c'est l'autre facette de la médaille Batman, son contraire et son complément à la fois.

Mais avec ce Batman and Robin : Year One, Waid avec Chris Samnee (crédité comme co-plotter, c'est-à-dire co-auteur de l'intrigue), on voit bien depuis quatre mois que ce qui les motive, les intéresse, les passionne, les amuse, c'est d'abord Bruce et Dick quand ce dernier est adopté par le premier et devient son partenaire en même temps que son fils adoptif.

Cet épisode est clairement découpé en trois segments : la suite directe du cliffhanger de l'épisode précédent, une séquence avec Laura Lyn (des services pour l'enfance), et la visite de Batman au général Grimaldi. Le premier et le troisième segments sont d'une efficacité redoutable, imparable, merveilleusement ouvragés, aussi bien pour l'écriture que pour le dessin.

Mais là où, réellement, Waid et Samnee se surpassent, c'est dans la séquence au manoir Wayne lors de la visite matinale de Laura Lyn. Celle-ci vient s'assurer, à l'improviste (le meilleur moyen pour découvrir si quelque chose cloche sans que ses interlocuteurs soient préparés), que tout se passe bien pour Dick Grayson, que Bruce Wayne est sérieux.

Et c'est un pur régal. Rien que pour ces pages, il faut lire cette série. C'est irrésistible, drôle, enlevé, merveilleusement caractérisé, contextualisé. Je vais vous dire : c'est du Lubitsch, du Wilder, c'est de la grande screwball comedy, c'est étincelant, virtuose. C'est ce que j'ai envie de lire dans du super-héros, c'est intelligent, malicieux. Vraiment extraordinaire.

Voyez, sur Youtube, récemment, je visionnais des retours de lecture sur la revue X-Men lancée par Panini Comics à l'occasion de la relance de la franchise. Et beaucoup de ces reviews disent la même chose : "c'est pas fou", c'est pas bien écrit, pas bien caractérisé, ça n'arrête pas de faire référence non seulement à Krakoa mais même à des trucs antérieurs, ça veut faire branché avec des vannes, des clins d'oeil pop, et c'est juste insupportable. C'est la plaie des comics : toujours regarder dans le rétro, toujours se sentir obligé de rappeler qui est qui, quand ça se passe, d'où ça sort. Arrêtez avec ça, arrêtez de regarder en arrière, pensez à aujourd'hui et demain. Ou alors appuyez-vous sur hier de manière abordable et constructive, pour rebondir.

Aucune spontanéité. Batman and Robin : Year One, c'est l'opposé absolu. Oui, ça se passe dans le passé, mais Waid et Samnee ne font jamais d'allusion à la continuité, c'est plus frais que tout ce poisson avarié, plus spontané, plus abordable.

Et c'est un comble de se rendre compte que ça arrive avec une histoire racontant les débuts de Batman et Robin, des personnages qui ont 80 ans d'existence. C'est dingue de se dire que Mark Waid, 63 ans, et Chris Samnee, 45 ans, font une BD qui est vraiment plus amusante, plus accessible, que Jed MacKay, 42 ans, et Ryan Stegman, 44 ans, avec X-Men !

Je ne dis pas que tout est mauvais en comparaison, mais juste que Waid et Samnee ne flattent pas un public cible (celui des vieux lecteurs ou des newbies) : pour eux, ce qui compte, c'est d'abord, ostensiblement, de faire une BD qui soit divertissante, belle, abordable, efficace. Ils ne sont pas là pour nous dire à quelle point la mention Year One est primordiale pour leur projet, mais pour nous prouver qu'on peut encore écrire et dessiner Batman et Robin avec la même fraîcheur qu'à l'origine.

Et pour ça, ils inventent une intrigue, qui vaut ce qu'elle vaut pour l'instant, pas révolutionnaire, mais sympa, contrebalancé par un amour des personnages, des héros. Ici, pas de dark knight (ou alors pour en sourire), pas de über Batman, pas de Robin traumatisé, pas de pathos. Pas non plus de volonté de flatter une frange particulière du lectorat. Juste le souci de faire un bon comic-book, fun et captivant.

Puis, ces planches de Samnee, bon sang ! Ce mec est un génie : tout est fluide, vous n'avez aucun effort à faire pour lire ça, ce n'est pas surchargé de détails inutiles, le découpage est magnifique (cette scène où Batman manque de se noyer, sans un mot !), les personnages sont expressifs (sans grimacer, sans surjouer), les couleurs sont superbes. C'est sublime. 

