mercredi 10 juillet 2024

LAST NIGHT IN SOHO (Edgar Wright, 2021)


Eloïse "Ellie" Turner vit dans les Cornouailles avec sa grand-mère depuis le suicide de sa mère survenu alors qu'elle était encore enfant. Comme elle, elle veut devenir créatrice de mode et reçoit un courrier d'admission au London College of Fashion de Londres. Sur place, elle réside dans un cité universitaire mais ses colocataires la méprisent. Elle décide alors de louer une chambre qu'elle trouve chez Mme Collins.


La première huit, Ellie fait un rêve étrangement réaliste où elle remonte le temps jusqu'à la fin des années 1960 dans le Swinging London où elle suit Sandie, une jeune femme blonde et séduisante, qui veut devenir chanteuse. Après avoir abordé Jack, le directeur d'un club, il décide de la prendre son aile. Le lendemain, Ellie dessine une robe identique à celle que portait Sandie dans son rêve, ce qui lui vaut les compliments de sa professeur et les railleries de ses camarades. La nuit suivante, le rêve reprend là où il s'était interrompu. Jack fait passer une audition à Sandie au "Rialto" et elle est embauchée par le patron de ce club. Puis ils font l'amour dans le lit de Ellie.


S'identifiant à son héroïne onirique, Ellie se teint les cheveux en blond et adopte un look 60's, puis décroche un job de barmaid. Un client, qui lui fait penser à Jack âgé, l'observe curieusement comme s'il devinait ses songes. Songes qui se prolongent en s'assombrissant puisque Sandie devient danseuse puis prostituée sous la coupe de Jack. Perturbée par la tournure des événements qui impactent ses journées, Ellie se demande si elle ne perd pas la raison comme sa mère... 


Il était temps que j'écrive une critique de Last Night in Soho dont j'avais emprunté un photogramme pour la bannière de ce blog que je compte changer. Retour donc il y a trois ans sur le dernier film en date de Edgar Wright - avant son probable retour pour le remake de Barbarella avec Sydney Sweeney...


Je l'ai revu pour l'occasion et je me suis souvenu que, la première fois, j'étais resté un peu sur ma faim, comme si j'en attendais trop, excité par les retours enthousiastes de la presse. Est-ce que cette impression allait se confirmer ? Ou au contraire, le film s'est-il bonifié avec le temps ? Je ne vais pas faire durer le suspense : effectivement, je l'ai trouvé meilleur à revoyure.


Hier, je vous parlai de Spencer en affirmant qu'il s'agissait non pas d'un biopic mais plutôt d'un film d'épouvante empruntant des personnages réels. Hé bien, Last Night in Soho est, lui, un parfait film d'angoisse, un giallo comme disent les italiens. Edgar Wright en a eu l'idée avant Baby Driver et il l'a remaniée avec la scénariste Kristy Wilson-Cairns, que lui avait recommandé Sam Mendes qui avait collaboré avec elle pour 1917. 
 

Leurs efforts communs ont convaincu le cinéaste de différer son projet de suite à Baby Driver (qui semble désormais oubliée) pour le réaliser au plus vite. Il faut rappeler que Wright, avant cela, avait passé des années à développer Ant-Man pour Marvel Studios avant de quitter le projet pour différends artistiques. On comprend mieux pourquoi, depuis, il est plus pressé pour enchaîner les films.

Et ce qu'il y a de troublant ici, c'est que l'intrigue pourrait être la réflexion, certes tordue, du cinéaste à ces années où il a tenté d'imposer sa vision d'auteur à un studio qui privilégie une esthétique globale. On suit Eloïse Turner, étudiante en stylisme à Londres, où elle a du mal à trouver sa place, elle qui vient des Cornouailles, entre l'acclimatation à la ville et ses camarades qui la méprisent justement pour son côté provinciale. Elle ne supporte pas cette ambiance et emménage chez Mme Collins, une vieille dame.

La nuit venue, Ellie fait d'étranges rêves, très réalistes, où elle remonte le temps jusqu'à la fin des années 60 et où elle suit Sandie, qui rêve d'être la nouvelle Cilla Black, une chanteuse pop. Elle séduit Jack qui ne va pas tarder à l'entraîner de l'autre côté du miroir. Le souci, c'est que la tournure des événements dans ses songes perturbe de plus en plus Ellie dans la réalité, au point qu'elle se demande si elle devient folle comme l'était sa mère ou si Jack traîne encore dans le quartier de Soho...

Il y a quelque chose d'indéniablement, d'irrésistiblement grisant dans ce film. Sa narration est rythmée et sa réalisation est virtuose - Wright nous gratifie de trouvailles de mise en scène proprement étourdissantes, à l'image de la danse entre Jack, Sandie et Ellie, en plan-séquence, sans aucun trucage. Les thèmes sont clairs et efficacement exploités : le double, l'envers du décor cauchemardesque, la jeunesse et la vieillesse, le rêve et la réalité, la raison et la folie...

Cette dernière nuit à Soho emprunte comme un exercice de style accompli par un prodige tous les clichés du genre qu'il explore sans jamais sombrer dans la parodie. Jusqu'au bout il est impossible de prévoir ce qui va arriver. Le déséquilibre qui atteint si violemment la jeune héroïne est tel qu'il nous impacte aussi : on la voit progressivement perdre pied et la violence surgit, sauvage, sanglante, dans la nuit éclairée au néon de ce quartier branché de Londres.

Wright s'amuse avec nous en multipliant les motifs correspondant à ce qu'il raconte : il y a beaucoup de miroirs, de flaques d'eau dans lesquelles apparaissent des reflets réels ou fantasmés, on va et vient entre présent et passé... Le film ne cesse de nous balancer d'un coin à l'autre, jusqu'à nous coincer dans les cordes, devenant oppressant. Mais aussi diaboliquement ludique, et même sinistrement drôle. Car Wright n'oublie jamais que c'est un divertissement - d'ailleurs, le cadre des flashbacks est celui du monde de la nuit, de la frivolité, des chansons pop, de la danse, de l'alcool, de la drogue : autant d'artifices pour signifier que tout ici est affaire de mise en scène, de show, d'apparences (trompeuses forcément). 

Pour nous attirer dans ce grand huit, le réalisateur a pu s'appuyer sur un casting très solide. Diana Rigg y apparaît pour la dernière fois dans une composition surprenante. Terence Stamp n'a qu'à apparaître pour rappeler ce que veut dire avoir la classe et être flippant. Matt Smith est absolument fascinant en prédateur. Et bien entendu Thomasin McKenzie et Anya Taylor-Joy sont extraordinaires : la première joue cette ingénue qui se noie dans la psychose quand l'autre est cette poupée glamour qui est engloutie par la masculinité toxique de son "protecteur". On ne peut pas décemment départager les deux comédiennes, même si Taylor-Joy en a plus profité, elle qui cartonnait un an auparavant dans la mini-série Le Jeu de la Dame sur Netflix.

