jeudi 21 novembre 2024

ULTIMATE SPIDER-MAN #11 (Jonathan Hickman / David Messina)

Tentant, en vain de joindre Harry Osborn, Peter Parker surprend un braquage de banque. Il intervient en tant que Spider-Man mais se trouve confronté à Mr. Negative. De retour chez lui, il a une discussion avec Mary Jane qui se demande si la double vie de son mari ne risque pas de mettre leur famille en danger...


A vrai dire, je ne sais quoi penser de cet épisode. Le mois prochain, la série fêtera sa première année de publication et ses héros auront également vieilli d'un an puisque c'est le principe de l'univers Ultimate tel que l'a conçu Jonathan Hickman, un univers où tout se déroule en temps réel, où un mois entre chaque numéro correspond à un mois dans l'existence des personnages.


Jusqu'à présent je trouvais que ce procédé fonctionnait parfaitement, même s'il fallait en passer par des épisodes plus ou moins captivants. On sentait bien que Hickman attendait que Marco Checchetto soit disponible pour écrire les chapitres les plus séduisants, les plus palpitants. Et qu'il réservait à David Messina les autres segments où cela se résumait à des dialogues entre les protagonistes.


Cette tâche ingrate, Messina s'en acquittait avec un professionnalisme assez admirable, même si on pouvait aussi estimer que ce dessinateur devait ronger son frein en espérant un jour, lui aussi, dessiner Spider-Man en action. C'est chose faite ce mois-ci mais le résultat est terriblement frustrant pour lui comme pour le lecteur.
 

On dit qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture et, en l'occurrence, la couverture de ce n°11 ment sur le contenu : le fan s'attend à la rencontre entre la version Ultimate de Black Cat et Spider-Man, mais en vérité, la Chatte Noire n'apparaît que dans une case (voir ci-dessus) et elle n'y figure donc pas avec le Tisseur.

D'un côté, je suis presque rassuré car j'espère que Checchetto sera là pour mettre en image la scène qu'on voit sur la couverture qu'il a signée. Mais d'un autre côté, cette fausse piste rejaillit sur la qualité de l'épisode où, honnêtement, on n'a pas l'impression d'avoir assisté à quoi que ce soit qui fasse avancer le schmilblick. Et là, on touche aux limites du récit en temps réel.

Comme je le disais, ce procédé fonctionnait très bien pour moi. Il y avait clairement des épisodes bouche-trou, où Hickman attendait que Checchetto recharge ses batteries pour sortir ses planches magiques. Mais l'un dans l'autre, Messina représentait l'avantage inestimable d'être une une doublure de luxe, un second dessinateur d'un niveau très supérieur à celui d'un fill-in ordinaire.

Dans le cas présent, il a donc la chance d'enfin dessiner Spider-Man en action, plus une scène avec MJ et une autre avec Ben Parker joliment écrites. Mais au fond l'affrontement avec Mr. Negative est abominablement creux, comme un coup pour rien alors qu'un méchant avec ses pouvoirs a tellement de potentiel, ici réduit à un gadget.

Ensuite, l'échange entre Peter et MJ correspond à ce que Hickman fait très bien quand il s'agit d'interroger la condition super-héroïque et ses conséquences, mais on a quand même le sentiment qu'il a déjà bien abordé le sujet auparavant dans cette série et donc c'est redondant. Quant à la discussion avec Ben, sans spoiler son contenu, elle échoue à surprendre alors même qu'un personnage annonce une découverte majeure.

Ce qui illustre un paradoxe : une série en temps réelle devrait donner une histoire nerveuse, avec un sentiment d'urgence, une tension. On sait que tout l'univers Ultimate est aligné sur un compte à rebours, celui qui conduit à la libération du Créateur emprisonné dans une boucle temporelle dans sa cité. Cela nous projette en Septembre 2025 et Marvel a commencé à communiquer sur cette échéance en révélant qu'un crossover aurait lieu (avant ou avec les héros de la Terre 616 ?).

Sauf que, pour l'instant, cette urgence, cette tension sont absentes - dans Ultimate Spider-Man en tout cas (puisque c'est le seul titre que je lis, mais je n'ai pas l'impression que ce soit différent dans Ultimate Black Panther ou Ultimates, encore moins dans Ultimate X-Men qui semble totalement déconnecté du reste). C'est tout de même embêtant.

En fait Spider-Man est trop dans la périphérie des événements. C'est même toute son identité puisque l'histoire est celle d'un type qui apprend qu'il a été empêché d'être celui qu'il est devenu. Mais le Peter Parker de Hickman est tout sauf un super-héros qui s'engage pour un futur récit paroxystique contre le Créateur et ses partenaires. C'est surtout un héros qui apprend, lentement, et dont on ne donne pas cher pour l'instant quant à ses chances de survivre à Wilson Fisk et ses Sinister Six...

Je ne dirai donc pas que Hickman a raté son coup, parce que c'est quand même une série agréable à lire, qui se joue habilement des attentes, en adressant des variations savoureuses au Spider-Man classique, et qui profite de deux artistes (un génie, et un très bon). Mais j'aimerai quand même que ça bouge un peu plus, que ça aille vraiment concrètement plus vite et plus fort, que ça voit plus grand. Ce que Hickman sait si bien faire et qu'il donne étrangement l'air d'éviter ici...

mercredi 20 novembre 2024

TITANS #17 (John Layman / Pete Woods)


Neutralisés par Clock King, les Titans sont branchés à une machine qui augmente les capacités de leur ennemi à lire dans leurs esprits. Il espère ainsi découvrir tous leurs secrets et réussir là où Amanda Waller a récemment échoué en éliminant tous les super-héros...


