mardi 5 novembre 2024

WONDER WOMAN, VOLUME 2 : SACRIFICE (Tom King / Daniel Sampere, Guillem March, Tony Daniel)


- #7 : GIFTED (Tom King /Guillem March) - (L'action se déroule chronologiquement avant l'épisode 5) Wonder Woman rejoint Superman dans le plus grand centre commercial de l'univers afin d'y acheter un cadeau d'anniversaire pour Batman...


- #8-10 : SACRIFICE (Tom King / Daniel Sampere) - Après avoir été vaincue, Wonder Woman est prisonnière du Souverain qui l'a ficelée avec son lasso du mensonge. Sous son influence, elle hallucine et croit vivre mariée à Steve Trevor dans un rôle de femme au foyer docile mais déconsidéré par son époux... 


De leur côté, les Wonder Girls - Donna Troy, Cassie Sandsmark, Yara Flor - ont capturé Sarge Steel pour qu'il leur donne la position de l'endroit où est détenue Wonder Woman. Celle-ci continue à revivre des épisodes de son passé aux côtés de Steve Trevor mais également au sein de la Justice League...


Cela fait maintenant deux mois que Wonder Woman est aux mains du Souverain. Elle reprend progressivement des forces et ses esprits dans le projet de d'échapper pour gagner Themyscera. Les Wonder Girls ont récupéré le jet de Diana avec lequel elles rejoignent elles aussi l'île des amazones...


- #11-13 : ABSOLUTE POWER (Tom King / Tony Daniel) -  Alors qu'elle est en compagnie de John Constantine, le Captain, Mary Marvel, Jim Corrigan/Le Spectre, Madame Xanadu et le détective Chimp, Wonder Woman subit l'assaut d'un des Amazos lancés aux trousses des super-héros par Amanda Waller...


Ses amis vaincus, Wonder Woman s'allie à Damian Wayne/Robin avec lequel elle capture Captain Boomerang pour qu'il leur livre l'adresse de la prison où sont incarcérés les super-héros. 
 

C'est ainsi qu'ils arrivent sur l'île de Gamorra où les attend Steve Trevor pour libérer leurs frères d'armes...

Tout d'abord, avant d'aborder le contenu de ce deuxième tome de Wonder Woman, je tiens à vous prévenir que l'édition en vo comporte donc sept épisodes et sortira le 19 Novembre prochain pour 19,99 $, tandis que l'édition français d'Urban Comics sortira le 22 Novembre (sous le titre Hors-la-loi tome 2) et ne comptera que les épisodes 7 à 10 pour 18 Euros. Vous voyez le problème ?

Bien, ceci étant dit, passons au programme de ce volume 2. Il est assez disparate et pour cause, quasiment la moitié des épisodes est composée de tie-in à l'event Absolute Power. Le premier numéro qui ouvre l'album raconte qui plus est une histoire qui se situe avant l'épisode 5. Autrement dit, une fois qu'on sait tout ça, il n'y a que trois épisodes, formant l'arc Sacrifice qui donne son titre au tome, qui sont la suite directe du premier volume.

L'épisode 7 contraste avec la tonalité de la série, plutôt sombre, mais se révèle surtout très anecdotique : Superman et Wonder Woman cherchent un cadeau d'anniversaire pour Batman. C'est aussi l'occasion d'évoquer brièvement la situation des amazones actuellement, la nature toujours incorrigiblement positive de Superman, la difficulté à contenter Batman...

Ce tas de clichés vous est offert par Tom King qui, comme chaque fois qu'il tente d'être plus léger, se prend lamentablement les pieds dans le tapis pour la simple raison qu'il ne sait pas faire. Lors de son run sur Batman, il avait eu l'occasion d'exercer son talent sur la Trinité Superman - Wonder Woman - Batman avec bien plus d'inspiration, au cours d'arcs narratifs dédiés, en jouant bien plus habilement sur les différences et les similitudes entre les trois héros.

On ne trouve rien de tel ici car l'épisode semble surtout avoir été écrit pour laisser à Daniel Sampere le temps de souffler avant les trois épisodes suivants et surtout après les six précédents où sa prestation a été impressionnante. Il est ici remplacé par Guillem March qui s'en tire très honorablement même s'il mériterait plus de considération de la part de DC qui ne l'emploie plus guère alors que c'est un très bon artiste.

Avant de parler du coeur de l'album, je vais faire un saut jusqu'au trois derniers épisodes, qui concluent ce volume. Il s'agit donc de tie-in à l'event Absolute Power de Mark Waid et Dan Mora. Je préfère franchement quand un éditeur publie des numéros spéciaux que ce genre de chapitres intégrés à une série en cours de publication car ça ne fait que parasiter une intrigue en cours qui n'en a vraiment pas besoin.