Samnee n'est jamais là pour épater la galerie : il est très bon (plus que ça même), mais il ne se la pète pas. Résultat : non seulement chaque page fonctionne du tonnerre, mais l'épisode entier est une masterclass. Vous voulez savoir comment un comic-book fonctionne ? Vous voulez apprendre à dessiner un comic-book ? Lisez du Samnee ! C'est limpide, c'est magistral, ça coûte pas cher, et ça ne vous prend jamais de haut.

J'ai pas aimé cet épisode, je l'ai adoré. J'adore cette série. ET je le répète, ça devrait durer plus que douze épisodes.

jeudi 16 janvier 2025

THE QUESTION : ALL ALONG THE WATCHTOWER #3 (of 6) (Alex Segura / Cian Tormey)


Renee Montoya a compris que toutes les attaques qui ciblaient la Tour de Guet avaient une même source. Pour savoir laquelle, elle entreprend, avec Batwoman, qui a été accusée d'avoir tué un des Challengers de l'Inconnu, d'interroger l'Eradicator, précédemment appréhendé...


Si vous avez lu la critique d'hier sur Titans #19, vous savez déjà que j'ai évoqué un lien entre cet épisode et celui de The Question : All along the Watchtower ici présent. En fait, on peut très bien lire l'un sans l'autre, ils ne sont pas organiquement liés, mais disons que John Layman (Titans) et Alex Segura (The Question...) mettent chacun en lumière un élément commun.


Et cet élément commun, c'est précisément la Watchtower, la Tour de Guet, le quartier général de la Justice League. Dans Titans #19, on suivait Killer Frost en pleine crise de parano, convaincue que les héros ne lui faisaient pas confiance en raison de son passé criminel, alors qu'elle déambulait dans la station orbitale.
  

Dans The Question..., Renee Montoya est la chef de la sécurité du bâtiment. Depuis sa prise de fonction, elle aussi ne se sent pas vraiment à sa place au milieu de tous ces super-héros. D'abord, elle doit travailler avec des gens qu'elle n'a pas choisis. Ensuite, elle a affaire à des défaillances multiples et fréquentes qui vont jusqu'à compromettre Batwoman, son ex.


Mais, comme la flic qu'elle fut, elle mène l'enquête, et cette fois, elle décide de mettre les pieds dans le plat, sans se préoccuper des préventions que lui prodiguent ses "adjoints", comme lorsqu'elle veut interroger l'Eradicator, malgré les réticence de Ted Kord (qui craint que ça dégénère). 

Vous vous en doutez, c'est ce qui va se passer, mais, là où vous allez être surpris, c'est dans quelles proportions, parce que ça va vraiment déraper ! La Question va avoir la confirmation de ce que le lecteur soupçonnait déjà : les assauts contre le Tour de Guet sont toutes téléguidées par une seule personne et elle a des complices à l'intérieur.

Mais, en revanche, ce dont ni la Question ni le lecteur ne pouvaient se douter, c'est à quel point la crise n'a pas attendu qu'une enquête soit menée pour être déclenchée. Parce que, non seulement, il y a des défaillances, mais elles sont à la fois plus graves que prévu et surtout présentes depuis la conception même de la Tour. 

L'identité du méchant surprendra plus ou moins - plutôt plus que moins, je pense, vu le nombre de suspects qu'on pouvait estimer. En tout cas, la dernière page est suffisamment inquiétante pour attendre de lire la suite avec intérêt. Parce que, c'est très clair, avec cet épisode, Segura passe la seconde, et cette mini-série qui pouvait sembler assez superflue, ou tout du moins accessoire, prend une toute autre dimension, plus épique, plus spectaculaire.

Et comme les deux seuls personnages en mesure de faire barrage sont la Question et Batwoman, qui n'ont aucun super pouvoir et sont même en très fâcheuse posture dans ce numéro, on se demande bien comment tout ça va finir. C'est donc très prenant, très intense, très efficace - et très malin de la part de Segura qui fait muter son polar en quelque chose de plus imprévisible.

Cian Tormey continue de servir très proprement le script. Son travail est quelque peu ingrat car il doit non pas dessiner une histoire bourrée d'action (même si, là, ça remue pas mal) mais une histoire avec de la tension. Et c'est une nuance importante cat tout passe par la dynamique qui est établie entre les protagonistes.