John Layman est un scénariste pressé. En deux épisodes, il a réorganisé les Titans, écartant Wally West/ Flash, réintégrant Roy Harper/Arsenal, remplaçant Nightwing par Donna Troy à la tête du groupe, et les confrontant au Clock King, un adversaire a priori facile mais qui leur a infligé une déculottée éclair.


Pourtant, plus que la rapidité de l'exécution, c'est la densité du propos qui frappe car Layman a visiblement un plan pour les Titans et leur série. Ce que Tom Taylor a péniblement développé pendant moins d'un an et demi, lui compte bien le bâtir sans laisser aux héros et au lecteur le temps de souffler.


Et pour cela il s'appuie sur les événements récents que peut connaître le lecteur sans avoir suivi le run de Taylor, c'est-à-dire ce qui s'est produit dans Absolute Power. Si les Titans n'ont pas été touchés par tout le manège autour des pouvoirs perdus/échangés/altérés à la fin du récit de Mark Waid, il n'en va pas de même pour le méchant à l'oeuvre ici et qui était au premières loges en tant que membre de la dernière Suicide Squad de Waller (sous-titrée : Dream Team).
 

En effet, le Clock King dont les capacités jouent sur le temps a vu ses talents dopés et c'est ainsi qu'il a pu mettre au tapis aussi facilement les Titans. Ce n'est pas Kang le conquérant, mais ça a suffi pour que les héros soit K.O. et installés à une machinerie qui permet à leur adversaire de lire dans leurs pensées et d'y instiller une peur en relation avec leurs phobies les plus profondes.

Pour cela, il va s'appuyer sur le membre le plus impétueux et qui vient juste de revenir : Roy Harper/Arsenal. Une sorte d'ancre émotionnelle qui relie tous les Titans, la clé pour pénétrer leur inconscient. Mais en se servant de l'un d'eux, il va aussi commettre une erreur et révéler son propre secret...

John Layman articule son scénario de la même manière que son méchant articule son plan : il ne s'agit pas ici de créer un suspense artificiel consistant à faire croire au lecteur que Clock King va battre les Titans et arriver à ses fins en découvrant ce qu'ils savent sur la communauté super-héroïque. Ce n'est pas un spoiler de vous révéler qu'il va être battu à son propre jeu (mais sans être capturé pour autant).

Non, en vérité, et c'est pour cela que je parlai de plan dans la démarche de Layman, Clock King est aussi une ancre, une clé pour un autre vilain qui va lui proposer une alliance afin de mettre leurs compétences en commun. C'est aussi une manière assez maline de dire que les Titans ne sont plus une bande de jeunes héros faciles à avoir, ils ont remplacé la Justice League, ils sont aguerris, on ne peut plus les sous-estimer et espérer les prendre par surprise.

Sur l'identité du vilain qui offre une alliance au Clock King, je ne dirai rien, même si je dois avouer avoir été assez perplexe en le découvrant à la toute dernière page. Layman joue une carte qui a fait ses preuves mais il lui faudra quand même expliquer comment ce vilain est de retour car la dernière fois qu'on l'a vu, il était dans un sale état. Et surtout il faudra l'exploiter de manière intelligente car c'est un ennemi familier des Titans...

Pete Woods a été critiqué par quelques fans pour son dessin trop expressif sur le précédent numéro. Personnellement, j'en étais très satisfait mais l'artiste a tenu à répondre sur BlueSky qu'il avait entendu ces remarques et comptait se reprendre. J'espère quand même qu'il conservera le style qu'il a ici car je le trouve très en forme - et pourtant j'ai souvent eu du mal avec ce qu'il a produit par le passé.

Mais il faut avouer que ses planches sont excellentes. D'abord pour leur sens du détail : non que son dessin soit hyper fourni, mais il sait découper avec un vrai brio et insérer des éléments subtils et très bien pensés - comme par exemple quand il montre les yeux du Clock King et que l'iris ressemble au cadran d'une montre avec des aiguilles : superbe.

Plusieurs pages sont consacrées à la fouille qu'effectue le Clock King dans les hantises des Titans et le fan peut ainsi passer en revue des moments forts de toute l'histoire de l'équipe, avec des moments devenus des classiques (la saga de Trigon) ou des épisodes plus récents (Beast World). On voit en tout cas que Woods comme Layman connaissent leur sujet et savent le mettre en scène.

C'est dynamique, inventif, et, mis à part donc l'identité du méchant à la fin, qui peut paraître un peu paresseuse dans son choix, la série confirme son gros potentiel avec cette équipe créative. En attendant le premier épisode de Justice League Unlimited la semaine prochaine, on peut compter sur Titans comme un de ses très bons team books de l'ère DC All-In.

dimanche 17 novembre 2024

THE BIG BURN #2 (of 3) (Joe Henderson / Lee Garbett)


Owen a réuni une équipe pour braquer l'enfer où sont gardées leurs âmes par le diable à qui ils les ont données. Diego et Ava se confient donc sur le pacte qu'ils ont scellé avec le Malin mais Harold s'y refuse. Qu'importe, il faut avant d'aller plus loin sortir Carlie de la clinique psychiatrique dans laquelle elle s'est elle-même fait interner. Mais peut-on organiser tout ça sans que le diable soit au courant ?