Mais DC a préféré impliquer les séries et leurs auteurs dans le récit d'Absolute Power et comme souvent (comme toujours ?), l'intérêt est très inégal. Ici tout repose sur l'alliance improbable entre Wonder Woman et Robin (Damian Wayne) et leur différence philosophique : elle essaie de résoudre les problèmes par la raison, lui par la violence. Rien de nouveau sous le soleil et c'est bien le souci. 

Déjà qu'associer Diana à Damian est pour le moins hasardeux, rien ne vient modifier leur conception de la résistance. Mais surtout je ne sais pas pour vous mais, moi, Damian m'insupporte. Ce gamin était une bonne idée à l'origine quand Grant Morrison l'a introduit officiellement dans la continuité, son association avec Dick Grayson quand il a remplacé Bruce Wayne (supposément mort après Final Crisis) était réjouissante (du fait de l'optimisme de Grayson face au cynisme de Damian), sa relation avec Jon Kent dans Super Sons était adorable... Mais aujourd'hui, je n'en peux plus de la morgue de ce morveux toujours mal gratté.

Tout ça est donc très artificiel et superflu. Tony Daniel au dessin rend une copie très correcte (bon, je ne suis pas son plus grand fan, mais je l'ai trouvé en forme pour son retour chez DC), mais j'aurai vraiment préféré que tout ça paraisse dans des hors-série.

Et donc, on va enfin pouvoir parler des épisodes centraux, du #8 au 10. D'abord, pour le plaisir incommensurable de lire des planches magnifiques de Daniel Sampere, divinement colorisées par Tomeu Morey. Qu'est-ce que c'est beau ! Sampere, c'est comme Clay Mann, si celui-ci rendait ses épisodes à l'heure, et avec un storytelling bien plus maîtrisé. Il a su s'emparer du personnage de Wonder Woman et en donner une version qui me semble définitive pour le coup.

Tom King lui donne aussi un script extraordinaire dans lequel on peut voir Diana en proie à des hallucinations où elle campe une desperate housewife mais aussi où elle revit ses grands moments, ses périodes plus ou moins glorieuses dans un dialogue fantasmé avec Steve Trevor, sous l'influence du Souverain et de son lasso du mensonge. Le procédé est malin et efficace, l'amazone est mise à mal psychologiquement après avoir été rincé lors de la bataille épique qu'i a clos le premier volume.

En parallèle, King met en scène les Wonder Girls à la recherche de Diana. Parfois, il se montre maladroit pou trop évasif (comme lors de l'interrogatoire de Sarge Steel), parfois il insiste trop sur l'humour (qui est complètement déplacé dans ce contexte, avec notamment Donna Troy qui tente de piloter le jet de Wonder Woman). Mais c'est compensé par tout le reste, donc le survol des scènes fantasmées ou revécues par Diana en compagnie de Trevor, et surtout, surtout ses échanges avec Cheetah, son ennemie jurée avec laquelle elle trouve enfin son point commun (toutes deux ont été des captives).

Ces trois épisodes, denses, complexes, visuellement splendides, sauvent un sommaire certes copieux mais avec un chapitre inutile et des tie-in encombrants. J'ai envie de dire à DC : laissez Tom King tranquille, il est en train d'écrire le meilleur run de Wonder Woman depuis des lustres, il a une histoire d'une intensité fabuleuse, ne sagouinez pas ses efforts avec des épisodes qui sont comme des mouches dans la soupe. Heureusement la suite ne devrait pas souffrir d'interférences pareilles et le volume 3 devrait conclure cette première saga avec le Souverain en beauté.

dimanche 3 novembre 2024

CHRIS SAMNEE : #BATOBER 2024


Revenant sur sa promesse de 2023 de ne plus consacrer l'Inktober (Ink + October) à l'univers de Batman, Chris Samnee nous a gratifé de son habibuel et jubilatoire Batober (Batman + October) avec une illustration par jour durant tout le mois dernier - et même un peu plus puisqu'il a jouté deux bonus en ce début Novembre !


Ci-dessus, les mots-clés pour chaque illustration. Et maintenant, régalez-vous en prenant le temps d'admirer ces magnifiques dessins !































BONUS :






vendredi 1 novembre 2024

THE MAGIC ORDER 5 #2 (of 6) (Mark Millar / Matteo Buffagni)


Et si l'Ordre Magique n'avait jamais existé que dans la tête de Caroline Stone qui prétend s'appeler en vérité Cordelia Moonstone et être la chef de cette organisation occulte ? C'est ce que pense le médecin en charge de son cas dans la clinique psychiatrique où elle est internée. A moins que la réponse à tout ça se trouve dans les mots croisés qu'on lui donne à remplir pour qu'elle se détende...