Par exemple, au tout début de l'épisode, la Question va voir Batwoman avec qui les relations sont glaciales depuis qu'elle l'a soupçonnée d'avoir tué un Challenger de l'Inconnu. Cian Tormey, pourtant, choisit de ne pas en rajouter (c'est inutile, le lecteur sait déjà ce qui se passe entre les deux femmes et comprend pourquoi Batwoman est tendue). Donc, il règle ça en une planche (ci-dessus), avec un champ, contre-champ, bien découpé (un plan sur la Question, de petite dimension) et un plan sur Batwoman (tout le reste de la planche).

Tormey montre donc une vraie intelligence dans la mise en scène. Lors de l'interrogatoire de l'Eradicator, bien qu'on ne lise pas les émotions sur le visage de Renee Montoya puisque le masque de la Question est un masque vierge, tout passe par la gestuelle. Et, dans le même temps, grâce à une narration parallèle, on voit les complices de l'Eradicator faire entrer leur patron dans la Tour. A mesure que l'énervement gagne la Question, la menace se rapproche sans qu'elle s'en doute.

Et quand, dans la dernière partie, on assiste à la corruption totale de la Tour, Tormey la montre de manière rapide et spectaculaire en même temps qu'il ponctue cette séquence par la neutralisation de Batwoman et de la Question. Tout paraît vraiment perdu, et les dessins le traduisent simplement, sans avoir à forcer sur les effets.

J'ignore si et si oui, quand et comment une vf sera disponible, mais Urban serait très bien inspiré de ne pas zapper cette mini-série, d'abord parce qu'elle est très bien écrite et dessinée, mais aussi parce qu'elle forme un complément de programme parfait à Justice League Unlimited et/ou Titans. Encore une fois, c'est la preuve d'une intelligence éditoriale imparable de la part de DC.

mercredi 15 janvier 2025

TITANS #19 (John Layman / Serg Acuna)


Ex-super vilaine, Killer Frost est aujourd'hui membre de la Justice League. Mais elle se sent ostracisée, comme si personne ne croyait à sa reconversion. A bout de nerfs, elle déclenche une tempête de glace qui exige l'intervention des Titans. Or, Arsenal a émis des doutes sur la santé mentale de Raven et pense qu'elle n'a pas sa place sur le terrain...


Bon, commençons par le plus évident : en dehors de la couverture qu'il signe, Pete Woods est absent pour ce numéro. Mais il sera de retour le mois prochain : il avait averti ses fans sur BlueSky, alors même que certains lecteurs trouvaient "décevant" qu'il se fasse remplacer si tôt. A ceux-là, j'ai envie de rappeler que les artistes ne sont pas des machines et qu'ils ignorent tout des raisons pour lesquelles le dessinateur a eu besoin de ce break.


Cependant, ça ne signifie pas que Serg Acuna, jusqu'ici plus connu pour ses variant covers, fasse du mauvais boulot. J'étais méfiant, et la copie qu'il rend est tout à fait honorable. Je trouve son trait un peu trop anguleux et son découpage très classique, ses personnages sont peu expressifs, mais l'ensemble n'est pas déplaisant à lire.


Quand le récit entre dans le vif de l'action durant l'affrontement entre les Titans et Killer Frost, Acuna se montre même efficace pour représenter la puissance de l'ex-vilaine à bout de nerfs. Et, la transition est toute trouvée, puisque le cas de Killer Frost va permettre à la série de creuser des éléments qui la dépassent tout en mettant les Titans au centre d'enjeux prometteurs.


John Layman a écrit jusqu'à présent des épisodes répondant tous à la même construction : un prologue soulignant le fait que les Titans doivent trouver leur place dans le nouvel ordre imposé par cette Justice League illimitée (alors même que Superman, Batman et Wonder Womanen en avaient leurs remplaçants quand ils avaient dissous la Ligue).

Ensuite, une menace surgit et les Titans interviennent. Enfin, on comprend que toutes ces menaces ont un lien entre elles, servant au plan d'un grand méchant dans l'ombre. Mais cette fois, Layman bouscule un peu sa mécanique bien huilée en utilisant non pas un énième méchant mais un membre de la Ligue qui a été un vilain (une vilaine en l'occurrence) et qui ne sera pas récupéré par celui qui a contribué à son pétage de plombs.

Killer Frost a été intégrée à la JL dans la série Justice League of America de Steve Orlando en 2017. Batman, à cette époque, est, une nouvelle fois, mécontent de la Ligue qu'il considère trop détachée des intérêts du commun des mortels et décide donc de former sa propre équipe en choisissant (prétendument) des héros différents.