(Spoiler : la réponse est non.) Bon, je ne vais pas vous refaire le topo écrit dans ma critique de Time Waits #2 publiée il y a quelques heures au sujet de DSTLRY, son mode de recrutement d'auteurs, de publication, de prix de vente, etc. C'est exactement la même chose pour The Big Burn, une autre création originale en trois épisodes à la pagination augmentée et à la périodicité bimestrielle.


Ce polar fantastique m'avait beaucoup plus quand j'avais lu son premier chapitre en Septembre car l'idée de Joe Henderson était de celles que tout scénariste aimerait avoir imaginée : un couple de braqueurs de banques vend son âme au diable après avoir été arrêté par la police afin de retrouver la liberté. Problème : sans âme, leur amour dépérit et ils se séparent. Owen imagine alors une solution : récupérer leurs âmes, à sa fiancée Carlie et à lui, en braquant le diable en enfer !


Pour ça, il faut mourir et recruter une équipe. Il s'adresse donc à des malfrats que Carlie avait repérés et qui ont certainement fait la même affaire avec le Malin. Mais, entre temps, Carlie s'est faite interner dans un hôpital psychiatrique, convaincue d'être folle... C'est précisément là que débute ce deuxième épisode quand, lors d'une thérapie de groupe, elle agresse un patient qui ricane en l'entendant raconter son histoire de pacte diabolique. Carlie est placée à l'isolement.


Ce qui va rendre évidemment son évasion encore plus compliquée. Et ça, c'est sans compter sur le fait qu'elle ne veut pas sortir car elle estime avoir été victime d'une hallucination en rencontrant le diable. Ou alors, si c'est vrai, elle mérite d'être enfermée pour tous les délits qu'elle a commis. Owen et ses complices ne sont pas au bout de leur peine...

"Hé, mais il nous raconte tout l'épisode ! Stop !" vous écriez-vous. Même pas, vous réponds-je. Parce que la grande force de The Big Burn, c'est sa manière de déjouer les attentes du lecteur. Oui, on est dans du polar ; oui, avec une dose de fantastique. Mais Joe Henderson a un vrai talent pour camper des personnages qui ont de l'épaisseur et donc réserve leur lot de surprises. Et, parmi le gang assemblé par Owen, il y a un membre vraiment pas recommandable, qui a vendu son âme pour des raisons franchement atroces.

Ce piment va dérégler la machine et compliquer la tâche des héros. Même si le cliffhanger de cet épisode est convenu, il n'en reste pas moins qu'on se demande bien comment la suite et fin au troisième épisode va se dérouler parce que ça s'annonce quand même bigrement compliqué. Mais c'est le genre de complications qui fait tout l'intérêt d'un bon polar car le genre impose aux héros et au lecteur du suspense, de l'inattendu, de la difficulté.

Mais, je le répète, The Big Burn trouve sa singularité dans son idée initiale : braquer le diable, c'est déjà pas commun, mais quand le butin, ce sont les âmes des braqueurs, c'est tout bonnement jubilatoire. Et c'est ainsi qu'on apprend que le polar, c'est un peu comme le jazz, avec ses figures imposées et ses figures libres, mais surtout c'est quand on croit que tout a été fait en la matière qu'un auteur trouve encore une astuce pour relancer la machine.

Ce qui donne au récit une saveur particulière : on sent que Henderson et son dessinateur Lee Garbett (qui est en fait aussi le co-auteur du scénario puisque Henderson et Garbett collaborent comme Waid et Samnee, échangeant des idées comme on joue au ping-pong et s'amusant à se challenger) prennent un plaisir fou. Auparavant, ils avaient réalisé ensemble Skyward, une quinzaine d'épisodes mais auxquels ils auraient volontiers donné une suite si la série avait connu plus de succès commercial (et encore elle a été sauvée de l'annulation grâce au soutien des fans), puis Shadecraft, là aussi pensé comme un projet sur le long cours mais qui a été stoppé net au bout de cinq épisodes.

En signant avec DSTLRY, et en s'alignant sur les standards de cet éditeur, ils ont en vérité changer de logiciel : exit les histoires en plusieurs arcs et en épisodes classiques d'une vingtaine de pages tous les mois. Grâce à une pagination plus proche du franco-belge (presque une cinquantaine de pages par numéro), leur narration peut poser les enjeux plus rapidement tout en ne sacrifiant pas ni au déploiement de l'intrigue ni à la caractérisation des personnages.

Lee Garbett n'est pas un dessinateur à proprement parler ébouriffant : son style est influencé par celui d'Olivier Coipel, mais sans le même niveau de finition et de technique. C'est visible en particulier dans le registre dans lequel est inscrit The Big Burn, où les personnages sont en civil et les décors sont réalistes : Garbett éprouve des difficultés à représenter des environnements très détaillés et les vêtements sont sommairement dessinés, sans plis, sans textures.

Mais Garbett compense par son sens du découpage et de la composition : il sait raconter une histoire et la rendre lisible - ce qui manque parfois à Coipel chez qui on voit bien que le dessin prime sur le découpage, traçant les contours de cases après avoir dessiné ce qu'elles vont encadrer. Garbett, de ce point de vue, fait le contraire : il sait comment organiser l'enchaînement des plans et après il les remplit.

Il ne les remplit pas toujours beaucoup, on est d'accord, mais il va à l'essentiel sans doute pour préserver la vitalité de son trait et l'énergie du récit. Et, dans une histoire comme celle-ci, ça fonctionne - ça passe. Comme en plus il est soutenu par un coloriste d'expérience en la personne de Lee Loughridge (c'est le gars qui a entièrement colorisé la série Fables), on n'a pas non plus le sentiment de planches bâclées : Loughridge n'est pas le coloriste le plus spectaculaire du monde, mais il respecte le dessin et sait le mettre en valeur subtilement.