Last Night in Soho rappelle magistralement la noblesse de l'entertainment et du film de genre : Edgar Wright est un surdoué. Vivement sa prochaine livraison !

mardi 9 juillet 2024

SPENCER (Pablo Larrain, 2021)


1991. La veille de Noël. La famille royale britannique se réunit au château de Sandringahm dans le Norfolk pour trois jours. Le personnel se prépare ave fébrilité. Diana, la princesse de Galles, dont le mariage avec le prince Charles bat de l'aile depuis sa liaison avec Camilla Parker-Bowles est connue publiquement, se rend sur place en conduisant a propre voiture, sans garde du corps, mais elle se perd en route. Le chef cuisinier MacGrady la retrouve et elle se repère alors en voyant la propriété de Park House où elle a grandi. Dans un champ, elle vit un épouvantail avec une veste ayant appartenu à son père, John, qu'elle va lui enlever.


Lorsqu'elle arrive enfin à Sandringham après tout le monde, Diana retrouve ses deux fils, William et Harry, qu'elle serre dans ses bras avant de s'isoler avec eux dans leur chambre. La perspective de passer trois jours avec la famille la stresse car elle sait que ses membres la méprisent. Sa seule amie dans ces murs est son habilleuse, Maggie, qui l'encourage à rester forte et à honorer ses devoirs de princesse. 


Sur son lit, Diana trouve une biographie d'Anne Boylen, la femme de Henry VIII qui la fit décapiter car il la soupçonnait d'infidélité alors que c'est lui qui la trompait et qui voulait épouser sa maîtresse. Comme elle, Diana sent qu'elle est prête à être sacrifiée. La nuit venue, elle tente de rejoindre Park House à pied mais en traversant le parc de Sandringham, les gardiens l'arrêtent en la prenant pour une intruse. Comme ce qu'elle pense désormais être. D'ailleurs, le lendemain, alors qu'elle assiste au service religieux dans l'église Saint Mary Madeleine, elle voit Camilla dans l'assistance...


Tout d'abord, Spencer n'est pas un biopic. Comme Jackie (2016), du même Pablo Larrain, l'action est très concentrée (trois jours) et ambitionne de prélever une sorte d'échantillon de la vie de Diana Spencer, princesse de Galles, pour l'examiner au microscope et extrapoler. C'est donc une espèce d'exercice de style aussi bien narratif qu'esthétique.
 

Ensuite, je dois dire que je n'ai jamais été un fan de Lady Di. Je n'ai jamais compris le culte qu'elle a engendré. Je déteste toutes ces familles royales, d'où qu'elles soient, ces nantis qui ne font rien de leur vie à part suivre des protocoles absurdes, être en constante représentation : ce sont des reliques, des vestiges, des anomalies. Mais ça tombe bien : Pablo Larrain les observe avec le même détachement, sans sensiblerie.


Toutefois, s'il y a quelque chose qui pouvait me plaire chez Diana, c'est qu'elle a réussi à emmerder toute cette famille de culs serrés, en quittant cet abruti de Charles et, même quand elle est tragiquement morte, la reine Elizabeth II ne savait plus quoi faire, elle qui prétendait comme tout noble qui se respecte être au-dessus de la mêlée. J'ai toujours trouvé ça réjouissant, cette femme trompée qui n'a pas reculé devant la "firme" pour révéler son absurdité.
 

Partant de là, je me suis demandé comment Steven Knight, le scénariste, allait exploiter le personnage : plutôt comme ce lèche-cul de Peter Morgan avec The Crown qui a clairement joué la carte de la victime Diana contre la royal family ? Ou en peignant un portrait de femme nuancé ?

En vérité, c'est encore autre chose, et c'est passionnant. Spencer est un film d'épouvante. On se croirait souvent chez Roman Polanski, comme Répulsion ou Rosemary's Baby. Diana n'est pas montrée comme une princesse, encore moins l'England Rose chantée par Elton John ou la "princesse des coeurs" caricaturée par Stéphane Bern et ses semblables. Non, pour saisir la démarche de Larrain et Knight, il suffit de retenir cette mention au tout début du film : "une fable basée sur une histoire vraie".

En 1991, année où se déroule l'histoire, le mariage entre Diana et Charles bat de l'aile. Les tabloïds ont révélé la liaison de Charles avec Camilla Parker-Bowles, la femme qu'il a toujours aimée mais que sa mère lui a défendu d'épouser. La famille royale se réunit dans un château du Norfolk voisin de Park House où a grandi Diana. C'est Noël et déjà on remarquera que la reine insiste pour que les cadeaux soient ouverts la veille car les nobles ont droit aux meilleurs cadeaux et la permission donc de les découvrir avant tout le monde.

Charles offre à Diana un collier de perles. Mais elle en a déjà vu identique au cou de Camilla dans un journal à scandales. Ce n'est plus un présent, c'est un affront, une provocation, une humiliation. Tout d'ailleurs contribue à humilier la jeune femme : on refuse de monter le chauffage dans ce château sous prétexte qu'on a assez de couvertures supplémentaires si on a froid au lit, on refuse qu'elle visite la maison de sa famille au prétexte qu'elle est en ruines et que des photographes pourraient la surprendre, on refuse qu'elle se montre à la fenêtre de sa chambre pour ne pas être shootée par des paparazzi (et la reine ordonnera même qu'on couse les rideaux pour qu'ils ne soient plus ouverts !)...

Diana est montrée comme une créature qu'on s'apprêterait à sacrifier lors d'une messe noire. Sur son lit, à son arrivée, elle trouve la biographie d'Anne Boylen, épouse guillotinée par son mari Henry VIII qui la soupçonnait d'être infidèle - un prétexte car c'est lui qui la trompait et voulait s'en débarrasser pour épouser sa maîtresse. Elle s'identifie si fort à elle qu'elle se met à halluciner et voir son fantôme. La métaphore n'est pas très subtile mais elle compte moins que le sentiment que Diana perd effectivement la boule - d'ailleurs Charles congédie l'habilleuse de la princesse en faisant courir la bruit que la pauvre Maggie monnaierait des ragots sur Diana.

Comme dans une fable donc, ou un conte, le film s'enfonce dans le lugubre, le sinistre, et les plus belles scènes sont celles où le récit ose déraper dans l'épouvante, comme quand Diana traverse le parc la nuit et se fait arrêter par les gardes, ou quand, une fois dans Park House abandonné, elle erre dans un véritable château hanté par son propre fantôme, celui d'elle enfant, puis adolescente, encore heureuse, insouciante, tellement qu'elle se met à danser dans les couloirs déserts, vêtue de ses toilettes iconiques, traversant le temps, les époques. Pour s'arrêter au sommet d'un escalier aux marches pourries, prête à plonger pour en finir.

Tous les personnages qui entourent Diana sont pareils eux aussi à des spectres, des figures sinistres. Charles est dépeint sous un jour absolument terrible. La reine est une vieille peau de vache entourée de ses corgis. En dehors de Maggie, seuls les fils de la princesse peuvent encore lui procurer de la joie. Le chef cuisinier MacGrady (touchant Sean Harris) lui prête une oreille attentive et compatissante. Le major Gregory (ombrageux Timothy Spall) est plus ambigu mais s'avère discrètement protecteur. Au fond, Diana est une petite fille, elle est terrorisée par cette cour, ses règles strictes, ce château qui est une cage dorée. Elle étouffe et Pablo Larrain, par sa mise en scène, précise, nous communique cette sensation. Même si, donc, on n'apprécie pas Diana, on finit par compatir.

Mais surtout on voit que Steven Knight a injecte une malice inattendue dans son script, comme en témoigne la fin. Un dénouement à la fois libérateur et mélancolique, absolument superbe, délicat. Tout à coup, c'est comme si les portes de la prison s'ouvraient en grand et que sa détenue prenait son envol. Comme on dit, ça met les poils.