Le souci, c'est que le casting de Orlando était loin de correspondre à l'objectif de Batman : on y trouvait certes Atom (Ryan Choi), Black Canary, The Ray ou Vixen, mais aussi Lobo (!) et donc Killer Frost - et pour ces deux derniers, on pouvait légitimement se demander en quoi ils étaient dignes de confiance et plus proches des humains...

Reste que, après tout ce temps, Killer Frost est restée dans le camp des gentils. Mais lors du prologue de cet épisode, Layman montre très bien à quel point sa réputation la précède et combien les préjugés ont la vie dure. Tout cela alimente sa paranoïa et lui fait perdre les pédales, convaincue qu'elle ne sera jamais pleinement intégrée et donc prête à succomber à nouveau à son rôle de méchante.

La suite est certes convenue, avec la baston de rigueur, la victoire des Titans (ce n'est pas un spoiler puisque c'est prévisible). Par contre le dénouement de l'épisode, en deux temps, ouvre grand la porte à des débats futurs. Batman vient récupérer Killer Frost qui va peut-être être enfermée dans la zone fantôme où sont désormais expédiés les vilains. Et le fait que les Titans n'aient pas voix au chapitre sur cette probable condamnation ne les ravit pas...

Dans un second temps, on comprend que la crise de Killer Frost a été provoquée et Cyborg devine que ça a dû être le cas pour Shimmer dans le précédent épisode, bref les Titans soupçonne un complot dirigé contre eux. Et dans leurs rangs, il y a quelqu'un qui n'est également pas très stable mentalement, ce qui pourrait poser un gros problème...

J'en dis beaucoup, je sais. Mais ce n'est pas pour "divulgâcher" votre lecture, si la série vous intéresse et que vous songiez à la lire (en floppy ou en tpb le moment venu - une vf me paraît pour le moment hypothétique car Urban va certainement revoir sa politique en la matière après le bide de sa collection Dawn of).

Si j'en dis tant, c'est parce que John Layman (mais c'est aussi le cas de l'épisode de The Question : All Along the Watchtower n°3 qui est sorti aujourd'hui et dont je vous parle bientôt) ouvre un peu la boîte de Pandore ici. Non seulement les Titans suspectent que ce qui se passe est orchestré mais surtout que la nouvelle Ligue des Justiciers repose sur une hiérarchie peu démocratique (grosso modo : c'est la trinité Superman-Wonder Woman-Batman qui commande).

Et ça, je ne sais pas si Mark Waid l'intégrera dans la série Justice League Unlimited, mais s'il le fait, ça sera intéressant - plus que d'enchaîner des épisodes avec des missions à la chaîne avec des membres de la Ligue plus ou moins exotiques. Pour tout dire, ça rejoindrait ce que pensait Alan Moore de l'époque Justice League Satellite (avec une Ligue dans sa tour de guet déconnectée du reste du monde) et aussi de ce qu'imaginait Kingdom Come du même Waid.

Autrement dit, pour ceux qui s'imaginaient que le retour de la Justice League équivaudrait à un statu quo pépère, on voit que des auteurs comme Layman et Segura se chargent déjà de dynamiter le postulat. Au final, la prochaine "crisis" de DC pourrait bien venir de la Justice League et de son fonctionnement. Non, rien ne presse non plus, laissons ça s'installer, se confirmer même. Mais la perspective est prometteuse...

dimanche 12 janvier 2025

WELCOME TO THE MAYNARD #2 (of 4) (James Robinson / J. Bone)


La voleuse qui sévit à l'hôtel Maynard a échappé à Pip Dale, qui se demande comme le détective Flynn dont elle est l'adjointe, pourquoi elle vole des objets apparemment insignifiants. Tandis que Hamilton Cape, à qui Margot Rathbone, la directrice de l'hôtel doit sa disgrâce, arrive avec sa soeur Hamelia, Pip doit ménager sa relation avec sa copine Ronnie qu'elle ne peut mettre dans la confidence...
 

Pour une raison que j'ignore, ce deuxième épisode ne paraît que ce mois-ci et donc deux mois après le premier. Dark Horse a-t-il voulu protéger cette petite série des autres parutions de Décembre, qui plus est au moment des fêtes de fin d'années ? C'est possible. Mais l'essentiel est ailleurs : ce numéro est aussi bon que le précédent.


James Robinson met l'accent sur les femmes de son histoire qui gravitent autour de son héroïne Pip, cette bagagiste qui travaille en secret pour le détective de l'hôtel Maynard dont la clientèle est uniquement composée de mages, magiciens, sorciers et qui est la cible d'une voleuse insaisissable. A la fin du premier épisode, Pip était sur le point de l'appréhender...