Rendez-vous donc en Janvier 2025 pour connaître l'issue de ce Big Burn enthousiasmant.

TIME WAITS #2 (of 3) (Chip Zdarsky & David Brothers / Marcus To)


Blue, Grace et Duke trouvent refuge chez leur ami pâtisser Baker après l'attaque du commando qu'a envoyé Wyatt. Baker met à leur disposition les armes que collectionnait son père. Dans le futur, Wyatt obtient de sa hiérarchie l'envoi d'une nouvelle équipe pour récupérer les graines et Blue. Ces nouveaux mercenaires se séparent en deux groupes : l'un va chez Baker, l'autre au poste de police...


Rappel des faits : il y a deux mois  paraissait le premier des quatre épisodes de Time Waits chez DSTLRY. Ce petit éditeur n'en finit pas d'attirer de grands noms des comics grâce à un deal unique : non seulement ils conservent les droits de leurs créations mais surtout ils deviennent actionnaires de l'entreprise et profitent donc des profits générés par toutes les autres productions publiées.


Mais DSTLRY n'est pas qu'un modèle économique innovant, c'est d'abord et surtout un éditeur qui ne fait rien comme les autres. On peut trouver leurs floppies coûteux mais ils sont imprimés sur du papier de qualité, dans un format plus grand, et souvent pour une pagination supérieure. Chaque numéro de Time Waits compte par exemple une cinquantaine de pages de BD pour 8,99 $, ce qui, comparé à un album de bande dessinée franco-belge reste bon marché.


Pour cette mini série, l'éditeur a réussi à attraper dans ses filets Chip Zdarsky, rien moins que l'actuel scénariste de Batman (mais qui va céder sa place bientôt pour le retour de Jeph Loeb et Jim Lee) et le dessinateur Marcus To, l'artiste de X-Force en ce moment. David Brothers co-écrit le titre avec Zdarsky. Et enfin, et surtout, Time Waits, c'est super bien.


Pourtant les histoires de voyages dans le temps, c'est souvent périlleux mais Zdarsky et Brothers ont trouvé un twist efficace : le héros vient du futur et a décidé de rester à notre époque après une mission au cours de laquelle son équipe devait voler de mystérieuses graines très convoitées dans l'avenir. Wyatt, son acolyte, est rentré bredouille mais tient Blue responsable de l'échec de la mission, convaincu qu'il a conservé les graines en question.

Dans le premier épisode, où on apprenait que Blue vivait désormais en couple avec Grace, la shérif du patelin où il avait atterri, et avec qui il était en train d'adopter un jeune garçon, Wyatt envoyait un commando récupérer les graines et éliminer Blue. L'opération s'est soldée par un nouvel échec. 

De manière certes convenue, on assiste donc à une sorte de match retour. Mais on comprend aussi pourquoi Wyatt éprouve un tel ressentiment envers Blue : les deux hommes n'ont rien en commun malgré une formation identique. Pour Wyatt, la fin justifie les moyens et tant pis si des innocents se dressent en travers de sa route, il est prêt à les sacrifier pour remplir les objectifs, obéir aux ordres de ses patrons (une multinationale dont il est devenu chef de la sécurité). 

Pour Blue, en revanche, tout a changé depuis qu'il a décidé de rester à notre époque : il vit avec une femme qu'il aime et à qui il a confié ses secrets et avec qui il va avoir un enfant. Cependant, il ne laissera personne lui prendre ce bonheur, mais peut-il faire face longtemps face à des commandos surarmés et surentraînés venant du futur ?

L'histoire que développe Zdarsky et Brothers ne fait pas que se concentrer sur le charismatique Blue et son adversaire Wyatt. La personnalité de Grace est bien développée : c'est une femme qui ne s'en laisse pas compter et qui, elle aussi, est engagée maintenant dans une guerre contre ces mercenaires du futur. L'intrigue, ici, se resserre autour de quelques scènes clés, comme l'assaut sur un poste de police très spectaculaire et intense, tandis que Blue, que les interférences temporelles font perdre connaissance doit rester sur le qui-vive pour protéger son fils adoptif.

Il y a quelque chose de grisant dans la lecture de Time Waits, une tension constante qui provient à la fois du danger incarné par Wyatt et ses sbires mais aussi de seconds rôles comme Baker, le bon copain prêt à dépanner et qui a conservé l'arsenal de son père. Son discours est celui d'un survivaliste complotiste attaché viscéralement au 2ème amendement de la Constitution américaine (qui autorise non seulement le port d'armes mais aussi le droit de former une milice pour assurer la sécurité). Cet élément ajoute au climat de peur et de parano du récit, déjà bien fourni en la matière.

Une autre scène voit Blue ramener Duke chez sa famille d'accueil dans le but de lui épargner d'être la cible des hommes de Wyatt. Or cette famille le maltraite et Blue ne peut se résoudre à l'abandonner. Parallèlement, on retrouve Duke, devenu un vieil homme dans le futur, et employé de la firme qui supervise les commandos de Wyatt. Ce dernier se sert de Duke pour savoir si Blue (et tout allié potentiel qu'il a pu se faire) sera bel et bien éliminé cette nuit-là. 