Hormis Sally Hawkins impeccable de délicatesse dans le rôle de Maggie, tout Spencer est porté, littéralement, par Kristen Stewart. On ne l'a jamais vue comme ça et si son interprétation, totalement confondante de mimétisme, lui a valu le Golden Globe de la meilleur actrice, comment expliquer que l'Académie ne lui ait pas décerné l'Oscar dans la foulée ? C'est insensé que celle qui est probablement la meilleure actrice, en tout cas la plus audacieuse, de sa génération n'ait pas encore décroché le graal dans sa profession. Si Emma Stone et Jennifer Lawrence ont eu la statuette, Stewart devrait l'avoir aussi depuis longtemps.

D'ailleurs, elle fait plus que ressembler à son modèle : c'est réducteur de le qualifier ainsi. Comme toute grande actrice, elle ne s'efface pas complètement derrière son rôle, juste pour la performance. Il y a toujours dans son regard une étrange lueur, parfois affolée, parfois rieuse, parfois triste, parfois orgueilleuse. Elle joue sa partition non pas pour singer Diana, la reproduire fidèlement, mais en s'alignant sur l'aspect film de genre : elle compose un personnage qui s'appelle Diana Spencer, princesse de Galles, mais dans une histoire qui sort de son orbite, qui n'est pas amidonnée, qui s'aventure dans l'effroi, presque le fantastique. Et c'est là qu'elle est forte, Kristen Stewart - peut-être trop pour un Oscar en fait : si elle s'en était tenu à la performance, peut-être aurait-elle gagné l'Oscar. Sauf qu'elle joue avec un subtil décalage, refusant de s'effacer derrière Diana.

Pablo Larrain est décidément un magicien : ses vrais faux biopics sont captivants et imprévisibles. Il tire de ses comédiennes des interprétations extra-ordinaires. Et il emballe ça en 100' montre en main, laissant le spectateur ébloui par ce drôle de trip.

lundi 8 juillet 2024

TRUE ROMANCE (Tony Scott, 1993)


Dans un cinéma de Detroit qui projette des films de kung-fu, Clarence Worley rencontre Alabama Whitman après qu'elle a renversé son saut de popcorn sur lui. Ensuite, ils vont dans un diner manger une part de tarte et font plus ample connaissance. Il l'emmène dans le comic-shop où il travaille puis ils font l'amour chez lui.


Alabama avoue alors être un call-girl payée par le patron de Clarence comme cadeau d'anniversaire mais elle est tombée amoureuse de lui et ne veut plus le quitter - tout comme lui. Le lendemain matin, ils sortent de l'hôtel de ville mariés. Mais de retour à l'appartement, Clarence s'isole dans sa salle de bzain où le fantôme de son idole, Elvis Presley, lui conseille re règler son compte au maquereau d'Alabama, Drexl Spiveu. 


Il s'absente donc pour accomplir sa mission et après tué le proxénète, il part en emportant une valise avec les affaires d'Alabama. Sauf qu'une fois qu'elle l'ouvre, ils découvrent qu'il s'est trompé et a dérobé une quantité importante de paquets de cocaïne volée à un trafiquant de drogues. Clarence décide d'aller voit son père, Clifford, policier à la retraite, pour qu'il se renseigne sur Drexl : les flics pensent qu'il a été tué dans un règlement de comptes entre dealers. 


Peu après le départ de Clarence et Alabama pour Los Angeles où ils comptent demander à un ami acteur, Dick Ritchie, de les aider à écouler la coke auprès d'un producteur de films, Clifford reçoit la visite de Vincezo Ciccotti, le consigliere de Blue Lou Boyle, à qui appartient la drogue, et qui souhaite la récupérer...
 

C'est fou de se dire que True Romance a déjà plus trente ans ! Je me rappelle quand ce film est sorti et l'avoir trouvé si cool, si sexy, si violent : c'était le cinéma qui me plaisait à l'époque (j'avais vingt ans). Je n'y connaissais rien, je n'étais cinéphile, plutôt cinéphage et encore... Mais c'était le film à voir, le film dont on parlait entre amis. L'avoir vu, c'était faire partie du club.


J'ai ressorti le DVD et je l'ai revu après tout ce temps, sans trop savoir quel effet cela produirait. True Romance était le premier scénario écrit par Quentin Tarantino (avec Tueurs Nés) mais ses échecs répétés pour financer ses scripts l'avaient découragé et ils passaient de main en main en espérant qu'ils plairaient à un cinéaste confirmé. Tony Scott, encore auréolé su triomphe de Top Gun et du Flic de Beverly Hills 2 voulaient réaliser les deux histoires mais Tarantino ne put s'y résoudre et lui demanda de faire un choix.


Oliver Stone mettra donc en scène Tueurs Nés en 1994 et Scott True Romance un ans avant. Entre temps, en 1991, Tarantino réalisera Reservoir Dogs et s'il aima beaucoup ce que fit Scott, il détesta l'adaptation de Stone. Pourtant, malgré son statut de film culte, True Romance fut un échec commercial.

Tarantino continue à dire aujourd'hui que cette histoire est la plus personnelle qu'il écrivit. En tout cas, il y a là une forme de pureté : c'est l'oeuvre d'un jeune auteur qui a mis tout ce qu'il aimait - de la romance, de la violence, des dialogues ultra-référencés, des tonnes d'allusions au cinéma de série B, à la pop culture... Il ne s'interdit rien. C'est parfois naïf, puéril même, outrancier souvent, flirtant avec le mauvais goût, mais sincère, passionné. En somme beaucoup de choses qui ont disparu des scénarios de QT depuis (même si, avec Once Upon a time in Hollywood, il a renoué avec cette veine sentimentale).

Tony Scott n'aimait pas deux choses dans le script original : sa narration déconstruite (je me demande bien à quoi ça aurait pu ressembler raconté de manière non linéaire) et le sort réservé au personnage de Clarence à la fin. Il a dû être très convaincant pour que Tarantino lui accorde le droit de modifier ces deux éléments... Et plus tard reconnaître qu'en plus Scott avait raison : l'histoire était plus efficace ainsi et sa conclusion plus raccord avec ce qui précédait.

Le récit est parsemé de rencontres aussi fulgurantes que mémorables, on peut même dire que souvent ce n'est que ça : une succession de scènes qui sont liées entre elles uniquement par les personnages. Clarence>Alabama>Drexl>Ciccoti>Clifford>Dick>Elliot>Donowitz>les flics... Pour finir par une fusillade dantesque dans une suite d'hôtel.

Tous les seconds rôles sans exception sont haut en couleurs et incarnés par des acteurs de premier rang ou qui allaient le devenir : Samuel L. Jackson, Gary Oldman (ahurissant en rasta blanc), Brad Pitt (désopilant en mec défoncé), Michael Rapaport, James Gandolfini (absolument terrifiant), Dennis Hopper (étonnamment sobre), Chris Penn, Tom Sizemore, Christopher Walken... Et Val Kilmer en fantôme d'Elvis (toujours filmé flouté ) !