Et si ce cinquième et dernier volume de The Magic Order était le meilleur de la série ? Voire même ce que Mark Millar a écrit de mieux depuis qu'il a créé son MillarWorld ? Je sais, j'y vais un peu fort, mais comprenez-moi bien : le scénariste écossais livre une prestation remarquable, d'une finesse rarement vue chez lui et qui promet encore beaucoup pour les quatre prochains numéros.


Oui, ça fait bizarre de parler de "finesse" quand on parle de Millar. L'auteur est honni par beaucoup pour justement son côté bateleur et provocateur, et il faut bien admettre que la grande majorité de sa production, indépendante comme pour les Big Two, ne brille pas par sa subtilité. Millar, c'est un créateur de contenu très prolifique, très inégal, et qui aime épater la galerie. Pas un poète donc.


Mais, croyez-moi quand je vous dis que ces deux premiers épisodes de The Magic Order vol. 5 sont excellents. J'ignore si Millar va vraiment tuer Cordelia Moonstone comme le titre de l'histoire l'indique, ou s'il joue avec nos nerfs, mais le bonhomme n'est pas un sentimental et il est donc probable qu'il achève sa série en supprimant son héroïne.


Mais, avant cela, il nous aura brillamment roulé dans la farine en la décrivant comme une folle mythomane, donnant à son histoire un caractère méta inattendu puisque, si on remet en question le fait que Cordelia est une magicienne, alors tout ce qui l'entoure (l'Ordre Magique, sa malédiction pour avoir invoqué un sort qu'il lui faudra payer au prix fort, etc.), qu'est-ce qui reste ?

Les scènes dans l'asile sont épatantes, rien de moins. On ne sait vraiment plus quoi penser, Millar nous trouble formidablement. Et puis il y a le twist, le renversement de situation, qui ramène un peu tout, trop vite sur les rails, mais avec un cliffhanger redoutable, en forme de compte à rebours, très efficace. Pourtant, rien ne dit que ce qu'on lit alors rétablit ce qu'on a lu depuis 25 épisodes et quatre volumes. Ce serait même un sacré tour de force de la part de l'auteur de nous embobiner à nouveau.

Quoiqu'il en soit, le niveau s'est redressé spectaculairement entre le précédent volume et celui-ci. Je pensais que Millar avait perdu l'inspiration et cassé sa belle mécanique, alors que les trois premiers cycles se tenaient quand même très bien. Mais voilà qu'il s'est ressaisi et avec classe. De quoi attendre un peu plus sereinement les annonces promises pour début Décembre concernant le MillarWorld 2025 (plus un projet pour Marvel).

Si The Magic Order nous enchante à nouveau, c'est aussi parce que, après la déception des épisodes de Dike Ruan, la série a renoué avec un dessinateur digne de Coipel, Immonen et Cavenago. Matteo Buffagni est un artiste de première classe et si je remercie Millar de lui donner l'occasion de le prouver, je déplore toujours que les Big Two ne voient pas à côté de quoi ils passent.

Car, enfin, Buffagni, c'est tout de même un dessinateur très solide, très régulier, qui a un sens de la narration graphique extraordinaire, avec des personnages expressifs, des décors soignés, des compositions élégantes, des ambiances intenses. C'est grâce à lui aussi que la série devient plus raffinée, plus subtile, plus fine : sa manière de la mettre en images compense les excès de l'écriture de Millar.

Alors que l'auteur pense déjà à l'après-Netflix (à qui appartiennent toutes les séries MillarWorld), on peut voir cet ultime cycle de The Magic Order comme le début de la fin d'une époque. Ce qui résonne avec le propos même de cette dernière histoire où la mort hante le destin de son héroïne et de son monde...

DETECTIVE COMICS #1090 (Tom Taylor / Mikel Janin)


Le passé : Thomas Wayne admet dans son service un couple qui vient d'avoir un accident de la route. La femme présente des traces de coups donnés par son conjoint et elle est enceinte... Le présent : Batman est sur la piste d'un tueur en série qui prend de jeunes délinquants pour cible. Puis Bruce Wayne se rend chez une des anciennes généticiennes qui pourrait avoir trouvé une potion ralentissant le vieillissement...

Comme je l'expliquai à l'occasion de ma critique de Superman #19, le nouveau statu quo post-Absolute Power, DC All-In, a provoqué quelques jeux de chaises musicales. Des auteurs ont quitté leur série, d'autres les remplacent, des artistes changent de titre. C'est ainsi que Ram V a cédé sa place (pour écrire une mini-série New Gods) à Tom Taylor après son run sur Detective Comics.