Ce sont des trouvailles narratives simples et qui assurent au lecteur de bien tout saisir de ce qu'il a sous les yeux. Car l'écueil n°1 des histoires de voyages dans le temps, c'est précisément d'égarer le lecteur avec les conséquences de ceux qui s'aventurent hors de leur époque. Zdarsky et Brothers évitent ce piège magistralement.

L'autre atout pour empêcher le lecteur d'être perdu, ce sont les dessins de Marcus To. Son trait clair et son découpage sobre permettent d'avoir un flux de lecture toujours limpide. On sait toujours où, quand et avec qui on se trouve. Aucun risque de confusion. Par ailleurs, l'artiste profite à plein de la pagination plus généreuse pour jouer sur le rythme interne des scènes, faire naître un sentiment de malaise, d'appréhension, de gravité.

Par exemple, dans le passage le plus mémorable de l'épisode, lors de l'assaut du poste de police, To doit jongler avec plusieurs personnages - les mercenaires, les deux adjoints de Grace, Grace elle-même. Lorsque Grace se rend pour s'assurer que son adjointe Sandy qui est blessée va bien, To découpe la séquence de telle sorte qu'on ne quitte jamais Grace des yeux sauf à un moment précis - quand elle réussit à désarmer la mercenaire qui la suit, ce qui va lui permettre de riposter. La fluidité de la narration est épatante, avec zéro effet de manche.

Bref, c'est une réussite dont le cliffhanger donne très envie de connaître la suite. Il faudra pour cela attendre Janvier 2025.

samedi 16 novembre 2024

G.I. JOE #1 (Joshua Williamson / Tom Reilly)


L'équipe G.I. Joe s'entraîne, mais lorsque Conrad "Duke" Hauser fait son rapport au colonel Hawk, il ne cache pas qu'ils ne sont pas prêts et sous-équipés. De son côté, Destro fournit au Cobra Commander de nouvelles armes révolutionnaires alimentées par de l'Energon. Les deux camps se préparent à effectuer un raid dans un laboratoire au Colorado qui a récupéré des pièces d'un Transformer...


Et c'est parti ! Après plusieurs mini-séries destinées à (re)présenter l'univers de G.I. Joe, Joshua Williamson peut enfin entrer dans le fil du sujet. Tout d'abord, à part la mini Duke, je ne crois toujours pas qu'il faille tout lire de ce qui a été édité récemment sur le label Skybound de Robert Kirkman pour apprécier son Energon Universe (qui intègre à la fois Void Rivals, Transformers et donc G.I. Joe).


Ce qu'il faut savoir, c'est que de gigantesques robots, les Transformers, se livrent une bataille dans l'espace et sur Terre. Capables de se changer en véhicules terrestres, marins et aériens, ces robots font des ravages à cause de leur taille et de leur puissance - ce sont eux qui relient tous les titres puisqu'on en a vu dans Void Rivals, et dans les minis Duke, Destro, Scarlet et Cobra Commander, et ils ont leur propre série à leur nom.


En ce qui concerne plus spécialement G.I. Joe, on a pu voir dans Duke que Conrad Hauser a perdu son meilleur ami soldat à cause d'un méchant Transformer (un Decepticon), mais sa hiérarchie a refusé de croire à ce à quoi il a assisté jusqu'à ce que le colonel Hawk, son supérieur, ne le recrute pour diriger un escadron afin de contrarier les plans guerriers de l'organisation Cobra dont l'armement est fourni par M.A.R.S. Industries, dirigées par Destro.


La technologie des Transformers est convoitée par Destro et son chef de guerre, le Cobra Commander : Destro veut dominer le monde, Cobra Commander l'asservir (puisque c'est un alien), deux ambitions similaires pour lesquelles la fin justifie les moyens. G.I. Joe est un projet para-miliaire conçu pour empêcher cela.

Maintenant, dîtes-moi si ça ne vous rappelle pas quand même quelque chose, même si, comme moi, vous débutez G.I. Joe. Deux organisations antagonistes, des espions, des arsenaux redoutables et révolutionnaires... Chez Marvel, c'est le S.H.I.E.LD. contre Hydra. Chez DC, c'est Checkmate contre Kobra.

Mais ni Marvel ni DC n'ont réussi, depuis des lustres, à développer un grand projet aussi habilement ourdi que celui de Robert Kirkman et Joshua Williamson avec G.I. Joe. Ensemble, les deux auteurs ont su, en exploitant les droits des jouets Hasbro, refaçonné un univers pour le rendre abordable tout en ne sacrifiant pas leur ambition. Tout s'est mis en place progressivement et aboutit désormais. 

Ah si seulement Marvel avait laissé Bendis écrire son projet Nick Fury ou si Hickman n'avait pas mis autant de temps à finir sa propre série SHIELD, qui sait... Bendis, encore lui, avait retenté le coup chez DC avec Event Leviathan mais sans être soutenu éditorialement et sans réponse enthousiaste des fans. En fait, ce qui manquait à tous ces projets, c'était un plan cohérent et surtout la volonté de raconter quelque chose auquel le lecteur comprenne quelque chose immédiatement.

Et c'est la réussite de ce premier épisode, comme ça l'était de ceux de la mini Duke : il y a un manichéisme évident dans la formulation du propos, mais il est assumé. Dans la postface de ce premier chapitre, Williamson exprime sa joie d'écrire cette série mais explique aussi que ce n'est vraiment que le tout début : il voit loin et il voit grand, désireux à la fois de garder les bases de ce qui a été fait avant dans les comics GI Joe tout en apportant de nouveaux éléments, en enrichissant cette mythologie.