Le couple Clarence-Alabama est joué par Christian Slater, alors grand espoir hollywoodien mais qui n'arrivera jamais à devenir la star bankable qu'on prédisait qu'il serait, parfait dans ce rôle, et Patricia Arquette, qui n'était encore que la soeur de Rosanna, mais qui est ici si outrageusement belle et sexy (alors qu'elle a toujours été embarrassée par cette image) qu'elle a fait fantasmer tous les garçons alors. C'est le genre d'acteurs qui sont devenus indissociables du film, comme Nicolas Cage et Laura Dern dans Sailor et Lula (David Lynch, 1990)... Ou récemment Kristen Stewart-Katy O'Brian dans Love Lies Bleeding (Rose Glass, 2024), des films profondément influencés par l'esthétique 80's et un esprit rock'n'roll.

Je ne sais toujours pas si True Romance est un grand film ou simplement un bon souvenir auquel j'attache trop d'importance, mais c'est un de ces films qu'on revoit pour le fun mais pas que. Parce qu'il résume un état d'esprit, une époque. Quelque chose de difficile à traduire mais qui vous parle immédiatement (si vous étiez là quand c'est sorti ou que vous attendiez ça sans même le savoir).

dimanche 7 juillet 2024

THE NICE HOUSE ON THE LAKE, TOME 2 (James Tynion IV / Alvaro Martinez Bueno)

Attention ! Ce qui suit contient (évidemment) des spoilers (concernant le tome 1).


Walter a effacé la mémoire de ses invités et vit à présent de nouveau avec eux dans la maison près du lac. Norah Jacobs, elle, a disparu, mais personne ne s'en est rendu compte : elle est en vérité détenue dans la seconde maison. Par le passé, elle et Reginald Madison, qui a intégré le groupe, étaient les deux plus proches et anciens amis de Walter. Mais celui-ci , lorsqu'il a rencontré Molly Reynolds, en est tombé amoureux (et réciproquement), sans que cela aille plus loin (Molly fréquentant déjà quelqu'un à l'époque).


Cette relation inaboutie, Walter ne l'a jamais accepté. Il a reporté son amour sur Reginald qui l'a considéré davantage comme une marque de grande amitié. Puis le duo est devenu trio avec Norman, bien avant sa transition en tant que Norah. Au présent, Walter encourage ses invités à accepter leur situation et Reginald à concevoir une annexe à la maison : celle-ci comportera un spa (pour Arturo), un observatoire (pour Veronica), un studio. Mais pas d'antenne radio comme souhaite en construire Veronica qui espère toujours pouvoir communiquer avec d'éventuels survivants à l'extérieur.


A la nuit tombée, Walter rend visite à Norah dont il souhaite qu'elle l'aide à maîtriser le groupe à distance. Il ignore que Ryan, qu'il ignore au profit de Reginald (tous deux sont artistes), le suit et finit par découvrir que Norah est retenue dans la seconde maison et lui fournit des informations sur les manigances de Walter. Ce dernier est préoccupé par le dilemme qui se pose à lui désormais : ses invités veulent retrouver leurs vies d'avant, mais s'il leur révèle sa manipulation pour les avoir sauver de la fin du monde, ils le haïront...


Les jours passent. Les invités prennent possession de l'annexe et lors d'une séance d'acupuncture avec Reginald, Arturo et lui font une découverte bouleversante. Idem pour Ryan, qui continue ses filatures nocturnes avec la complicité de Norah à laquelle Walter décide de montrer les coulisses - ce qui va avoir des conséquences gravissimes...
 

Suite et fin de cette mini-série, ce tome 2 reprend les choses là où le tome 1 les avait laissées, avec un twist narratif audacieux. Je ne peux hélas ! guère faire autrement que vous le révéler pour produire une critique digne de ce nom, sauf à risquer des circonvolutions analytiques qui seraient imbuvables.
 

Donc : Walter, constatant que la situation les échappait avec les retrouvailles de son groupe d'amis et Reginald qu'il détenait à l'écart dans la deuxième maison, a effacé de la mémoire de tous ce qu'ils avaient découvert. Pour conserver le nombre de dix personnes assignées à résidence comme l'expérience qu'il mène le lui oblige, il fait de Norah sa nouvelle captive et vit désormais avec ses invités. Mais il va vite se rendre compte que cette astuce n'est pas viable...


Il faut préciser un détail au sujet de la narration de la série : chaque épisode s'ouvre par un flashforward où un des invités apparaît dans un décor apocalyptique (qui s'avère être la propriété dans laquelle se trouve la maison près du lac) et s'adresse directement au lecteur pour évoquer sa rencontre et sa relation avec Walter. On découvre alors deux choses essentielles :

- 1/ que, visiblement, dans le futur, c'est chacun pour soi, le groupe a implosé, tous les membres sont en mode survivor. Peut-être que chacun se cache plus ou moins des autres qui s'entretuent. En tout cas, la maison est en ruines, un incendie gigantesque brûle tout autour.

- 2/ dans le passé, Walter, Norman/Norah et Reginald formaient le trio fondateur du groupe. Walter en a fait ses confidents et ses premiers amis. Norah a en quelque sorte participé à l'élaboration d'un projet post-fin du monde tandis que Reginald a conçu l'endroit où ils pourraient vivre en étant protégés. Walter a matérialisé cet endroit qui est la maison près du lac, tout en y ajoutant des éléments non communiqués à Norman/Norah et Reginald (la seconde maison, la vérité sur la fin du monde). 

La nature manipulatrice de Walter trouve son apogée première quand Molly Reynolds la comptable, qu'il a rencontrée il y a 16 ans (il a rencontré Norman/Norah il y a 19 ans et Reginald il y a 18 ans), lui a avoué ses sentiments tout en ajoutant que c'était sans espoir puisque Walter était bisexuel et qu'elle fréquentait déjà quelqu'un. Or Walter n'a jamais digéré que Molly aime quelqu'un d'autre, même si lui était attiré par elle ET Reginald.

On voit donc que ce qui se joue actuellement dans la maison près du lac trouve ses fondations loin dans le passé et s'est noué autour d'une affaire sentimentale, d'un triangle amoureux frustrant. Mais évidemment tout le projet de Walter ne saurait se résumer à cela. Il est un extra-terrestre en mission, mission qui comprend la sélection de dix individus aux capacités extraordinaires incarnant toutes les facettes de l'humanité.

On en a une illustration littérale quand il dévoile les Coulisses à Norah, entendez : une sorte de poste de commandement, une salle de réglages depuis laquelle il peut concevoir aussi bien le climat environnant la maison qu'altérer la personnalité des invités, leurs capacités physiques (donc leur vitesse de guérison - on sait que personne ne vieillit ni ne peut mourir dans le secteur). Ces commandes sont le vrai levier du pouvoir de Walter et vont devenir un objet d'âpres négociations avec Norah quand il va se rendre compte que son tour de passe-passe est en train d'échouer comme ce qui s'est passé dans le tome 1.

En fait, Walter, comme le lui prouve Norah, est face à un dilemme qu'il ne peut résoudre seul : Naya en est la synthèse. C'est une femme médecin brillante mais depuis qu'elle est coincée dans la maison avec les autres, elle n'a plus l'occasion d'exercer ses talents (puisque personne n'est malade, ne peut se blesser, ne peut mourir). Elle est réduite à faire la cuisine. Et elle le confie à son compagnon, Rick, en lui disant que sa vie d'avant lui manque car son rôle ici est une régression.