Tom Taylor (désormais sous contrat d'exclusivité avec l'éditeur à deux lettres) sort d'un run sur Nightwing qui lui a valu la reconnaissance de ses pairs, les faveurs de la critique et le succès commercial. C'est donc devenu un scénariste qui compte assez pour que DC lui confie son titre le plus emblématique, Detective Comics, la série historique de Batman. Une vraie promotion.
 

J'ai pour ma part un avis partagé sur Taylor à qui je reconnais un vrai savoir-faire mais son passage sur Nightwing m'a déçu car il avait démarré en trombe avant de piquer progressivement du nez (sans compter l'incapacité chronique de l'artiste Bruno Redondo, l'autre atout de son run, à enchaîner plus de quatre épisodes).


La lecture de n°1090 de Detective Comics (imaginez Marvel sortir un n° équivalent d'une de ses séries... Non, en fait c'est inimaginable pour ces enragés du relaunch) m'a toutefois enthousiasmé. Il faudra bien entendu confirmer pour la suite, mais Taylor part avec plusieurs idées accrocheuses qui témoignent de son talent certain pour prendre en main une série et la rendre divertissante.

Il nous intrigue d'abord en consacrant tout le premier tiers de l'épisode à un flashback centré sur Thomas Wayne prenant en charge à l'hôpital un couple. Le mari est blessé, la femme porte des traces de coups - elle est victime de violences conjugales évidentes et elle est enceinte. Un collègue de Wayne suggère de laisser l'époux mourir sur la table d'opération mais c'est impensable pour Thomas qui ne conçoit pas de trahir le serment d'Hippocrate.

Face à sa femme Martha et son fils Bruce, il se justifie par le fait que s'il avait laissé le mari succomber à ses blessures, il n'aurait pas mieux valu que lui. IL est là pour guérir, soigner, pas venger. D'ailleurs Martha Wayne va offrir à la jeune mère un toit et de l'aide pour fuir ce mari violent...

Taylor fait un bond dans le présent : Batman patrouille et interrompt une tentative de braquage dans une épicerie commise par un adolescent armé qui a accidentellement tiré sur le commerçant et pris la fuite. Batman le piste après avoir appelé les secours grâce à un traceur qu'il a collé sur le fugitif mais il le retrouve mort dans les égouts, assassiné. C'est la neuvième victime d'un tueur en série.

Enfin, Bruce Wayne assiste à une soirée chic donnée par une de ses anciennes employées, Scarlett Scott, qui a mis au point une potion miracle... A priori rien ne relie tous ces éléments et pourtant, sans spoiler, Tom Taylor les dispose comme les pions sur un échiquier pour une partie qui se joue sur plusieurs années (décennies). C'est brillant et la dernière page révèle qui est le mari violent soigné par Thomas Wayne - je vous promets que vous allez être sidéré !

On reconnait le sens de la caractérisation su scénariste, le rythme vif qu'il imprime au récit, cette façon de désarçonner le lecteur aussi en ne lui donnant pas exactement ce qu'il attend (par exemple, en ne montrant que très peu Batman). Pas de doute, il sait ce qu'il fait. Espérons simplement qu'il saura développer ça correctement, en ne décompressant pas inutilement (comme sur Nightwing).

Après Bruno Redondo, Taylor reçoit un autre cadeau de la part de son editor qui lui a attribué un excellent dessinateur, plus régulier, bien qu'il ait enchaîné les projets disons compliqués ces derniers temps : Mikel Janin.

L'espagnol a perdu beaucoup de temps en acceptant d'illustrer les épisodes de Justice Society of America de Geoff Johns, pour son troisième passage sur ce titre qui s'est avéré calamiteux (et qui marque ses adieux à DC). Obligé d'attendre des scripts sans cesse en retard, il a l'occasion de rebondir avec un auteur plus discipliné et avec un personnage qu'il apprécie et à qui il a donné le meilleur de lui-même : Janin a en effet dessiné la majorité du run de Tom King sur Batman.

La surprise ici, c'est que Janin assume non seulement dessin et encrage mais aussi la colorisation, une première si je ne m'abuse. Et le résultat est somptueux. J'ai toujours beaucoup aimé la façon dont il représentait le dark knight et donc je suis ravi qu'il s'en charge à nouveau. Mais en plus en maîtrisant toute la partie visuelle, il a la possibilité de soigner lui-même les ambiances et on découvre donc quel excellent coloriste il est.

Comme d'habitude avec Janin, les femmes sont sublimes, les décors soignés, le découpage limpide et efficace. Quel régal ! 

Mine de rien, ça faisait un bail que je n'avais plus lu de Batman, encore plus dans Detective Comics, et c'est un retour gagnant.