Il y a donc beaucoup d'action, des personnages campés avec efficacité, une opposition entre deux camps bien marquée. Mais Williamson, on le sent, ne veut pas donner que dans le bourrin : il ménage quelques scènes d'exposition, presque de réflexion. La course à l'armement, l'énergie destructrice qu'a domptée Destro, la soif de revanche de Duke, l'esprit de conquête de Cobra Commander, tout ça dessine un affrontement guerrier mais où les héros doutent - de pouvoir gagner avec un maigre effectif, des équipements limités, de l'impréparation.

Et, sans spoiler, c'est ce qui va arriver inévitablement. D'un côté, on a une équipe, de l'autre une armée, et la fin de l'épisode voit déjà un des membres de GI Joe tomber. C'est expéditif, Williamson n'a pas peur de brûler des cartouches, mais ça introduit aussi un vrai suspense, un déséquilibre, qui donne au lecteur le sentiment que rien n'est joué, que la partie est faite pour durer.

Tom Reilly était déjà sacrément bon, plus qu'il ne l'avait jamais été chez Marvel et DC, sur Duke. Allait-il continuer sur sa lancée en plongeant dans le grand bain, où il devrait animer une quantité de personnages, de situations ? La réponse est : oui. Ce jeune artiste impressionne mais en même temps il donne surtout l'impression d'être complètement dans son élément, comme s'il dessinait le projet de ses rêves.

Il est faux de croire que tous les artistes ne rêvent que de super-héros, encore plus qu'ils peuvent y exceller. Il suffit pour s'en convaincre de penser à John Buscema : c'était un géant, un virtuose - personnellement je le trouve très supérieur à Kirby - mais, ce n'est pas un scoop, il détestait dessiner du super-héros, ça l'ennuyait terriblement. Il s'éclatait par contre sur Conan dont il a figé l'image pendant longtemps.

Sans comparer Reilly à Big John, je crois qu'on a affaire au même type de bonhomme : Reilly a fait ce qu'il a pu avec ce qu'on lui a écrit chez Marvel et DC, et parfois il s'en est mieux sorti que d'autres. Mais fondamentalement, quand on voit ce qu'il livre ici, c'est évident qu'il n'attendait que ça, dessiner des soldats, des fusils, des flingues, des chars, des hélicos, des explosions, et tout le folklore qui va avec. Tom Reilly, c'est un peu Joe Kubert, l'homme qui a immortalisa Sgt Rock, ce qui lui convenait le mieux, là où il exprimait le mieux non pas la fascination pour la guerre et ceux qui la faisaient, mais l'humanité ravagée par elle.

Reilly n'a pas encore l'expérience ni même la philosophie de Buscema et Kubert et GI Joe n'est pas Sgt Rock. Mais il s'éclate avec ce matos, il se révèle vraiment avec ce que lui écrit Williamson. Et si son influence visuelle à lui, c'est indéniablement l'école Alex Toth et surtout Chris Samnee, il n'a, à mon avis, pas fini de nous épater.

Alors, n'ayez pas peur de plonger dans l'aventure. Je n'étais pas un spécialiste de GI Joe, j'aborde ça avec candeur, mais la lecture est jubilatoire, c'est de la belle ouvrage, du chouette divertissement. C'est ce que Marvel et DC n'ont pas été capables de faire dans ce registre.

vendredi 15 novembre 2024

HELEN OF WYNDHORN #6 (of 6) (Tom King / Bilquis Evely)


Pour se réconcilier avec sa petite-fille, Barnabas Cole l'enmmène une dernière fois dans l'Autre Monde. Ils atteignent en barque une grotte marine où Barnabas obtient un droit de passage sécurisé pour les profondeurs de l'océan. Là-bas, Helen va rencontrer sa mère...
 

Très souvent, et à juste titre, quand les scénaristes de comics interpellent les journalistes qui critiquent leurs livres ou les éditeurs qui veulent rappeler la sortie d'un album,  ils se désolent que ne soit mentionné que le nom de l'auteur du script et pas l'artiste (ou les artistes) qui les ont aidés à mettre leur projet au jour.


Evidemment on peut penser qu'ils disent ça pour se donner bonne conscience sans oublier que ce sont eux qui fournissent les histoires. Mais je crois quand même à leur sincérité et à leur volonté de partager les honneurs avec leurs dessinateurs. Il en est même qui estiment que sans lesdits dessinateurs, l'idée même du livre qu'ils ont écrit n'aurait pas existé, que c'est la rencontre avec le dessinateur qui a donné sa forme au livre.


Je prêche un peu pour ma chapelle, puisque je suis moi-même dessinateur, mais c'est vrai qu'il y a quelque chose d'affligeant à lire une critique où le travail de l'artiste est seulement survolé - quand il n'est pas carrément oublié. Généralement la critique consiste à dire des platitudes du genre "c'est beau", "c'est efficace", et voilà, emballé, c'est pesé, ça suffit.


Alors que les lecteurs et les critiques peuvent philosopher des paragraphes entiers sur le scénario, le style, le récit, le dessinateur lui n'a droit qu'à quelques mots banals. L'excuse que prononce le lecteur ou le critique quand on l'interroge sur le peu de place qu'il consacre au dessin se résume souvent à un "j'ai pas les mots, je ne connais pas suffisamment le vocabulaire du dessin pour en parler autrement".