Donc Walter a un problème : bientôt, tous ses invités éprouvent la nostalgie de leur vie antérieure et il est le seul à pouvoir leur révéler ce qui s'est passé, ce qu'il a fait. Mais s'il l'avoue, ils vont le haïr. Or il ne peut supporter l'idée d'être rejeté et redoute ce qui arriverait si ses supérieurs apprenait que l'expérience est un échec.

James Tynion IV renverse à nouveau la table dans une séquence magistrale où, d'un côté, les invités découvrent (à nouveau) qu'ils ne peuvent pas mourir et s'amusent à se tirer dessus pour voir ce que ça fait de mourir et ressusciter, et de l'autre, Ryan accède à la salle des commandes, tente de s'en servir et provoque malgré elle un drame. La situation devient hors de contrôle pour un tas de raison que je ne vais pas détailler mais qui s'enchaînent d'une manière absolument remarquable et inéluctable. La série entre alors dans sa dernière ligne droite et culmine avec une conclusion aussi diabolique qu'implacable.

Encore une fois, le scénariste convoque les motifs de la télé-réalité et des jeux d'enfermement, quoique de manière plus détachée, moins directe (pour éviter le phénomène de répétition), et s'inspire de la construction de la série Lost, avec un deuxième acte où tout est remis en question mais où rien n'est résolu. C'est très malin, très bien tourné, et surtout en relisant ça  d'une traite, j'ai bien mieux apprécié le tour de force narratif de Tynion IV. Là, oui, cette fois, The Nice House on the Lake m'est réellement apparu comme le chef d'oeuvre qu'il est, loin des frustrations engendrées par les retards des single issues qui m'obligeait à chaque fois à un effort conséquent pour replonger dans cette intrigue si riche.

Visuellement, on reste aussi sur du très lourd. Alvaro Martinez Bueno se surpasse encore, aussi incroyable que cela puisse paraître. Il s'est mué une nouvelle fois en brillant architecte pour concevoir l'intérieur de la seconde maison mais aussi de l'annexe époustouflante de la première. La composition des images et des planches (souvent des doubles pages superbement découpées) met en valeur ces espaces intérieurs.

Il faut aussi dire un mot sur l'expressivité des personnages, leur langage corporel, leurs mimiques, leurs attitudes. On se rend vraiment compte à quel point dessiner une BD demande à l'artiste d'être comme un metteur en scène capable de jouer avec les décors, les acteurs, mais en plus de ce qui se fait au cinéma, avec la taille des vignettes. Les pages ne sont pas un écran de cinéma, ni même un split screen, c'est un effort pour rendre tous ces éléments dans l'image et autour à la fois cohérents, lisibles, clairs, efficaces, fluides.

Et comme pour un directeur de la photo, la contribution du coloriste est déterminante. Jordie Bellaire a opté, je l'ai dit, pour une palette très originale, anti-naturaliste au possible, qui peut rebuter certains, mais participe pleinement à l'ambiance, à la tension, au mystère de cette histoire. Ces parti pris sont captivants, très culottés, mais payants. Bellaire ajoute quelque chose au dessin déjà épatant de Martinez Bueno. Je sais qu'il existe une version album en noir & blanc de The Nice House on the Lake, mais pour moi, c'est une aberration, comme lire Batman : Year one sans les couleurs de Richmond Lewis. Comme cette dernière, ce que fait ici Bellaire est indissociable de l'identité visuelle de The Nice House on the Lake : publier les planches sans ses couleurs a quelque chose d'absurde et même d'honteux.

Je suis vraiment curieux de lire The Nice House by the Sea. Plus encore après avoir relu The Nice House on the Lake. C'est un sacré pari pour l'équipe artistique, aussi bien pour le scénario que pour le dessin. Si Tynion IV et Martnez Bueno et Bellaire se répètent, même à peine, cela se verra tout de suite. Mais, en revanche, s'ils réussissent, ce dont ils sont tout à fait capables, de développer ce qu'ils ont entrepris tout en innovant, en surprenant, alors cette drôle de suite sera passionnante.

THE GUARD (Peter Sattler, 2014)


11 Septembre 2001. Les attentats touchant les tours jumelles du World Trade Center sont retransmis en direct à la télévision quand Ali Amir rentre chez lui et se prépare à accomplir la Salah (une prière islamique). Il est arrêté et emmené sur l'île de Cuba dans le camp de Guantanamo.


Huit ans après. Le soldat de première classe Amy Cole intègre le camp comme garde. A son arrivée, elle se porte volontaire pour incorporer l'IRF (l'escouade anti-émeute) et lors de l'extraction d'un détenu, elle est légèrement blessée mais gagne le respect de ses pairs. Pendant son tour de garde où elle doit veiller à ce que les détenus se tiennent à carreau dans leurs cellules, elle est interpellé par Ali Amir qui tente de communiquer avec elle. Il la provoque quand elle refuse de lui répondre et lorsqu'il masque la partie vitrée de la porte, elle ouvre la fente par la quelle on fait passer la nourriture et reçoit des excréments.


Ali Amir est transféré dans le programme de privation de sommeil pour le punir. Un soir de relâche, les soldats se détendent en compagnie du caporal Ransdell. La boisson échauffe les esprits et Ransdell suit Cole dans les toilettes où ils s'étreignent. Mais elle finit par le repousser et s'enferme dans sa chambre. Le lendemain, elle inspecte la cellule vide de Ali et trouve parterre des brochures de prévention contre le suicide. Puis elle consulte son dossier et découvre qu'il s'est plusieurs fois automutilé et compromis dans des actes de désobéissance.
 

Après sa punition, Ali s'excuse auprès d'Amy et lui confie venir de Brême en Allemagne et n'avoir jamais été impliqué dans des actions terroristes. Son avocat lui a pourtant déclaré qu'il ne quitterait jamais ce camp alors que son innocence a été prouvée...


Il y a des films inconfortables à regarder mais qui sont néanmoins nécessaires, pour leur valeur quasi-documentaire. La tragédie du 11 Septembre 2001 a fait basculer le monde entier dans une nouvelle ère, une époque de terreur et les Etats-Unis ont, c'est avéré, abusé de leur droit à riposté, déclenchant des représailles davantage dans le but de venger leurs morts que pour appliquer la justice.


Certes, Oussama Ben Laden, le planificateur de ces attaques contre les tours jumelles du World Trade Center et le Pentagone a été éliminé, mais le chaos a perduré après lui, avec l'émergence de nouvelles organisations terroristes, de nouveaux modus operandi. La menace terroriste n'a pas cessé et s'est même amplifié, suivant des agressions moins spectaculaires peut-être mais plus nombreuses, plus difficiles à anticiper et contrarier.


La création du camp de Guantanamo pour y enfermer des détenus - et non des prisonniers, car le terme "détenu" n'est pas reconnu par les accords de Genève et permet donc des actes de torture et de rétention extraordinaires - a elle aussi continué au-delà du mandat de l'administration Bush Jr.. Barack Obama (pourtant récompensé par le Prix Nobel de la paix) ne l'a pas démantelé, ni Donald Trump.