Mais la cambrioleuse réussissait à la semer en empruntant un portail magique et Pip faisait une chute possiblement fatale. Rassurez-vous : elle n'est pas morte puisqu'elle a atterri dans le bureau de Margot Rathbone, la directrice du Maynard, alors en pleine conversation avec Sam Flynn, le détective et patron de Pip.


James Robinson met donc en présence Pip et sa patronne qui se demande pourquoi cette voleuse ne subtilise apparemment que des objets sans importance. Toutefois, ensemble, avec Flynn, un détail les intrigue : les portails magiques qu'elle emprunte pour fuir aboutissent toujours à des endroits précis et sécures. 

L'hôtel est en pleine effervescence lorsque débarquent Hamilton et Hamelia Cape. Le premier est un magicien réputé et flamboyant mais qui a provoqué la perte des pouvoirs de Margot. Tiens, tiens, serait-ce un indice pouvant mener à la voleuse ? On découvre à la fin de l'épisode qu'elle agit pour un commanditaire qui a de bien sombres projets. Margot pourrait être celle qui voudrait se venger de Hamilton...

Plus tard, Pip passe un moment de détente avec sa compagne Ronnie. Ce qui n'était que suggéré dans le premier épisode est donc confirmé : elle est homosexuelle, lesbienne, mais Robinson ne s'appesantit pas là-dessus, au contraire. Et ça change de tous les comics où les éditeurs et les auteurs veulent absolument souligner ça, l'air de dire : "vous voyez, on intègre des personnages gays, on n'est pas homophobes".

La troisième femme à qui Pip a affaire, c'est Raylene Gomez, la barmaid du Maynard, toujours au courant de tout. On apprend en même temps que Pip que, si ses cocktails sont si bons, c'est parce qu'elle les prépare en s'aidant de magie, qu'elle apprend en cachette... Et l'échange entre Pip et Raylene est sans doute le plus troublant du lot.

Parce que Raylene est, elle, ouvertement bisexuelle (mais là aussi, c'est exposé sans chichi, sans ostentation - Robinson n'a vraiment pas perdu la main pour caractériser finement un personnage) et quand Pip se confie sur sa relation avec Ronnie, on sent que Raylene a à la fois plus d'expérience mais aussi un soupçon d'attirance pour la jeune pseudo-bagagiste.

Sans compter que Raylene a des mots, disons ambigus sur les vols commis dans l'hôtel... Après Margot Rathbone, il devient clair que Robinson nous incite à soupçonner les deux femmes en leur fournissant un mobile et des moyens d'agir : Raylene apprend la magie, Margot en a été privée par Hamilton, donc Margot pourrait être la commanditaire de Raylene pour les vols, mais sans qu'aucune des deux ne sache qui est l'autre (puisque la voleuse est masquée et le commanditaire porte une capuche qui empêche de l'identifier).

Evidemment, c'est trop simple, trop évident, et je ne pense pas qu'au bout de deux épisodes (sur quatre) un scénariste aussi aguerri que Robinson vende la mèche aussi facilement. A moins que ce soit une manoeuvre de sa part pour qu'on croit que ce ne sont pas elles alors qu'en vérité ce sont bien elles... Nous embrouiller ainsi fait partie du plaisir de cette histoire, faussement simple.

J. Bone nous enchante toujours autant avec ses planches : Welcome to the Maynard a quelque chose d'absolument divin, d'enchanteur. Il y a un évident hommage à Spirou dans le look de Pip, mais aussi plus généralement aux bandes dessinées franco-belges avec cet univers tout droit sorti de l'école de Marcinelle, aux couleurs éclatantes, aux décors soignés, à l'élégance rétro.

Pourtant ce n'est pas une vulgaire imitation, un minable pastiche. J. Bone a une vraie délicatesse pour camper ses personnages et une vraie énergie, toute personnelle, pour les mettre en situation, comme lorsque Hamilton Cape surgit (voir plus haut) ou avec cette magnifique double page avec Pip et Ronnie (il y en a une autre avec Pip et Flynn, tout aussi superbe).  

Robinson a souvent été gâté en matière de dessinateurs (Tony Harris, Paul Smith, Peter Snejbjerg, entre autres), mais son association avec J. Bone est également parfaite. Si Welcome to the Maynard invoque la magie, ce n'est pas que pour la narration : il a quelque chose d'authentiquement ensorceleur dans cette petite série qui ressemble à de la grâce.