Bon, admettons que vous ne connaissiez aucun terme technique. Est-ce que vous en avez besoin ? Bien sûr, ça aide, ça permet de formuler un avis mieux défini sur les compétences du dessinateur, les émotions qu'engendre son dessin chez vous, la lisibilité de sa narration graphique, etc. Mais en vérité, ça n'a rien d'essentiel car le vocabulaire technique n'est souvent compris que des initiés et on peut se cacher facilement derrière l'excuse de ne pas le connaître, même s'il existe bien des ouvrages de vulgarisation à ce sujet (l'exemple le plus évident : L'Art Invisible, de Scott McCloud).

Non, ce qui compte, c'est le coeur - comme disait Saint-Exupéry : "on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible aux yeux.". J'ai ma propre devise à ce propos : l'art, c'est l'évidence, il s'impose à vous. Vous trouverez les mots, ne vous inquiétez pas, même si c'est laborieux. Il suffit de dire, simplement, ce qui vous touche dans un dessin, une planche. Pas la peine de faire de grandes phrases, laissez-vous aller, comme quand vous parlez d'une chanson, d'un morceau de musique - où vous n'avez pas besoin de sortir du conservatoire pour savoir en parler.

Pourquoi je vous dis tout ça ? Parce que Helen of Wyndhorn est une bande dessinée qui a été écrite pour une artiste. Tom King a demandé à Bilquis Evely, avec qui il souhaitait retravailler après leur somptueux Supergirl : Woman of Tomorrow, ce qu'elle aimerait dessiner, raconter en images. Et elle lui a donné un carnet de croquis dans lequel il a puisé son inspiration pour lui livrer une histoire sur mesure.

Tom King a fait mieux que rappeler aux critiques et aux lecteurs l'importance de l'artiste, il a précisé dès le départ que leur projet était ce qu'il avait tiré de ce carnet de croquis. Ainsi, plus moyen de rabaisser, d'oublier Bilquis Evely : si vous vouliez mentionner, parler de Helen of Wyndhorn, vous seriez obligé de parler de la dessinatrice, co-autrice à part entière (et pas seulement parce qu'il s'agit d'une oeuvre en creator-owned).

Sur le dénouement de cette histoire, je ne vais, volontairement, rien vous dire. Sauf ceci, qui serait la morale de l'intrigue : nous sommes tous les histoires que racontent nos parents, nos proches, nos amis racontent à notre sujet. Nous sommes faits de mondes, le notre bien sûr, mais aussi celui qu'imaginent les autres sur nous. Ce que ceux qui ne nous connaissent pas apprennent de nous, c'est autant ce qu'on leur confie que ce qu'ils entendent à notre sujet. Et cela forme un résumé parfait à Helen of Wyndhorn, où fiction et vérité s'entremêlent jusqu'à ne plus être distinctes.

Mais ce que je veux vous dire sur la fin de cette série, c'est que, comme toutes les bonnes séries, on en aurait aimé davantage. Plus d'épisodes, pourquoi pas même une ongoing sur Helen Cole, son grand-père, sa gouvernante, ses parents, sa vie (peut-être rêvée, fantasmée) dans l'Autre Monde... Et quand ça se produit, ça veut dire qu'on a adoré ce qu'on a lu. Donc que c'est excellent.

Mais ça veut aussi dire que cette bande dessinée, si belle, si touchante, si épique, elle vient donc de Bilquis Evely et que Tom King l'a en quelque sorte synthétisée en six épisodes. Vous serez ébloui en lisant ces pages, vous serez dépaysé, vous serez heureux, ému aussi. Vous vous en souviendrez longtemps. L'éditeur français qui traduira Helen of Wyndhorn a intérêt à mettre le paquet sur la publicité qu'il consacrera à cette mini-série parce qu'elle le mérite, il faudra que le plus de fans l'achètent, des fans de King, de Evely, de belles BD, de bons comics.

Et surtout cet éditeur, ces lecteurs, ne pourront pas oublier Bilquis Evely au moment de parler de Helen of Wyndhorn. Ce ne sera pas une mini série de Tom King. Ce sera une mini-série de Bilquis Evely ET Tom King, avec le scénariste en second pour une fois parce que, je suis sûr qu'il serait d'accord avec ça, il s'est mis au service de sa dessinatrice et c'est elle, cette fois, la vedette, l'argument de vente n°1.

Et vous, les lecteurs, qui achèterez cet album, quand vous le lirez, vous saurez que j'ai raison. Mais surtout, vous aussi, vous ne pourrez pas en parler autour de vous, sur des blogs, des forums, sans mentionner en premier Bilquis Evely. Vous trouverez facilement les mots pour ça parce que ses planches vous laisseront sidérés et vous serez naturellement motivés pour partager cette sidération aux gens à qui vous recommanderez cette lecture. Vous direz la beauté bien sûr, mais aussi la magnificence, le luxe de détails, la fluidité, l'expressivité, l'élégance, vous ne pourrez plus vous arrêter.

Et alors, vous ne citerez peut-être plus jamais une BD en l'associant seulement à son scénariste.

mercredi 13 novembre 2024

AVENGERS, TOME 6 : A LA RECHERCHE DE STARBRAND (Jason Aaron / Dale Keown, Andrea Sorrentino, Ed McGuinness, Paco Medina, Francesco Manna)


- A LA RECHERCHE DE STARBRAND (Avengers #26-30)

Il y a 66 millions d'années, un astéroïde s'écrase sur la Terre et décime les dinosaures qui peuplaient sa surface. En vérité, c'est le premier Evénement Blanc qui s'est produit et qui a intégré à la planète un mécanisme de défense cosmique, le Starbrand. Un million d'années plus tard, un homme pourchassé par les Déviants voit son compagnon mourir et il hérite du Starbrand...