C'est dans ce cadre glaçant que se situe l'action de Camp X-Ray (en vo, soit le Camp Rayon X). On y suit un soldat féminin, Amy Cole, dont le rôle consiste principalement à surveiller les détenus dans leurs cellules et s'assurer qu'ils y restent en bonne santé - même s'ils ont été torturés ou victimes de punition consécutive à leur indiscipline. Dès son arrivée, elle participe à une intervention de l'escouade anti-émeute pour déplacer un détenu et celui-ci, refusant d'être maîtrisé, lui porte un coup qui entaille sa lèvre. Une fois soumis, elle ne peut se retenir de lui flanquer un coup de pied dans les côtes.

C'est la seule fois où elle manifestera de la violence envers les détenus. D'Amy Cole, on ne saura pas grand-chose au long du film, seulement qu'elle vient d'un bled en Floride et qu'elle s'est engagée pour essayer de faire quelque chose de bien. Est-ce qu'elle a perdu des proches dans les attentats par exemple ? Mystère. Et le règlement interdit formellement d'établir tout contact avec les détenus ou même d'en dire trop à ses collègues. D'ailleurs, même son identité civile est effacée : le caporal Ransdell lui arrache son étiquette ou figurent son grade et son nom de famille afin que personne ne puisse l'identifier. 

Tout comme les détenus, qu'on appelle seulement par leur numéro de matricule, les gardes doivent rester anonymes mais pour se protéger, éviter toute familiarité. Les rares moments de détente sont dédiés à noyer dans l'alcool ce dont ils sont témoins au quotidien : les insultes des détenus les plus radicaux, les châtiments infligés par la police militaire du camp, l'ambiance oppressante dans ces installations, la vie de reclus, le quotidien sur cette portion de l'île cubaine annexée par les américains. Et même donc, quand c'est relâche, et que la proximité invite les esprits embrumés par la boisson au sexe, Cole finit par repousser le caporal qui a cru qu'elle se donnait à lui.

Peter Sattler a écrit et réalisé le film sans jamais éviter son côté le plus austère. On assiste aux rondes monotones des gardes dans un couloir étroit, observant les détenus dans leurs cellules. Après avoir été aspergée de merde par Ali, et avoir accepté plus tard ses excuses, Amy communique avec lui lorsqu'elle distribue des livres. Il a dévoré les six premiers tomes de Harry Potter mais n'arrive pas obtenir le septième et dernier de la saga. Ces échanges vont humaniser les rapports entre la garde et le détenu.

Sans doute trop, au goût du caporal Ransdell, qui finit par contrevenir au règlement pour humilier et Cole et Amir dans une scène très dérangeante mais qui résume la situation parfaitement. Cole va vouloir dénoncer ce comportement et comprendre qu'elle est là pour obéir aux ordres comme le commandant de la base obéit à celui de sa hiérarchie : sans discuter. Progressivement, la jeune femme ne peut plus supporter ce qu'elle vit, ce qu'on fait subir aux détenus et le tout culmine dans une longue scène absolument terrible, à la tension extrême.

Sattler offre, non pas une happy end, mais une sorte d'issue plus lumineuse. Mais ce que l'héroïne et le spectateur viennent de traverser laisse un arrière-goût désagréable sur ce que font les Etats-Unis dans cette zone de non-droit, quelque chose d'indigne du pays qui prétend être la plus grande démocratie du monde. Cela n'efface absolument les atrocités commises par les terroristes mais nuancent le regard qu'on porte sur ce qui a été mis en place comme réponse.

Face à Payman Maadi dans le rôle d'Ali, absolument remarquable, et Lance Garrison dans le rôle du caporal Ransdell, abject à souhait, Kristen Stewart démontre encore une fois sa capacité à s'emparer de personnage difficile sans chercher ni à les rendre plus sympathique ni plus antipathique. Son jeu est d'une justesse confondante, frémissante devant les conditions inhumaines des détenus, bouillonnante devant les provocations auxquelles Amy Cole fait face, bouleversante et bouleversée. Quand on observe sa filmographie, encore une fois, on ne peut qu'être épaté par la variété des compositions, mais aussi par l'exigence dont elle fait preuve, préférant des projets indés et des sujets forts au glamour des blockbusters et des histoires tout public.

Inconfortable donc, mais percutant et tout en sobriété qui plus est.

samedi 6 juillet 2024

THE NICE HOUSE ON THE LAKE, TOME 1 (James Tynion IV / Alvaro Martinez Bueno)


Un groupe de dix individus est invité par un ami commun dans une somptueuse maison au bord d'un lac. L'hôte s'appelle Walter et il a fait la connaissance de ses invités au cours des vingt dernières années, depuis leurs études à l'université jusqu'à des rencontres plus récentes. Tous exercent des professions très différentes, certains son en couple. Les plus proches de Walter sont Norah Jacobs (autrefois connu sous le nom de Norman) et Reginald Madison (qui est absent lors de cette réunion).


Après que chacun soit arrivé et ait découvert cette magnifique demeure, Walter arrive avec des provisions. Le soir venu, ils dînent tous ensemble et se détendent autour de la piscine avec un digestif. Ryan Cane, une artiste qui a été conviée à la place de Reginald et qui connaît Walter depuis seulement six mois, consulte les nouvelles sur son téléphone portable et découvre que des événements effroyables se produisent actuellement dans le monde.


Tout le monde se réunit devant la télévision qui confirment la situation apocalyptique. Walter est le seul à assister à tout cela d'un air étrangement détaché qui interpelle Ryan. Elle devine qu'il est impliqué dans ces catastrophes et il le confirme lorsque, après avoir été frappé par Norah, il révèle sa vraie nature : c'est un extraterrestre qui a sélectionné tous ses amis pour les protéger de l'attaque mondiale opérée par les siens, dans le cadre d'une expérience. Il n'en dira pas plus et se volatilise.


Le choc passé, et les jours puis les semaines passant, les dix invités tentent de composer avec ce qui leur arrive. Certes, ils sont à l'abri, mais tous leurs proches (famille, amis) sont morts, le monde est ravagé. La maison au bord du lac ressemble à une prison. Mais elle recèle aussi bien des surprises, dedans et dehors, qui vont progressivement les instruire sur les intentions de Walter...


Enorme succès aux Etats-Unis et en France, The Nice House on the Lake est une série à part dans les publications DC Comics. En effet, son histoire et ses personnages ne sont pas attachés à l'univers super-héroïque de l'éditeur, c'est un projet qui ressemble à un creator-owned (et qui l'est puisque les auteurs possèdent les droits de cette bande dessinée) mais qui est édité par DC.


Ce statut spécial tient à la place singulière qu'a réussi à occuper le scénariste James Tynion IV, une valeur sûre de l'éditeur, qui a notamment écrit Batman, la plus populaire des séries qui soit, pour un run bref mais suffisant pour qu'il persuade DC de le laisser développer ce projet. Il a ainsi pu y attacher le dessinateur Alvaro Martinez Bueno, avec lequel il avait collaboré sur Justice League Dark.
 

La vraie passion de Tynion IV n'est en effet pas les aventures des super-héros mais les récits horrifiques et conspirationnistes. Il a connu un triomphe dans ces registres avec les titres Something is killing the children (dessiné par Werther Dell'Edera), chez Boom ! Studios et Department of Truth (dessiné par Martin Simmonds) chez Image Comics. Et The Nice House on the Lake se situe exactement au carrefour de ces deux genres.

Ci-dessus : le casting de la série

La première fois que j'ai lu les douze épisodes de cette série, j'ai suivi ça mensuellement et j'avoue l'avoir un peu regretté car si au début tout est sorti à temps, la seconde partie du récit a connu des retards répétés qui ont gâché mon plaisir. Non pas que le résultat baissait en qualité, mais il fallait faire un effort conséquent à chaque fois pour se replonger dans une intrigue complexe au casting abondant et aux rebondissements multiples.

Cette fois, pour rédiger cette critique, j'ai pu profiter de l'édition française chez Urban Comics en deux albums de six épisodes chacun, ce qui m'a permis à la fois de lire à mon rythme mais sans cassure trop importante, et surtout en n'ayant pas à faire l'effort de traduire moi-même le texte, au risque de passer à côté de quelques subtilités. J'estime avoir un bon niveau pour lire l'anglais (sinon je ne suivrai pas autant de comics en vo), mais il y a toujours ce doute de manquer quelque chose dans le texte.

Tynion IV ne perd pas de temps pour entrer dans le vif du sujet : à la fin du premier épisode, la situation est posée, les personnages introduits, l'ambiance établie. L'action se déroule d'abord à raison d'un épisode par journée vécue par les personnages. Puis une ellipse nous propulse 27 jours après le début de l'histoire. Et enfin le tome s'achève à la fin du premier mois après le début. C'est un contexte que j'avais oublié et qui donne une perspective intéressante au récit, en l'inscrivant dans la durée et donc en offrant aux états d'âme des protagonistes un relief plus saillant (je pense notamment au personnage de Molly, qui songe à se suicider, mais aussi à celui de Ryan, qui comprend très vite qu'elle a été invitée pour remplacer quelqu'un alors qu'elle ne connait Walter que depuis six mois quand tous les autres sont ses amis depuis des années voir des décennies).

Les intentions de Walter sont suggérées : il est question d'une expérience et on saisit qu'il a en vérité sélectionné des personnes pour leurs qualités particulières, leur domaine de compétences professionnelles, leurs liens amicaux ou amoureux, leur genre, leurs préférences sexuelles, leur complémentarité ou leurs différences, etc. Et c'est là que se joue certainement l'identité la plus marquée de la série.

Voyez par vous-même ce que cela vous évoque : une dizaine de personnes, hommes et femmes, hétéros, homos, en couple, célibataires, dans une maison, isolés de tout, rassemblés dans des circonstances exceptionnelles mais ignorant la raison véritable de leur réunion, et devenant les acteurs d'un jeu et les jouets de leur hôte. Cela ne vous rappelle rien ? Si vous pensez à de la télé-réalité inspirée des jeux d'enfermement, comme Loft Story et ses succédanés, hé bien, The Nice House of the Lake, c'est ça. Une sorte de trip bizarre, inquiétant, horrifique, complotiste, une real TV qui tournerait très mal, dévoilerait des péripéties anormales, surnaturelles, spectaculaires, mises en scène par un alien puissant dans un cadre idyllique au premier abord mais vite cauchemardesque ensuite.

L'autre influence manifeste, c'est la série télé Lost. Remplacez l'île mystérieuse par la maison au bord du lac et vous obtenez un récit similaire, avec une bonne dose de fantastique, des personnages finement caractérisés, une intrigue à tiroirs. Lost avait inventé quelque chose d'unique à son époque et même si, au fur et à mesure des saisons, le charme a moins agi, l'histoire s'égarant dans des mystères de plus en plus fumeux pour aboutir à des explications capillotractées, sa construction, sa structure narrative a imprégné l'imaginaire collectif et James Tynion IV s'inscrit à l'évidence dans ceux qui ont été fortement inspiré par cette série. D'ailleurs, dans quelques semaines débutera la publication de la suite, qui n'en est pas vraiment une, plutôt un deuxième volume de douze épisodes à nouveau, mais avec des personnages inédits, un nouveau décor, intitulé The Nice House by the Sea. A voir comment le scénariste développera tout ça et comment il reliera les deux mini-séries sans se répéter...

Pour l'occasion il retrouvera Alvaro Martinez Bueno qui, à l'époque, avait complètement changé de style. Cela passait d'abord par l'absence d'un encreur (exit Raul Fernandez) et un nouveau coloriste (exit Brad Anderson). Martinez Bueno a employé ce qu'on appelle des techniques mixtes, avec du dessin traditionnel, des effets numériques, et une large place accordée à Jordie Bellaire pour la colorisation.

Cela donne un mélange d'abord étonnant, déroutant, mais virtuose. Martinez Bueno a toujours été un très bon dessinateur, mais en assumant dessin et encrage et en mixant les techniques comme il le fait ici, il obtient des images tout à fait étonnantes, avec un trait plus délié, qui peut faire parfois penser à du Gene Colan, l'archétype de l'artiste difficile à encrer tant son dessin était nerveux, jeté, mais difficile avec les moyens d'impression de l'époque à reproduire.

Outre le travail considérable qu'a dû nécessiter le casting (concevoir dix personnages distincts, mais identifiables), Martinez Bueno a accompli une vraie performance graphique avec la conception de la maison, qui est un autre personnage à part entière, peut-être même le personnage principal. Il a dû élaborer un plan complet pour une maison qui puisse exister, avec un mobilier très fourni et varié, et des extérieurs crédibles, réalistes, luxueux. Le résultat est tout simplement époustouflant. Il a aussi créé les sculptures si particulières qui entourent la demeure et la seconde bâtisse qu'on découvre avec les explorations menées par le personnage de Sam Nguyen. 

Les couleurs de Jordie Bellaire achèvent de donner à The Nice House on the Lake ce cachet si spécial. Cette professionnelle que toute la profession s'arrache a vraiment pu apporter sa touche au projet et pas simplement colorier les dessins somptueux de Martinez Bueno. La palette qu'elle a développée est exigeante et peut rebuter certains lecteurs qui trouveront les teintes trop saturées, trop agressives. Mais il faut reconnaître que si on apprécie cette contribution, alors Bellaire confère au projet une identité visuelle très puissante, très intense, comme on n'en voit nulle part ailleurs.

Il ne faut donc pas s'étonner du retentissement critique et commercial qu'a connu la série, primée des deux côtés de l'Atlantique (y compris à Angoulême où on sait que les comics sont toujours toisés avec condescendance). Le public, toutes catégories confondues, a apprécié cette proposition qui allie l'efficacité américaine à une sensibilité européenne (si tant est que tout ça veuille encore dire quelque chose) : en un mot la qualité brute et distinguée à la fois. Est-ce que le tome 2 confirme cette bonne impression ? On en reparle très vite, avant la sortie du premier épisode de The Nice House by the Sea...

vendredi 5 juillet 2024

GUARDIANS OF THE GALAXY, VOLUME 3 : WE'RE SUPER HEROES (Al Ewing / Juan Frigeri & Flaviano)


Les Gardiens de la Galaxie sont maintenant une vraie petite armée de 13 membres et si l'équipe ne dépend toujours d'aucune organisation, elle se tient prête pour toutes les batailles qui peuvent s'y dérouler. Ainsi, un premier groupe (constitué de Marvel Boy, Phyla-Vell, Drax, et Quasar - Wendell Vaugh et Avril Kincaid alternativement) intervient pour enquêter sur de mystérieuses disparitions et découvre une secte désirant ranimer d'anciennes croyances Skrulls.