De nos jours, Gladiator, Majestor suprême de l'empire Shi'ar, apprend qu'une colonie pénitentiaire a été détruite par une explosion. Il se rend sur place mais demande à ce qu'on avertisse les Avengers s'il n'est pas revenu rapidement... Et c'est ce qui se produit : Captain America appelle Black Widow en renfort pour pallier l'absence d'Iron Man et embarque avec lui Thor, Ghost Rider, Captain Maervel et Blade.


Mais la mission de sauvetage tourne à la catastrophe. Thor est infecté par un Brood, Captain Marvel passe en mode Binaire, Blade agonise à cause du soleil et, pour ne rien arranger, trois des anciens hérauts de Galactus - Silver Surfer, Firelord, Terrax - s'en mêlent car ils souhaitent régler le problème seuls.
 

Et le problème en question est de taille : ce qui a causé l'explosion, c'est le Starbrand qui a choisi une terrienne incarcérée dans la prison Shi'ar et qui est de surcroit enceinte. Mais comment est-elle arrivée là ?... Cependant, coincée il y a un million d'années dans le passé, Iron Man rencontre les Avengers préhistoriques qui le prennent pour un ennemi...


Le titre de ce sixième tome ne ment pas : tous les épisodes sont sous le signe du Starbrand. Mais c'est quoi le Starbrand ? Pour tout savoir, il faut remonter le temps et se rappeler qu'en 1986, Jim Shooter, l'editor-in-chief de Marvel, a l'idée pour les 25 ans de la maison des idées de créer un nouvel univers avec des personnages inédits, supposément plus réaliste, sans divinités ou super-technologie.


Pourtant, il se contredit tout seul en créant le personnage-concept de Starbrand qui désigne à la fois un pouvoir et son détenteur, en l'occurrence un certain Ken Connell investi de facultés immenses. Le New Universe de Shooter sera un fiasco commercial total et tout le projet sera rapidement abandonné, tombant dans les oubliettes.

Jusqu'à ce que Jonathan Hickman prenne en main Avengers dans lequel il revisite certains des héros de cet époque mais en les réactualisant (on est alors en 2013). Un certain Kevin Connor hérite du Starbrand et deviendra membre de l'équipe aux côtés de Nightmask (un autre rescapé revampé du New Universe). C'est Hickman qui décrit le pouvoir du Starbrand comme un mécanisme de défense de la planète (ce qui signifie que tout monde habité par une espèce intelligente peut en avoir un).

Hickman parti pour d'autres aventures, Marvel décide, après un intermède par Mark Waid, de confier Avengers à Jason Aaron. Auparavant, ce dernier a été chargé d'écrire un one-shot, Incoming, dans lequel sont teasés les événements à venir de l'univers Marvel. On trouve une scène dans laquelle Ghost Rider (Robbie Reyes) affronte Kevin Connor devenu fou et le tue.

Et donc, après nous avoir conté l'origine du premier Starbrand humain dans l'épisode 26, qui ouvre ce volume, le scénariste va consacrer un arc au nouveau détenteur de ce pouvoir. Le récit est efficace, mené sur un rythme trépidant, avec beaucoup d'action. C'est aussi un voyage dans l'espace, un grand classique pour une histoire des Avengers, et Aaron y intègre Black Widow (qui pallie l'absence d'Iron Man, toujours coincé dans la préhistoire, et que tente de localiser Black Panther).

La suite est à la fois intense et très marrante. Aaron se permet tout : Thor transformé en Brood, Captain Marvel redevenant Binaire (son aspect enflammé et cosmique), Blade mourant (mais sauvé par l'ersatz de Man-Thing qu'il a adopté après l'avoir arraché au Colonel de l'Ombre dans La Guerre des Vampires), Ghost Rider qui pique la planche du Silver Surfer, lui-même accompagné par Firelord et Terrax, Gladiator est aussi de la partie.

Tout ça fait beaucoup de monde, je vous l'accorde, mais Aaron gère bien son casting, donnant à chacun un grand moment pour briller, y compris Black Widow dont on pouvait trouver la présence un brin décalée dans ce contexte. En fait, on se rend compte que le scénariste est vraiment dans son élément dans ce mélange d'aventure épique et de comédie délirante, comme aux meilleures heures de son run sur Wolverine et les X-Men. Ce cocktail est plus surprenant pour Avengers mais fonctionne bien malgré tout, notamment parce qu'il nous prend au dépourvu sur l'essentiel, le nouveau porteur du Starbrand (mais pas de spoiler).

Visuellement, c'est encore inégal : Dale Keown, qui dessine les origines du premier Starbrand, est infichu de compléter sa vingtaine de pages et doit recevoir le renfort d'Andrea Sorrentino pour 3 pages ! Puis Ed McGuinness prend le relais : il s'en sort mieux que bien, mais toutefois il faut tempérer notre enthousiasme car Paco Medina revient jouer les doublures sur l'épisode 29 et Francesco Manna officie sur la majorité de l'épisode 30 (qui ferme le ban). Manna fait forte impression dans un style qui évoque beaucoup celui de Pepe Larraz (avant House of X).

Toutefois, malgré ces errements graphiques un peu lassants, c'est un tome réussi, le plus abouti depuis le début du run de Jason Aaron. Qui va ensuite vraiment passer un cap en enchaînant des arcs narratifs plus convaincants et pétaradants, avec en prime, cette fois, des dessinateurs plus réguliers...