D'un autre côté, un autre groupe (formé par Nova, Star-Lord, Gamora, Rocket, Groot et Moondragon) intervient sur Hala, le monde-trône de l'alliance Kree-Skrull, pris à parti par les Progéniteurs. Ceux-ci sont obligés de battre en retraite lorsque Hulkling, l'empereur de l'alliance, et son mari Wiccan joignent leurs efforts à ceux de l'équipe. Jusqu'à l'arrivée du Dr. Fatalis...


En vérité, les deux groupes, sans le savoir, sont occupés par une même affaire sur laquelle Fatalis enquête. La secte dirigée par Soeur Talionis invoque Dormammu pour qu'il investisse la planète vivante Ego. Ceci fait, il libère son armada de sans-esprit avec l'ambition pour Soeur Talionis de renverser l'alliance Kree-Skrull et de redonner aux Skrulls une position dominante...


Pour ce troisième et dernier tome, qui collecte les épisodes 13 à 18 et l'Annual de la série, Al Ewing voit les choses en grand et se déchaîne. Malheureusement, il n'est pas des plus inspirés et la comparaison avec les deux précédents arcs narratifs qui composaient une vraie saga joue en défaveur de cette ultime histoire.


Si on s'en tient aux aspects les plus favorables, on peut dire d'emblée que, si d'aventure Al Ewing écrit un jour pour DC Comics, on serait bien avisé de lui confier une série cosmique, en particulier un relaunch de La Légion des Super Héros. Parce que c'est un peu ce qu'il tente là avec Les Gardiens de la Galaxie.


En effet, à la fin du précédent volume, Star-Lord et sa bande forment une vraie petite légion et on découvre au tout début du treizième épisode, qui ouvre ce tome, que l'effectif a encore augmenté : pas moins de treize membres (même si l'un d'eux, Quasar, compte pour deux puisque Wendell Vaughn et Avril Kincaid interviennent alternativement, en fonction des besoins du collectif).


Dans le rôle du superviseur, le Super-Skrull fait aussi office d'agent de liaison avec le Proscenium car si les Gardiens sont au grand complet, ils ne dépendent toujours de personne, conservant leur liberté d'action, quand bien même sont-ils prêts à intervenir partout où on les réclame.

Ewing met en pratique ce fonctionnement en divisant l'équipe en deux brigades, intervenant sur deux zones différentes et éloignées. Il relègue certes Hercule au second plan et s'il ramène Mantis dans la partie, elle joue aussi en retrait. Quasar fait donc son grand retour (absent depuis l'époque Andy Lanning-Dan Abnett). Hulkling et Wiccan, les deux ex-Young Avengers, désormais mariés, se joignent à l'ensemble par la force des choses puisque Hala, le monde-trône de l'alliance Kree-Skrull, est victime d'une attaque spectaculaire.

Pour concerner tout ce monde, Ewing doit trouver une menace encore plus épique que les dieux de la Nouvelle Olympe et il a l'idée d'utiliser Dormammu, le seigneur de la dimension noire, invoqué par une secte de Skrulls, pour s'emparer de la planète vivante Ego. Effectivement, c'est grandiose. Mais il y a un "mais"...

Et ce "mais", c'est que en définitive, tout ça se lit distraitement, ça manque de tension, d'intensité. Le récit est plutôt efficace mais tout y semble survolé et sacrifié sur l'autel du grand spectacle, sans âme. Ce qui faisait la qualité des précédents épisodes, c'était que le scénariste parvenait à concilier la caractérisation soignée de ses héros et une intrigue sur plusieurs niveaux profonde. Ici, Ewing privilégie trop l'action et sa légion de gardiens manque singulièrement de personnalité. Ils sont trop nombreux pour tous avoir leur moment dans un arc qui ne compte que six épisodes. Et six épisodes pour treize personnages plus le couple Hulkling-Wiccan plus Dr. Fatalis, ça fait beaucoup de monde pour peu de place.

Si Ewing avait développé une histoire avec ce casting abondant sur plusieurs arcs, pourquoi pas ? Mais là, c'est le grand embouteillage. A la fin, tout le monde fête la victoire dans la station du S.W.O.R.D. (l'autre série qu'écrit le scénariste en même temps et qui précéda X-Men Red), mais on les quitte avec le sentiment que cette nouvelle version king-size des Gardiens de la Galaxie n'aura été qu'effleurée, survolée. Dommage.

Par ailleurs, après avoir été à la fête visuellement avec Juann Cabal et Marcio Takara, on déchante vite en lisant les planches de Juan Frigeri (et on a les yeux qui piquent avec les couvertures de Brett Booth). Cet artiste, sur qui Marvel a beaucoup misé et continue de le faire, affiche un niveau très moyen, avec une influence évidente, celle de Rob Liefeld. On a vu mieux, comme référence. Les décors sont le plus souvent esquissés, voire absents, et Frigeri comble le vide avec des vaisseaux spatiaux et des sans-esprits ou des Fatalibots à ne plus savoir qu'en faire. 

Cette baisse de niveau graphique achève de rendre cet arc passable, avec un goût d'inachevé, de bâclé. C'est regrettable de finir aussi mal ce qui avait été si brillamment mis en place auparavant. 

Enfin, l'album propose l'Annual de ce run et c'est largement ce qu'il contient de mieux.


Dans ce one-shot d'une trentaine de pages, Al Ewing fait équipe avec Flaviano, devenu depuis le dessinateur de l'excellente série Grim, écrite par Stephanie Phillips et publiée par Boom ! Studios. Le scénariste revient en détail sur les origines du Prince du Pouvoir, apparu précédemment dans son run.

Ce personnage est une parodie hilarante de Musclor (He-Man en vo) de la série animée Les Maîtres de l'Univers. Et Ewing s'amuse comme un fou à en reproduire les clichés les plus kitsch dans cette histoire où deux frères connaissent des sorts bien différents : l'un devient un valeureux prince défendant son royaume tandis que l'autre, moins gâté par la nature, aussi bien intellectuellement que physiquement, échoue dans un bureau où il occupe un job aliénant. Jusqu'au jour où il avale une pierre d'infinité et se transforme en Prince du Pouvoir, bodybuildé, fort comme un dieu (comparable à Hercule, mais supérieur à lui comme il ne cesse de le prétendre), quoique toujours aussi stupide (le mec détruit sa planète !).

L'auteur se défoule donc et nous, on rit beaucoup tout au long de ce scénario tordant. Flaviano le met en images avec une classe folle, de son trait tout en courbes, avec un découpage infaillible, des personnages irrésistiblement expressifs, et ce qu'il faut d'explosivité dans l'action. Bref, c'est un régal.

Si je devais tirer un bilan de ce run, c'est que, hormis sa dernière partie, c'est excellent. J'ignore pourquoi Ewing n'a pas prolongé l'aventure (sans doute la faute à un agenda déjà bien chargé) mais il surpasse nettement Gerry Duggan et fait oublier la parenthèse Donny Cates haut la main. Tout en intégrant bien des éléments employés par ses prédécesseurs, comme Abnett-Lanning ou Bendis. Visuellement, il a eu la chance de s'appuyer sur deux dessinateurs remarquables avant de devoir faire avec un troisième très en deçà. Toure sa production, la mini-série Rocket comprise, sur ce titre est disponible dans un trade paperback softcover en vo au prix très abordable (plus abordable en tout cas que les albums vf chez Panini) que voici :